Vladimir Vladimirovitch Poutine est né le 7 octobre 1952
à Leningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg). Il fut le deuxième
président de la Fédération de Russie, au pouvoir, d'abord par
intérim, puis pendant deux mandats entre le 31 décembre 1999 et le
7 mai 2008, date à laquelle
Dmitri Medvedev lui succède. Il a été président du
gouvernement de la Fédération de Russie entre 1999 et 2000 et
l'est de nouveau depuis le 8 mai 2008.
Enfance, jeunesse et formation
Vladimir Poutine est issu d'une famille ouvrière dont il est le
troisième enfant. Son père Vladimir Spiridonovitch (1911 - 1999)
et sa mère Maria Ivanovna, née Chelomova, (1911 - 1998) qui
avaient survécu aux 900 jours du
siège de Léningrad durant la
Seconde Guerre mondiale, avaient auparavant eu deux fils,
Viktor et Oleg, nés dans les années 1930, mais décédés en bas âge.
Ses grands-parents étaient des paysans du village de Pominovo,
dans le district de Tourguinov (oblast de Tver), au nord de Moscou. Selon un biographe de Vladimir
Poutine, le grand-père, Spiridon, fut le premier de la lignée à
naître après l'abolition du servage dans l'empire tsariste. Le
grand-père de V. Poutine, dont celui-ci a dit qu'il était le
membre de sa famille qu'il admirait le plus, aurait été garde du
corps et goûteur de Lénine puis de Staline.
Poutine est un sportif accompli : il pratique la lutte russe,
le
sambo et le judo
depuis l'âge de 11 ans (il a été plusieurs fois champion de sambo
de Saint-Pétersbourg ; il a obtenu le titre de
maître des sports, de sambo en 1973 et de judo en 1975),
joue au
tennis, fait du ski, de
l'équitation et de la natation. Il pilote occasionnellement des
avions de chasse.
Il a épousé en 1983 Lioudmila Aleksandrovna Chkrebneva (née le 6 janvier 1958 à
Kaliningrad et diplômée de la faculté des lettres de
l'université de Volgograd) et est père de deux filles, Maria (née
en 1985 à Léningrad) et Ekaterina (née en 1986 à Dresde).
Il parle couramment l'allemand,
ayant habité et travaillé plusieurs années en Allemagne de l'Est.
Il parle également l'anglais,
mais préfère utiliser des interprètes en conversant avec les
anglophones.
Vladimir Poutine fait des études de droit à l'Université
de Léningrad où il obtient en 1975
son diplôme avec un mémoire consacré à la politique des États-Unis
en Afrique.
Anatoli Sobtchak, à l’époque professeur à l’université et
futur maire de la ville, est son superviseur académique.
Après une formation à Moscou, il
devient membre du KGB, où il sert pendant quinze ans au sein de la
« Première direction générale », le service de renseignements
extérieurs, notamment en Allemagne, en Autriche et en Suisse. En
1985, il sera envoyé en République démocratique allemande, dans le
Groupe des forces armées stationné sur place. Il passe cinq ans à
Dresde où, sous la couverture de directeur de la « Maison de
l’amitié germano-soviétique », il œuvre pour le KGB.
Ascension vers le pouvoir
Avec la réunification allemande et
le démantèlement des installations du KGB à Dresde, Poutine sera
mis en réserve, retournant à Leningrad début 1990 en tant
qu’adjoint aux affaires internationales du recteur de l’Université
de Leningrad. Cette même année, Sobtchak l’invite à devenir
conseiller aux affaires internationales du Soviet de la ville. En
août 1991, il joue un rôle dans les négociations délicates entre
le KGB de Leningrad et les structures militaires liées aux
putschistes du Kremlin.
Du KGB à la mairie de Saint-Pétersbourg
Il démissionne officiellement du KGB le
20 août 1991 avec le grade de
lieutenant-colonel. De juin 1991 à juillet 1996, Poutine est
l’une des personnalités les plus influentes de la politique
municipale, l' « éminence grise », officiellement comme président
du Conseil de la ville. Il est responsable des relations
extérieures de la mairie de Saint-Pétersbourg, et, à partir de
1994, premier adjoint du maire Anatoli Sobtchak (qui a été son professeur à la faculté de Droit).
À l’automne 1995,
ce dernier le nomme président de la section locale de « Notre
Maison la Russie » (Nach Dom Rossiïa), le parti du
président du gouvernement Tchernomyrdine. Il sera chargé de diriger la campagne des
élections législatives dans la région pour le compte de NDR. Il
restera fidèle à Sobtchak malgré la défaite de ce dernier à
l’élection municipale de 1996, refusant de travailler avec Iakovlev, de peur de donner l’« apparence de
la trahison ». Il démissionne en 1996.
Au service de l'administration de Boris Eltsine
En août 1996 il est nommé à Moscou
adjoint au directeur des affaires de la Présidence,
Pavel Borodine. En mars 1997, il entre dans l’administration
présidentielle pour en devenir vice-président moins d’un an plus
tard, chargé du Département principal de contrôle doté de pouvoirs
étendus. Il devient ensuite (à partir du mai 1998) vice-directeur
de l'administration présidentielle chargé de la gestion des
relations avec les régions, toujours avec une importante influence
dans le milieu des pouvoirs. En juillet 1998,
il est nommé directeur du
FSB (Service fédéral de sécurité, l'ex-KGB), poste qu'il occupera
un peu plus d'un an, jusqu’à sa nomination comme Premier ministre
le 9 août 1999. Il occupe en parallèle, de mars à août 1999, un
poste de secrétaire du Conseil de sécurité de la Russie.
Présidence de la Fédération de
Russie (2000-2008)
Vladimir Poutine est
officiellement élu président de la Fédération de Russie le 26 mars
2000 dès le premier tour de l'élection présidentielle anticipée
avec 52,52 % des suffrages contre 29,2% à Guennadi Ziouganov et
5,8% à Grigori Iavlinski. Quant aux neuf autres candidats, ils
recueillent chacun moins de 3% des voix. Il entre officiellement
en fonctions pour son premier mandat le 7 mai 2000. En mars 2004,
il est réélu à la tête de la Russie avec 71,22 % des suffrages.
Pratique du
pouvoir
Depuis son ascension au pouvoir, Vladimir Poutine, déterminé à
restaurer ce qu'il appelle « la verticale du pouvoir », gouverne
avec un style considéré par certains analystes comme autoritaire
qui aurait mis fin à une libéralisation politique introduite par
Gorbatchev avec la
perestroïka et la
glasnost et qui s'était poursuivie sous
Boris Eltsine.
La reprise en main du pays par l'administration de Poutine,
après la période de troubles et de laissez-faire qui a prévalu
sous
Boris Eltsine, satisfait une grande partie de la population,
lassée des soubresauts politiques et du capitalisme en transition
(la « thérapie de choc ») apparu après la chute du communisme, ou
nostalgique de la puissance de l'ex-Union soviétique disparue en 1991.
Cette reprise en main répond également au risque que fait peser
sur l'unité de la
Fédération de Russie la montée en puissance des nationalismes
dans les républiques ethniquement non-russes et des gouverneurs
locaux toujours plus autonomes : l'affaiblissement du pouvoir
central et l'effondrement économique et social consécutif à la
disparition de l'Union soviétique ont, en effet, contraint
les grandes régions russes à chercher à s'auto-administrer au
cours des années 1990.
Au
cours de ses deux mandats, le président Poutine n'a cessé de
renforcer le poids des services de renseignements dont il est
issu, ainsi que ceux de la police et de l'armée,
ceux qu'on appelle en russe les siloviki (les hommes de
force).
En effet, selon le politologue Viatcheslav Avioutskii, les
« guébistes » (cadres du
FSB (ex-KGB))
perdront provisoirement de leur influence durant la période
Eltsine, qui restait très méfiant à l'égard du KGB, mais
reviendront en force avec Poutine. Ils ont utilisé un réformateur
assez mou,
Mikhaïl Gorbatchev, pour détruire un système devenu tout
bonnement inefficace. Les guébistes se percevaient comme la seule
force morale capable d'endiguer la corruption qui avait gagné
l'ensemble des dirigeants soviétiques. À leurs yeux, le pouvoir
devait rester entre les mains des militaires, au sens large, et
dans celles de la sécurité nationale ».
Les siloviki se voient avant tout comme des patriotes
soucieux du redressement et du développement de leur pays, par
opposition aux
oligarques soutenus par l'Occident, animés avant tout par le
désir de bâtir une fortune personnelle sur les décombres de
l'Union soviétique et peu regardants sur les moyens pour y
arriver. En réalité, les cas de prévarication ou de corruption
concernent également des représentants des « organes ». Ces
derniers et des personnalités influentes venues de
Saint-Pétersbourg (les piterskiïé), ville natale de
Poutine (et aussi la plus « européenne » des grandes villes
russes), sont dorénavant bien présents dans la politique et
l’administration présidentielle. Ensemble, ils forment, écrit
Macha Lipman, analyste à la
Fondation Carnegie pour la Paix Internationale, « un système
vertical clos ». Le parrainage par Vladimir Poutine de
Dimitri Medvedev au poste de chef de l'État (gagnant de l'élection
présidentielle de mars 2008), un juriste de réputation libérale et
non issu du milieu des siloviki, laisse cependant supposer
que ce système politique conserve un certain degré d'ouverture.
Outre l'instauration d'une plus grande stabilité, un certain
nombre de dirigeants occidentaux apprécient le fait que Vladimir
Poutine ait favorisé une
économie ayant renoué avec la croissance, favorable aux
échanges commerciaux et propice aux grands contrats.
Relations avec les « oligarques »
Dès le début de son mandat présidentiel, Vladimir Poutine
afficha de façon déterminée son objectif d'instaurer la
« dictature de la loi » et de lutter contre la
mafia para-étatique et des fraudes fiscales des
oligarques industriels et financiers, dont la mainmise sur
l'économie russe devenait une préoccupation majeure de la
population après une ère de laisser-faire et de complicité de
Boris Eltsine dans la création de cette oligarchie.
Mais si la Russie s'est relevée économiquement et si la
législation et la réglementation financière et économique ont fait
des progrès notables, Vladimir Poutine n'est cependant pas parvenu
à éradiquer la corruption au sein de l'appareil étatique, un
phénomène qui avait pris une ampleur importante avant même la
dissolution de l'Union soviétique. La nation russe passe
selon l'indice
de perceptions de la corruption du 79e
rang sur 91 en 2001 au 143e rang sur
179 pays en 2007. Il n'a pas non plus développé réellement un État
de droit au sens où on l'entend en Europe de l'Ouest. Il n'a, par contre, jamais remis en question le
formalisme démocratique et parlementaire du régime, ainsi que la
constitution, laissant ainsi ouvert la possibilité d'une évolution
démocratique du pays selon le modèle occidental.
L'évincement des oligarques des médias qu'ils possédaient (Berezovski,
Goussinski et quelques autres) a renforcé le contrôle de l'État
sur l'information de masse et a induit une certaine censure de
fait nuisible au pluralisme politique en Russie. Toutefois, à côté
d'un large soutien de la population à la personne de Vladimir
Poutine et malgré une omniprésence de l'appareil médiatique
para-étatique, il existe en Russie des opposants déclarés à la
politique présidentielle et une fraction des médias conserve un
regard critique (y compris des médias comme, par exemple,
Kommersant qui fait pourtant, aujourd'hui, partie de la
galaxie
Gazprom). L'internet russe reste très vivant et contestataire.
Politique économique
L’académicienne Nina Koulikova, de l’Institut de l’Europe de
l’Académie des sciences de Russie, présentait, en novembre 2005,
un point de vue relativement optimiste sur les résultats de
réformes économiques de Poutine. Elle rappelait que l'économie de
marché est récente en Russie, qu'elle ne peut se construire
qu'avec du temps, et elle indiquait quels devraient être « les
futurs axes des réformes ». Considérant le redressement économique
de la Russie d'ores et déjà suffisant pour lui permettre de jouer
à nouveau un rôle d’équilibre sur la scène internationale, sans
offrir pour autant, loin s’en faut, à sa population un standard de
vie comparable à celui de l’Europe occidentale, elle distinguait
les différentes phases dans le redressement économique de la
Russie après la crise de 1998. Selon Koulikova, à l’arrivée au
pouvoir de Poutine, une première étape de « stabilisation
s’achevant par la mise en place des bases sur lesquelles le pays
pouvait relancer son développement économique » aurait été
atteinte.
Le redressement démarre après la grave crise financière de 1998
marquée par un assainissement des pratiques économiques (réforme
fiscale qui voit la mise en place d'un taux unique de 13 % pour
l'impôt sur les revenus, introduction d'une taxe sociale unifiée,
baisse du taux de la
TVA, réduction du taux des impôts sur les sociétés de 35 % à
24 %, ce qui a permis de simplifier la fiscalité et de limiter la
fraude et la corruption ;remonétisation des transactions après de
longues années de pratique du troc,
paiement des salaires et des retraites en temps et en heure, mise
au pas d'oligarques prédateurs peu soucieux d'investir durablement
dans le pays, élaboration de codes et règles diverses inspirées
des pratiques occidentales, répression des pratiques de corruption
au sein de l'État, etc.).
Certains analystes occidentaux relativisent cependant la
solidité structurelle de l'économie russe et parlent
d'incertitudes à moyen terme, liées notamment aux éventuelles
chutes de prix des matières premières énergétiques (pétrole et
gaz).
La diversification de l'économie pourrait réduire, à
terme, cette dépendance.
Politique étrangère
La politique étrangère sous
Poutine marque une certaine rupture dans la continuité d'une
diplomatie eltsinienne qui tentait d'équilibrer un partenariat
renforcé avec l'Occident, quitte à reléguer au second plan les
intérêts du pays et de la politique russe. L'arrivée au pouvoir de
Poutine est formellement décidée par Boris Eltsine. Elle a lieu à
la faveur de la résolution rapide et militaire d'un conflit
particulièrement meurtrier dans la république russe de
Tchétchénie, elle est favorisée par un discours volontariste
revendiquant la restauration de l'État, la lutte contre la
corruption (cependant très loin d'être achevée fin 2007) et la
renaissance, au moins partielle, du prestige aux yeux des Russes
d'une superpuissance déchue.
Cette politique extérieure se veut
le pendant d'une politique intérieure visant à lutter contre la
décomposition du pays consécutif à l'effondrement politique,
économique et social de 1991 (de 1991 à 1996 le PNB russe
s'effondre de 40%). Après le chaos des années Eltsine, considéré
dans l'opinion comme le destructeur de l'ordre ancien et le
principal artisan du démantèlement de l'Union soviétique, les
succès économiques enregistrés après 1998 et une stabilisation de
la vie politique donnent à la politique étrangère russe une
nouvelle assurance.
L'offensive de l'OTAN contre
l'ex-Yougoslavie provoque l'élaboration d'une nouvelle doctrine
militaire (avril 2000) qui prévoit désormais, à l'instar de la
doctrine militaire des États-Unis, l'utilisation d'armes
nucléaires à des fins tactiques sur le champ de bataille, et dans
laquelle le renforcement de l'appareil militaire russe doit servir
les intérêts géostratégiques de l'État sans se préoccuper des
« considérations occidentales ». Ce repositionnement russe
présageait alors qu'une entente entre les États-Unis et la Russie
ne serait pas parfaite.
L'attentat terroriste du
11 septembre 2001 a transformé, pour un temps, la donne
géostratégique pour la Russie et a donné une impulsion à
l'établissement de relations plus rapprochées avec les États-Unis.
Le soutien affiché de Poutine à son homologue américain dans sa
« lutte contre le terrorisme » établit un climat d'une certaine
cordialité et une nouvelle entente entre les deux puissances. Une
perception pragmatique et réaliste des enjeux internationaux, tant
du côté russe que du côté américain, a permis à la Russie de
revenir en force sur la scène internationale en jouant un rôle
prédominant dans la lutte contre le terrorisme ou en étant associé
dans des efforts de médiation dans des dossiers complexes comme
ceux de la Palestine, de la Corée du Nord ou de l'Iran.
Aujourd'hui, la géostratégie
russe, telle qu'elle a été conçue par Vladimir Poutine, ne peut
être appréhendée sans concevoir l'importance grandissante des
fournitures d'énergie (pétrole et gaz naturel) sur le marché
mondial compte tenu d'une demande structurellement en hausse pour
une offre qui plafonne. Lors de son discours au peuple russe de
décembre 2005, le président russe déclarait « Gazprom est un
puissant levier d'influence économique et politique sur le reste
du monde ». En effet, la Russie est le premier producteur mondial
(600 milliards de M3 par an) et le premier exportateur mondial de
gaz (200 milliards) et le deuxième producteur (380 millions de t,
10% de la production mondiale) et exportateur majeur de pétrole.
Ses réserves gazières s'élèvent à plus de 17% des réserves
mondiales, ses réserves pétrolières sont les plus importantes
exploitables hors OPEP. La Fédération de Russie est, de fait, le
premier fournisseur de l'Union européenne (40% du gaz consommé,
30% du pétrole) dont la demande est en constante progression. Du
fait de ses richesses en gaz et en pétrole (ainsi qu'en beaucoup
d'autres matières premières stratégiques d'ailleurs), du contrôle
d'un réseau immense et sans équivalent d'oléoducs et de gazoducs
(150.000 km de gazoducs) qui irrigue tout le continent européen et
dont elle a hérité en 1991, la Russie détient actuellement une
position géopolitique de premier plan grâce à laquelle elle tente
de renforcer sa place d'acteur majeur dans le « Grand Jeu » des
superpuissances.
Depuis quelques années, suite au
redressement économique, le complexe militaro-industriel russe se
renouvelle, se restructure (regroupement et concentration de pôles
d'excellence) et délivre de nouvelles générations d'armements (en
général plutôt destinés à l'exportation). Cependant, le budget de
la Défense russe reste encore modeste (30 milliards de dollars
pour 2007, contre 8 milliards sous Boris Eltsine) comparé à ceux
des principales puissances qui constituent l'OTAN (en 2008 : 648
milliards de dollars pour le budget du Pentagone, 36 milliards
d'euros pour la France).
Par ailleurs, se pose la question
de la concurrence américano-russe dans l'ex Eurasie soviétique,
pré carré traditionnel et historique de l'empire russe avant 1917,
puis de la Russie de 1991 en tant que puissance géopolitique. Les
développements récents laissent supposer une exacerbation des
tensions pour les années à venir.
Début 2007, face aux projets
d'installation de systèmes d'armes balistiques américains en
Pologne et en République tchèque (présenté par les États-Unis
comme un « bouclier », une protection anti-missiles contre
d'éventuelles attaques nucléaires iraniennes, mais qui de facto
affaiblissent la dissuasion nucléaire russe face à l'arsenal
américain et sont ressentis comme une menace par la population
russe), Poutine hausse le ton dans ses relations avec les
États-Unis et l'OTAN. Son discours, prononcé le 10 février 2007
devant la Conférence de Munich sur la sécurité, a expressément
fustigé le rapprochement des bases de l'OTAN des frontières de la
Russie en violation des promesses faites à Gorbatchev au début des
années 1990, ainsi qu'un monde unipolaire avec « Washington pour
centre de direction », qui imposerait ses lois intérieures et sa
propre vision du monde à l'ensemble de la communauté
internationale. Le 4 juin 2007, à la veille du sommet du G8 à
Rostock, Vladimir Poutine a menacé de pointer de nouveaux missiles
Iskander vers l'Europe de l’Est (déploiement qui s'accompagnerait
de l'installation d'armes nucléaires dans l'enclave russe de
Kaliningrad) si les États-Unis déploient aux frontières russes
leurs armes balistiques, reprenant ainsi au plus haut niveau des
menaces voilées exprimées jusqu'ici par les chefs de l'armée
russe.
Face aux changements de la donne
géostratégique en Europe initiés par les États-Unis, le 12
décembre 2007 la Russie suspend l'application du Traité sur les
forces conventionnelles en Europe ce qui crée un remous au sein de
l'OTAN et à Washington (les dispositions du Traité n'étaient en
fait appliquées jusqu'alors que par la Biélorussie, l'Ukraine et
la Fédération de Russie mais non par les membres de l'OTAN).
Les commentateurs russes
considèrent qu'avec la définition d'une politique étrangère
autonome de celle du camp occidental, autonomie qui devrait encore
se renforcer avec la poursuite du redressement du pays, il est
inévitable que les divergences s'accentuent avec les États-Unis,
pays qui n'est plus aujourd'hui qualifié de « partenaire
stratégique » dans le discours officiel. Pour autant, la politique
étrangère russe se veut réaliste et ne prône pas la confrontation.
Lors du sommet de l'OTAN à
Bucarest en avril 2008, alors qu'invité pour discuter de
l'autorisation du transport logistique de matériel non militaire
sur le sol russe, Vladimir Poutine a déclaré que l'élargissement
de l'OTAN aux ex-républiques soviétiques d'Ukraine et de Géorgie
constituait une menace pour la Russie. En parlant de l'Ukraine, il
a notamment précisé que son éventuelle adhésion à l'OTAN ne va pas
constituer une garantie pour sa démocratisation.
Direction du parti « Russie unie »
et président du gouvernement
Le 2 décembre 2007, la liste du
parti Russie Unie, soutenue par Poutine, remporte les élections
législatives avec 64% des voix. Plusieurs observateurs
internationaux ont critiqué le déroulement des élections,
probablement entachées d'irrégularités et d'ingérence de
l'appareil étatique dans le processus électoral en faveur de
Russie unie. Il n'en reste pas moins que la popularité très élevée
du président Poutine dans l'opinion russe (autour de 65%)
garantissait d'emblée à Russie unie une confortable majorité, de
supposées fraudes n'y seraient donc pas déterminantes. Il est à
noter cependant que le scrutin de 2007 est le premier à avoir eu
lieu en Russie sur un mode totalement proportionnel, mode réputé
être le plus représentatif et qui fait toujours défaut dans
certains pays occidentaux (le Canada ou la France, par exemple).
Le 15 avril 2008 le président
sortant, lors du congrès du parti Russie unie, a accepté de se
mettre à la tête du parti sans toutefois y adhérer. Il a investi
le poste le 7 mai 2008,
le jour de la fin de son mandat présidentiel.
Vladimir Poutine, alors qu'il approchait du terme de son second
mandat présidentiel, a déclaré à de nombreuses reprises ne pas
avoir l'intention de demander une modification de la Constitution
afin de briguer un troisième mandat consécutif en
mars 2008. Il s'est contenté de faire adopter deux lois, l'une
qui considère comme valide le scrutin quelle que soit la
participation, l'autre visant à interdire les manifestations en
période électorale.
N'ayant pas la possibilité de se représenter en tant que
président, Vladimir Poutine a fait sensation en annonçant sa
volonté de prendre la tête de la campagne électorale de décembre
2007 du parti
Russie Unie pour viser la charge de chef du gouvernement, ce qui
lui permettrait de conserver un certain pouvoir tout en respectant
la Constitution. Le parti a largement gagné le scrutin offrant
ainsi à Vladimir Poutine un « droit moral », selon ses propres
propos, pour continuer à gouverner.
Le 10 décembre 2007, Vladimir Poutine soutient officiellement Dimitri Medvedev pour le remplacer à la présidence. Le même jour,
Medvedev devient le candidat à l'élection présidentielle de 2008
désigné par quatre partis :
Russie Unie, Russie juste, le Parti agraire et Force civile.
Le 4 mai 2008, Dmitri Medvedev,
vainqueur de la présidentielle russe du 2 mars 2008, a demandé à
Vladimir Poutine d'occuper le poste de président du gouvernement
après son départ du Kremlin.
Le 8 mai 2008, la Douma d'État
entérine Vladimir Poutine au poste de président du gouvernement
succédant ainsi à Viktor Zoubkov.