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.Albert
SPEER
Berthold Konrad Hermann Albert
Speer (19 mars 1905 à
Mannheim, Allemagne - 1er septembre 1981
à Londres, Grande-Bretagne) est un architecte et un ministre de
l'Allemagne nazie. Plaidant coupable au procès de Nuremberg, il
fut condamné à vingt ans de prison. Après sa libération, il publia
en 1969 Au cœur du Troisième Reich, une autobiographie qui
fit couler beaucoup d'encre en raison de l'éminente position de
son auteur dans le régime nazi.
Jeunesse
Issu d'un milieu bourgeois très aisé, Albert Speer veut d'abord
devenir
mathématicien, mais il suit finalement les traces de son père
et de son grand-père et, à partir de 1923,
étudie l'architecture
à
Karlsruhe d'abord, puis à
Munich. Tout à ses études, Albert Speer est alors peu
politisé. Alors qu'Hitler vient de sortir de prison après le putsch de la Brasserie et fait à nouveau abondamment
parler de lui à Munich, le jeune homme n'en fait pas la moindre
mention dans son journal intime.
Speer s'inscrit ensuite à la
Technische Hochschule de
Berlin, où il suit les cours d'Heinrich Tessenow. Après avoir obtenu son diplôme d'architecte à
l'été 1927, Speer devient l'assistant de Tessenow. Le 28 août 1928,
il épouse Margarete Weber (1905–1987) à Berlin.
À la fin 1930, il est convaincu par des élèves d'assister à un
meeting du
parti nazi destiné aux étudiants. Il est surpris, puis
subjugué par le discours d'Adolf
Hitler.
Quelques semaines plus tard, en janvier 1931, il assiste à une
conférence de
Goebbels, de laquelle il ressort terriblement déçu, mais après
le meeting, alors que les participants s'éparpillent dans le
désordre, la police, d'abord pacifique, met fin au chahut avec
violence. Speer prend alors sa carte du parti (membre
no 474 481).
La première commande comme membre du parti vient dès 1933 :
Joseph Goebbels lui demande de rénover le
ministère de la Propagande. Satisfait de son travail, Goebbels
le recommande à Hitler, qui lui demande d'aider
Paul Troost à rénover la chancellerie à Berlin. Il est crédité
de l'ajout d'un balcon célèbre.
Premier architecte du Reich
Troost meurt en 1934, et Speer est choisi pour le remplacer
comme architecte en chef du parti. L'une des premières commandes
est peut-être la plus connue de ses réalisations : le gigantesque
complexe du
Reichsparteitagsgelände de
Nuremberg, cadre des
congrès du
Parti national-socialiste et des parades militaires que l'on
voit dans le film de
Leni Riefenstahl, le
Triomphe de la volonté. Ce lieu est basé sur
l'architecture dorique des autels
Pergamum en
Turquie, mais augmenté dans des proportions gigantesques qui
le rendent capable de contenir
240 000 personnes. Lors du rassemblement du parti en 1934,
Speer place 150 projecteurs antiaériens autour du site. Cela crée
l'effet d'une « cathédrale de lumière », selon l'ambassadeur
britannique
Neville Henderson.
De nombreux immeubles officiels nazis sont planifiés à
Nuremberg, mais la plupart ne seront jamais construits ; ainsi, le
stade allemand aurait dû contenir
400 000 personnes pour
les « Jeux aryens », prévus en remplacement des Jeux olympiques. Pendant qu'il planifie ces constructions, Speer
invente la théorie de la « valeur des ruines ». Selon ce
raisonnement, soutenu avec enthousiasme par Hitler, tous les
nouveaux bâtiments doivent pouvoir faire de belles ruines mille
ans après leur construction. Ils seraient ainsi des hommages à la
grandeur du
Troisième Reich, comme celles de la Grèce antique sont le symbole de sa civilisation.
En 1937, Speer dessine le pavillon allemand pour l'Exposition
spécialisée de 1937 se tenant à Paris,
qui se trouve directement en face de celui de l'Union
soviétique. Il le conçoit pour représenter une défense massive
contre les assauts du
communisme. Les deux pavillons obtiennent une médaille d'or pour
leur conception.
Speer dirige aussi les plans de reconstruction de Berlin,
devant devenir Germania, la
capitale de la grande Allemagne. La première étape dans ces
plans est le stade olympique pour les
Jeux olympiques d'été de 1936. Speer fait les plans d'une
nouvelle chancellerie, la
Neue Reichskanzlei incluant dans ses jardins le fameux
Führerbunker, ainsi qu'un vaste hall deux fois plus long que la Galerie des Glaces du
Château de Versailles. Hitler en souhaite une troisième encore
plus grande que la seconde, mais rien n'est construit. La seconde
chancellerie est détruite par l'Armée
rouge en 1945.
Presque aucun des autres immeubles planifiés pour Berlin qui
devaient être alignés le long d'une avenue centrale de cinq
kilomètres n'est construit. À l'extrémité nord de cette avenue, il
est prévu un énorme dôme dans le même style que celui de la
basilique Saint-Pierre à Rome ; à l'extrémité sud doit être
construit un arc de triomphe d'une taille gigantesque. Le déclenchement de la
Seconde Guerre mondiale entraîne l'abandon de ces projets
faute de main-d'œuvre et de crédits.
Ministre des Armements de la Production de guerre
Hitler a longtemps soutenu Speer dont les plans étaient
considérés comme l'expression des principes du
nazisme. Il succède au ministre des Armements et de la
Production de guerre,
Fritz Todt, mort dans un accident d'avion en 1942.
En septembre 1943, il rencontre son homologue français Jean Bichelonne, avec qui il signe les
accords Speer-Bichelonne.
Speer travaille avec diligence pour augmenter la production de
guerre, souvent avec le recours à l'utilisation abusive et à
l'exploitation de travailleurs forcés, causant une forte mortalité
parmi ceux-ci, bien que la défaite soit devenue progressivement
inéluctable. Dans son autobiographie il prétend qu'il n'eut aucune
implication dans la Shoah,
mais présente néanmoins des regrets à son procès.
Considéré par Claus von Stauffenberg comme le seul homme sain d'esprit
parmi les dirigeants nazis, entre Hitler, Hermann Göring et Heinrich Himmler, il est prévu qu'il soit intégré au gouvernement
« anti-Hitler » envisagé après le complot du 20 juillet 1944. Cependant, la liste contient
l'annotation « si possible » associée à son nom, ce qui lui sauve
la vie.
Hitler continue de faire confiance à Speer qui, au risque de sa
vie, empêche autant que possible la volonté du Führer de détruire
systématiquement les installations en prétendant que l'Armée
allemande allait faire une contre-offensive. Peu avant le suicide
du dictateur, Speer a même admis à Hitler qu'il lui avait désobéi.
En effet, il a activement gêné le décret de la « terre brûlée »
d'Hitler (le dictateur avait pris la décision de détruire le
peuple allemand plutôt que de le voir vaincu).
Selon son autobiographie, il aurait visité le
Führerbunker dans les derniers jours de la guerre et dit à
Hitler que la guerre était perdue. Il aurait exprimé son
opposition à la destruction systématique de l'Allemagne, tout en
réaffirmant son affection et sa foi en Hitler. Cette conversation
aurait porté Hitler aux larmes. Dans le testament politique final
de Hitler, Speer a été exclu du nouveau cabinet et devait être
remplacé par son subalterne,
Karl-Otto Saur. Il fit néanmoins partie de l'éphémère
Gouvernement de Flensbourg dirigé par le Grand Amiral
Karl Dönitz jusqu'au 23 mai 1945.
En association avec le général Gotthard Heinrici, il organise la reddition des troupes allemandes
aux alliés occidentaux plutôt qu'une tentative suicidaire de
déloger les Soviétiques de Berlin.
La relation privilégiée avec Hitler
Beaucoup de chefs
nazis ont cru être l'ami du
Führer, mais Adolf Hitler aurait dit à la fin de la guerre : « Si j'avais eu un
ami, il aurait été Speer ». Hitler, dans sa prime jeunesse avait
voulu être un peintre et il avait une admiration pour le talent de
dessinateur de Speer. Hitler voulut en faire l'artiste officiel du
régime. Mais Speer était bien plus qu'un artiste : c'était
sûrement l'un des premiers
technocrates, un ingénieur au service de l'État tel qu'on en
rencontrera beaucoup après guerre. Tout le monde reconnaît à Speer
sa compétence dans l'organisation de la fin de la guerre. On peut
même dire qu'à cause de lui la guerre a duré plus longtemps. Il
fut, entre autres choses, extrêmement efficace dans
l'établissement d'usines d'essence synthétique.
Après la
guerre
Procès et
prison
Au
procès de Nuremberg, il est l'un des rares à exprimer des
remords, ce qui lui sauve probablement la vie.
Il lui est reproché d'avoir utilisé ses différentes positions
et son influence personnelle pour participer à la planification et
à la préparation militaire et économique des conspirateurs nazis
en vue de mener une guerre d'agression et des guerres en violation
des traités internationaux, au sens des chefs d'accusation
no 1
et 2, mais il est acquitté sur ces deux points.
Il est également accusé d'avoir autorisé, dirigé et pris part à
des actes constitutifs de crimes de guerre d'après le chef
d'inculpation no 3,
et à des crimes contre l'humanité au sens du chef d'inculpation
no 4,
en particulier d'avoir eu recours massivement à l'exploitation,
jusqu'à la mort, de travailleurs forcés dans le but de fournir de
la main-d'œuvre aux diverses usines d'armements afin de conduire
une guerre d'agression.
Le 1er octobre 1946,
il est condamné à 20 ans de prison pour crimes de guerre et
crimes contre l'humanité, peine qu'il purge dans la prison de Spandau.
Libération
Il est libéré le
30 septembre 1966.
Il écrit pendant cette période plusieurs livres autobiographiques.
Il s'inscrit au
Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), qui voit en lui une
génération d'Allemands finalement moins coupables que les autres.
Il meurt subitement dans un hôtel de
Londres le 1er septembre 1981
d'une
hémorragie cérébrale.
Ses enfants
Speer a eu six enfants, quatre garçons et deux filles, Albert,
Hilde, Margarete, Arnold, Fritz, Ernst, entre 1934 et 1942.
Son fils, né en 1934 et également prénommé
Albert, est un architecte à succès, notamment responsable de
la conception d'Expo
2000 (l'exposition mondiale de
Hanovre en 2000), de la cité internationale de
Shanghaï et du complexe olympique de Pékin.
Sa fille
Hilde Schramm (née en 1936) est élue comme parlementaire de
gauche. Sa seconde fille, Margret Nissen (née en 1938), est photographe.
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