John Major,
né le 29 mars 1943 à Carshalton, est un homme politique et un
homme d'affaires britannique appartenant au Parti conservateur.
Secrétaire en chef du Trésor de
1987 à 1989, il devient pour trois mois secrétaire d'État aux
Affaires étrangères avant d'être nommée chancelier de l'Échiquier
par
Margaret Thatcher, à qui il succède comme Premier ministre le
28 novembre 1990. Il remporte deux ans plus tard et à la surprise
générale les élections législatives, avec une majorité affaiblie.
La dégradation de la conjoncture l'oblige peu après à sortir la
livre sterling du serpent monétaire européen. Son mandat est
marqué par d'importantes dissensions au sein de son parti, en
particulier sur la politique européenne. Il se fait réélire en
1995 à la tête de sa formation, mais ne retrouva jamais l'autorité
nécessaire pour gouverner sans difficulté. En 1997, il est
largement défait par les travaillistes de
Tony Blair et se retire quatre ans plus tard de la vie
politique.
Jeunesse
Il fut baptisé 'John Roy Major', mais seul le prénom John
apparaît sur son certificat de naissance. Il utilisa le nom Roy
jusqu'au début des
années 80.
Bien qu'il naquît à Worcester
Park, un quartier riche de Sutton dans la banlieue de Londres, la
famille de Major dut déménager vers le quartier plus pauvre de
Brixton, après que son père eut fait faillite. Il fréquenta
l'école de Rutlish sans se faire remarquer et quitta l'école à 16
ans. Major fit une demande pour être chauffeur de bus, mais fut
rejeté, sous prétexte qu'il n'avait pas le niveau requis en
arithmétique. En mai 1965, il décrocha un poste de directeur à la
« Standard Chartered Bank » au sein de laquelle il gravit
rapidement les échelons. Il ne quitta son poste qu'après son
élection au Parlement en 1979.
Il reste un membre de l'Association des Banquiers.
Il épousa Norma Johnson le
3 octobre 1970. Ils ont un fils (James Major) et une fille
(Elizabeth Major).
Carrière politique
Ses débuts en politique
John Major montra un intérêt pour
la politique dès son plus jeune âge, faisant des discours juché
sur un carton sur le marché de Brixton. En 1964, à l'âge de 21
ans, il se présenta à l'élection du conseil municipal de Lambeth,
un quartier de Londres, et fut élu en 1968, contre toute attente,
lors d'un basculement en faveur des Conservateurs. Il siégea au
conseil municipal en tant que vice-président du comité au
logement, et fut responsable de la construction de plusieurs
résidences municipales. En 1971,
Major se présenta dans un autre quartier londonien où la victoire
semblait plus facile pour les Conservateurs, mais il fut battu.
Il se présenta au Parlement à St.
Pancras North, dans le quartier londonien de Camden, aux deux
élections générales de 1974 mais ne put s'imposer à ce poste
traditionnellement occupé par les travaillistes. En mai 1976, il
obtint l'investiture du parti conservateur dans le Huntingdonshire
et fut facilement élu au Parlement aux élections générales de
1979. En 1983, Major devint membre du Parlement pour Huntingdon
grâce à un changement dans le tracé des circonscriptions. Il y fut
réélu en 1987, 1992 et 1997. Il ne se représenta pas aux élections
générales de 2001.
Il devint secrétaire particulier au
Parlement en 1981
et assistant whip (celui qui maintient l'ordre au sein de
son groupe parlementaire) à partir de 1983. Il fut nommé
sous-secrétaire d'État à la Sécurité sociale en 1985 et devint
ministre de la même fonction en 1986. Il entra au cabinet
ministériel en tant que secrétaire en chef au Trésor en 1987, et
fut nommé secrétaire aux Affaires étrangères en 1989. Il ne resta
que trois mois à ce poste avant de devenir ministre des Finances
après la démission de Nigel Lawson en octobre 1989. Major présenta
son unique budget au printemps 1990.
Il le présenta comme « budget pour l’économie » et annonça le
TESSA (Tax Exempt Special Saving Account) pour inciter les
foyers britanniques à placer leur argent en banque après les
fortes chutes enregistrées au cours des années précédentes.
En novembre 1990, Michael
Heseltine, un conservateur mécontent de la politique de Margaret
Thatcher, demanda à ce qu'un nouveau président du parti soit élu.
Lorsque Thatcher se retira de l'élection au second tour, John
Major et Douglas Hurd s'y présentèrent. Bien qu’il lui manquât
deux voix pour atteindre les 187 votes nécessaires à la victoire
lors du second tour, les résultats de Major étaient suffisants
pour forcer ses rivaux à lui faire des concessions et il devint
Premier ministre le 27 novembre 1990.
John Major le Premier ministre
Major fut Premier ministre pendant
la guerre du Golfe. Pendant ses premières années à Downing Street,
l’économie mondiale qui s’était bien portée au cours des années
1980 subit une récession. Alors que tout le monde s’attendait à ce
qu’il perde les élections de 1992 face à Neil Kinnock, Major fit
sa campagne dans la rue, déclamant de nombreux discours sur une
boîte à savon comme il le faisait dans sa jeunesse. Cette touche
populiste, contrastant avec la campagne lisse des Travaillistes,
toucha l’électorat et offrit à Major un deuxième et inattendu
mandat, avec une majorité très affaiblie au Parlement. Cette
situation devint vite insurmontable, surtout après que le
Royaume-Uni fut forcé de se retirer du Système monétaire européen,
le Mercredi Noir (16 septembre 1992),
seulement cinq mois après les élections. Il affirma avoir chanté
dans sa douche le jour de la sortie du SME.
Malgré les efforts faits par Major, le parti Conservateur
s’effondra, victime de luttes internes. Major essaya de régler
cette crise par une approche modérée, mais il se vit opposer la
droite du parti et le Cabinet Ministériel.
Sa
politique européenne
Sa politique concernant l’Union
européenne dressa l’opposition contre le gouvernement qui essayait
alors de ratifier le traité de Maastricht. Bien que le parti des
travaillistes soutenait le traité, ils étaient prêts à faire des
choix tactiques dans le seul but d’affaiblir le gouvernement. Les
travaillistes déposèrent un amendement demandant un vote sur le
chapitre social du traité. Plusieurs députés conservateurs
votèrent contre le gouvernement et le vote fut perdu. Major
contre-attaqua en demandant un second vote le lendemain
(23 juillet 1993) qu’il déclara vote de confiance (c'est-à-dire qu’il aurait
démissionné s’il avait perdu). Il gagna par 40 voix, mais son
autorité avait été endommagée.
Plus tard le même jour, Major
donna une interview à Michael Brunson pour ITN. Lors d’un moment
d’inattention et alors qu’il pensait que les micros étaient
éteints, Brunson demanda à Major pourquoi il n’avait pas limogé
les ministres qui conspiraient contre lui. Il répondit « Nous ne
voulons pas de trois bâtards de plus dehors. Quelle était la
maxime de
Lyndon Johnson déjà ? ... ». Major expliqua plus tard
qu’il avait utilisé le chiffre trois par hasard, mais de nombreux
journalistes identifièrent immédiatement les trois ministres comme
Peter Lilley, Michael Portillo et Michael Howard, trois
Eurosceptiques importants. Un enregistrement de la
conversation fut récupéré par le
Daily Mirror et distribué par le journal, incommodant
Major au passage. (La maxime de Johnson expliquait, en parlant de
J. Edgar Hoover, qu’il était préférable de l’avoir sous la
tente pissant à l’extérieur que en dehors de la tente pissant à
l’intérieur).
Irlande du Nord
John Major a donné en mars 1993 une vigueur nouvelle aux
discussions secrètes menées avec l'IRA depuis plusieurs années.
Une note confidentielle transmise à ce moment-là au Sinn Féin,
après une vague d'attentats, témoigne de dispositions à la
négociation : « Tous les protagonistes de ce conflit ont la
responsabilité d'y mettre fin. Personne na le monopole de la
souffrance. Un processus d'apaisement est nécessaire ». (Matthew
Carr, La Mécanique infernale). Le 15 décembre 1993, John
Major et Albert Reynolds, le premier ministre irlandais, publient
la Downing Street Declaration, ce qui entraîne l'année
d'après un premier cessez-le-feu de l'IRA.
Les accords de Vendredi Saint seront signés bien après que John
Major ait quitté Downing Street, par son successeur Tony Blair.
Mais John Major a contribué à ouvrir la voie à la paix en Irlande
du Nord, après des dizaines d'années de violences féroces. Son
rôle exact dans le tournant d'un conflit qui semblait inextricable
reste à préciser, et peut-être à mettre en valeur.
Fin de son
mandat
À la conférence du parti Conservateur de 1993,
Major commença sa campagne « Retour aux sources ». Celle-ci devait
répondre au problème dans les domaines de l’économie, l’éducation,
la police entre autres. Cependant, elle fut interprétée par
certains (parmi lesquels des membres du Cabinet conservateur)
comme une campagne moralisatrice. Cette campagne eût des effets
désastreux pour le parti Conservateur et le Cabinet.
En 1995, John Major démissionna de
la tête du parti Conservateur afin d’organiser de nouvelles
élections et de rassembler les Conservateurs autour de lui. John
Redwood, le Secrétaire d’État du Pays de Galles se présenta contre
lui. Major gagna avec 218 votes contre 89 pour Redwood (8 abstentions et 12 blancs), ce qui était
assez pour s’imposer au premier tour, mais seulement 3 voix de
plus que l’objectif qu’il s’était lui-même fixé.
Sa réélection à la tête du parti
ne suffit pas à restaurer son autorité. En décembre 1996, les
Conservateurs perdirent la majorité à la Chambre des communes.
Major réussit à tenir malgré tout, mais dût organiser de nouvelles
élections pour le Parlement en mars 1997 alors que son mandat arrivait à terme.
Retraite
La défaite de Major aux élections
générales de 1997 face à Tony Blair ne surprit presque personne,
mais l’ampleur de cette défaite n’était pas prévisible. Major
démissionna de la tête du parti Conservateur après cet échec.
Depuis, et contrairement à Margaret Thatcher, son prédécesseur, il
garde un profil bas et reste un peu à l’écart de la politique,
donnant simplement quelques conseils de temps en temps. Il se
livre aussi au cricket, sa passion, en tant que président du
Surrey County Cricket Club.
John Major est un membre du comité
consultatif européen du groupe Carlyle depuis 1998 et fut nommé
directeur de Carlyle Europe en mai 2001.
Major ne se présenta pas aux
élections générales de 2001 et a refusé la place, à vie, à la
Chambre des Lords offerte habituellement aux anciens Premiers
ministres.
Cette retraite tranquille ne fut
dérangée que par la révélation en septembre 2002 selon laquelle il
eut une relation extra conjugale avec une autre membre du
Parlement, Edwina Currie, pendant quatre ans.
Relations avec les médias
Pendant sa présidence du parti Conservateur, John Major est
présenté comme quelqu'un d'honnête (« Honest John ») mais ennuyeux
et incapable de mettre fin aux querelles intestines des
Conservateurs. Dans
Spitting Image (équivalent anglais des
Guignols de l'info), sa marionnette, d'abord un
artiste de cirque, fut remplacée par un homme grisâtre dînant avec
sa femme, lui disant « Bonnes pêches chérie » de temps en temps.
Le journal
Private Eye, parodia L’Agenda secret d’Adrian Mole, 13
ans et trois quarts de
Sue Townsend pour écrire L’Agenda secret de Johnny Major,
54 ans un quart, avec « ma femme Norman » et « Monsieur
Docteur Mawhinney » comme personnages récurrents.
Parce qu’il grandit à
Brixton, souvent appelée la « capitale de la communauté
jamaïquaine à Londres », certains journalistes de télévision et de
radio lui prêtèrent des surnoms tels que « Johnny Reggae ».