
.
.Moshé
SHARETT
Moshé Sharett
(né Moshé Shertok, 15 octobre 1894 - 7 juillet 1965) fut un
homme politique social démocrate israélien, originaire d'Ukraine,
le second Premier Ministre du jeune État d'Israël pendant un peu
moins de deux ans entre 26 janvier1954 et 3 novembre 1955. Il
occupa ce poste entre les deux mandats de
David Ben Gourion. Il fut aussi le ministre des affaires
étrangères d'Israël entre 1948-1956, un des pères fondateurs de
l'État juif. Il fut également un homme de culture et un des
meilleurs orateurs de son pays.
Sa famille, ses études, sa jeunesse en Palestine ottomane
Né à Kherson, dans l'Empire russe
(aujourd'hui en Ukraine), sous le nom Moshe Shertok, il était le
fils de Yakov Shertok, journaliste et écrivain juif, membre du
mouvement sioniste "Bilou" qui avait émigré dans le passé en
Palestine ottomane en 1882 et est revenu de façon temporaire en
Ukraine en 1906. La même année toute la famille, y compris la
femme Fanya, née Lev, et les enfants, Moshe et Yehuda, émigra en
Palestine. Après un séjour à Jaffa, ils vécurent deux ans dans le
village arabe palestinien Eïn Saniya, au nord de Ramallah, où les
enfants eurent l'occasion d'apprendre l'arabe. En 1908 les Shertok
déménagèrent à Neve Tzedek, sur la rive de la Méditerranée, à côté
du nouveau quartier Akhouzat Bait qui changera dans un an son nom
en Tel Aviv. Après des études au Gymnasium (lycée) hébraïque "Herzliya",
dans sa première promotion d'élèves, et qu'il acheva avec des
excellents résultats, Moshe Shertok partit pour Istanbul, la
capitale de l'empire, pour apprendre le droit. Parmi les étudiants
qui y faisaient leurs études universitaires il y avait aussi
d'autres Juifs de Palestine comme David Ben Gourion et Itzhak Ben-Zvi.
Cependant le père Yakov décéda en
1916 et en 1914 éclata la Première Guerre mondiale, ce qui força
le jeune Moshe d'interrompre ses études et de rentrer en
Palestine. Il fut, avec David Yellin et autres, un des militants
du mouvement de patriotisme ottoman des Juifs du Levant, qui
militèrent pour l'adoption de la citoyenneté de l'Empire Ottoman.
Il enseigna même la langue turque dans les écoles juives de
Palestine. Pour un période il travailla à Damas avec l'ingénieur
Gedalya Zilberstein, et en 1916 s'enrôla dans les rangs de l'armée
turque. Il suivit un cours d'officiers à Istanbul et grâce à son
excellente maîtrise des langues turque, allemande et arabe, il
servit comme Lieutenant traducteur militaire. Il remplit cette
mission sous commande allemande ou ottomane sur les fronts de
Macédoine, et ensuite en Transjordanie et Syrie. Cela lui
rapmporta la Croix de guerre allemande et une Médaille de mérite
de l'Empire Ottoman.
Un des leaders des Juifs en Palestine mandataire
Après la fin de la guerre, la défaite des Ottomans, et
l'instauration du régime mandataire britannique en Palestine,
Moshé Shertok devint en 1919
le secrétaire du Comité des représentants de la population juive
dans le pays. En qualité de membre de la Section pour les
problèmes arabes et les terres de cet organe représentatif,
Shertok fut un des assistants de Yehoshua Hankin, qui se
dévoua à l'acquisition de terres destinées au rapatriement et le
recyclage en agriculture des Juifs dans la terre de leurs
ancêtres.
Durant ces années Shertok lia des amitiés avec les activistes
sionistes Dov Hoz et
Eliyahu Golomb,le fondateur de la Haganah, qui épousèrent ses
sœurs, Rivka et Ada. Lors d'un séjour en Angleterre, il fit
connaissance de Tzipora, la fille du dr Meirov de Biélorussie qui
s'y spécialisait en technologie de l'industrie du lait. En 1922
ils se marièrent et en 1928 naît leurs fils aîné, Yaakov. En 1921
Shertok était venu à Londres pour étudier les sciences politiques
à la London School of Economics and Political Sciences. Revenu en
Palestine après avoir achevé les études, il devint membre du parti
socialiste Ahdout Haavoda et joignit la rédaction du journal des
syndicats "Davar". Après l'unification des partis Ahdout Haavoda
et Hapoël Hatzair en Mapaï, (Le Parti des Ouvriers de Eretz Israel),
Moshe Shertok devint membre de ce parti social démocrate de "main
stream" (1930). L'année suibante il déménagea à Jérusalem où
devint l'adjoint de Haïm Arlozoroff, le chef du Département
Politique, ce qui équivalait à une sorte de "ministre des affaires
étrangères" de l'Organisation Sioniste. Shertok succéda à
Arlosoroff après l'assassinat de celui-ci à Tel Aviv en 1933. Il
demeura pendant quinze ans dans cette fonction jusqu'à la
proclamation de l'État d'Israël en mai 1948.
Dans cette fonction, Shertok mena
des négociations avec les autorités britanniques, fit beaucoup
d'efforts pour assurer la continuation de la colonisation agricole
juive en Palestine, la planification des villages de type "Mur et
tour" (Homa umigdal), le développement du port de Tel Aviv en
réaction au boycott lancé contre les Juifs par les dockers du port
arabe de Jaffa. Shertok prit part également à la fondation de la
police juive palestinienne "Hebrew Settlement Police Force", en
uniformes britanniques, qui pouvait donner une couverture légale
aux activités de l'organisation souterraine de défense des Juifs,
la Hagana. Il coordonna l'activité des délégations juives dans les
contacts avec les commissions d'enquête britanniques, américaines
et, par la suite, de l'ONU,
qui vinrent en Palestine avant et après la Seconde Guerre
mondiale.
Pendant la Seconde Guerre
Mondiale, Moshe Shertok encouragea l'enrôlement volontaire des
Juifs de Palestine dans la Brigade combattante juive - The
Fighting Jewish Brigade, dans le cadre de l'armée britannique,
pour prendre part à l'effort de guerre antinazi. Des soldats juifs
ont été mêlés aussi, dans ce cadre, aussi dans des actions
militaires secrètes, comme l'envoi de parachutistes dans les
territoires des pays affiliés à 'l'Axe. Malgré cela, vers la fin
de la guerre, la collectivité juive de Palestine arriva à des
rapports d'hostilité avec le pouvoir mandataire, qui s'orientait
vers des compromis difficilement acceptables avec le camp arabe et
mit des limites strictes à l'immigration juive en Palestine, même
durant et après le Holocauste. Les Britanniques, harcelés parfois
par des actions d'opposition pacifique, de sabotage et même de
terreur, procédèrent à des actions musclées de police, des
perquisitions et des arrestations massives parmi les Juifs. Le
29 juin1946,
lors du Dimanche Noir, ils ont fait arrêter un grand nombre
de leaders juifs, parmi lesquels le plus important était Shertok
lui même. Il fut détenu pendant quatre mois dans la prison de
Latroun. Finalement, le Royaume Uni dut porter la question du
futur de la Palestine devant les Nations Unies. Moshe Shertok a
joué un rôle très important dans les efforts pour l'approbation
par l'ONU du plan de division de la Palestine entre un état juif
et un état arabe, plan qui contrevenait aux objectifs de la
politique de Londres en ce moment-là et qui se heurtait à une
forte opposition de la part des pays arabes.
Le ministre des affaires étrangères d'Israël
et pour deux ans chef
du gouvernement
Cette expérience propulsa Moshé Shertok,
devenu Sharett, comme candidat naturel au poste de ministre des
Affaires étrangères du premier gouvernement israélien. Il négocia
ainsi les accords d'armistice israélo-arabes de 1949 qui mettaient
un terme officiellement aux hostilités militaires entre Israël et
les pays voisins arabes qui l'avaient attaqué au cours de la
Guerre israélo-arabe de 1948.
Sharett devint Premier Ministre lorsque
David Ben Gourion choisit de se retirer. Son gouvernement a été
perturbé par la Honteuse Affaire.
Considéré comme un modéré, il se montrait réservé envers les
représailles violentes par lesquelles Ben Gourion et quelques
commandants militaires ont réagi aux incursions meurtrières des
Fedayins palestiniens pénétrés dans le territoire israélien depuis
la Bande de Gaza. Puisque Sharett préférait favoriser plutôt les
moyens diplomatiques, dans la période de la Crise de Suez Ben
Gourion decida de le remplacer par Golda Meir.
Prié par Ben Gourion de se retirer
du poste de ministre des Affaires étrangères en 1956, Sharett
dirigea plus tard l'Agence juive jusqu'à sa mort en 1965.
|