
.
.Erwin
ROMMEL
Erwin Johannes Eugen Rommel
(15 novembre 1891 à
Heidenheim - 14 octobre 1944 à Herrlingen) était un général
allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il mena une carrière
d'officier militaire durant plus de trente ans et servit dans les
différentes armées allemandes de son époque. Suite à sa campagne
en Afrique du Nord, il fut surnommé, aussi bien par ses
compatriotes que ses adversaires, « le Renard du désert » (« Wüstenfuchs »
en allemand). N'ayant pas servi sur le Front de l'Est, il est l'un
des seuls généraux allemands à n'avoir commis ni crime de guerre
ni crime contre l'humanité.
Rommel fut l'un des généraux de
panzers permettant la percée sur la Meuse lors de la Bataille de
France en 1940. Il dirigea de 1941 à 1943 l'armée allemande
d'Afrique du Nord, connue notamment sous le nom d'Afrika Korps. Il
organisa les défenses du Mur de l'Atlantique en 1944 et commanda
le groupe d'armées stationné en France et au Benelux lors de la
Bataille de Normandie. Impliqué dans l'attentat du 20 juillet 1944
visant à assassiner Adolf Hitler bien qu'il n'y ait pas participé
directement, il fut contraint au suicide le 14 octobre 1944.
Admirateur du Führer
jusqu'à ses derniers jours, il a su se servir du régime nazi pour
se propulser au sommet de la hiérarchie militaire, comme le
régime, lui-même, a su exploiter pour sa propagande son image de
soldat aryen exemplaire. Il incarne toujours dans la mémoire
collective le mythe du soldat allemand exemplaire à la fois brave
et courtois.
Jeunesse
Il naît en 1891 à Heidenheim an
der Brenz, une petite ville du Wurtemberg, proche d'Ulm.
Il possède le même prénom que son
père, qui était professeur de mathématiques comme son grand-père.
Sa mère, Hélène von Luz, est la fille du président du gouvernement
du Wurtemberg, Karl von Luz. Il a une sœur aînée, Hélène, et deux
frères cadets, Karl et Gerhard. Dès son plus jeune âge, il aspire
à devenir militaire même si, à cinq ans, ce n'est qu'en commandant
à des soldats de plomb. Sa sœur le décrit comme : « un enfant très
gentil et docile, qui tenait beaucoup de sa mère ».
Passionné d'histoire, il n'est, en
revanche, pas très attentif dans le reste des matières, son côté
rêveur et rebelle font de lui la tête de turc du Lycée d'Aalen,
dont son père est directeur depuis novembre 1898. Il a également
du mal à s'accoutumer à la discipline assez rigide, plus stricte
que dans l'école de sa petite enfance. À douze ans, en 1904,
cependant, le jeune Erwin change radicalement, il se met à
travailler dans toutes les matières, dont les mathématiques pour
lesquelles il a un réel talent (tout comme son grand-père et son
père). Il se met aussi au sport et en particulier au ski, à la
course à pied et à la bicyclette. Il ressemble de plus en plus à
l'Allemand idéal du Wurtemberg, rigoureux et sportif. L'année
suivante, il se découvre aussi une passion pour l'aviation
naissante, qu'il partage avec son camarade August Keitel. Erwin
aurait aimé être pilote dès sa scolarité finie et, devant le refus
de son père, en 1910, il s'engage enfin dans l'armée, comme élève
officier.
Dans l'armée impériale
Il rejoint le 6e bataillon du 124e
régiment d'infanterie, basé à Weingarten. Comme tous les élèves
officiers du Reich, il doit d'abord servir dans le rang avant de
pouvoir suivre les cours de l'école militaire, sa forte endurance
impressionnant ses instructeurs à cette occasion. En octobre, il
est promu caporal et, dès décembre, il est nommé sergent. L'un de
ses instructeurs commente : « Rommel est fait pour commander et
conduire des hommes à la guerre. Il est discipliné et ne semble
jamais fatigué. Il fera sans aucun doute un officier hors du
commun. Son audace en manœuvres a été particulièrement
remarquée. ». En mars 1911, Erwin Rommel rejoint l'école militaire
de Dantzig.
En janvier 1912,
il reçoit son brevet de
sous-lieutenant et retourne à son régiment, le 124e
régiment d'infanterie, où il est chargé de l'instruction. Il gagne
rapidement une réputation d'ascète du fait qu'il ne fume pas , ne
boit pas et ses camarades officiers le trouvent d'ailleurs trop
sérieux pour son âge, sa vie se partageant entre l'entraînement
des recrues et les lettres qu'il écrit quotidiennement à sa
fiancée Lucie.
Dès son arrivée à Weingarten, il
avait fait la connaissance de Walburga Stemmer, une jeune
marchande. De leur idylle était née une fille, Gertrud Pan, en
1913. L'opposition de la famille d'Erwin les a fait renoncer au
mariage et, finalement, Rommel a épousé une étudiante en langue,
fille d'un grand propriétaire terrien de Prusse-Orientale, Lucie
Maria Mollin, qu'il avait rencontrée en avril 1911 à Dantzig.
Walburga se suicida après la naissance de Manfred Rommel, en 1928.
Le
baptême du feu
Le 1er août, le régiment est mis sur le pied
de guerre et est engagé dans ses premiers combats le 22 août aux
abords du village de Bleid,
près de
Longwy. Rommel suit avec sa section l'ennemi qui se replie. Il
part en reconnaissance avec 3 soldats et surprend près du village
une vingtaine de Français en train de boire un café avant de se
remettre en ligne. Rommel ouvre le feu avec ses trois hommes et
abat plusieurs Français. Il organise ensuite, sans attendre de
renforts, l'assaut du village avec sa section, au cours duquel il
parvient à faire une cinquantaine de prisonniers.
Le 24 septembre, Rommel reçoit sa
première blessure alors qu'il se bat seul contre trois soldats
français, dans un bois, en Argonne, près de Varennes, poussé une
fois de plus par son intrépidité à s'avancer un peu trop. Il
reçoit la croix de fer de 2e classe. Début janvier 1915, sa
blessure à peine cicatrisée, il retourne dans son régiment sur le
front de l'Argonne. Le 29 janvier, il reçoit la croix de fer de
1re classe pour une action d'éclat avec son régiment lui
permettant de prendre quatre fortins et une position perdus la
veille par les Allemands, en ne perdant que dix hommes. Durant
toute cette période, il sème la panique dans les rangs français en
s'attaquant rapidement à des positions, avec de faibles
détachements, et en repartant aussi vite. En milieu d'année, il
est promu lieutenant et est blessé une seconde fois à la jambe.
Dans les troupes de montagne
Début octobre 1915, il est muté à
la tête d'une compagnie du bataillon de montagne du Wurtemberg,
une unité d'élite en formation à Münsingen. Composé de six
compagnies de tirailleurs et de six sections de mitrailleurs,
destinés à former six groupes de combat autonomes, ce nouveau type
d'unité est donc doté d'un effectif supérieur à la normale, il
s'entraîne dans les montagnes de l'Arlberg, avant de rejoindre le
front des Vosges, en janvier 1916, où il combat notamment dans le
secteur du Vieil-Armand.
Le 26 septembre 1917, le bataillon
de Rommel fait partie des sept divisions envoyées en renfort à
l'armée autrichienne qui a subi de lourdes pertes sur le front
italien depuis 1915. Stratège autonome et intrépide, il se
dissocie d'un plan d'offensive et prend l'initiative de partir à
la tête de ses troupes dès l'aube. Il enlève successivement
Saint-Daniel, Foni, et le mont Matajur. En quarante-huit heures,
Rommel a parcouru vingt kilomètres à vol d'oiseau, est monté à
deux mille mètres, a devancé tous les autres régiments
austro-allemands, a capturé cent cinquante officiers, neuf mille
soldats et quatre-vingt-un canons. Il n'a perdu que six hommes et
ne compte qu'une trentaine de blessés. Cette action lui vaut sa
promotion au grade de capitaine et l'attribution de la médaille
Pour le Mérite; la plus haute distinction prussienne.
La défaite
En janvier 1918, Rommel à son
grand regret est affecté à l'état-major du front français. Les
diverses offensives lancées se soldent par de cuisants échecs ou
plutôt des victoires sans résultats réels sur le reste de la
guerre. Rommel ne s'y sent pas vraiment dans son élément, lui qui
n'a jamais apprécié la théorie et qui préfère le terrain. Rommel,
comme un bon nombre d'officiers du Reich, voit l'armistice du
11 novembre 1918 comme une trahison des politiques vis-à-vis de
l'armée car, pour lui, l'armée allemande n'a pas été réellement
vaincue.
En juin 1919, il ressent le traité
de Versailles comme une humiliation supplémentaire pour son pays.
Dans la
Reichswehr
À la fin de la Première Guerre, il
demeure dans la Reichswehr, chef d'une compagnie du 13e
régiment d'infanterie casernée à Stuttgart. Il est alors présenté
comme : « Un soldat d'esprit sérieux, jeune, très différent des
fier-à-bras sans doute utiles en temps de guerre, mais se pliant
difficilement à la discipline et aux mornes exercices du temps de
paix. ». Malgré les privations, les humiliations et différentes
vexations faites à l'Allemagne, Rommel reste profondément
légaliste et respectueux de la République de Weimar bien que
souvent opposé à ses décisions.
En septembre 1927, Rommel fonde
l'association des anciens combattants du bataillon de montagne du
Wurtemberg, cette association est très nationaliste mais s'occupe
surtout de retrouver tous ceux qui ont servi dans ce bataillon
d'élite et d'organiser une assemblée générale et un défilé tous
les ans à Stuttgart. Le 24 décembre 1928, le champagne coule à
flots dans la famille Rommel ; en effet, après douze ans de
mariage, l'enfant tant désiré est né la veille de Noël. Il est
prénommé Manfred. Le 1er octobre 1929, Erwin Rommel est nommé
instructeur à l'École d'infanterie de Dresde, poste qu'il occupe
durant quatre ans. Suite à la préparation de ses cours et à
l'expérience acquise sur le terrain lors de la Première Guerre
mondiale, il publie un important ouvrage : Infanterie greift an
(L'Infanterie attaque). Ce manuel fut adopté par l'armée
suisse, dont certains officiers admiraient Rommel et lui offrirent
une montre en or. Ce manuel fut également lu par Adolf Hitler.
Dans la
Wehrmacht
Le 30 janvier 1933,
Adolf Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg.
Rommel, dans une lettre, pense que : « L'arrivée au pouvoir
d'Hitler est une chance pour le pays. Il semble être appelé par
Dieu afin que le Reich retrouve sa puissance séculaire. L'Armée ne
peut que se réjouir de cette nouvelle. C'est un grand jour pour
l'Allemagne.»
Le 10 octobre 1933, Rommel reçoit,
en plus de son grade de commandant, le commandement du 3e
bataillon du 17e régiment d'infanterie alpine à Goslar. Cette
unité d'élite passe pour être l'une des meilleures du Reich et
tous ses membres sont d'excellents skieurs.
Le 25 mai 1935, Rommel accueille avec bonheur la nouvelle loi
visant à faire de l'armée allemande (devenue la Wehrmacht) l'armée
la plus puissante d'Europe avec, entre autres, un service
militaire redevenu obligatoire, et les effectifs portés à
trente-cinq divisions d'infanterie, six divisions blindées, quatre
divisions de cavalerie et cinquante et une divisions d'infanterie
de réserve. Le 30 juillet, la première rencontre entre Erwin
Rommel et Adolf Hitler a lieu à Goslar lors d'un défilé militaire.
Un délégué SS venant informer Rommel qu'un bataillon SS défilerait
devant ses soldats se voit répliquer par Rommel qu'il serait
normal que ce soit l'inverse. Hitler, impressionné par cette
attitude, le fait convoquer par
Heinrich Himmler et
Joseph Goebbels. Lors de l'entretien, Goebbels et Himmler
reconnaissent que faire défiler des SS devant un bataillon d'élite
est une erreur et en imputent la faute à un subordonné un peu trop
zélé. Hitler félicite Rommel pour l'excellente tenue de ses
hommes, se fait dédicacer son exemplaire de L'Infanterie
attaque, il lui affirme que sa fidélité au régime ne serait
pas oubliée.
Dès le 15 octobre 1935,
la promesse est tenue. Rommel est promu
lieutenant-colonel et est nommé instructeur à la
Kriegsschule de Potsdam (Académie de guerre). La famille
Rommel se mêla peu à la société berlinoise et n'entretint que très
peu de relations mondaines avec les généraux. Comme à Goslar, les
amis des Rommel furent des officiers du même rang qu'Erwin ainsi
que leurs femmes. Rommel, fidèle à lui-même et pensant à sa
carrière avant tout, se garde bien de prendre la moindre position
dans les rivalités entre l'état-major de l'armée et les chefs
nazis.
En avril 1937, Rommel reçoit, en
plus de sa charge à l'Académie de Potsdam, celle d'entraîner les
Jeunesses hitlériennes. Son rôle est principalement de renforcer
le lien entre l'organisation des Jeunesses et la Wehrmacht. C'est
pour cela qu'il rencontre Baldur von Schirach, qui est chef de ces
Jeunesses. L'entrevue se passe relativement mal et Rommel va
traiter Schirach de blanc-bec. De son côté, Schirach rapporte à
Hitler que Rommel n'est pas « un nazi bon teint ». Malgré tout,
Hitler ayant besoin de l'un et de l'autre et ayant toute confiance
en Rommel, qu'il considère comme l'un de ses meilleurs
instructeurs, les deux hommes vont être forcés de s'entendre et de
travailler en commun. De plus, Rommel sortit un second manuel
Infanterie greift an (L'infanterie attaque), à l'intention des
Jeunesses hitlériennes. Hitler fit éditer ce livre dans une
édition populaire de quatre cent mille exemplaires. Début
octobre 1938, Rommel est promu colonel, et commande temporairement
le bataillon chargé de la sécurité du Führer.
Rommel, après avoir passé plusieurs jours auprès du Führer en
assurant sa protection, a pu étudier le personnage : « Hitler
possède un pouvoir magnétique sur les foules, qui découle de la
foi en une mission qui lui aurait été confiée par Dieu. Il se met
à parler sur le ton de la prophétie. Il agit sur l'impulsion et
rarement sous l'emprise de la raison. Il a l'étonnante faculté de
rassembler les points essentiels d'une discussion et de lui donner
une solution. Une forte intuition lui permet de deviner la pensée
des autres. Il sait manier avec habileté la flatterie. Sa mémoire
infaillible m'a beaucoup frappé. Il connaît par cœur des livres
qu'il a lus. Des pages entières et des chapitres sont
photographiés dans son esprit. Son goût des statistiques est
étonnamment développé : il peut aligner des chiffres très précis
sur les troupes de l'ennemi, les diverses réserves de munitions,
avec une réelle maestria qui impressionne l'état-major de
l'armée. ».
Après trois années de professorat à Potsdam, Rommel est nommé,
début novembre, directeur de l'Académie de guerre Wiener-Neustadt située au sud-ouest de
Vienne dans une région montagneuse.
À la mi-mars 1938, il est de
nouveau chargé de la sécurité du Führer. À l'approche de Prague,
Hitler lui demande : « Que feriez-vous à ma place ? », Rommel
répond avec beaucoup d'audace pour le responsable de la sécurité :
« J'irais sans escorte jusqu'à Prague et dans une voiture
découverte. » Hitler apprécie et suit le conseil. Le 23 août 1939,
Rommel est récompensé par Hitler qui le nomme général et le fait
affecter à son quartier général, pour reprendre ainsi le
commandement du bataillon assurant la sécurité du Führer, poste
qu'il a de nouveau abandonné, après l'annexion de la
Tchécoslovaquie, pour continuer à donner des cours à l'académie de
guerre.
Le 1er septembre 1939, suite à
l'incident de Gleiwitz, l'invasion de la Pologne débute ; Rommel a
une vue d'ensemble du conflit du fait de sa présence au quartier
général. Il rentre en Allemagne à la mi-octobre et est toujours
affecté au quartier général d'Hitler. Celui-ci lui demande alors :
« Qu'est-ce qui vous ferait plaisir, mon cher général ? » Rommel
répond aussitôt : « Une division blindée ! ». Hitler donne
satisfaction à Rommel et le 10 février 1940, il lui confie le
commandement de la 7e Panzerdivision en garnison à
Godesberg-am-Rhein.
À la tête de la 7e Panzerdivision
La Campagne de France commence, le
9 mai 1940, pour la 7e Panzerdivision, rattachée au 15e
Panzerkorps du général Hoth. Elle traverse les Ardennes belges et
ses avant-gardes prennent contact, le lendemain, avec les premiers
éléments français appartenant à la 1re division légère de
Cavalerie. Rommel note : « À notre premier choc avec les forces
françaises, nous ouvrîmes le feu tout de suite, ce qui les amena à
se retirer en hâte. J'ai constaté que, dans ces contacts, le
succès est au bénéfice du premier qui a pu mettre l'ennemi sous
son feu. »
L'objectif assigné à Rommel est de
franchir la Meuse dès que possible et d'établir une tête de pont
dans le secteur de Dinant, mais les Français ont pris le temps de
faire sauter les ponts de Dinant et Houx. Rommel va donc devoir
faire traverser ses troupes sur des canots en caoutchouc.
L'attaque lancée le 13 mai à cet effet rencontre une vive
résistance de la part des Français de la 18e division
d'infanterie : « Je me rendis dans le secteur de Dinant. Plusieurs
de nos chars atteints se trouvaient sur la route conduisant à la
route de la Meuse. Les obus français tombaient avec une grande
précision. Nos canots étaient détruits les uns après les autres
par le tir des Français, et la traversée ne s'effectuait pas. ».
Il ordonne donc à des Panzer IV d'appuyer le franchissement et,
grâce à cette protection, la traversée peut finalement
s'effectuer.
Sur l'autre rive, les combats font rage et Rommel doit
repousser une contre-attaque de blindés légers. Au final, les
pertes allemandes seront très faibles par rapport au succès
remporté : franchissement de la Meuse.
Le 15 mai, Rommel reçoit l'ordre
d'aller vers Philippeville. Il se réjouit de cette nouvelle, qui
lui permet d'économiser ses chars, essentiellement des Skodas
tchèques armés de canons de 37 mm, qui ne font pas le poids face à
des B1 bis, même immobilisés.
La nuit du 16 mai, Rommel fait
face aux prolongements de la ligne Maginot, à l'ouest de
Clairfayts. Il emploie ce jour-là une technique peu utilisée à
l'époque, en ordonnant à ses tankistes de tirer en roulant pour
désorienter l'ennemi. Rommel remporte un succès complet et, dès
minuit, entre dans Avesnes. Il s'empare par la suite de Landrecies
après avoir repoussé une contre-attaque de chars français. Le 17
mai, une lutte intense a lieu entre Rommel et les troupes
françaises, dans le but d'installer une tête de pont au Pommereuil,
sur la Sambre. Cette position est prise, perdue, reprise… Rommel
fait donc établir une seconde tête de pont à Berlaimont. Ainsi, il
fait de la 7e Panzer la première division à avoir franchi la
Sambre et à être en mesure de continuer son avancée. La 7e a ainsi
réalisé une percée longue d'une cinquantaine de kilomètres.
Le 19 mai, la 7e prend Cambrai en
faisant 650 prisonniers. Le 20 mai, Rommel se trouve déjà au sud
d'Arras. La majeure partie de ses troupes se trouvant encore loin
derrière, Rommel part à leur rencontre avec seulement deux chars
et une voiture de commandement mais, à proximité de Vis-en-Artois,
sur la route d'Arras, il doit faire face à l'ennemi qui détruit
les deux tanks qui l'escortent. Rommel passe ainsi plusieurs
heures encerclé par les Français, mais il est délivré par
l'arrivée du reste de la division. Le 21 mai, une contre-attaque
est lancée par les 4e et 7e régiments blindés britanniques et la
3e division légère mécanisée française, sur les hauteurs d'Arras.
Pour arrêter cette contre-attaque,
Rommel est forcé d'utiliser ses canons de DCA de 88 millimètres
puis d'appeler une escadrille d'avions d'assaut Stuka. Les Alliés
finissent par se replier sur Arras. Rommel échappe de peu à la
mort, encore une fois, et a un officier tué à son côté pendant
qu'ils étudient une carte ensemble. Les pertes sont lourdes des
deux côtés, les Allemands de la 7è Panzer de Rommel, pour ce seul
21 mai, décompte 89 tués, 116 blessés et 173 disparus ainsi qu'une
vingtaine de chars et beaucoup de matériel détruits. Le 26 mai,
Rommel est décoré de la croix de Chevalier par le lieutenant Hanke
agissant au nom d'Hitler.
Le 29, Rommel et une partie de sa division sont envoyés à
l'ouest d'Arras pour se reposer. Rommel profitera de cette
première journée pour se balader en auto dans les rues de Lille,
mais il s'aperçoit très vite que beaucoup de soldats ennemis sont
encore là. Ceux-ci, aussi surpris que lui, ne réagissent pas assez
vite. Rommel a déjà fait demi-tour, il échappe encore une fois à
la mort ou tout du moins à la capture. Le 1er juin,
la 7e Panzer, toujours en repos, a
fini de comptabiliser ses pertes. Sur un effectif de treize mille
hommes le 10 mai, la 7e de Rommel en a
perdu mille six cents (tués, blessés ou prisonniers). Elle compte
en revanche à son actif la destruction d'une centaine de chars
ennemis et la capture de quinze mille prisonniers. Rommel estime
donc que les pertes sont importantes mais tolérables.
Le
2 juin, Rommel reçoit la visite du Führer, celui-ci débute la
conversation avec Rommel en ces termes : « Mon cher Rommel, nous
avons été très inquiets pour vous pendant l'attaque. » Les deux
hommes discuteront longuement de questions militaires, discussions
qui les passionnent autant l'un que l'autre. Rommel est persuadé
que l'armée française a perdu ses meilleurs éléments et qu'elle ne
pourrait pas résister à une nouvelle offensive allemande. Hitler,
quant à lui, est persuadé qu'une contre-offensive française est
encore envisageable. Finalement, Hitler se laisse convaincre par
Rommel et ordonne de poursuivre l'offensive.
Le 5 juin, la 7e Panzer attaque
dans le secteur de la Somme, entre Longpré et Hangest, défendu par
la 5e division d’infanterie coloniale. Le village d'Hangest ne
tombe qu'en fin de journée. Rommel perd quelques chars et trois
cents hommes dans cette seule journée. Lors des assauts, Rommel
est encore une fois en première ligne et manque plusieurs fois de
se faire tuer par des rafales de mitrailleuses.
Le 6 juin, les cent cinquante
chars de Rommel doivent faire face à une nouvelle contre-attaque
française menée par le 7e régiment de cuirassiers commandé par le
lieutenant-colonel de Langles de Cary. Cette attaque n'empêche pas
la 7e Panzer d'atteindre le plateau d'Hornoy avant la tombée de la
nuit. Le 11 juin, Rommel est à Saint-Valery-en-Caux, il fait
pilonner la ville et le port, les Alliés opposent une opiniâtre
résistance dans l'attente de l'arrivée de la Marine pour les
embarquer. À la nuit tombée, un épais brouillard empêche tout
embarquement. Le 12 juin, en début de soirée, Rommel accepte la
reddition du général Ilher, qui n'a plus de munitions, il le
félicite en ces termes : « Vos hommes se sont battus avec une
grande bravoure. »
La 7e Panzer a dû mobiliser tous
ses moyens pour réduire la défense franco-britannique mais est
récompensée par la prise de douze généraux alliés dont Ilher et le
major-général Victor Fortune, entre douze et vingt-six mille
soldats dont au moins huit mille Britanniques, une centaine de
canons, cinquante-huit blindés légers et trois cent soixante-huit
mitrailleuses, ainsi que des milliers de fusils et de camions.
Le 14 juin, la 7e Panzer progresse
de deux cent soixante kilomètres en une journée, partant de la
Haute-Normandie, elle arrive dans le Cotentin, où elle s'attaque à
Cherbourg, le 15 juin, qui capitulera après seulement trois jours
de combat, le 18 juin. Rommel capture trente mille soldats, dont
un préfet maritime, l'amiral Jules Le Bigot et surtout le
commandant des forces navales du Nord, à savoir l'amiral Abrial.
Le 24 juin, la 7e Panzer arrive à
Bordeaux. Le 29, le général Rommel organise un défilé de la 7e
dans les rues de Bordeaux. La 7e Panzer passera l'hiver en Gironde
et plus précisément dans le camp de Souge.
Voici ce qu'il écrit à sa femme, ce
6 janvier 1941 :
« Nous attendons pour demain des visiteurs de marque qui
viennent inspecter nos cantonnements. Nous sommes loin d'être
confortablement installés. Les vignerons de la région passaient
leur vie, voici mille ans, dans les mêmes misérables taudis
qu'aujourd'hui : maison construite en moellons de grès, avec des
toits plats en tuiles rondes, exactement semblables à celles des
Romains. Beaucoup de villages n'ont pas l'eau courante, et les
habitants se servent encore de vieux puits. Les maisons sont très
sommairement aménagées pour se protéger contre le froid : les
fenêtres ferment mal et l'air siffle à travers les fentes. En
revanche, la ville de Bordeaux offre une architecture d'une noble
et grande beauté. »
À la tête de l'Afrika
Korps
Le 4 février 1941, Rommel, en
permission, est chez lui, à Herrlingen, quand il reçoit la visite
d'un aide de camp d'Hitler. Celui-ci lui annonce qu'il est
convoqué deux jours plus tard pour rencontrer le maréchal Walther
von Brauchitsch et le Führer. Rommel raconte :
« Le 6 février le maréchal von
Brauchitsch me fait part de ma nouvelle mission. Pour remédier
à la situation critique de nos alliés italiens en Afrique du
Nord, deux divisions, une motorisée et une blindée, doivent
partir pour la Libye où elles leur prêteront main-forte. On me
charge d'assumer le commandement des deux unités, et je suis
invité à me rendre en Libye dans les délais les plus brefs,
afin de reconnaître les diverses possibilités d'utilisation de
nos forces. L'arrivée des premiers contingents est prévue dans
près d'une semaine, et celle des derniers de la 5e division
légère motorisée pour mi-avril. À la fin mai, les derniers
éléments de la 15e Panzerdivision seront à pied d'œuvre. Il
est aussi prévu que certaines unités italiennes d'Afrique
seront placées sous mes ordres. Dans l'après-midi, je me suis
rendu auprès du Führer, qui a tenu à me décrire la situation
militaire en Afrique. »
Théoriquement l'Afrikakorps
est composé de la 5e Leichte division
(5e division légère) et de la 15e
panzerdivision qui furent placées sous les ordres du général
italien Italo Gariboldi. Hitler expliqua ainsi le choix de Rommel pour
cette opération :
« J'ai choisi Rommel parce qu'il
sait, comme Dietl à Narvik, mobiliser ses troupes. C'est une
qualité essentielle pour qui commande une armée qui se bat
dans les pays aux conditions climatiques très dures, comme
l'Arctique ou l'Afrique du Nord. »
En pratique,
Joseph Goebbels et Adolf Hitler veulent reprendre la direction
de ce vaste théâtre d'opération aux Italiens, pour en faire une
grande épopée dont la
Propagandastaffel pourrait se servir.
Offensive de
1941
Le 12 février 1941 vers midi,
Rommel atterrit à Tripoli où, après un bref exposé de la situation
par le lieutenant-colonel Heggenreiner, il rencontre le général
Italo Gariboldi. Malgré la réticence du général italien à toute
offensive prématurée sur les Britanniques, Rommel obtient de
pouvoir faire diverses opérations limitées ayant pour but de
tester les résistances adverses. Les troupes germano-italiennes au
début de ces opérations s'élèvent à 3 000 Italiens et
9 300 Allemands. Le 24 mars, un bataillon de la 5e division
motorisée attaque El Agheila que les Britanniques abandonnent sans
livrer de combats. Le 1er avril, Rommel attaque Maesa-el-Brega,
faisant du même coup 800 prisonniers chez les Britanniques. Le 2
avril, c'est la prise de Agedabia qui force les Britanniques à se
retirer sur la position d'El-Mechili. Cette position est
rapidement encerclée par les Germano-Italiens. El-Mechili est
défendu par les débris de la 2e division mécanisée britannique, la
3e brigade motorisée indienne, une batterie du Royal Horse
Artillery et une unité du 3e régiment antichars australien. Le 8
avril, une tentative de sortie britannique se solde par un échec
face au 8e régiment de Bersaglieri. Les généraux Gambier-Parry et
Vaughan sont fait prisonniers par le colonel Ugo Montemurro ainsi
que 1 700 hommes et 500 véhicules divers.
Peu de temps après, les
Britanniques évacuent Benghazi et se replient sur Tobrouk, mais
leur retraite n'est pas de tout repos. Rommel ne peut cependant
continuer son offensive, tant que Tobrouk n'est pas tombé. Tobrouk
abrite une garnison de 36 000 hommes, dont une cinquantaine de
chars, quatre régiments d'artilleries lourdes et deux régiments
antichars. À la mi-avril 1941, Rommel encercle Tobrouk avec les
divisions italiennes Brescia, Ariete et Trento, ainsi qu'avec la
15e division motorisée allemande soit environ 40 000 hommes.
Durant un peu plus d'un mois, les combats se succèdent sans
qu'aucun belligérant ne prenne l'avantage.
Le 18 novembre, les combats sont
relancés par les Britanniques, qui souhaitent délivrer Tobrouk au
plus vite. Le général Cunningham, lance cette offensive avec une
armée forte de 735 chars, alors que les forces de l'Axe ne
disposent pas de plus de 390 chars. C'est l'opération Crusader. Le
premier combat a lieu à Bir-el-Gobi qui protège le front sud de l'AfrikaKorps.
Les 150 chars de la 22e brigade blindée britannique attaquent la
division Ariete. La division Ariete résista toute la journée et
mit en déroute les chars Crusader britanniques. Le résultat de
cette journée est une perte de 75 chars du côté britannique contre
34 seulement du côté italien. L'aile gauche de Rommel est ainsi
sauvée.
Le 21 novembre, aux alentours de Sidi-Rezegh les chars de la 21e
panzerdivision, fraîchement débarquée, détruisent 113 chars
ennemis. Le 28 novembre, les forces britanniques tentent une
sortie de Tobrouk et arrivent à rejoindre les forces de
Cunningham, mais Rommel parvient à ré-encercler Tobrouk dans une
situation similaire à celle précédent la sortie.
Le 9 décembre, Rommel organise une
réunion avec son homologue italien Ettore Bastico, qui a succédé à
Gariboldi, pour lui faire admettre l'idée d'une retraite tactique
pour ne pas subir le même sort que les troupes italiennes avant
l'arrivée des Allemands. Bastico, bien qu'hostile à cette idée,
finit par s'y plier. Le 16 décembre, le siège est levé et la
retraite s'effectue en bon ordre. Le 25, les Britanniques entrent
dans Benghazi alors que les Allemands se retirent sur Agedabia.
Rommel doit attendre impérativement des renforts avant de
reprendre l'offensive.
Offensive de
1942
Le 21 janvier 1942, Rommel
déclenche l'offensive et anéantit la 1re division blindée
britannique. Le 29 janvier, Benghazi tombe entre les mains de
l'axe puis les Germano-italiens atteignent la ligne britannique
qui part de Gazala (à l'ouest de Tobrouk) pour s'étendre dans le
sud aux environs de Bir-Hakeim. S'ensuit une pause durant laquelle
l'Oberkommando der Wehrmacht et le haut-commandement italien
mettent au point un plan d'invasion de l'Égypte. En mai 1942,
l'offensive est relancée, le but de l'offensive est la prise du
canal de Suez. Disposant d'effectifs moins importants que ceux de
l'ennemi en particulier en termes de blindés, 575 chars côté axe
contre 994 pour les alliés, Rommel choisit de procéder à une
manœuvre d'enveloppement par le sud, après une démonstration des
italiens sur El-Gazala.
Le 26 mai 1942, vers 14 heures,
les Italiens attaquent Gazala tandis que les Panzer de Rommel
avancent au sud de Bir-Hakeim. Rommel a surpris le général Ritchie
et menace en remontant au nord de couper la retraite à la 8e armée
vers l'Égypte. Mais l'échec du général Stefanis et de sa division
Ariete, appuyés fortement par la Luftwaffe, oblige Rommel à
marquer une pause dans son mouvement et mener un siège en règle de
Bir Hakeim.
Le lendemain de la prise de Tobrouk, le 22 juin, Rommel se
trouve à la frontière égyptienne. Il apprend par la radio qu'il
vient d'être promu maréchal.
Claude Auchinleck qui a remplacé
Ritchie, à la tête de la 8e armée, va y mener une bataille
défensive, que l'on appelle généralement, la première bataille
d'El Alamein. Cette lutte d'usure qui dure tout le mois de
juillet, épuise surtout l'Afrika Korps qui a peu de moyens de
renfort et dont les lignes de ravitaillement sont étendues.
L'avance des Allemands et des Italiens ayant été stoppée, on peut
considérer qu'il s'agit d'une victoire pour les alliés.
Le 28 août, Rommel tente une percée pour bousculer les forces
britanniques avant qu'elles ne se renforcent. La manœuvre échoue
essentiellement par manque de carburant. Le 3 septembre, ses
forces rentrent à leur base de départ après avoir perdu 42 chars
sur le terrain. Il organise alors son front défensivement et
rentre malade et découragé en Allemagne le 22 septembre pour se
soigner. Il est remplacé par le général Stümme en provenance du
front de Russie.
Pendant ce temps, Bernard Montgomery, fraîchement arrivé, organise les préparatifs
de la seconde bataille d'El Alamein en reconstituant ses forces.
Rommel revient en Afrique dès le 25 octobre, le général Stümme
ayant été tué dès le début de la seconde bataille d'El Alamein.
Montgomery mène une offensive
décisive, repoussant l'Afrika Korps et les forces italiennes
jusqu'en Libye. Cette défaite de Rommel est considérée comme un
des tournants de la guerre par beaucoup d'historiens, au même
titre que la Bataille de Stalingrad, car l'axe ne reprit jamais
l'offensive par la suite sur le front africain. Winston Churchill
résuma cette bataille dans les termes suivants : « Ce n'est pas la
fin, ni même le commencement de la fin. Mais c'est peut-être la
fin du commencement ».
La retraite
Hitler avait donné l'ordre à Rommel de résister jusqu'au bout,
malgré cela Rommel décide d'abandonner la bataille et de ne pas
sacrifier inutilement les troupes et le matériel qui lui reste.
Ainsi, il ne lui reste plus que 32 chars, le
4 novembre, lorsque les combats cessent.
La retraite, plus ou moins aisée
pour les Allemands qui disposent d'un grand nombre de véhicules et
donc d'une grande mobilité. Les Italiens subissent le feu ennemi
ou se rendent. Le général Francesco Scotti (division Trento)
dépose les armes, n'ayant plus de munitions. Plus au sud, ce sont
les restes des division Pavia, Brescia et Folgore qui capitulent.
Les généraux Ferraro Orsi (10e corps) et Priederi (Brescia) se
font tuer au combat. La Folgore choisit la reddition face au
général Hugues.
Rommel, persuadé que la percée en
Égypte n'est plus possible, est convaincu qu'il faut se retirer en
Tunisie pour continuer le combat. Cette conviction est renforcée
par la réussite de l'opération Torch qui a permis aux
Américano-britanniques de débarquer au Maroc et en Algérie.
Alors que Rommel est forcé de continuer sa retraite, tout en
ralentissant les Alliés avec succès malgré une infériorité
numérique d'un soldat de l'axe pour trois alliés, les renforts
promis par Hitler en chars lourds
Tigre I arrivent enfin.
Le 29 novembre, Rommel arrive à Berlin pour convaincre le Führer
d'abandonner le théâtre africain en rapatriant les troupes
restantes en Libye. Il lui fait état de la situation réelle sur le
terrain, provoquant un accès de rage de la part d'Hitler. Hitler
ne cède pas et après l'avoir couvert de reproches, renvoie Rommel
en Afrique continuer le combat.
En Tunisie, la résistance de l'Axe face à la
1re armée britannique est très
efficace. Les assauts sont fréquemment repoussés, laissant un
grand nombre de prisonniers britanniques entre les mains des
Allemands. Par ailleurs des pluies torrentielles empêchent les
alliés d'avancer en direction de Tunis.
Le 22 janvier, Rommel se résigne à évacuer toute la
Tripolitaine pour aller se réfugier sur la
ligne fortifiée de Mareth, dans le sud de la Tunisie.
À la mi-février, Rommel bien que
malade décide de reprendre l'initiative. Ainsi, il lance une
contre-attaque en direction de Kasserine et Tebessa en Tunisie.
Cette contre-attaque est un succès. Le 5e régiment de Bersaglieri
fait à lui seul plus de 3 000 prisonniers américains, ou, autre
exemple, la 21e Panzerdivision détruit une centaine de chars
ennemis. Le 2e corps américain est complètement enfoncé et ne
cherche quasiment pas à résister.
Le 23 février 1943, Rommel reçoit
enfin le commandement intégral du groupe d'armée Afrika. Le 26
février, il évalue sa situation dans une lettre adressée à sa
femme :
« Les conditions ne semblent pas du tout réunies pour une
victoire rapide sur le front tunisien. Nos moyens fondent à
vue d'œil. Nos réserves sont insuffisantes. Comme toujours, le
ravitaillement n'arrive qu'en trop petites quantités. La
marine italienne fait tout ce qu'elle peut pour nous fournir
le matériel nécessaire, mais l'absence de radar et de
porte-avions se fait durement sentir. Je me creuse jour et
nuit le cerveau pour essayer de trouver une bonne solution,
mais je bute toujours sur les mêmes problèmes. Malgré de très
lourdes pertes causées aux unités alliées, le rapport de force
n'est pas modifié. La supériorité matérielle des Alliés est
toujours écrasante : vingt contre un pour les blindés ! »
Début mars, une nouvelle offensive est lancée à l'encontre de
la 8e armée britannique, dans le
secteur de Medenine pour dégager la ligne Mareth en contournant
les forces de Montgomery. La 10e
Panzerdivision échoue du fait d'une infériorité numérique
écrasante (160 chars allemands contre 600 britanniques). Cette
offensive se solde par la perte de 52 chars pour l'Afrika Korps.
Malgré l'infériorité numérique (1 pour 7) les germano-italiens
remportent quelques succès et parviennent à résister et à tenir le
terrain encore en leur possession.
Le
retour à Berlin
Le 8 mars 1943, Rommel fit ses
adieux à son vieux compagnon Bayerlein à Benizelten, village
tunisien situé dans la chaîne montagneuse des Matmata. Le 9 mars
1943, il quitta définitivement le sol africain en décollant de
Sfax en Tunisie pour retourner en Allemagne, en passant par Rome.
Le 10, Rommel arrive en Allemagne et va directement au QG de
Rastenburg en Prusse-Orientale. Là il s'entretient longuement avec
Adolf Hitler auquel il souhaite faire accepter le retrait des
troupes allemandes d'Afrique.
« Hitler se montra totalement fermé à tous mes arguments,
qu'il élimina les uns après les autres, persuadé alors que je
m'étais laissé envahir par le doute et le pessimisme. Je
déclarai qu'il était indispensable de rééquiper les divisions
d'Afrique en Italie et de les placer en défense sur les côtes
de l'Europe du Sud. »
Après avoir passé quelque temps en famille, Erwin Rommel est
hospitalisé dans l'hôpital de
Semmering en avril. Durant son séjour à l'hôpital, il apprend
les mauvaises nouvelles en provenance de Tunisie, où les combats
sont de plus en plus inégaux. Ces nouvelles renforcent dans
l'esprit de Rommel le rejet des élites nazies dans lesquelles il
ne croit plus, et en particulier d'Hermann
Goering :
« Quant à ce gros lard, la situation tragique de nos armées ne
semblait pas du tout le troubler. Il faisait alors la roue et
se rengorgeait sous les grossières flatteries de tous les
imbéciles qui composent sa cour, ne parlant que de bijoux et
de tableaux. Une telle attitude m'aurait peut-être amusé à un
autre moment, mais alors elle ne cessa de m'exaspérer. Goering
était possédé d'une ambition absolument démesurée. Sa vanité
et son orgueil ne connaissaient aucune limite. »
Normandie
Le 5 novembre 1943, il est nommé
inspecteur des fortifications à l'Ouest, le mur de l'Atlantique
construit pour tenter d'interdire le débarquement des Alliés,
devenu inéluctable, sur le littoral du nord-ouest de l'Europe.
Puis le 15 janvier 1944, il est nommé chef du groupe d'armées B,
en charge de la défense des côtes de la Manche. Il installe alors
son quartier-général au château de la Roche-Guyon, sur une boucle
de la Seine, au nord-ouest de la région parisienne.
Après l'inspection du mur, en avril 1944, il déclare :
« Si vous pensez qu'ils arriveront par beau temps, en
empruntant l'itinéraire le plus court et qu'ils vous
préviendront à l'avance, vous vous trompez… Les Alliés
débarqueront par un temps épouvantable en choisissant
l'itinéraire le plus long… Le débarquement aura lieu ici, en
Normandie, et ce jour là sera le jour le plus long. »
Sous son impulsion, les défenses littorales vont être
sérieusement renforcées. Si comme les autres généraux allemands,
il pense que le mur ne sera pas suffisant pour repousser un
débarquement, il estime que « le rivage constitue la première
ligne de résistance. » Selon Rommel, les Alliés devront être
repoussés par un combat dès les premiers jours sur la zone
littorale, au contraire d'autres généraux allemands comme Von
Rundstedt ou Guderian qui pensent qu'il sera plus facile de battre
l'ennemi plus à l'intérieur des terres.
La construction de points fortifiés s'accélère sur la côte de
la Manche durant l'hiver et le printemps 1944, malgré le manque de
moyens. Rommel fait également installer de nombreux et divers
obstacles le long des plages, pour gêner le débarquement des
barges, ainsi que dans les champs à l'arrière, susceptibles de
servir de terrain d'atterrissage à des troupes aéroportées. Les
pieux, dont certains munis d'explosifs, plantés dans les champs
recevront ainsi le surnom d'« asperges de Rommel ». Il demande
aussi à ce que le terrain soit largement miné.
Le jour du débarquement allié en
Normandie, le 6 juin 1944, Rommel se trouve en Allemagne. Il était
parti la veille à Herrlingen, près d'Ulm, fêter l'anniversaire de
sa femme mais surtout devait rencontrer Hitler le lendemain, entre
autres pour essayer de le convaincre de mettre à sa disposition
deux panzerdivisions que Rommel souhaitait disposer près des côtes
du Calvados. À l'annonce du débarquement, il rentre le soir même,
sans rencontrer Hitler, à son QG de la Roche-Guyon.
10 jours plus tard, Hitler se rend dans son quartier-général du
Wolfsschlucht II, à
Margival dans l'Aisne et y convoque Rommel ainsi que von Rundstedt, furieux que les Alliés n'aient pas été repoussés à
la mer. L'entretien est houleux. Rommel fait une présentation du
front. Il indique que Cherbourg tombera prochainement aux mains
des Alliés alors qu'Hitler avait demandé que ce port soit défendu
à tout prix.
Rommel préconise un repli allemand d'une quinzaine de
kilomètres au sud et à l'est de l'Orne pour redéployer ses
panzerdivisions et ainsi envisager une contre-offensive. Il
demande également que l'on commence à préparer une ligne de
défense sur la Seine, appuyé dans ce sens par von Rundstedt.
Hitler refuse catégoriquement. D'une manière plus générale, il est
rapporté que Rommel exhorta Hitler à mettre fin à la guerre, que
l'Allemagne était à la limite de rupture sur trois fronts
(Normandie, Italie et front de l'Est), ce qui mit le Führer en
rage.
Celui-ci répondit que le bombardement de Londres par les V1 et
l'arrivée des avions à réaction mettraient les Britanniques à
genoux. Rommel espère qu'Hitler et des généraux de l'état-major se
rendront à la Roche-Guyon les jours suivants pour prendre
conscience de la réalité de la situation.
Mais Hitler rentre en Allemagne dès le lendemain.
Mitraillage de sa voiture
Rommel est grièvement blessé le 17 juillet 1944 lors du
mitraillage de sa voiture sur une route normande par deux avions
alliés ; ceux du pilote français
Jacques Remlinger (qui n'apprendra le nom du passager du
véhicule qu'en 1990) et du pilote néo-zélandais Bruce Oliver. Les
circonstances et les suites de l'accident ont été rapportées par
l'amiral
Friedrich Ruge, ami et adjoint du maréchal allemand en
Normandie.
Le ciel s'est complètement dégagé
et les avions alliés manifestent une grande activité. Rommel gagne
Livarot par des chemins secondaires, puis Vimoutiers où il rejoint
la route nationale. Deux avions aperçoivent la voiture et
l'attaquent non loin du village de Sainte-Foy-de-Montgommery.
La logique aurait voulu que le véhicule arrête brutalement et
que ses occupants se jettent dans le fossé, mais Rommel, toujours
méprisant face au danger, ordonne à son chauffeur d'accélérer. Une
tentative pour atteindre le virage suivant en augmentant la
vitesse échoue. Un projectile de 20 mm atteint le chauffeur Daniel
à l'épaule : il perd le contrôle du véhicule, qui fait une
embardée et se met en travers de la route. Rommel, projeté au
dehors, gît sans connaissance. La capitaine Lang, qui se trouvait
sur le siège arrière, à droite, en sort indemne.
Rommel est transporté à l'hôpital
de la Luftwaffe de Bernay. Le diagnostic tombe dans la soirée :
quatre fractures du crâne dont une à la base, éclats au visage,
très longue indisponibilité. Le lendemain, Rommel est très faible
mais a reconnu le capitaine Behr qui lui a rendu visite. Il est
évacué sur l'hôpital militaire allemand du Vésinet en région
parisienne.
Complot contre Hitler et suicide forcé
Rommel, comme de nombreux officiers généraux allemands, ne
cachait plus qu'il fallait négocier une paix séparée avec les
Alliés occidentaux. Il manifestait au cours de discussions son
opposition à la manière dont Hitler menait la guerre. Il avait des
contacts de plus en plus réguliers à la Roche-Guyon avec la frange
d'officiers désormais décidés à écarter Hitler du pouvoir. Mais
s'il se ralliait à cette idée, il semble que Rommel, au contraire
de plusieurs officiers, n'ait jamais voulu tuer Hitler.
Le 20 juillet 1944 a lieu un
attentat à la bombe contre Hitler dans son quartier général du
Wolfsschanze (« la tanière du loup » en français) en Prusse
Orientale. Le complot mené par le colonel Claus von Stauffenberg
devait éliminer Hitler et permettre à l'armée de prendre le
pouvoir et de tenter de négocier une paix séparée avec les
Occidentaux. Mais l'attentat échoue et la répression menée par les
SS s'abat sur les officiers de l'armée allemande impliqués, de
plus ou moins près, dans ce complot.
Rommel ne faisait pas partie du premier cercle des
conspirateurs du 20 juillet. Il avait d'ailleurs, quelques jours
plus tôt, été grièvement blessé dans le mitraillage aérien de sa
voiture. Il ne fut donc pas inquiété lors des arrestations de
juillet et août.
Mais en
octobre 1944, alors qu'il était encore en convalescence chez
lui à
Herrlingen il reçut l'ordre de se suicider, en échange de la
préservation de son honneur et du respect de sa famille. Une telle
issue préservait également les dirigeants nazis d'un éventuel
contrecoup qu'aurait provoqué l'incarcération, voire l'exécution
d'un général devenu populaire au fil de ses victoires auprès de la
population.
La relation qu'en donne l'amiral Friedrich Ruge est la suivante :
« Le 14 octobre 1944 (un
dimanche), les généraux Burgdorf et Maisel, annoncés par
l'OKW, arrivèrent à Herrlingen dans la matinée. Burgdorf
s'entretint en tête à tête avec Rommel et lui révéla que les
officiers arrêtés après le 20 juillet l'avaient désigné comme
chef suprême de l'armée, voire comme chef de l'État. Hitler
lui donnait le choix : comparaître devant un tribunal ou
s'empoisonner. Dans ce dernier cas, il n'arriverait rien à sa
femme et à son fils.
Après l'entretien, Rommel, le visage pétrifié, alla trouver sa
femme et lui dit : "Dans un quart d'heure, je serai mort".
Elle essaya de le déterminer à comparaître devant le tribunal
du peuple, mais il refusa. Il le fit très certainement dans la
conviction qu'il n'arriverait pas vivant, qu'il serait tué au
cours du trajet vers Berlin, sous le camouflage d'un accident.
Devant le tribunal du peuple, le procès ne demeurerait pas
secret et Hitler ne pouvait pas se permettre de laisser la
nouvelle se répandre dans tout le pays. Rommel choisit donc le
poison pour sauver sa femme et son fils qu'il aimait
infiniment. Il leur dit adieu et quitta la maison avec les
deux généraux dans une voiture conduite par un SS. Peu de
temps après, son corps était amené dans un hôpital d'Ulm. La
cause du décès fut attribuée à une thrombose coronaire. Son
visage exprimait le mépris le plus intense. »
Le général Burgdorf interdit au médecin chef, le Dr Mayer de
pratiquer une autopsie en disant : « Ne touchez pas le cadavre,
tout est réglé de Berlin. »
On expliqua à madame Rommel que la mort résultait d'une
embolie.
La cérémonie funéraire eut lieu le 18 octobre 1944 à l'hôtel de
ville d'Ulm. Le
Generalfeldmarschall von Rundstedt était chargé de représenter Hitler. Il lut un
discours qui contenait cette affirmation pathétique : « Son cœur
appartenait au Führer ». Mais Von Rundstedt n'assista pas à la
crémation qui eut lieu aussitôt après, et ne se rendit pas dans la
maison mortuaire à Herrlingen. Hitler offrit à Rommel des
funérailles nationales, dans le but de masquer la vérité, et de
ménager l'opinion publique.
Postérité
- Son fils, Manfred Rommel
violoniste émérite dans les années 64-68 puis maire CDU de
Stuttgart de 1974 à 1996, dit de lui : « Toutes les vertus
secondaires comme le courage, la discipline, la fidélité,
l'endurance n'ont un effet positif qu'aussi longtemps qu'elles
servent une cause positive. Si une cause positive devient
négative, les vertus secondaires deviennent problématiques.
Pendant le règne d'Hitler, les soldats allemands ont dû en faire
l'amère expérience. »
- Des casernes allemandes portent
actuellement son nom.
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