Mohammad Reza Chah Pahlavi
(26 octobre 1919 - 27 juillet 1980), fut le dernier Shah
(majesté impériale) d'Iran, renversé par la
Révolution Islamique de 1979. Soucieux de moderniser son pays
et de le faire passer du Moyen-âge au XXè siècle en l'espace de
quelques décennies, il fit de l'Iran une puissance mondiale
occidentalisée qui heurta le conservatisme des religieux chiites
et provoqua sa perte.
JEUNESSE.
Mohammad Reza Pahlavi est le fils
aîné de Reza Khan, fondateur de la dynastie Pahlavi sous le nom de
règne de Reza Shah, et de la reine mère Tadj ol-Moluk. Il est le
frère de la princesse Shams (1917-1996) et le demi-frère de la
princesse Fatemeh Pahlavi, dite Hamdan Saltaneh (1912-1992), née
d'une précédente union.
Une fois son certificat d'étude obtenu, à la fin de l'été 1931,
Mohammad Reza Pahlavi quitte l'Iran afin de poursuivre son
instruction en Suisse. En 1936, au terme des cinq années passées
au collège du Rosey, à Rolle, le jeune prince revient au pays et
achève son apprentissage à l'Ecole des Officiers de Danechkadéyé-Afsari.
Il reçoit le diplôme des mains de son père le 28 septembre 1938,
avec le grade de sous-lieutenant.
Le 16 mars 1939, Mohammad Reza
Pahlavi épouse la princesse Fawzia (fille du roi Fouad Ier et
soeur de Farouk Ier d'Egypte) au Palais royal d'Abidin, au Caire,
selon le rite
chiite. Une seconde cérémonie, de rite
sunnite, se déroule à Téhéran, au Palais impérial du Golestan,
le 25 avril 1939.
Si d'un point de vue politique ce mariage apporte le prestige et
la reconnaissance à la dynastie Pahlavi, il ne tarde pas à révéler
ses failles. Eloignée des salons chics d'Alexandrie et du Caire,
Fawzia, devenue reine d'Iran (malika Fawzia Pahlavi) à
l'avènement de Mohammad Reza, ne s'adapte pas à la cour de
Téhéran. Hormis la naissance d'une fille, la princesse Chahnaz, le
27 octobre 1940, l'union est vécue comme un échec relationnel.
Rentrée dans son pays, la reine Fawzia se voit accorder le divorce
par le gouvernement égyptien dès 1945. Ce n'est que trois ans plus
tard que les autorités iraniennes confirment cette décision. Le
divorce officiel est donc accordé le 17 novembre 1948, à la
condition que la princesse Chahnaz reste sous la responsabilité de
son père.
ACCESSION AU POUVOIR,
PREMIER EXIL ET RECONQUETE DU TRONE
Suite à l'abdication de son père,
écarté du pouvoir par les anglais et les soviétiques au début de
la Seconde Guerre mondiale, Mohammad Reza devient Chah d'Iran le
16 septembre 1941.
En 1953, le premier ministre nationaliste démocratiquement élu,
Mohammad Mossadegh, le force à s'exiler suite à leur opposition
sur la gestion des gisements pétroliers exploités par les
Britanniques et les Américains, que Mossadegh veut nationaliser.
Aidé par la
CIA et le MI6 britannique, le chah remonte rapidement sur le
trône. L'ancien premier ministre Mossadegh est condamné à mort
mais gracié par le Chah et sa peine est commuée en un exil
intérieur qui durera jusqu'à sa mort.
Le Chah d'Iran devient un des dirigeants les plus importants du
Moyen-Orient, car il gouverne un pays riche en gisements
pétroliers et militairement puissant, tout en profitant de la
bienveillance des États-Unis. Il abolit le système multipartite
qui lui est hostile et instaure un régime autoritaire avec l'aide
de la police politique iranienne, la SAVAK, et le soutien
des États-Unis.
En
1963, il entame la « révolution blanche » qui modernise
progressivement l'Iran pour en faire un pays occidentalisé.
La révolution blanche consiste en une régénération non-violente de
la société iranienne à travers des réformes économiques et
sociales ayant pour objectif de transformer l'Iran en une
puissance économique et industrielle mondiale.
Le Chah introduit des concepts économiques novateurs comme la
redistribution des profits aux ouvriers et initie des projets
d'industrie lourde financés par le gouvernement, ainsi que la
nationalisation des forêts, des pâturages et des ressources en
eau. Le plus important, cependant, était la réforme agraire qui
fit perdre aux grands propriétaires terriens la plupart de leur
influence et de leur pouvoir. Socialement, la Révolution
Blanche accorde plus de droits aux femmes, permet le
développement du corps médical, et injecte des fonds dans
l'éducation, particulièrement dans les zones rurales.
LA CHUTE
Sa politique aboutit à une croissance
économique très forte durant les années 1960 et 1970. Cependant,
en 1978, devant la brutalité des méthodes de la SAVAK et le
faste ostentatoire de la famille impériale, le président américain
Jimmy Carter demande au chah d'œuvrer plus efficacement en faveur
de la démocratisation de son pays.
Le chah fait appel à ses opposants les plus libéraux, comme
Chapour Baktiar, pour tenter de sauver le régime impérial perçu
comme trop autoritaire et trop occidentalisé, en particulier par
des conservateurs religieux que l'ayatollah
Khomeyni (exilé en France) exhorte à fomenter une
révolution islamique fondamentaliste.
Le nouveau premier ministre, afin de rétablir la situation,
demande au chah de quitter l'Iran pour quelques semaines. Le 16
janvier 1979 l'avion transportant le couple impérial et quelques
collaborateurs décolle, c'est le début du second exil du Shah.
L'EXIL
Deux semaines plus tard, le
gouvernement Bakhtiar laisse l'ayatollah
Khomeyni revenir en Iran. Après une lutte d'influence qui
tourne à l'avantage du chef religieux, Chapour Bakthiar est
contraint à la fuite : le dernier gouvernement du chah s'effondre.
Le régime islamique s'impose et va organiser une purge (la plupart
des anciens ministres et officiers de l'ancien régime, encore
présents en Iran, sont jugés et exécutés). Des menaces sont
proférées contre les pays qui accepteraient d'accueillir le chah,
dont le retour est exigé : les chefs religieux veulent le juger.
Accueillis dans un premier temps par le président Sadate en
Egypte, le Chah et l'impératrice Farah séjournent à Assouan durant
une semaine. Désireux de ne pas compliquer la tâche du président
égyptien confronté à la montée de l'islamisme,
mais qui leur offre néanmoins l'asile, le Chah préfère répondre
favorablement à l'invitation du Roi Hassan II qui l'accueille au
Maroc le 22 janvier 1979.
Après avoir provoqué la chute du régime du Shah en l'invitant à
faire un pas de côté, l'administration américaine de Jimmy Carter
confirme sa volonté de se désolidariser du sort de son plus fidèle
allié au Moyen-Orient. Lors d'une conférence de presse, le
président américain déclare que le Shah d'Iran "n'est pas le
bienvenu sur le territoire des Etats-Unis". La famille impériale
se retrouve donc dans l'impossibilité d'honorer l'invitation de
Nelson et David Rockfeller à s'installer à Palm Springs, en
Californie.
L'exil marocain n'excède pas trois semaines car les services
secrets français informent le roi du Maroc et la famille impériale
que les religieux iraniens ont l'intention d'enlever ou d'intenter
à la vie des membres de la famille royale marocaine si celle-ci
s'obstine à soutenir le Chah. Hassan II refuse de céder au
chantage, mais Mohammad Reza Pahlavi préfère éviter ce scénario :
il décide donc de quitter le sol marocain. Roberto Armao, le
responsable des relations publiques de la famille Rockefeller,
leur trouve une terre d'accueil dans l'archipel des Bahamas. La
solution demeure néanmoins provisoire puisque les souverains
déchus n'obtiennent qu'un visa de trois mois.
Après Paradise Island, les souverains iraniens se réfugient au
Mexique, appuyés par Roberto Armao et Henry Kissinger. Alors que
tout laisse présager que le Mexique sera le point final de l'exil,
le cancer latent dont le Chah souffre depuis 1974 se réveille et
des hématologues français estiment qu'il est urgent procéder à une
ablation de la rate. Sceptique, l'administration Carter envoie ses
propres médecins pour l'informer de l'état de santé du Chah.
L'admission du souverain dans un hôpital new-yorkais provoque le
courroux des religieux iraniens qui encouragent les "étudiants
islamiques " ou "pasdarans" à s'emparer
de l'ambassade américaine de Téhéran et de retenir son
personnel en otage. Une crise qui durera 444 jours.
Sous pression, le Mexique refuse le retour du Chah sur son sol. Le
gouvernement panaméen, d'abord disposé à accueillir les souverains
déchus, change de position : il ne verrait pas d'objection à
négocier une extradition. Anouar el-Sadate, qui avait toujours
demandé que les Pahlavi demeurent en Égypte, réitère son
invitation.
Mohammad Reza Pahlavi, extrêmement diminué par la maladie,
s'installe en Egypte avec sa famille. Une nouvelle opération
révèle que le cancer est arrivé à un stade beaucoup trop avancé :
le foie est atteint. Suit alors une agonie de plusieurs mois qui
prend fin le 27 juillet 1980.
Le Chah reçoit des funérailles nationales organisées en Égypte,
mais, par crainte de représailles, la plupart des chefs d'État en
fonction s'abstiennent de faire le déplacement. Présent lors de la
cérémonie, l'ancien président Nixon dénonce la lâcheté de la
Maison Blanche et des alliés occidentaux. Le Chah est inhumé dans
la mosquée Al-Rifai, au Caire.
L’impératrice Farah Diba et l’héritier du trône, son fils Reza
Pahlavi, sont très impliqués aujourd’hui dans les mouvements
d’opposition au régime iranien au niveau international.