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Erwin ROMMEL

Erwin Rommel - Author : Deutsches Bundesarchiv (German Federal Archive) - Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Germany licence
 Auteur : Bundesarchiv

Erwin Johannes Eugen Rommel (15 novembre 1891 à Heidenheim - 14 octobre 1944 à Herrlingen) était un général allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il mena une carrière d'officier militaire durant plus de trente ans et servit dans les différentes armées allemandes de son époque. Suite à sa campagne en Afrique du Nord, il fut surnommé, aussi bien par ses compatriotes que ses adversaires, « le Renard du désert » (« Wüstenfuchs » en allemand). N'ayant pas servi sur le Front de l'Est, il est l'un des seuls généraux allemands à n'avoir commis ni crime de guerre ni crime contre l'humanité.

Rommel fut l'un des généraux de panzers permettant la percée sur la Meuse lors de la Bataille de France en 1940. Il dirigea de 1941 à 1943 l'armée allemande d'Afrique du Nord, connue notamment sous le nom d'Afrika Korps. Il organisa les défenses du Mur de l'Atlantique en 1944 et commanda le groupe d'armées stationné en France et au Benelux lors de la Bataille de Normandie. Impliqué dans l'attentat du 20 juillet 1944 visant à assassiner Adolf Hitler bien qu'il n'y ait pas participé directement, il fut contraint au suicide le 14 octobre 1944.

Admirateur du Führer jusqu'à ses derniers jours, il a su se servir du régime nazi pour se propulser au sommet de la hiérarchie militaire, comme le régime, lui-même, a su exploiter pour sa propagande son image de soldat aryen exemplaire. Il incarne toujours dans la mémoire collective le mythe du soldat allemand exemplaire à la fois brave et courtois.

Jeunesse

Il naît en 1891 à Heidenheim an der Brenz, une petite ville du Wurtemberg, proche d'Ulm.

Il possède le même prénom que son père, qui était professeur de mathématiques comme son grand-père. Sa mère, Hélène von Luz, est la fille du président du gouvernement du Wurtemberg, Karl von Luz. Il a une sœur aînée, Hélène, et deux frères cadets, Karl et Gerhard. Dès son plus jeune âge, il aspire à devenir militaire même si, à cinq ans, ce n'est qu'en commandant à des soldats de plomb. Sa sœur le décrit comme : « un enfant très gentil et docile, qui tenait beaucoup de sa mère ».

Passionné d'histoire, il n'est, en revanche, pas très attentif dans le reste des matières, son côté rêveur et rebelle font de lui la tête de turc du Lycée d'Aalen, dont son père est directeur depuis novembre 1898. Il a également du mal à s'accoutumer à la discipline assez rigide, plus stricte que dans l'école de sa petite enfance. À douze ans, en 1904, cependant, le jeune Erwin change radicalement, il se met à travailler dans toutes les matières, dont les mathématiques pour lesquelles il a un réel talent (tout comme son grand-père et son père). Il se met aussi au sport et en particulier au ski, à la course à pied et à la bicyclette. Il ressemble de plus en plus à l'Allemand idéal du Wurtemberg, rigoureux et sportif. L'année suivante, il se découvre aussi une passion pour l'aviation naissante, qu'il partage avec son camarade August Keitel. Erwin aurait aimé être pilote dès sa scolarité finie et, devant le refus de son père, en 1910, il s'engage enfin dans l'armée, comme élève officier.

Dans l'armée impériale

Il rejoint le 6e bataillon du 124e régiment d'infanterie, basé à Weingarten. Comme tous les élèves officiers du Reich, il doit d'abord servir dans le rang avant de pouvoir suivre les cours de l'école militaire, sa forte endurance impressionnant ses instructeurs à cette occasion. En octobre, il est promu caporal et, dès décembre, il est nommé sergent. L'un de ses instructeurs commente : « Rommel est fait pour commander et conduire des hommes à la guerre. Il est discipliné et ne semble jamais fatigué. Il fera sans aucun doute un officier hors du commun. Son audace en manœuvres a été particulièrement remarquée. ». En mars 1911, Erwin Rommel rejoint l'école militaire de Dantzig.

En janvier 1912, il reçoit son brevet de sous-lieutenant et retourne à son régiment, le 124e régiment d'infanterie, où il est chargé de l'instruction. Il gagne rapidement une réputation d'ascète du fait qu'il ne fume pas , ne boit pas et ses camarades officiers le trouvent d'ailleurs trop sérieux pour son âge, sa vie se partageant entre l'entraînement des recrues et les lettres qu'il écrit quotidiennement à sa fiancée Lucie.

Dès son arrivée à Weingarten, il avait fait la connaissance de Walburga Stemmer, une jeune marchande. De leur idylle était née une fille, Gertrud Pan, en 1913. L'opposition de la famille d'Erwin les a fait renoncer au mariage et, finalement, Rommel a épousé une étudiante en langue, fille d'un grand propriétaire terrien de Prusse-Orientale, Lucie Maria Mollin, qu'il avait rencontrée en avril 1911 à Dantzig. Walburga se suicida après la naissance de Manfred Rommel, en 1928.

Le baptême du feu

Le 1er août, le régiment est mis sur le pied de guerre et est engagé dans ses premiers combats le 22 août aux abords du village de Bleid, près de Longwy. Rommel suit avec sa section l'ennemi qui se replie. Il part en reconnaissance avec 3 soldats et surprend près du village une vingtaine de Français en train de boire un café avant de se remettre en ligne. Rommel ouvre le feu avec ses trois hommes et abat plusieurs Français. Il organise ensuite, sans attendre de renforts, l'assaut du village avec sa section, au cours duquel il parvient à faire une cinquantaine de prisonniers.

Le 24 septembre, Rommel reçoit sa première blessure alors qu'il se bat seul contre trois soldats français, dans un bois, en Argonne, près de Varennes, poussé une fois de plus par son intrépidité à s'avancer un peu trop. Il reçoit la croix de fer de 2e classe. Début janvier 1915, sa blessure à peine cicatrisée, il retourne dans son régiment sur le front de l'Argonne. Le 29 janvier, il reçoit la croix de fer de 1re classe pour une action d'éclat avec son régiment lui permettant de prendre quatre fortins et une position perdus la veille par les Allemands, en ne perdant que dix hommes. Durant toute cette période, il sème la panique dans les rangs français en s'attaquant rapidement à des positions, avec de faibles détachements, et en repartant aussi vite. En milieu d'année, il est promu lieutenant et est blessé une seconde fois à la jambe.

Dans les troupes de montagne

Début octobre 1915, il est muté à la tête d'une compagnie du bataillon de montagne du Wurtemberg, une unité d'élite en formation à Münsingen. Composé de six compagnies de tirailleurs et de six sections de mitrailleurs, destinés à former six groupes de combat autonomes, ce nouveau type d'unité est donc doté d'un effectif supérieur à la normale, il s'entraîne dans les montagnes de l'Arlberg, avant de rejoindre le front des Vosges, en janvier 1916, où il combat notamment dans le secteur du Vieil-Armand.

Le 26 septembre 1917, le bataillon de Rommel fait partie des sept divisions envoyées en renfort à l'armée autrichienne qui a subi de lourdes pertes sur le front italien depuis 1915. Stratège autonome et intrépide, il se dissocie d'un plan d'offensive et prend l'initiative de partir à la tête de ses troupes dès l'aube. Il enlève successivement Saint-Daniel, Foni, et le mont Matajur. En quarante-huit heures, Rommel a parcouru vingt kilomètres à vol d'oiseau, est monté à deux mille mètres, a devancé tous les autres régiments austro-allemands, a capturé cent cinquante officiers, neuf mille soldats et quatre-vingt-un canons. Il n'a perdu que six hommes et ne compte qu'une trentaine de blessés. Cette action lui vaut sa promotion au grade de capitaine et l'attribution de la médaille Pour le Mérite; la plus haute distinction prussienne.

La défaite

En janvier 1918, Rommel à son grand regret est affecté à l'état-major du front français. Les diverses offensives lancées se soldent par de cuisants échecs ou plutôt des victoires sans résultats réels sur le reste de la guerre. Rommel ne s'y sent pas vraiment dans son élément, lui qui n'a jamais apprécié la théorie et qui préfère le terrain. Rommel, comme un bon nombre d'officiers du Reich, voit l'armistice du 11 novembre 1918 comme une trahison des politiques vis-à-vis de l'armée car, pour lui, l'armée allemande n'a pas été réellement vaincue.

En juin 1919, il ressent le traité de Versailles comme une humiliation supplémentaire pour son pays.

Dans la Reichswehr

À la fin de la Première Guerre, il demeure dans la Reichswehr, chef d'une compagnie du 13e régiment d'infanterie casernée à Stuttgart. Il est alors présenté comme : « Un soldat d'esprit sérieux, jeune, très différent des fier-à-bras sans doute utiles en temps de guerre, mais se pliant difficilement à la discipline et aux mornes exercices du temps de paix. ». Malgré les privations, les humiliations et différentes vexations faites à l'Allemagne, Rommel reste profondément légaliste et respectueux de la République de Weimar bien que souvent opposé à ses décisions.

En septembre 1927, Rommel fonde l'association des anciens combattants du bataillon de montagne du Wurtemberg, cette association est très nationaliste mais s'occupe surtout de retrouver tous ceux qui ont servi dans ce bataillon d'élite et d'organiser une assemblée générale et un défilé tous les ans à Stuttgart. Le 24 décembre 1928, le champagne coule à flots dans la famille Rommel ; en effet, après douze ans de mariage, l'enfant tant désiré est né la veille de Noël. Il est prénommé Manfred. Le 1er octobre 1929, Erwin Rommel est nommé instructeur à l'École d'infanterie de Dresde, poste qu'il occupe durant quatre ans. Suite à la préparation de ses cours et à l'expérience acquise sur le terrain lors de la Première Guerre mondiale, il publie un important ouvrage : Infanterie greift an (L'Infanterie attaque). Ce manuel fut adopté par l'armée suisse, dont certains officiers admiraient Rommel et lui offrirent une montre en or. Ce manuel fut également lu par Adolf Hitler.

Dans la Wehrmacht

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg. Rommel, dans une lettre, pense que : « L'arrivée au pouvoir d'Hitler est une chance pour le pays. Il semble être appelé par Dieu afin que le Reich retrouve sa puissance séculaire. L'Armée ne peut que se réjouir de cette nouvelle. C'est un grand jour pour l'Allemagne.»

Le 10 octobre 1933, Rommel reçoit, en plus de son grade de commandant, le commandement du 3e bataillon du 17e régiment d'infanterie alpine à Goslar. Cette unité d'élite passe pour être l'une des meilleures du Reich et tous ses membres sont d'excellents skieurs.

Le 25 mai 1935, Rommel accueille avec bonheur la nouvelle loi visant à faire de l'armée allemande (devenue la Wehrmacht) l'armée la plus puissante d'Europe avec, entre autres, un service militaire redevenu obligatoire, et les effectifs portés à trente-cinq divisions d'infanterie, six divisions blindées, quatre divisions de cavalerie et cinquante et une divisions d'infanterie de réserve. Le 30 juillet, la première rencontre entre Erwin Rommel et Adolf Hitler a lieu à Goslar lors d'un défilé militaire. Un délégué SS venant informer Rommel qu'un bataillon SS défilerait devant ses soldats se voit répliquer par Rommel qu'il serait normal que ce soit l'inverse. Hitler, impressionné par cette attitude, le fait convoquer par Heinrich Himmler et Joseph Goebbels. Lors de l'entretien, Goebbels et Himmler reconnaissent que faire défiler des SS devant un bataillon d'élite est une erreur et en imputent la faute à un subordonné un peu trop zélé. Hitler félicite Rommel pour l'excellente tenue de ses hommes, se fait dédicacer son exemplaire de L'Infanterie attaque, il lui affirme que sa fidélité au régime ne serait pas oubliée.

Dès le 15 octobre 1935, la promesse est tenue. Rommel est promu lieutenant-colonel et est nommé instructeur à la Kriegsschule de Potsdam (Académie de guerre). La famille Rommel se mêla peu à la société berlinoise et n'entretint que très peu de relations mondaines avec les généraux. Comme à Goslar, les amis des Rommel furent des officiers du même rang qu'Erwin ainsi que leurs femmes. Rommel, fidèle à lui-même et pensant à sa carrière avant tout, se garde bien de prendre la moindre position dans les rivalités entre l'état-major de l'armée et les chefs nazis.

En avril 1937, Rommel reçoit, en plus de sa charge à l'Académie de Potsdam, celle d'entraîner les Jeunesses hitlériennes. Son rôle est principalement de renforcer le lien entre l'organisation des Jeunesses et la Wehrmacht. C'est pour cela qu'il rencontre Baldur von Schirach, qui est chef de ces Jeunesses. L'entrevue se passe relativement mal et Rommel va traiter Schirach de blanc-bec. De son côté, Schirach rapporte à Hitler que Rommel n'est pas « un nazi bon teint ». Malgré tout, Hitler ayant besoin de l'un et de l'autre et ayant toute confiance en Rommel, qu'il considère comme l'un de ses meilleurs instructeurs, les deux hommes vont être forcés de s'entendre et de travailler en commun. De plus, Rommel sortit un second manuel Infanterie greift an (L'infanterie attaque), à l'intention des Jeunesses hitlériennes. Hitler fit éditer ce livre dans une édition populaire de quatre cent mille exemplaires. Début octobre 1938, Rommel est promu colonel, et commande temporairement le bataillon chargé de la sécurité du Führer.

Rommel, après avoir passé plusieurs jours auprès du Führer en assurant sa protection, a pu étudier le personnage : « Hitler possède un pouvoir magnétique sur les foules, qui découle de la foi en une mission qui lui aurait été confiée par Dieu. Il se met à parler sur le ton de la prophétie. Il agit sur l'impulsion et rarement sous l'emprise de la raison. Il a l'étonnante faculté de rassembler les points essentiels d'une discussion et de lui donner une solution. Une forte intuition lui permet de deviner la pensée des autres. Il sait manier avec habileté la flatterie. Sa mémoire infaillible m'a beaucoup frappé. Il connaît par cœur des livres qu'il a lus. Des pages entières et des chapitres sont photographiés dans son esprit. Son goût des statistiques est étonnamment développé : il peut aligner des chiffres très précis sur les troupes de l'ennemi, les diverses réserves de munitions, avec une réelle maestria qui impressionne l'état-major de l'armée. ».

Après trois années de professorat à Potsdam, Rommel est nommé, début novembre, directeur de l'Académie de guerre Wiener-Neustadt située au sud-ouest de Vienne dans une région montagneuse.

À la mi-mars 1938, il est de nouveau chargé de la sécurité du Führer. À l'approche de Prague, Hitler lui demande : « Que feriez-vous à ma place ? », Rommel répond avec beaucoup d'audace pour le responsable de la sécurité : « J'irais sans escorte jusqu'à Prague et dans une voiture découverte. » Hitler apprécie et suit le conseil. Le 23 août 1939, Rommel est récompensé par Hitler qui le nomme général et le fait affecter à son quartier général, pour reprendre ainsi le commandement du bataillon assurant la sécurité du Führer, poste qu'il a de nouveau abandonné, après l'annexion de la Tchécoslovaquie, pour continuer à donner des cours à l'académie de guerre.

Le 1er septembre 1939, suite à l'incident de Gleiwitz, l'invasion de la Pologne débute ; Rommel a une vue d'ensemble du conflit du fait de sa présence au quartier général. Il rentre en Allemagne à la mi-octobre et est toujours affecté au quartier général d'Hitler. Celui-ci lui demande alors : « Qu'est-ce qui vous ferait plaisir, mon cher général ? » Rommel répond aussitôt : « Une division blindée ! ». Hitler donne satisfaction à Rommel et le 10 février 1940, il lui confie le commandement de la 7e Panzerdivision en garnison à Godesberg-am-Rhein.

À la tête de la 7e Panzerdivision

La Campagne de France commence, le 9 mai 1940, pour la 7e Panzerdivision, rattachée au 15e Panzerkorps du général Hoth. Elle traverse les Ardennes belges et ses avant-gardes prennent contact, le lendemain, avec les premiers éléments français appartenant à la 1re division légère de Cavalerie. Rommel note : « À notre premier choc avec les forces françaises, nous ouvrîmes le feu tout de suite, ce qui les amena à se retirer en hâte. J'ai constaté que, dans ces contacts, le succès est au bénéfice du premier qui a pu mettre l'ennemi sous son feu. »

L'objectif assigné à Rommel est de franchir la Meuse dès que possible et d'établir une tête de pont dans le secteur de Dinant, mais les Français ont pris le temps de faire sauter les ponts de Dinant et Houx. Rommel va donc devoir faire traverser ses troupes sur des canots en caoutchouc. L'attaque lancée le 13 mai à cet effet rencontre une vive résistance de la part des Français de la 18e division d'infanterie : « Je me rendis dans le secteur de Dinant. Plusieurs de nos chars atteints se trouvaient sur la route conduisant à la route de la Meuse. Les obus français tombaient avec une grande précision. Nos canots étaient détruits les uns après les autres par le tir des Français, et la traversée ne s'effectuait pas. ». Il ordonne donc à des Panzer IV d'appuyer le franchissement et, grâce à cette protection, la traversée peut finalement s'effectuer.

Sur l'autre rive, les combats font rage et Rommel doit repousser une contre-attaque de blindés légers. Au final, les pertes allemandes seront très faibles par rapport au succès remporté : franchissement de la Meuse.

Le 15 mai, Rommel reçoit l'ordre d'aller vers Philippeville. Il se réjouit de cette nouvelle, qui lui permet d'économiser ses chars, essentiellement des Skodas tchèques armés de canons de 37 mm, qui ne font pas le poids face à des B1 bis, même immobilisés.

La nuit du 16 mai, Rommel fait face aux prolongements de la ligne Maginot, à l'ouest de Clairfayts. Il emploie ce jour-là une technique peu utilisée à l'époque, en ordonnant à ses tankistes de tirer en roulant pour désorienter l'ennemi. Rommel remporte un succès complet et, dès minuit, entre dans Avesnes. Il s'empare par la suite de Landrecies après avoir repoussé une contre-attaque de chars français. Le 17 mai, une lutte intense a lieu entre Rommel et les troupes françaises, dans le but d'installer une tête de pont au Pommereuil, sur la Sambre. Cette position est prise, perdue, reprise… Rommel fait donc établir une seconde tête de pont à Berlaimont. Ainsi, il fait de la 7e Panzer la première division à avoir franchi la Sambre et à être en mesure de continuer son avancée. La 7e a ainsi réalisé une percée longue d'une cinquantaine de kilomètres.

Le 19 mai, la 7e prend Cambrai en faisant 650 prisonniers. Le 20 mai, Rommel se trouve déjà au sud d'Arras. La majeure partie de ses troupes se trouvant encore loin derrière, Rommel part à leur rencontre avec seulement deux chars et une voiture de commandement mais, à proximité de Vis-en-Artois, sur la route d'Arras, il doit faire face à l'ennemi qui détruit les deux tanks qui l'escortent. Rommel passe ainsi plusieurs heures encerclé par les Français, mais il est délivré par l'arrivée du reste de la division. Le 21 mai, une contre-attaque est lancée par les 4e et 7e régiments blindés britanniques et la 3e division légère mécanisée française, sur les hauteurs d'Arras.

Pour arrêter cette contre-attaque, Rommel est forcé d'utiliser ses canons de DCA de 88 millimètres puis d'appeler une escadrille d'avions d'assaut Stuka. Les Alliés finissent par se replier sur Arras. Rommel échappe de peu à la mort, encore une fois, et a un officier tué à son côté pendant qu'ils étudient une carte ensemble. Les pertes sont lourdes des deux côtés, les Allemands de la 7è Panzer de Rommel, pour ce seul 21 mai, décompte 89 tués, 116 blessés et 173 disparus ainsi qu'une vingtaine de chars et beaucoup de matériel détruits. Le 26 mai, Rommel est décoré de la croix de Chevalier par le lieutenant Hanke agissant au nom d'Hitler.

Le 29, Rommel et une partie de sa division sont envoyés à l'ouest d'Arras pour se reposer. Rommel profitera de cette première journée pour se balader en auto dans les rues de Lille, mais il s'aperçoit très vite que beaucoup de soldats ennemis sont encore là. Ceux-ci, aussi surpris que lui, ne réagissent pas assez vite. Rommel a déjà fait demi-tour, il échappe encore une fois à la mort ou tout du moins à la capture. Le 1er juin, la 7e Panzer, toujours en repos, a fini de comptabiliser ses pertes. Sur un effectif de treize mille hommes le 10 mai, la 7e de Rommel en a perdu mille six cents (tués, blessés ou prisonniers). Elle compte en revanche à son actif la destruction d'une centaine de chars ennemis et la capture de quinze mille prisonniers. Rommel estime donc que les pertes sont importantes mais tolérables.

Le 2 juin, Rommel reçoit la visite du Führer, celui-ci débute la conversation avec Rommel en ces termes : « Mon cher Rommel, nous avons été très inquiets pour vous pendant l'attaque. » Les deux hommes discuteront longuement de questions militaires, discussions qui les passionnent autant l'un que l'autre. Rommel est persuadé que l'armée française a perdu ses meilleurs éléments et qu'elle ne pourrait pas résister à une nouvelle offensive allemande. Hitler, quant à lui, est persuadé qu'une contre-offensive française est encore envisageable. Finalement, Hitler se laisse convaincre par Rommel et ordonne de poursuivre l'offensive.

Le 5 juin, la 7e Panzer attaque dans le secteur de la Somme, entre Longpré et Hangest, défendu par la 5e division d’infanterie coloniale. Le village d'Hangest ne tombe qu'en fin de journée. Rommel perd quelques chars et trois cents hommes dans cette seule journée. Lors des assauts, Rommel est encore une fois en première ligne et manque plusieurs fois de se faire tuer par des rafales de mitrailleuses.

Le 6 juin, les cent cinquante chars de Rommel doivent faire face à une nouvelle contre-attaque française menée par le 7e régiment de cuirassiers commandé par le lieutenant-colonel de Langles de Cary. Cette attaque n'empêche pas la 7e Panzer d'atteindre le plateau d'Hornoy avant la tombée de la nuit. Le 11 juin, Rommel est à Saint-Valery-en-Caux, il fait pilonner la ville et le port, les Alliés opposent une opiniâtre résistance dans l'attente de l'arrivée de la Marine pour les embarquer. À la nuit tombée, un épais brouillard empêche tout embarquement. Le 12 juin, en début de soirée, Rommel accepte la reddition du général Ilher, qui n'a plus de munitions, il le félicite en ces termes : « Vos hommes se sont battus avec une grande bravoure. »

La 7e Panzer a dû mobiliser tous ses moyens pour réduire la défense franco-britannique mais est récompensée par la prise de douze généraux alliés dont Ilher et le major-général Victor Fortune, entre douze et vingt-six mille soldats dont au moins huit mille Britanniques, une centaine de canons, cinquante-huit blindés légers et trois cent soixante-huit mitrailleuses, ainsi que des milliers de fusils et de camions.

Le 14 juin, la 7e Panzer progresse de deux cent soixante kilomètres en une journée, partant de la Haute-Normandie, elle arrive dans le Cotentin, où elle s'attaque à Cherbourg, le 15 juin, qui capitulera après seulement trois jours de combat, le 18 juin. Rommel capture trente mille soldats, dont un préfet maritime, l'amiral Jules Le Bigot et surtout le commandant des forces navales du Nord, à savoir l'amiral Abrial.

Le 24 juin, la 7e Panzer arrive à Bordeaux. Le 29, le général Rommel organise un défilé de la 7e dans les rues de Bordeaux. La 7e Panzer passera l'hiver en Gironde et plus précisément dans le camp de Souge.

Voici ce qu'il écrit à sa femme, ce 6 janvier 1941 : « Nous attendons pour demain des visiteurs de marque qui viennent inspecter nos cantonnements. Nous sommes loin d'être confortablement installés. Les vignerons de la région passaient leur vie, voici mille ans, dans les mêmes misérables taudis qu'aujourd'hui : maison construite en moellons de grès, avec des toits plats en tuiles rondes, exactement semblables à celles des Romains. Beaucoup de villages n'ont pas l'eau courante, et les habitants se servent encore de vieux puits. Les maisons sont très sommairement aménagées pour se protéger contre le froid : les fenêtres ferment mal et l'air siffle à travers les fentes. En revanche, la ville de Bordeaux offre une architecture d'une noble et grande beauté. »

À la tête de l'Afrika Korps

Le 4 février 1941, Rommel, en permission, est chez lui, à Herrlingen, quand il reçoit la visite d'un aide de camp d'Hitler. Celui-ci lui annonce qu'il est convoqué deux jours plus tard pour rencontrer le maréchal Walther von Brauchitsch et le Führer. Rommel raconte :

« Le 6 février le maréchal von Brauchitsch me fait part de ma nouvelle mission. Pour remédier à la situation critique de nos alliés italiens en Afrique du Nord, deux divisions, une motorisée et une blindée, doivent partir pour la Libye où elles leur prêteront main-forte. On me charge d'assumer le commandement des deux unités, et je suis invité à me rendre en Libye dans les délais les plus brefs, afin de reconnaître les diverses possibilités d'utilisation de nos forces. L'arrivée des premiers contingents est prévue dans près d'une semaine, et celle des derniers de la 5e division légère motorisée pour mi-avril. À la fin mai, les derniers éléments de la 15e Panzerdivision seront à pied d'œuvre. Il est aussi prévu que certaines unités italiennes d'Afrique seront placées sous mes ordres. Dans l'après-midi, je me suis rendu auprès du Führer, qui a tenu à me décrire la situation militaire en Afrique. »

Théoriquement l'Afrikakorps est composé de la 5e Leichte division (5e division légère) et de la 15e panzerdivision qui furent placées sous les ordres du général italien Italo Gariboldi. Hitler expliqua ainsi le choix de Rommel pour cette opération :

« J'ai choisi Rommel parce qu'il sait, comme Dietl à Narvik, mobiliser ses troupes. C'est une qualité essentielle pour qui commande une armée qui se bat dans les pays aux conditions climatiques très dures, comme l'Arctique ou l'Afrique du Nord. »

En pratique, Joseph Goebbels et Adolf Hitler veulent reprendre la direction de ce vaste théâtre d'opération aux Italiens, pour en faire une grande épopée dont la Propagandastaffel pourrait se servir.

Offensive de 1941

Le 12 février 1941 vers midi, Rommel atterrit à Tripoli où, après un bref exposé de la situation par le lieutenant-colonel Heggenreiner, il rencontre le général Italo Gariboldi. Malgré la réticence du général italien à toute offensive prématurée sur les Britanniques, Rommel obtient de pouvoir faire diverses opérations limitées ayant pour but de tester les résistances adverses. Les troupes germano-italiennes au début de ces opérations s'élèvent à 3 000 Italiens et 9 300 Allemands. Le 24 mars, un bataillon de la 5e division motorisée attaque El Agheila que les Britanniques abandonnent sans livrer de combats. Le 1er avril, Rommel attaque Maesa-el-Brega, faisant du même coup 800 prisonniers chez les Britanniques. Le 2 avril, c'est la prise de Agedabia qui force les Britanniques à se retirer sur la position d'El-Mechili. Cette position est rapidement encerclée par les Germano-Italiens. El-Mechili est défendu par les débris de la 2e division mécanisée britannique, la 3e brigade motorisée indienne, une batterie du Royal Horse Artillery et une unité du 3e régiment antichars australien. Le 8 avril, une tentative de sortie britannique se solde par un échec face au 8e régiment de Bersaglieri. Les généraux Gambier-Parry et Vaughan sont fait prisonniers par le colonel Ugo Montemurro ainsi que 1 700 hommes et 500 véhicules divers.

Peu de temps après, les Britanniques évacuent Benghazi et se replient sur Tobrouk, mais leur retraite n'est pas de tout repos. Rommel ne peut cependant continuer son offensive, tant que Tobrouk n'est pas tombé. Tobrouk abrite une garnison de 36 000 hommes, dont une cinquantaine de chars, quatre régiments d'artilleries lourdes et deux régiments antichars. À la mi-avril 1941, Rommel encercle Tobrouk avec les divisions italiennes Brescia, Ariete et Trento, ainsi qu'avec la 15e division motorisée allemande soit environ 40 000 hommes. Durant un peu plus d'un mois, les combats se succèdent sans qu'aucun belligérant ne prenne l'avantage.

Le 18 novembre, les combats sont relancés par les Britanniques, qui souhaitent délivrer Tobrouk au plus vite. Le général Cunningham, lance cette offensive avec une armée forte de 735 chars, alors que les forces de l'Axe ne disposent pas de plus de 390 chars. C'est l'opération Crusader. Le premier combat a lieu à Bir-el-Gobi qui protège le front sud de l'AfrikaKorps. Les 150 chars de la 22e brigade blindée britannique attaquent la division Ariete. La division Ariete résista toute la journée et mit en déroute les chars Crusader britanniques. Le résultat de cette journée est une perte de 75 chars du côté britannique contre 34 seulement du côté italien. L'aile gauche de Rommel est ainsi sauvée.

Le 21 novembre, aux alentours de Sidi-Rezegh les chars de la 21e panzerdivision, fraîchement débarquée, détruisent 113 chars ennemis. Le 28 novembre, les forces britanniques tentent une sortie de Tobrouk et arrivent à rejoindre les forces de Cunningham, mais Rommel parvient à ré-encercler Tobrouk dans une situation similaire à celle précédent la sortie.

Le 9 décembre, Rommel organise une réunion avec son homologue italien Ettore Bastico, qui a succédé à Gariboldi, pour lui faire admettre l'idée d'une retraite tactique pour ne pas subir le même sort que les troupes italiennes avant l'arrivée des Allemands. Bastico, bien qu'hostile à cette idée, finit par s'y plier. Le 16 décembre, le siège est levé et la retraite s'effectue en bon ordre. Le 25, les Britanniques entrent dans Benghazi alors que les Allemands se retirent sur Agedabia. Rommel doit attendre impérativement des renforts avant de reprendre l'offensive.

Offensive de 1942

Le 21 janvier 1942, Rommel déclenche l'offensive et anéantit la 1re division blindée britannique. Le 29 janvier, Benghazi tombe entre les mains de l'axe puis les Germano-italiens atteignent la ligne britannique qui part de Gazala (à l'ouest de Tobrouk) pour s'étendre dans le sud aux environs de Bir-Hakeim. S'ensuit une pause durant laquelle l'Oberkommando der Wehrmacht et le haut-commandement italien mettent au point un plan d'invasion de l'Égypte. En mai 1942, l'offensive est relancée, le but de l'offensive est la prise du canal de Suez. Disposant d'effectifs moins importants que ceux de l'ennemi en particulier en termes de blindés, 575 chars côté axe contre 994 pour les alliés, Rommel choisit de procéder à une manœuvre d'enveloppement par le sud, après une démonstration des italiens sur El-Gazala.

Le 26 mai 1942, vers 14 heures, les Italiens attaquent Gazala tandis que les Panzer de Rommel avancent au sud de Bir-Hakeim. Rommel a surpris le général Ritchie et menace en remontant au nord de couper la retraite à la 8e armée vers l'Égypte. Mais l'échec du général Stefanis et de sa division Ariete, appuyés fortement par la Luftwaffe, oblige Rommel à marquer une pause dans son mouvement et mener un siège en règle de Bir Hakeim.

Le lendemain de la prise de Tobrouk, le 22 juin, Rommel se trouve à la frontière égyptienne. Il apprend par la radio qu'il vient d'être promu maréchal.

Claude Auchinleck qui a remplacé Ritchie, à la tête de la 8e armée, va y mener une bataille défensive, que l'on appelle généralement, la première bataille d'El Alamein. Cette lutte d'usure qui dure tout le mois de juillet, épuise surtout l'Afrika Korps qui a peu de moyens de renfort et dont les lignes de ravitaillement sont étendues. L'avance des Allemands et des Italiens ayant été stoppée, on peut considérer qu'il s'agit d'une victoire pour les alliés.

Le 28 août, Rommel tente une percée pour bousculer les forces britanniques avant qu'elles ne se renforcent. La manœuvre échoue essentiellement par manque de carburant. Le 3 septembre, ses forces rentrent à leur base de départ après avoir perdu 42 chars sur le terrain. Il organise alors son front défensivement et rentre malade et découragé en Allemagne le 22 septembre pour se soigner. Il est remplacé par le général Stümme en provenance du front de Russie.

Pendant ce temps, Bernard Montgomery, fraîchement arrivé, organise les préparatifs de la seconde bataille d'El Alamein en reconstituant ses forces.

Rommel revient en Afrique dès le 25 octobre, le général Stümme ayant été tué dès le début de la seconde bataille d'El Alamein.

Montgomery mène une offensive décisive, repoussant l'Afrika Korps et les forces italiennes jusqu'en Libye. Cette défaite de Rommel est considérée comme un des tournants de la guerre par beaucoup d'historiens, au même titre que la Bataille de Stalingrad, car l'axe ne reprit jamais l'offensive par la suite sur le front africain. Winston Churchill résuma cette bataille dans les termes suivants : « Ce n'est pas la fin, ni même le commencement de la fin. Mais c'est peut-être la fin du commencement ».

La retraite

Hitler avait donné l'ordre à Rommel de résister jusqu'au bout, malgré cela Rommel décide d'abandonner la bataille et de ne pas sacrifier inutilement les troupes et le matériel qui lui reste. Ainsi, il ne lui reste plus que 32 chars, le 4 novembre, lorsque les combats cessent.

La retraite, plus ou moins aisée pour les Allemands qui disposent d'un grand nombre de véhicules et donc d'une grande mobilité. Les Italiens subissent le feu ennemi ou se rendent. Le général Francesco Scotti (division Trento) dépose les armes, n'ayant plus de munitions. Plus au sud, ce sont les restes des division Pavia, Brescia et Folgore qui capitulent. Les généraux Ferraro Orsi (10e corps) et Priederi (Brescia) se font tuer au combat. La Folgore choisit la reddition face au général Hugues.

Rommel, persuadé que la percée en Égypte n'est plus possible, est convaincu qu'il faut se retirer en Tunisie pour continuer le combat. Cette conviction est renforcée par la réussite de l'opération Torch qui a permis aux Américano-britanniques de débarquer au Maroc et en Algérie.

Alors que Rommel est forcé de continuer sa retraite, tout en ralentissant les Alliés avec succès malgré une infériorité numérique d'un soldat de l'axe pour trois alliés, les renforts promis par Hitler en chars lourds Tigre I arrivent enfin.

Le 29 novembre, Rommel arrive à Berlin pour convaincre le Führer d'abandonner le théâtre africain en rapatriant les troupes restantes en Libye. Il lui fait état de la situation réelle sur le terrain, provoquant un accès de rage de la part d'Hitler. Hitler ne cède pas et après l'avoir couvert de reproches, renvoie Rommel en Afrique continuer le combat.

En Tunisie, la résistance de l'Axe face à la 1re armée britannique est très efficace. Les assauts sont fréquemment repoussés, laissant un grand nombre de prisonniers britanniques entre les mains des Allemands. Par ailleurs des pluies torrentielles empêchent les alliés d'avancer en direction de Tunis.

Le 22 janvier, Rommel se résigne à évacuer toute la Tripolitaine pour aller se réfugier sur la ligne fortifiée de Mareth, dans le sud de la Tunisie.

À la mi-février, Rommel bien que malade décide de reprendre l'initiative. Ainsi, il lance une contre-attaque en direction de Kasserine et Tebessa en Tunisie. Cette contre-attaque est un succès. Le 5e régiment de Bersaglieri fait à lui seul plus de 3 000 prisonniers américains, ou, autre exemple, la 21e Panzerdivision détruit une centaine de chars ennemis. Le 2e corps américain est complètement enfoncé et ne cherche quasiment pas à résister.

Le 23 février 1943, Rommel reçoit enfin le commandement intégral du groupe d'armée Afrika. Le 26 février, il évalue sa situation dans une lettre adressée à sa femme :

« Les conditions ne semblent pas du tout réunies pour une victoire rapide sur le front tunisien. Nos moyens fondent à vue d'œil. Nos réserves sont insuffisantes. Comme toujours, le ravitaillement n'arrive qu'en trop petites quantités. La marine italienne fait tout ce qu'elle peut pour nous fournir le matériel nécessaire, mais l'absence de radar et de porte-avions se fait durement sentir. Je me creuse jour et nuit le cerveau pour essayer de trouver une bonne solution, mais je bute toujours sur les mêmes problèmes. Malgré de très lourdes pertes causées aux unités alliées, le rapport de force n'est pas modifié. La supériorité matérielle des Alliés est toujours écrasante : vingt contre un pour les blindés ! »

Début mars, une nouvelle offensive est lancée à l'encontre de la 8e armée britannique, dans le secteur de Medenine pour dégager la ligne Mareth en contournant les forces de Montgomery. La 10e Panzerdivision  échoue du fait d'une infériorité numérique écrasante (160 chars allemands contre 600 britanniques). Cette offensive se solde par la perte de 52 chars pour l'Afrika Korps.

Malgré l'infériorité numérique (1 pour 7) les germano-italiens remportent quelques succès et parviennent à résister et à tenir le terrain encore en leur possession.

Le retour à Berlin

Le 8 mars 1943, Rommel fit ses adieux à son vieux compagnon Bayerlein à Benizelten, village tunisien situé dans la chaîne montagneuse des Matmata. Le 9 mars 1943, il quitta définitivement le sol africain en décollant de Sfax en Tunisie pour retourner en Allemagne, en passant par Rome.

Le 10, Rommel arrive en Allemagne et va directement au QG de Rastenburg en Prusse-Orientale. Là il s'entretient longuement avec Adolf Hitler auquel il souhaite faire accepter le retrait des troupes allemandes d'Afrique.

« Hitler se montra totalement fermé à tous mes arguments, qu'il élimina les uns après les autres, persuadé alors que je m'étais laissé envahir par le doute et le pessimisme. Je déclarai qu'il était indispensable de rééquiper les divisions d'Afrique en Italie et de les placer en défense sur les côtes de l'Europe du Sud. »

Après avoir passé quelque temps en famille, Erwin Rommel est hospitalisé dans l'hôpital de Semmering en avril. Durant son séjour à l'hôpital, il apprend les mauvaises nouvelles en provenance de Tunisie, où les combats sont de plus en plus inégaux. Ces nouvelles renforcent dans l'esprit de Rommel le rejet des élites nazies dans lesquelles il ne croit plus, et en particulier d'Hermann Goering :

« Quant à ce gros lard, la situation tragique de nos armées ne semblait pas du tout le troubler. Il faisait alors la roue et se rengorgeait sous les grossières flatteries de tous les imbéciles qui composent sa cour, ne parlant que de bijoux et de tableaux. Une telle attitude m'aurait peut-être amusé à un autre moment, mais alors elle ne cessa de m'exaspérer. Goering était possédé d'une ambition absolument démesurée. Sa vanité et son orgueil ne connaissaient aucune limite. »

Normandie

Le 5 novembre 1943, il est nommé inspecteur des fortifications à l'Ouest, le mur de l'Atlantique construit pour tenter d'interdire le débarquement des Alliés, devenu inéluctable, sur le littoral du nord-ouest de l'Europe. Puis le 15 janvier 1944, il est nommé chef du groupe d'armées B, en charge de la défense des côtes de la Manche. Il installe alors son quartier-général au château de la Roche-Guyon, sur une boucle de la Seine, au nord-ouest de la région parisienne.

Après l'inspection du mur, en avril 1944, il déclare :

« Si vous pensez qu'ils arriveront par beau temps, en empruntant l'itinéraire le plus court et qu'ils vous préviendront à l'avance, vous vous trompez… Les Alliés débarqueront par un temps épouvantable en choisissant l'itinéraire le plus long… Le débarquement aura lieu ici, en Normandie, et ce jour là sera le jour le plus long. »

Sous son impulsion, les défenses littorales vont être sérieusement renforcées. Si comme les autres généraux allemands, il pense que le mur ne sera pas suffisant pour repousser un débarquement, il estime que « le rivage constitue la première ligne de résistance. » Selon Rommel, les Alliés devront être repoussés par un combat dès les premiers jours sur la zone littorale, au contraire d'autres généraux allemands comme Von Rundstedt ou Guderian qui pensent qu'il sera plus facile de battre l'ennemi plus à l'intérieur des terres.

La construction de points fortifiés s'accélère sur la côte de la Manche durant l'hiver et le printemps 1944, malgré le manque de moyens. Rommel fait également installer de nombreux et divers obstacles le long des plages, pour gêner le débarquement des barges, ainsi que dans les champs à l'arrière, susceptibles de servir de terrain d'atterrissage à des troupes aéroportées. Les pieux, dont certains munis d'explosifs, plantés dans les champs recevront ainsi le surnom d'« asperges de Rommel ». Il demande aussi à ce que le terrain soit largement miné.

Le jour du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, Rommel se trouve en Allemagne. Il était parti la veille à Herrlingen, près d'Ulm, fêter l'anniversaire de sa femme mais surtout devait rencontrer Hitler le lendemain, entre autres pour essayer de le convaincre de mettre à sa disposition deux panzerdivisions que Rommel souhaitait disposer près des côtes du Calvados. À l'annonce du débarquement, il rentre le soir même, sans rencontrer Hitler, à son QG de la Roche-Guyon.

10 jours plus tard, Hitler se rend dans son quartier-général du Wolfsschlucht II, à Margival dans l'Aisne et y convoque Rommel ainsi que von Rundstedt, furieux que les Alliés n'aient pas été repoussés à la mer. L'entretien est houleux. Rommel fait une présentation du front. Il indique que Cherbourg tombera prochainement aux mains des Alliés alors qu'Hitler avait demandé que ce port soit défendu à tout prix.

Rommel préconise un repli allemand d'une quinzaine de kilomètres au sud et à l'est de l'Orne pour redéployer ses panzerdivisions et ainsi envisager une contre-offensive. Il demande également que l'on commence à préparer une ligne de défense sur la Seine, appuyé dans ce sens par von Rundstedt. Hitler refuse catégoriquement. D'une manière plus générale, il est rapporté que Rommel exhorta Hitler à mettre fin à la guerre, que l'Allemagne était à la limite de rupture sur trois fronts (Normandie, Italie et front de l'Est), ce qui mit le Führer en rage.

Celui-ci répondit que le bombardement de Londres par les V1 et l'arrivée des avions à réaction mettraient les Britanniques à genoux. Rommel espère qu'Hitler et des généraux de l'état-major se rendront à la Roche-Guyon les jours suivants pour prendre conscience de la réalité de la situation. Mais Hitler rentre en Allemagne dès le lendemain.

Mitraillage de sa voiture

Rommel est grièvement blessé le 17 juillet 1944 lors du mitraillage de sa voiture sur une route normande par deux avions alliés ; ceux du pilote français Jacques Remlinger (qui n'apprendra le nom du passager du véhicule qu'en 1990) et du pilote néo-zélandais Bruce Oliver. Les circonstances et les suites de l'accident ont été rapportées par l'amiral Friedrich Ruge, ami et adjoint du maréchal allemand en Normandie.

Le ciel s'est complètement dégagé et les avions alliés manifestent une grande activité. Rommel gagne Livarot par des chemins secondaires, puis Vimoutiers où il rejoint la route nationale. Deux avions aperçoivent la voiture et l'attaquent non loin du village de Sainte-Foy-de-Montgommery.

La logique aurait voulu que le véhicule arrête brutalement et que ses occupants se jettent dans le fossé, mais Rommel, toujours méprisant face au danger, ordonne à son chauffeur d'accélérer. Une tentative pour atteindre le virage suivant en augmentant la vitesse échoue. Un projectile de 20 mm atteint le chauffeur Daniel à l'épaule : il perd le contrôle du véhicule, qui fait une embardée et se met en travers de la route. Rommel, projeté au dehors, gît sans connaissance. La capitaine Lang, qui se trouvait sur le siège arrière, à droite, en sort indemne.

Rommel est transporté à l'hôpital de la Luftwaffe de Bernay. Le diagnostic tombe dans la soirée : quatre fractures du crâne dont une à la base, éclats au visage, très longue indisponibilité. Le lendemain, Rommel est très faible mais a reconnu le capitaine Behr qui lui a rendu visite. Il est évacué sur l'hôpital militaire allemand du Vésinet en région parisienne.

Complot contre Hitler et suicide forcé

Rommel, comme de nombreux officiers généraux allemands, ne cachait plus qu'il fallait négocier une paix séparée avec les Alliés occidentaux. Il manifestait au cours de discussions son opposition à la manière dont Hitler menait la guerre. Il avait des contacts de plus en plus réguliers à la Roche-Guyon avec la frange d'officiers désormais décidés à écarter Hitler du pouvoir. Mais s'il se ralliait à cette idée, il semble que Rommel, au contraire de plusieurs officiers, n'ait jamais voulu tuer Hitler.

Le 20 juillet 1944 a lieu un attentat à la bombe contre Hitler dans son quartier général du Wolfsschanze (« la tanière du loup » en français) en Prusse Orientale. Le complot mené par le colonel Claus von Stauffenberg devait éliminer Hitler et permettre à l'armée de prendre le pouvoir et de tenter de négocier une paix séparée avec les Occidentaux. Mais l'attentat échoue et la répression menée par les SS s'abat sur les officiers de l'armée allemande impliqués, de plus ou moins près, dans ce complot.

Rommel ne faisait pas partie du premier cercle des conspirateurs du 20 juillet. Il avait d'ailleurs, quelques jours plus tôt, été grièvement blessé dans le mitraillage aérien de sa voiture. Il ne fut donc pas inquiété lors des arrestations de juillet et août.

Mais en octobre 1944, alors qu'il était encore en convalescence chez lui à Herrlingen il reçut l'ordre de se suicider, en échange de la préservation de son honneur et du respect de sa famille. Une telle issue préservait également les dirigeants nazis d'un éventuel contrecoup qu'aurait provoqué l'incarcération, voire l'exécution d'un général devenu populaire au fil de ses victoires auprès de la population.

La relation qu'en donne l'amiral Friedrich Ruge est la suivante :

« Le 14 octobre 1944 (un dimanche), les généraux Burgdorf et Maisel, annoncés par l'OKW, arrivèrent à Herrlingen dans la matinée. Burgdorf s'entretint en tête à tête avec Rommel et lui révéla que les officiers arrêtés après le 20 juillet l'avaient désigné comme chef suprême de l'armée, voire comme chef de l'État. Hitler lui donnait le choix : comparaître devant un tribunal ou s'empoisonner. Dans ce dernier cas, il n'arriverait rien à sa femme et à son fils.
Après l'entretien, Rommel, le visage pétrifié, alla trouver sa femme et lui dit : "Dans un quart d'heure, je serai mort". Elle essaya de le déterminer à comparaître devant le tribunal du peuple, mais il refusa. Il le fit très certainement dans la conviction qu'il n'arriverait pas vivant, qu'il serait tué au cours du trajet vers Berlin, sous le camouflage d'un accident. Devant le tribunal du peuple, le procès ne demeurerait pas secret et Hitler ne pouvait pas se permettre de laisser la nouvelle se répandre dans tout le pays. Rommel choisit donc le poison pour sauver sa femme et son fils qu'il aimait infiniment. Il leur dit adieu et quitta la maison avec les deux généraux dans une voiture conduite par un SS. Peu de temps après, son corps était amené dans un hôpital d'Ulm. La cause du décès fut attribuée à une thrombose coronaire. Son visage exprimait le mépris le plus intense. »

Le général Burgdorf interdit au médecin chef, le Dr Mayer de pratiquer une autopsie en disant : « Ne touchez pas le cadavre, tout est réglé de Berlin. »

On expliqua à madame Rommel que la mort résultait d'une embolie.

La cérémonie funéraire eut lieu le 18 octobre 1944 à l'hôtel de ville d'Ulm. Le Generalfeldmarschall von Rundstedt était chargé de représenter Hitler. Il lut un discours qui contenait cette affirmation pathétique : « Son cœur appartenait au Führer ». Mais Von Rundstedt n'assista pas à la crémation qui eut lieu aussitôt après, et ne se rendit pas dans la maison mortuaire à Herrlingen. Hitler offrit à Rommel des funérailles nationales, dans le but de masquer la vérité, et de ménager l'opinion publique.

Postérité

  • Son fils, Manfred Rommel violoniste émérite dans les années 64-68 puis maire CDU de Stuttgart de 1974 à 1996, dit de lui : « Toutes les vertus secondaires comme le courage, la discipline, la fidélité, l'endurance n'ont un effet positif qu'aussi longtemps qu'elles servent une cause positive. Si une cause positive devient négative, les vertus secondaires deviennent problématiques. Pendant le règne d'Hitler, les soldats allemands ont dû en faire l'amère expérience. »
  • Des casernes allemandes portent actuellement son nom.

 


 

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