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.Philippe
PETAIN
Henri Philippe Benoni Omer
Joseph Pétain, couramment
nommé Philippe Pétain, né le 24 avril 1856 à
Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais) et mort le 23 juillet 1951 en
internement à Port-Joinville (L'Île-d'Yeu), est un militaire et
homme politique français, fait maréchal de France en 1918.
En tant que chef militaire, le
maréchal Pétain est généralement présenté comme le « vainqueur de
Verdun » et comme le chef de l’armée qui jugula la crise du moral
et des mutineries de 1917.
Comme dernier chef de gouvernement
de la Troisième République, son nom est associé à l’armistice du
22 juin 1940 retirant la France défaite de la guerre contre
Hitler. Comme fondateur et chef de l'État du
régime de Vichy, il a dirigé la France pendant l'Occupation,
du 11 juillet 1940 au 20 août 1944. Il a engagé la Révolution
nationale et la collaboration avec l’Allemagne
nazie.
À 84 ans, en juillet 1940,
Philippe Pétain est le chef d'État le plus âgé de l'Histoire de
France.
Jugé à la Libération pour
intelligence avec l'ennemi et haute trahison par la Haute Cour de
justice, il est, par arrêt du 15 août 1945, frappé d'indignité
nationale et condamné à la confiscation de ses biens et à la peine
de mort. Il est gracié par le
général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la
République, sa peine étant commuée en prison à perpétuité.
Jeunesse, formation et première
carrière
Philippe Pétain nait à Cauchy-à-la
Tour, dans une famille de cultivateurs installée dans la commune
depuis le
XVIIIe siècle. Il est le fils
d'Omer-Venant Pétain et de Clotilde Legrand. De cette union
naissent cinq enfants : Marie-Françoise Clotilde (1852), Adélaïde
(1853), Sara (1854), Philippe (1856) et Joséphine (1857). Du
second mariage d'Omer-Venant, avec Marie-Reine Vincent, contracté
peu de temps après la mort de sa première épouse (en 1858), trois
enfants voient le jour : Élisabeth (1860), Antoine (1861) et Laure
(1862).
Bien que son acte de naissance
porte les prénoms : Henri, Philippe, Bénoni, Omer, c'est Philippe
qu'il choisit et, tout au long de sa vie, Pétain a toujours pris
soin de rectifier.
Ayant reçu une éducation
catholique, Philippe sert la messe comme enfant de chœur durant sa
jeunesse. Impressionné par les récits de son grand-oncle, l'abbé
Lefèvre, qui a servi dans la Grande Armée de Napoléon, et très
marqué par la guerre de 1870 alors qu’il a 14 ans, il décide
d’être soldat.
À partir de 1876, il est élève à
l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, promotion Plewna avec le
vicomte Charles de Foucauld, le futur bienheureux et Antoine Manca
de Vallombrosa le futur aventurier. Il y entre parmi les derniers
(403e sur 412) et en sort en milieu de
classement (229e sur 336). Il est
affecté à différentes garnisons, mais ne participe à aucune des
campagnes coloniales.
Lors de l’affaire Dreyfus, le
capitaine Pétain ne participe pas à la souscription au fameux
« monument Henry », souscription nationale ouverte par le journal
antisémite, La Libre Parole, d'Édouard Drumont, au profit
de la veuve de l'auteur du faux document, le colonel Henry,
responsable de la condamnation inique du capitaine Dreyfus.
Ultérieurement, Pétain confiera n’avoir pas cru en la culpabilité
de Dreyfus, mais accusera ce dernier de s’être mal défendu, et
dira avoir considéré comme normal de le sacrifier à la réputation
de l’Armée. Dans l’ensemble, le militaire Pétain s’occupe fort peu
de la vie politique de l’époque, et reste très discret sur ses
opinions personnelles. Au contraire de beaucoup de militaires, il
ne s’engage à aucun moment, pas plus lors de l’affaire des fiches
(1904) que de celle de la séparation des Églises et de l'État en
1905.
En 1900, chef de bataillon, il est
nommé instructeur à l’École normale de tir du camp de
Châlons-sur-Marne, il s’oppose à la doctrine officielle de
l'époque qui veut que l'intensité du tir prime la précision et qui
privilégie les charges de cavaleries et les attaques à la
baïonnette. Il préconise au contraire l'utilisation des canons
pour les préparations et les barrages d'artillerie, afin de
permettre la progression de l'infanterie, laquelle doit pouvoir
tirer précisément sur des cibles individuelles. Le directeur de
l'école signale la « puissance de
dialectique [...] et l'ardeur [...] »
« avec lesquelles il défend des thèses
aussi aventurées ».
En 1901, il occupe un poste de
professeur adjoint à l’École supérieure de guerre de Paris où il
se distingue par des idées tactiques originales. Il y retourne de
1904 à 1907 puis de 1908 à 1911 en tant que titulaire de la chaire
de tactique de l’infanterie. Il s’élève alors violemment contre le
dogme de la défensive prescrit par l’instruction de 1867,
« l’offensive seule pouvant conduire à la victoire ». Mais il
critique aussi le code d’instruction militaire de 1901 prônant la
charge en grandes unités, baïonnette au canon. Les milliers de
morts d’août et septembre 1914 lui donneront raison.
Le 20 octobre 1912, il est le
premier chef d’unité de celui qui deviendra le
général de Gaulle, alors sous-lieutenant. En septembre 1913,
amené à commenter la tactique du général Gallet, qui avait fait
charger à la baïonnette des nids de mitrailleuses, il dit : « le
général vient de nous montrer toutes les erreurs à ne pas
commettre ». Ce qui lui vaut l’hostilité de la hiérarchie.
Humiliés par la défaite de 1870, les états-majors se montrent
volontiers bravaches et revanchards. On y prône l'offensive à
outrance. Pétain, lui, préconise la manœuvre, la puissance
matérielle, le mouvement, l’initiative : « le feu tue ». Ainsi il
déclara à un élève officier : « Accomplissez votre mission coûte
que coûte. Faites-vous tuer s'il le faut, mais si vous pouvez
remplir votre devoir tout en restant en vie, j'aime mieux cela. »
À 58 ans, en juillet 1914, le
colonel Philippe Pétain s’apprêtait à prendre sa retraite après
une carrière relativement médiocre, le ministre de la Guerre ayant
refusé sa nomination au grade de général.
L'homme de
Verdun
Dès le début de la Première Guerre
mondiale, le 3 août 1914, à la tête de la 4e brigade d’infanterie,
il se distingue en Belgique. Il est promu général de brigade le 31
août 1914 et commande la 6e division d'infanterie à la tête de
laquelle il participe à la bataille de la Marne, puis devient
général de division le 14 septembre. Nommé le 20 octobre général
commandant de corps d'armée, il prend le commandement
du
33e corps
et réalise des actions d’éclat tout en se montrant soucieux
d’épargner la vie de ses hommes, dont il gagne le cœur. En juin
1915, il commande la
2e armée.
En février 1916, c’est lui qui
commande les troupes françaises à la bataille de Verdun, et son
charisme n’est pas étranger à l’issue victorieuse du combat, même
si la ténacité de ses troupes, comme, par exemple, celle du
commandant Raynal au fort de Vaux, en a été le facteur décisif. On
notera cependant que sa vision stratégique de la bataille lui a
permis de comprendre que le meilleur soldat du monde, s’il n’est
pas ravitaillé, évacué en cas de blessure, ou relevé après de durs
combats, sera finalement vaincu. Pétain met en place une noria
continue de troupes, d’ambulances, de camions de munitions et de
ravitaillement sur ce qui va devenir la « voie sacrée ».
Comprenant la valeur de l’aviation
dans les combats, il crée en mars 1916 la première division de
chasse aérienne pour dégager le ciel au-dessus de Verdun. Il
réaffirme cette vision dans une instruction de décembre 1917 :
« L’aviation doit assurer une protection
aérienne de la zone d’action des chars contre l’observation et les
bombardements des avions ennemis [...] »
Désormais,
aux yeux de tous, il est le « vainqueur de Verdun », même si cette
appellation sera surtout exploitée plus tard, sous le
régime de Vichy.
En 1917, le général Nivelle prend
la tête des armées françaises, alors que Joffre n’était que le
chef du front du Nord-Est. Le général Pétain est nommé chef d'État-Major
général, poste spécialement créé pour lui. Il s’oppose à Nivelle
qui est peu économe du sang de ses hommes, et dont l’attitude
contraste avec le pragmatisme de Pétain. Cela aboutit à la
bataille du Chemin des Dames, à la mi-avril 1917 : 100 000 hommes
sont mis hors de combat du côté français en une semaine. Bien que
les Français, à défaut de percer, aient tenu, le mécontentement
gronde, provoquant des mutineries dans de nombreuses unités. Nivelle est renvoyé et
Pétain se trouve être l’homme providentiel pour lui succéder et
ramener la confiance des troupes en améliorant les conditions de
vie des soldats, en mettant fin aux offensives mal préparées et en
faisant condamner les mutins, dont seule une minorité est fusillée
malgré les exigences des hommes politiques. En octobre 1917, il
reprend le Chemin des Dames aux Allemands, par des offensives plus
limitées, ne gaspillant pas la vie des soldats et toutes
victorieuses.
Certains ont dénié à Pétain le titre mythique de « vainqueur de
Verdun » et considèrent cette réputation comme due principalement
à sa gestion du moral des combattants, grâce à ses mesures
« humaines » et à sa volonté d’éviter les offensives inutiles,
plus qu’à ses qualités militaires. Parmi eux, ont figuré Joffre,
Foch et
Clemenceau, qui attribuent la victoire de Verdun à Mangin et
Nivelle et ont reproché à Pétain son pessimisme. Il existe ainsi
deux traditions de la victoire de Verdun, écrit Marc Ferro,
biographe de Pétain, celle des chefs militaires et politiques qui
la mettent au crédit de Nivelle, et celle des combattants qui ne
connaissent que Pétain.
En mars 1918, Pétain est un candidat possible au titre de
généralissime des troupes alliées, mais, avec l'appui des
Britanniques, Clemenceau lui préfère Foch.
Il est désormais à l’origine de la coordination de toutes les
troupes alliées, dont Foch est le chef suprême.
En août 1918 la médaille militaire lui est attribuée :
« Soldat dans l’âme, n’a cessé de donner
des preuves éclatantes du plus pur esprit du devoir et de haute
abnégation. Vient de s’acquérir des titres impérissables à la
reconnaissance nationale en brisant la ruée allemande et en la
refoulant victorieusement. »
En octobre 1918, il prépare une grande offensive qui aurait
mené les troupes franco-américaines jusqu’en Allemagne. Prévue à
partir du 13 novembre, elle n’a pas lieu puisque, contre son avis,
Foch et Clemenceau ont accepté l’armistice demandé par les
Allemands.
Après l’armistice, Pétain est élevé à la dignité de
maréchal de France, le 19 novembre 1918. Il reçoit à Metz son
bâton de maréchal, le 8 décembre 1918.
L'entre-deux-guerres
En 1919, Pétain est élu membre de
l’Académie des sciences morales et politiques.
Le 14 septembre 1920, âgé de 64
ans, il épouse Eugénie Hardon, âgée de 42 ans, dont il n’eut pas
de descendance.
De 1919 à 1929, avec l'aide du
général Buat, son chef d'État-major, il s'oppose à la construction
de fortifications défensives, préconisant au contraire la
constitution d'un puissant corps de bataille mécanisé capable de
porter le combat le plus loin possible sur le territoire ennemi
dès les premiers jours de la guerre. En juin 1922, il obtient la
démission du maréchal Joffre de la présidence de la Commission
d'étude de l'organisation de la défense du territoire créée quinze
jours plus tôt.
Lors de la séance du Conseil
supérieur de guerre du 15 décembre 1925, il s’oppose à la
construction d’une ligne défensive continue, mais pour des môles
défensifs sur les voies d’invasion. Puis lors de la séance du 19
mars 1926, contre l’avis de Foch, qui estime que Pétain donne à
tort aux chars une importance capitale, il préconise et obtient
l’étude de trois prototypes de chars (léger, moyen et lourd).
Il finira par s'incliner et
accepter la construction de la ligne Maginot, lorsque André
Maginot, alors ministre de la Guerre, déclarera, lors du débat
parlementaire du 28 décembre 1929 : « ce n'est pas Pétain qui
commande, mais le ministre de la Guerre ».
Le 22 janvier 1931, il est reçu à
l'Académie française.
Le 9 février 1931, il est remplacé
par le général Weygand au poste de commandant suprême de l’Armée,
et nommé inspecteur général de la défense aérienne du territoire.
À ce titre, il écrit le 2 décembre 1931 à Pierre Laval, alors
président du Conseil, pour lui demander la création d’une force
aérienne puissante de défense et d’attaque, indépendante de
l’Armée de terre et de la Marine. Il préconise pour cela de
prélever 250 millions de francs sur les crédits alloués à la
construction de la ligne Maginot.
Le 9 février 1934, il est nommé
ministre de la Guerre dans le gouvernement Doumergue, fonction
qu’il occupe jusqu’au renversement du cabinet le 8 novembre 1934.
Partisan des chars de combat, il
décide dès le 26 mars de l’adoption du char B1 dont il avait fait
faire les prototypes pendant son commandement. Le même jour, il
décide aussi de l’adoption du char D2 et de l’étude d’un char
léger. Soucieux de la formation des officiers supérieurs, il
ordonne que tous les postulants à l’École supérieure de guerre
effectuent des stages préalables dans des unités de chars et
d’aviation.
Le 27 octobre 1934, il convainc
Louis Germain-Martin, ministre des Finances, de signer le « plan
Pétain pour 1935 », qui prévoit la construction de 60 chars
lourds, 300 chars moyens et 900 chars légers. La chute du
Gouvernement, et le remplacement du maréchal Pétain par le général
Maurin, partisan de chars lourds et lents, retarderont la mise en
œuvre de ce plan de plusieurs mois.
Sa courte expérience ministérielle
le brouille avec le parlementarisme et le conduit à refuser toutes
les sollicitations ultérieures.
Il participe par la suite au
Conseil supérieur de guerre, où il soutient la politique de guerre
offensive promu par le colonel
de Gaulle, qui fut un temps son « porte-plume », préconisant
la concentration de chars dans des divisions blindées.
Le 2 mars 1939, Pétain est nommé
ambassadeur de France en Espagne. Le 20 mars 1939, il présente ses
lettres de créance au
général Franco, chef de l’État espagnol, résidant alors à
Burgos. Au nom du rapprochement diplomatique de la France avec
l’Espagne, il lui incombe de superviser, dans le cadre des accords
Bérard-Jordana, le rapatriement à Madrid des réserves d’or de la
Banque d’Espagne et des toiles du musée du Prado que l’ancienne
République espagnole avait transférées à l’abri en France durant
la guerre civile.
Le printemps 1940
Le 17 mai 1940, Pétain est nommé
vice-président du Conseil dans le gouvernement de Paul Reynaud.
Franco lui avait conseillé de ne pas accepter d’apporter sa
caution à ce gouvernement. Pour Reynaud, il s'agit de remonter le
moral de Français, de resserrer les rangs et de renforcer sa
propre image au parlement. Le 14 juin 1940, Paris est occupé par
l’Armée allemande. Le Gouvernement, le président de la République
et les Assemblées sont alors réfugiés à Bordeaux. Dès son arrivée
au Gouvernement et alors que la bataille de France est perdue,
Pétain se fait un des avocats les plus constants de l’armistice
auprès du président du Conseil, Paul Reynaud. Ainsi, il met
plusieurs fois sa démission dans la balance et déclare qu’il n’est
aucunement question pour lui de quitter la France pour poursuivre
la lutte.
Le 16 juin 1940, Paul Reynaud
présente la démission du Gouvernement et suggère, suivi en cela
par les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, de
confier la présidence du Conseil au maréchal Pétain, choix
aussitôt approuvé par le président de la République Albert Lebrun
(voir gouvernement Philippe Pétain). Pétain est alors vu par
beaucoup comme l’homme providentiel. Charles Maurras saluera plus
tard son arrivée comme une « divine surprise ».
Le 17 juin 1940, suivant le
conseil énoncé le 12 juin par le général Maxime Weygand, chef
d’État-major des armées, Pétain annonce son intention de demander
aux Allemands, par l'intermédiaire du gouvernement espagnol, les
conditions d'un armistice. Son discours radiodiffusé, où il
déclare, alors que les négociations ont à peine commencé :
« C’est le cœur serré que je vous dis
aujourd'hui qu’il faut cesser le combat », a un effet
désastreux sur le moral des troupes et précipite de fait
l’effondrement des armées françaises. Du 17 juin à l’entrée en
vigueur de l’armistice le 25, les Allemands font ainsi plus de
prisonniers que depuis le début de l’offensive le 10 mai. Dans le
même discours, Pétain anticipe la création de son propre régime en
déclarant qu’il fait « don de sa personne à la France ». Le 20
juin 1940, dans un nouveau discours, il annonce les tractations en
vue de l'armistice. Il en détaille les motifs, ainsi que les
leçons que, selon lui, il faudra en tirer. Il y fustige
« l'esprit de jouissance » :
« [...] Depuis la victoire [de 1918],
l'esprit de jouissance l'a emporté sur l'esprit de sacrifice. On a
revendiqué plus qu'on a servi. On a voulu épargner l'effort ; on
rencontre aujourd'hui le malheur. » L’armistice est
finalement signé le 22 juin 1940 dans la clairière de Rethondes,
après avoir été approuvé par le Conseil des ministres et le
président de la République.
Le 25 juin 1940, Pétain annonce
les conditions « sévères » de l'armistice et décrit les
territoires qui seront sous contrôle allemand. La démobilisation
fait partie de ces conditions. Il annonce : « C'est vers l'avenir
que désormais nous devons tourner nos efforts. Un ordre nouveau
commence [...] ». Les causes de la défaite sont à rechercher selon
lui dans l'esprit de relâchement « Notre défaite est venue de nos
relâchements. L'esprit de jouissance détruit ce que l'esprit de
sacrifice a édifié [...] ».
Le 29 juin 1940, le Gouvernement
s’installe dans la région de Clermont-Ferrand puis, en raison des
capacités d’hébergement limitées, déménage à nouveau le 1erjuillet
pour Vichy, en zone non occupée par l’Armée allemande. Cette ville
présentait les avantages d’un réseau téléphonique extrêmement
performant et d’une multitude d’hôtels qui furent réquisitionnés
pour abriter les différents ministères et les ambassades.
Le 10 juillet 1940, une loi, dite
« constitutionnelle », votée par les deux Chambres (569 voix pour,
80 contre et 20 abstentions) réunies en Assemblée nationale au
casino de Vichy « donne tout pouvoir au
gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du
maréchal Pétain », sans contrôle de l’Assemblée, avec pour
mission la promulgation d’une nouvelle Constitution. Celle-ci ne
verra jamais le jour. De sorte que l’État français allait rester
durant toute sa durée un État provisoire.
La constitutionnalité de cette
réforme fut contestée pour plusieurs motifs dont le fait que la
Constitution ne peut pas être modifiée sous la menace directe d’un
ennemi. Mais surtout, la confusion de tous les pouvoirs
(constituant, législatif, exécutif et judiciaire) entre les mêmes
mains était contraire aux fondements même des lois
constitutionnelles de 1875, basées sur une séparation des
pouvoirs. Il en résulta un régime anti-démocratique, sans
constitution et sans contrôle parlementaire.
Ce régime sera qualifié de
« dictature pluraliste » par Stanley
Hoffmann qui en démontre, entre autres, les aspects dictatoriaux
dans une publication parue en 1956. D'autres auteurs comme Robert
Aron, Robert Paxton et Marc Ferro évoquent, au sujet de Pétain,
des dictateurs tels que Salazar et son régime,
Franco, voire
Mussolini. Pour Aron : « La première
[période du pouvoir de Vichy], qui va de l'armistice au 13
décembre 1940, est celle où Pétain peut encore avoir l'illusion
d'être un chef d'État autoritaire, qui ne doit rien à personne et
dont le pouvoir en France est presque l'équivalent de celui des
dictateurs Salazar au Portugal, Franco en Espagne, ou Mussolini en
Italie. », selon Paxton, « Pétain
lui-même se trouvait plus de points communs avec Franco et Salazar
qu'avec
Hitler », tandis que pour Ferro c'est l'exemple de
Salazar qui inspire le programme du maréchal, ainsi :
« le régime [qu'il] institue évoque
effectivement plutôt le salazarisme [...] » et :
« Les régimes
de Kemal, Horthy, Franco, avaient ses préférences [par rapport à
celui de Mussolini du fait de la dualité Mussolini-Victor-Emmanuel
et selon l'idée qu'il se fait de son pouvoir : « le Maréchal n'a
de compte à rendre qu'à sa conscience »], mais de loin il
préférait celui de Salazar [...] »
De 1940 à 1944 : le chef du régime de Vichy
Un régime de pouvoir personnel
Dès le 11 juillet 1940, par trois
« actes constitutionnels », Pétain s’autoproclame chef de l’État
français et s’arroge tous les pouvoirs.
Aux traditionnels attributs régaliens (droit de grâce,
nominations et révocations des ministres et des hauts
fonctionnaires), Pétain ajoute en effet des droits tout à fait
inédits, même du temps de la monarchie absolue. Il peut ainsi
rédiger et promulguer seul une nouvelle Constitution, il peut
désigner son successeur (qui est le vice-président du Conseil), il
« a la plénitude du pouvoir gouvernemental,
il nomme et révoque les ministres et secrétaires d'État, qui ne
sont responsables que devant lui
[...] » et il « exerce le pouvoir
législatif, en conseil des ministres
[...] ». Les lois, adoptées de sa seule autorité, sont
promulguées sur la formule : « Nous,
maréchal de France, le Conseil des ministres entendu,
décidons... » Par prudence, par contre, Pétain évite de
s’attribuer le droit de déclarer la guerre seul : il doit pour
cela consulter les éventuelles assemblées.
Jusqu’en avril 1942, Pétain reste par ailleurs à la fois chef
de l’État et chef du gouvernement en titre, Pierre Laval,
Pierre-Étienne Flandin et l'amiral François Darlan n’étant que
vice-présidents du Conseil. Il gouverne de manière autoritaire.
Ainsi, le 13 décembre 1940, il évince brusquement Pierre Laval du
pouvoir, non par désaveu de la politique de collaboration avec
l’Allemagne nazie menée par ce dernier, mais par irritation devant
sa manière trop indépendante de la conduire. Il est remplacé par
Flandin.
Le maréchal supprime précocement tous les contre-pouvoirs
institutionnels à son autorité, et tout ce qui rappelle trop le
régime républicain désormais honni. Le mot même de République
disparaît. Les libertés publiques sont suspendues, tout comme les
partis politiques, à l’exception de ceux des
collaborationnistes parisiens, qui subsistent en zone nord.
Les centrales syndicales sont dissoutes, la
Franc-maçonnerie est mise hors-la-loi.
Des juridictions d’exception sont mises en place. Dès le 2 août
1940, Vichy fait ainsi condamner à mort par contumace
Charles de Gaulle puis ses compagnons, qui sont déchus de la nationalité française
avec ceux qui les rejoignent. Des procès sont intentés à
diverses personnalités républicaines et Vichy envoie à la
guillotine plusieurs prisonniers communistes, en représailles à des attentats
anti-allemands.
Pétain décrète par ailleurs
l’arrestation, dès 1940, de Léon Blum, Georges Mandel, Édouard
Daladier, Paul Reynaud et du général Gamelin.
Culte du chef et popularité
Jouant le plus possible sur la réputation du « vainqueur de
Verdun », le régime exploite le prestige du maréchal et diffuse un
culte de la personnalité omniprésent : les photos du maréchal
figurent dans les vitrines de tous les magasins, sur les murs des
cités, dans toutes les administrations, ainsi qu’aux murs des
classes dans tous les locaux scolaires et dans ceux des
organisations de jeunesse.
Le visage du chef de l’État apparaît aussi sur les timbres
et les pièces de monnaie, tandis que les bustes de Marianne sont
retirés des mairies. La Saint-Philippe, chaque 3 mai, est célébrée
à l’instar d’une fête nationale. Un hymne à sa gloire, le célèbre
Maréchal, nous voilà !,
est interprété à dans de nombreuses cérémonies parallèlement à
la Marseillaise, et doit être appris à tous les enfants
des écoles par les instituteurs. À qui douterait, des affiches
péremptoires proclament : « Êtes-vous plus Français que lui ? » ou
encore « Connaissez-vous mieux que lui les problèmes de
l’heure ? ».
Pétain exige aussi un serment de
fidélité des fonctionnaires à sa propre personne.
Fin de
l'Occupation et chute du régime
Dans les derniers mois de
l’Occupation, Pétain affecte désormais d’être un simple
« prisonnier » des Allemands, tout en continuant à couvrir en fait
de son autorité et de son silence la collaboration qui se poursuit
jusqu’au bout, ainsi que les atrocités de l’ennemi et de la Milice
française. En août 1944, il songe à se livrer au maquis d’Auvergne
du colonel Gaspard, et tente de déléguer l’amiral Auphan auprès de
De Gaulle pour lui transmettre régulièrement le pouvoir sous
réserve que le nouveau gouvernement reconnaisse la légitimité de
Vichy et de ses actes. « Aucune réponse ne fut donnée à ce
monument de candeur ».
Le 17 août 1944, les Allemands, en
la personne de Cecil von Renthe-Fink, ministre délégué, demandent
à Pétain de se laisser transférer en zone nord. Celui-ci refuse et
demande une formulation écrite de cette demande. Von Renthe-Fink
renouvelle sa requête par deux fois le 18, puis revient le 19, à
11 h 30, accompagné du général von Neubroon qui lui indique qu'il
a des « ordres formels de Berlin ». Le texte écrit est soumis à
Pétain : « Le gouvernement du Reich donne instruction d’opérer le
transfert du chef de l’État, même contre sa volonté. » Devant le
refus renouvelé du maréchal, les Allemands menacent de faire
intervenir la Wehrmacht pour bombarder Vichy. Après avoir pris à
témoin le ministre de Suisse, Walter Stucki, du chantage dont il
est l’objet, Pétain se soumet, et « [...] lorsque à 19 h 30 Renthe-Fink
entre dans le bureau du Maréchal avec le général von Neubronn, le
chef de l’État est en train de surveiller le confection de ses
valises et de ranger ses papiers. » Le lendemain, 20 août 1944, il
est emmené contre son gré par l'Armée allemande à Belfort puis, le
8 septembre, à Sigmaringen en Allemagne, où s’étaient réfugiés les
dignitaires de son régime. Plutôt que de démissionner, il
entretient, dans une lettre aux Français la fiction selon laquelle
« je
suis et demeure moralement votre chef. »
À Sigmaringen, Pétain refuse
d’exercer encore ses fonctions et de participer aux activités de
la commission gouvernementale présidée par Fernand de Brinon. Il
se cloître dans ses appartements, tout en préparant sa défense.
Le 23 avril 1945, après avoir
obtenu des Allemands qu'ils le conduisent en Suisse, et des
Suisses qu'ils l'acceptent sur leur territoire, Pétain demande à
regagner la France. Par l'intermédiaire de l'ambassadeur Karl
Burckhardt, le Gouvernement suisse transmet cette requête au
général de Gaulle. Le Gouvernement provisoire de la République
décide de ne pas s'y opposer. Le 24 avril, les autorités suisses
lui font rejoindre la frontière puis il est remis aux autorités
françaises le 26 avril. Le général Kœnig est chargé de le prendre
en charge à Vallorbe. Le maréchal est ensuite interné au fort de
Montrouge.
Le procès et la prison
Le procès du maréchal Pétain débute le 23 juillet 1945 devant
la Haute Cour de justice créée le 18 novembre 1944. Le tribunal
est présidé par Paul Mongibeaux, premier président de la Cour de
cassation, assisté du premier président de la chambre criminelle à
la Cour de cassation Donat-Guigne, et Picard, premier président de
la Cour d'appel. Le jury de vingt-quatre personnes est constitué
de douze parlementaires et de douze non-parlementaires issus de la
Résistance. Ce jury est choisi dans deux listes, la première étant
celle de cinquante parlementaires n'ayant pas voté les pleins
pouvoirs à Pétain, la deuxième étant composée de personnalités de
la Résistance ou proches d'elle. La défense use de son droit de
récusation pour quelques noms sortant du tirage au sort.
Défendu par Jacques Isorni, Jean
Lemaire et le bâtonnier Fernand Payen, Philippe Pétain déclare le
premier jour qu’il avait toujours été un allié caché du général
de Gaulle et qu’il n’était responsable que devant la France et
les Français qui l’avaient désigné et non devant la Haute Cour de
justice. Dans ces conditions, il ne répondra pas aux questions qui
lui seront posées. Viennent déposer de nombreuses personnalités en
tant que témoins soit à charge : Édouard Daladier, Paul Reynaud,
Léon Blum, Pierre Laval, soit à décharge : le général Weygand, le
pasteur Boegner.
Le procès s’achève le 15 août 1945
à l’aube. La cour déclare Pétain coupable, notamment,
d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. Elle le
condamne à mort, à la dégradation nationale à la confiscation de ses biens,
assortissant toutefois ces condamnations du vœu de non-exécution
de la sentence de mort, en raison de son grand âge.
La condamnation a été voté à une voix de majorité.
Le verdict de la Haute Cour de justice
frappe d'indignité
nationale
Philippe Pétain, ce qui implique « la perte du rang dans les
forces armées et du droit à porter des décorations », de facto
il est déchu de son titre (de sa « dignité ») de
maréchal de France. À la fin du procès, il se dépouille de son
uniforme
avant d'être incarcéré. La mention du titre sur l'acte de décès
est une liberté prise par un agent de l'état-civil qui n'engage
aucune institution officielle. Il convient donc, comme le font les
historiens d'aujourd'hui, de le nommer simplement « Philippe
Pétain », en particulier pour la période qui suit sa condamnation
du 15 août 1945. On rencontre aussi la dénomination « ex-maréchal
Pétain ».
Cependant la décision judiciaire qui le frappe d'indignité
nationale interprétée stricto sensu comme « lui retirant
son rang dans les forces armées et son droit à porter ses
décorations »,
le titre de maréchal de France étant une distinction, et non un
grade, décernée, non pas par un décret, mais par une loi votée au
Parlement,
peut permettre de considérer que cette décision de justice ne peut
annuler une mesure législative.
Accomplissant le vœu de la Haute Cour de justice, le
général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la
République, commue la sentence de mort en peine de réclusion à
perpétuité le 17 août 1945. Compte tenu de la peine de dégradation
nationale (article 21 de l'ordonnance du 26 décembre 1944), le
maréchal Pétain est exclu automatiquement de l'Académie française
(l'ordonnance prévoit l'exclusion de l'Institut). Toutefois,
celle-ci s’abstient d’élire un remplaçant de son vivant au 18e
fauteuil, égard auquel a également eu droit Charles Maurras
(tandis qu’Abel Bonnard et Abel Hermant sont remplacés dès 1946).
Philippe Pétain est emprisonné au
fort du Portalet, dans les Pyrénées, du 15 août au 16 novembre
1945, puis transféré au fort de la Citadelle sur L'Île-d'Yeu
(Vendée). Son épouse installée à son tour dans l’île, bénéficie
d’un droit de visite quotidien. La santé du maréchal Pétain
décline à partir du début de l’année 1951, les moments de lucidité
devenant de plus en plus rares. Eu égard à cette situation, le
Conseil supérieur de la magistrature, présidé par Vincent Auriol,
président de la République, en vue d’adoucir une fin prévisible,
autorise le 8 juin 1951 « l’élargissement » du prisonnier et son
assignation à résidence « dans un établissement hospitalier ou
tout autre lieu pouvant avoir ce caractère ». Le transfert dans
une maison privée de Port-Joinville a lieu le 29 juin 1951, où
Philippe Pétain meurt le 23 juillet 1951.
Il est inhumé le surlendemain dans le cimetière marin de l’île
d’Yeu.
La tombe du maréchal Pétain
En
1973 a lieu un épisode rocambolesque : sa dépouille est
enlevée par des personnes se réclamant de sa mémoire et désireuses
d’obtenir le transfert de ses cendres au fort de Douaumont (Verdun), auprès des centaines de milliers de soldats français qui y
sont tombés, conformément aux dernières volontés du maréchal.
La tombe du maréchal Pétain est fleurie au nom de la présidence
de la République le
10 novembre 1968
(sous le général de Gaulle, à l'occasion du 50e
anniversaire de l'armistice de 1918),
en février 1973
(sous
Georges Pompidou, suite à la profanation de la tombe située à
L'Île-d'Yeu)
et en
1978 (sous
Valéry Giscard d'Estaing, 60e
commémoration de la victoire de 1918).
Pendant la présidence de
François Mitterrand, elle est fleurie le 22 septembre 1984
(jour de la rencontre avec le chancelier
Helmut Kohl à Verdun),
puis le 15
juin
1986 (70e anniversaire de la
bataille de Verdun), puis chaque 11 novembre entre 1987
et 1992.
Cette pratique ne cesse qu’après de nombreuses protestations dont
celles de la communauté juive.
François Mitterrand comme les apologistes de la mémoire de
Pétain ayant déclaré qu’ils honoraient simplement la mémoire de
l’homme de Verdun et nullement celle du chef de l’État français,
l’ancien premier ministre
Laurent Fabius fit remarquer que lorsque l’on juge un homme,
on le fait sur l’ensemble de sa vie. Quant à l’historien André Kaspi, il souligna l’artificialité de cette distinction :
« Le Pétain collaborateur de 1940-1944 n’a
pu égarer les Français et en convaincre bon nombre de le suivre
que parce qu’il bénéficiait du prestige du Pétain de 1914-1918.
L’un n’aurait pas existé sans l’autre. »
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