Jacques Piccard
(né le 28 juillet 1922 à Bruxelles - mort le 1er novembre 2008
à La Tour-de-Peilz) est un océano-graphe suisse.
Il est le fils du physicien
Auguste Piccard
(1884-1963), aéronaute (1958, inventeur du ballon stratosphérique
et qualifié de premier « savanturier »
de la famille ; le dernier en date étant son petit fils
Bertrand Piccard). Il a dessiné de nombreux sous-marins dont
seuls quelques-uns ont pu être construits, faute de fonds
suffisants. Jean-François Rubin avance l'hypothèse que les
difficultés rencontrées pour trouver des aides et financements
font suite au refus d'Auguste Piccard de travailler à nouveau avec
les militaires après l’épisode des Mariannes. Plusieurs armées,
depuis la première guerre mondiale, ont utilisé les lacs et les
fonds marins pour se débarrasser de nombreux déchets dangereux (munitions
non explosées en particulier).
Biographie
Né le 28 juillet 1922 à Bruxelles,
après des études d'économie, d'histoire et de physique à Genève et
à l’Université de Bâle (Suisse), il aide son père Auguste Piccard
à construire le bathyscaphe Trieste.
En 1953, comme conseiller scientifique de la marine américaine, il
utilise le Trieste pour plusieurs plongées en Italie (jusqu'à - 3
150 mètres), avant que le sous-marin transporté dans l'île de Guam
ne parte pulvériser tous les record de plongée en profondeur ; Le
23 janvier 1960, il atteint le record de plongée (-10 916 m) dans
la fosse des Mariannes, en compagnie de Don Walsh. Il est le
premier à y voir de ses yeux une faune unique.
Inquiet - comme le commandant Cousteau - de la dégradation de
certains fonds marins, il souhaite à sa manière encourager le
public à prendre conscience de la beauté et de la fragilité du
monde sous marin et des eaux douces. Pour cela, en 1963, il
construit un prototype de sous-marin touristique, le mésoscaphe
Auguste Piccard dans lequel à l'occasion de l'exposition nationale
suisse de 1964 il emmène des centaines de personnes sous le lac.
Par la suite, environ 32.000 personnes découvriront les fonds du
lac Léman de leurs propres yeux dans ce petit sous-marin.
Dans les années 1960 il vit en Floride et travaille pour le groupe
Grumman à la réalisation du module lunaire du programme Apollo.
Il construit ensuite un mini-submersible (qu'on nommera plus tard
sous-marin de poche) ; le F.A. Forel, qu'utiliseront des
milliers de curieux (dont beaucoup d'enfants) pour découvrir le
lac Léman et une épave (celle de l’Hirondelle) au large de La
Tour-de-Peilz. Ce sous-marin sera aussi utilisé pour participer à
des expéditions scientifiques.
Il participe à une expédition internationale à bord d'un autre
mésoscaphe, le Ben Franklin, afin d'étudier le Gulf Stream
en s'y laissant porter par le courant sur 3.000 kilomètres.
Il fonde à Cully la Fondation pour l`étude et la protection des
mers et des lacs qui obtient l'interdiction d'utiliser la
fosse des Mariannes comme décharge de déchets nucléaires.
En 1988, il met au point le prototype du PX-44, un sous-marin
touristique prévu pour être fabriqué en série. Celui-ci pesait 9
tonnes, avait une longueur de dix mètres, pouvait emmener seize
passagers et deux membres d'équipage.
Le Sea Orbiter est un projet de l'architecte Jacques
Rougerie, en collaboration avec l'océanographe Jacques Piccard et
l'astronaute Jean-Loup Chrétien. Le Sea Orbiter, robotisé et
habitable, se comportera comme une énorme bouée océanographique
dérivante dans les océans. C'est une bouée-laboratoire pouvant
accueillir 18 personnes.
Le 1er février
2008, il est nommé Docteur honoris causa de l'Université
catholique de Louvain (Louvain-la-Neuve), en Belgique.
Il s'est éteint le 1er novembre 2008 à l'âge de 86 ans .
Devenir
de son oeuvre
Les études, photos et films qu'il a accumulés dans les bureaux
de sa fondation sont riches d'enseignements sur l’état et
l'évolution écologique du lac Léman. Ils ont enrichi le fonds
documentaire du
Musée du Léman de Nyon (où deux salles étaient déjà consacrées
à la famille Piccard).
Le mésoscaphe créé pour explorer le Lac Léman en 1964 est exposé
au
Musée des transports de Lucerne.
La
plongée record du monde
La marine des USA qui a acheté le
sous-marin Trieste (bathyscaphe) aux Piccard, lui demande
d'explorer, dans le Pacifique, la fosse des Mariannes, plus
exactement dans la fosse Challenger, au large des Îles Mariannes,
à 320 km de l'île de Guam.
Les américains voulaient s'assurer qu'il n'y avait plus de vie au
fond de l'Océan afin d'y entreposer des matériaux radioactifs.
À 8 heures, le 23 janvier 1960, Jacques Piccard et le
lieutenant américain de la Navy
Don Walsh s'installent dans la sphère (cfr photo supra). À 8 heures 23, la
plongée commence. À 11 heures 44, ils sont déjà à 8 800 mètres.
L'obscurité est totale, l'eau limpide.
À 13 heures, le Trieste repose sur le fond, à 10 916 mètres,
une, puis deux
crevettes rouges passent devant le hublot, éclairé par un
phare de mercure, puis un
poisson plat, d'espèce inconnue, de 30 cm de long. (C'est
suite à cette découverte que l'idée d'utiliser cette fosse comme
décharge de déchets nucléaires a été abandonnée).
À 16 heures 56 minutes, ils font surface. Durant cette plongée
de près de 10 heures, ils ont eu tout le temps d'étudier l'eau et
ses principales caractéristiques :
radioactivité,
température, etc.
La température était si basse que les deux explorateurs
devaient en fin de plongée se réchauffer avec des
bouillottes. Ils ont établi ce jour un record de plongée
longtemps réputé imbattable... jusqu'à ce qu'à proximité une
exploration au sonar ait révélé une zone plus profonde encore
(peut-être plus de 11 000 m) mais il n'existe à ce jour aucun
sous-marin ou robot civil capable de l'explorer.