Rouhollah Moussavi Khomeini,
aussi transcrit Khomeiny ou
Khomeyni
(24 septembre 1902, Khomein - 3 juin 1989, Téhéran), est un
dignitaire religieux chiite et un homme politique iranien qui
initia la révolution islamique iranienne de 1979 et établit une
théocratie qu'il dirigea, en tant que Guide de la Révolution,
jusqu'à sa mort en 1989.
PARCOURS
PERSONNEL et POLITIQUE.
Il est né dans la ville de Khomein
sous le nom Rouhollah Moussavi en 1902 dans une famille
très croyante. Son grand-père, son père et son frère aîné sont
ayatollah (dignitaires du clergé
chiite, considérés comme experts de l'Islam).
Son
père est assassiné par les hommes de main d'un grand féodal. En
1927 il est professeur de théologie à Qom puis, dans les années
1950, il est nommé ayatollah. Il s'engage dans l'opposition
religieuse au régime autoritaire du
Shah Mohammad Reza Pahlavi et aux réformes que celui-ci mène
pour la modernisation du pays (la « révolution blanche »),
réformes incluant notamment le droit de vote des femmes. En 1962,
il devient un des chefs de la communauté chiite, qualifié de
« guide religieux suprême ».
Son opposition à la « révolution
blanche » le conduit à l'affrontement avec le pouvoir. Il est
arrêté en 1963 pour avoir joué un rôle important dans les émeutes
du 4 juin. Condamné à mort il est gracié par le Shah d'Iran qui,
conscient de son influence, le fait libérer rapidement en 1964. Il
est alors forcé à l'exil, d'abord en Turquie, puis à Nadjaf et
Kerbala en Irak pendant 14 ans, où son discours se radicalise. Son
activisme chiite indispose le pouvoir irakien et en 1978 il part
vers la France avec un visa de touriste et s'installe à Neauphle-le-Château
sans demander l'asile politique. Selon Alexandre de Marenches
(chef du Service de documentation extérieure et de
contre-espionnage français), la France aurait suggéré au chah
qu'ils pourraient « organiser un accident mortel pour Khomeini » ;
le chah refuse l'offre d'assassinat, arguant du fait que ceci en
ferait un martyr. Khomeini est devient un des adversaires les plus
influents du chah.
En Irak et à Paris, il radicalise et systématise sa pensée autour
d'une conviction profonde : la
démocratie n'est pas le système adéquat pour l'Iran. Selon son
analyse, les oulémas héritiers du
Prophète détiennent l'autorité religieuse et politique,
jusqu'au retour de l'imam caché. Ces clercs ont le pouvoir de
désigner le plus savant d'entre eux pour concentrer l'autorité. Ce
principe deviendra, après la révolution islamique de 1979, la clef
de voûte du nouveau régime iranien que Khomeini définit comme le
pouvoir absolu du religieux.
Khomeini retourne en Iran le 1er février
1979, à l'appel de la Révolution déjà bien en marche. Il prend le
pouvoir le 11 février 1979, d'abord comme « chef de la révolution
en Iran», puis en tant que « chef spirituel suprême » au sein d'un
gouvernement provisoire. La République islamique est acceptée par
référendum, instituant un mandat présidentiel de quatre ans. Le 4
février 1980, Khomeini approuve l'élection d'Abolhassan Bani Sadr
au titre de premier président de la République islamique d'Iran.
Seuls les candidats approuvés indirectement par le guide suprême
d'Iran peuvent être candidats.
Dans la république islamique voulue par Khomeini, la constitution
reconnaît le
chiisme duodécimain comme religion d'État. De plus, la
constitution précise que la loi iranienne doit être en accord avec
la Charia. La situation des
droits de l'homme devient très préoccupante : les femmes
perdent leurs droits acquis durant la période précédente et les
libertés individuelles font l'objet d'importantes limitations.
Khomeini devient peu à peu le centre d'un culte de la
personnalité, et toute opposition à sa personne, au gouvernement
religieux ou à l'Islam se voit sévèrement réprimée (arrestations
arbitraires, torture, exécutions sommaires, éliminations massives
d'opposants).
Au début de la révolution entre 1979 et 1981, des étudiants
membres d'un groupe appelé Partisans de la ligne de l'Imam
enlèvent 52 citoyens Américains et les retiennent
en otages dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran pendant
444 jours. Khomeini indique le 23 février 1980, au parlement
iranien, que le destin des otages dépend de l'ambassade
américaine, celle-ci devant exiger des États-Unis l'extradition du
chah en vue de son procès en Iran. Le président des États-Unis
Jimmy Carter lance une opération commando illégale pour sauver les
otages, mais la tentative échoue quand les hélicoptères s'écrasent
dans le désert.
Le pouvoir conquis en Iran, Khomeini appelle alors de ses vœux la
propagation de la révolution islamique aux autres pays musulmans.
En septembre 1980, misant sur la désorganisation du pouvoir et de
l'armée iraniens, ambitionnant d'occuper les zones pétrolifères
d'Iran et opposé à la diffusion d'un chiisme militant de Khomeini,
Saddam Hussein lance l'armée irakienne à la conquête de
l'Iran. Une opération militaire qui rencontre une résistance
beaucoup plus forte que prévu et qui dégénère en un conflit
meurtrier de huit années.
Au début de la guerre le peuple iranien, en pleine ferveur, se
rassemble autour de Khomeini. Le régime islamique du Guide de la
Révolution, sa popularité et sa puissance personnelle, s'en
trouvent considérablement renforcés. Toutefois, la nation
économiquement exsangue et militairement affaiblie, Khomeini
consent à un cessez le feu en août 1988.
La guerre terminée, Khomeiny ordonne l’exécution des prisonniers
politiques. En l'espace de trois mois, plus de 30000 prisonniers
sont exécutés. Le dauphin de Khomeini, l'Ayatollah Montazeri
proteste contre ce massacre, ce qui lui vaut la disgrâce et
l'assignation à résidence.
En 1989, Khomeini, condamne à mort l'écrivain Salman Rushdie à
travers une fatwa (règle juridique émise par un dignitaire
religieux, ce qui lui confère une force divine) qui accuse
celui-ci de « blasphème » contre le prophète
Mahomet. Les Versets sataniques, le roman de Rushdie,
contient des passages qui impliquent que certains versets du
Coran n'ont pas été dictés par Dieu mais par Satan, exploitant
une ancienne histoire folklorique. Cet évènement a fait
reconsidérer par beaucoup d'Occidentaux, en particulier ceux de
gauche qui s'étaient généralement positionnés en faveur de la
révolution contre le shah, leur appui à Khomeini.
Après onze jours passés à l'hôpital du fait d'une hémorragie
interne, Khomeini meurt le 3 juin 1989. Une foule de plus d'un
million d'Iraniens se réunit autour du lieu d'enterrement.