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.Heinrich
HIMMLER
Heinrich Luitpold Himmler
(7 octobre 1900, Munich - 23 mai 1945, Lüneburg) fut l'un des
hommes les plus puissants du Troisième Reich. Il était le maître
absolu de la SS (Reichsführer-SS) et le chef de toutes les
polices allemandes (Chef der Deutschen Polizei), dont la
Gestapo. Il est également considéré comme le
Jahrhundertmörder (« meurtrier du siècle ») par certains
auteurs allemands. Il s'est suicidé le 23 mai 1945 pour échapper
au jugement.
Himmler porta la responsabilité la
plus lourde dans la liquidation de l'opposition en Allemagne nazie
et dans le régime de terreur qui régna dans les pays occupés. Les
camps de concentration et les camps d'extermination dépendaient
directement de son autorité, et il mit en œuvre la « Solution
finale ».
La
jeunesse à Munich
Heinrich Himmler, né à Munich le
7 octobre 1900 est le deuxième fils d'Anna Maria Heyderde et de
Joseph Gebhard Himmler. Son père, professeur au lycée de Landshut,
est un homme cultivé, nationaliste et conservateur sans être
antisémite. La famille est issue de la moyenne bourgeoisie
catholique bavaroise et, le père, en nationaliste convaincu,
enseigne à ses fils Gebhard Ludwig (né en 1898), Heinrich et Ernst
Hermann (1905-1945) le respect de la patrie allemande. Gebhard et
Ernst entreront également dans la SS, mais sans y tenir un rôle
particulier. Le père d'Himmler est également le précepteur du
prince héritier de Bavière, Heinrich de Wittelsbach, qui accepte
d'être le parrain d'Heinrich.
Himmler effectue sa scolarité à Landshut, dans un établissement
réputé, près de Munich. C'est un élève modèle. Petit, peu sportif
et myope, il se révèle faible en gymnastique. Ses fréquentes
absences scolaires dénotent une santé fragile. Pendant sa
jeunesse, de 1911 à 1924, il tient un journal intime. Ce document
trace le portrait d’un jeune homme bien intégré à son milieu et à
la société, capable de gentillesse et de générosité : pendant les
vacances de Noël (date inconnue), il fait la lecture à un
aveugle ; il organise une manifestation de bienfaisance pour les
orphelins et regrette les mauvais traitements infligés aux
prisonniers français auxquels il a assisté en 1914.
La Première Guerre mondiale et le début des années 1920
En août 1914, Heinrich Himmler est enthousiaste à l'éclatement
de la
Première Guerre mondiale : comme son frère, Gebhard, il
souhaite s’engager dans la
Reichsmarine, où il n'est pas accepté à cause de sa myopie et
de son jeune âge.
Dans son journal, il décrit l'ambiance à Landshut lorsque la
guerre est déclarée :
« Les craintifs petits bourgeois de Landshut baissent la tête
et ont peur d'être massacrés par les cosaques. Il n'y a
d'ailleurs, en Basse-Bavière, pas beaucoup d'enthousiasme dans
ceux qui sont restés. On dit que quand fut connu l'ordre de
mobilisation générale dans la vieille ville tout le monde
pleurnichait ; or je ne m'attendais pas à ça des gens de
Basse-Bavière ! »
— H. Himmler, journal
intime, août 1914.
Himmler est frustré de ne pouvoir rejoindre une école
d'officiers. Suite à l'intervention de son père, il obtient une
dispense d'âge en juin 1917 et est incorporé au IIe
régiment d’infanterie
bavarois von der Tann. Après six mois de formation en
tant qu'élève officier, il est transféré à
Ratisbonne, puis à
Freising du 15 juin au 15 septembre et enfin à
Bayreuth du 15 septembre au
1er octobre 1918.
Aspirant, il envoie une lettre à ses parents qu'il signe "Miles
Heinrich" (le soldat Heinrich). À sa grande déception, il est
démobilisé deux mois plus tard sans jamais avoir vu le front et
rentre chez ses parents à Noël.
Après la guerre il fait partie, avec son frère Gebhard, des
cercles militants de
Munich (Völkischen
Rechten Münchens). Toujours avec son frère, il intègre, en
novembre 1919, la 14e compagnie de la
Brigade de protection de Munich, unité de réserve de l'armée
fort proche des
Freikorps, ces unités non officielles chargées en
Bavière par le gouvernement légal social-démocrate d'écraser
la
République des conseils de Munich, à tendance communiste, avec
l'assentiment des alliés. L'année suivante, il étudie l'agronomie
au lycée technique agricole de
Munich, tout en étant stagiaire dans une ferme-école près d'Ingolstadt
jusqu'en 1922. Au cours de ses études, il s'affilie à de très
nombreuses associations dont le cercle étudiant Burschenschaft
Apollo, pour les activités duquel il obtient un certificat
médical afin d'être dispensé de beuveries.
Il s'inscrit également à une ligue de jeunes d'extrême droite, l'Artamanenbund
dont le slogan est « le sang, le sol et le glaive ».
Une
vie conjugale difficile
D'après son journal intime, Himmler fait la connaissance, en
1920 ou 1921, de la fille du propriétaire de la ferme-école où il
est stagiaire. De nature timide, il ne lui fait jamais part de ses
sentiments. Par la suite, les relations avec les femmes semblent
inexistantes. Toujours selon son journal, il est fort probable
qu'il n'ait eu sa première expérience sexuelle que lors de son
mariage à l'âge de vingt-huit ans. En 1926, il rencontre une
infirmière divorcée Margarete Siegroth (née Boden), de sept ans
son aînée et protestante. « Marga », grande blonde aux yeux bleus,
correspond à l'idéal de la femme
aryenne. Ils se marient le 3 juillet 1928 ; de cette
union naît une fille, Gudrun le 8 août 1929.
En 1928, le couple investit la dot de « Marga » dans un élevage de
poules à Waldtrudering, dans les faubourgs de Munich. Jusqu'à la
fin des années 1920, Himmler continue de cultiver sa petite
propriété rurale avec son épouse.
Il affectionne sa fille qu'il surnomme Püppi ; il n'en
fera pas autant avec le fils adoptif de Marga. Durant ses
premières années de vie politique, il semble essayer de remplir
son rôle de père et de mari le mieux possible. Les pages de son
agenda démontrent qu'il avait des conversations téléphoniques
quasi quotidiennes avec sa femme et sa fille. Depuis que sa ferme
a fait faillite en 1929, Himmler détient de plus en plus de
responsabilités au sein du parti et délaisse son épouse : ils se
séparent finalement en 1940 sans divorcer. Le Reichsführer
entretient une relation avec une de ses secrétaires, Hedwig
Potthast avec qui il aura deux enfants illégitimes : Helge (1942)
et Nanette Dorothea (1944). Ils se sépareront finalement la même
année.
Les premiers pas au sein du parti
nazi (1923-1926)
Sa vie, durant le début des années 1920, est assez floue. En
1921 ou 1922, Himmler sort diplômé
ingénieur agronome, semble-t-il comme son frère Gebhard, et
serait devenu vendeur ou laborantin dans une usine d'engrais de la
banlieue munichoise. Apparemment il aurait dirigé une exploitation
avicole jusqu'à la fin des années 1920. Depuis 1918-1919, il
entretient une amitié avec son ancien chef de corps francs, le
capitaine nationaliste
Ernst Röhm qui le convertit à ses idées. Début 1923, Himmler
devient membre d'une association nationaliste, dont Ernst Röhm est
l'un des dirigeants, la Reichsflagge. Suite à des conflits
internes, le noyau des militants les plus radicaux, soit 300
personnes emmenées par Röhm, fonde un nouveau groupuscule
extrémiste à l'existence éphémère, la Reichskriegsflagge.
Himmler adhère provisoirement au
parti nazi en août 1923, amené par Röhm qui est alors en
charge des
SA. Lors du Putsch de la brasserie d'Adolf
Hitler le 9 novembre 1923, on le voit arborer l'étendard à la
tête de l'unité de la Reichskriegflagge qui avait essayé
durant la nuit de prendre d'assaut le ministère bavarois de la
Guerre situé sur la Ludwigstrasse à Munich.
Suite au fiasco de l'entreprise, il n'est pas poursuivi en raison
de son jeune âge et du fait de ses faibles responsabilités au sein
du parti. Hitler étant incarcéré, Himmler rejoint momentanément le
Bayrische Volkpartei. Au début de l'année 1924, il quitte
probablement le parti nazi pour devenir
propagandiste (Parteiredner) actif et efficace au sein
du NSFB (Nationalsozialistische Freiheitsbewegung) de Erich Ludendorff. Dans le monde agricole bavarois, son diplôme
et sa compétence inspirent respect et confiance.
Au même moment, Heinrich Himmler continue de fréquenter ses
anciennes connaissances d'après-guerre au sein du Freikorps :
l'organisation des officiers du peuple allemand (Deutschvölkischer
Offizierbund) et celle de l'ancien drapeau impérial (Alt-Reichsflagge).
Hitler, bénéficiant d'une libération anticipée (20 décembre 1924),
en profite pour refonder le NSDAP au début de l'année suivante. De
retour dans le parti en février 1925, Himmler rejoint les SA. Sa
lente ascension est en marche : suite au succès qu'il a rencontré
avec Ludendorff, il est dans un premier temps nommé propagandiste
(Reichsredner), puis chef de la propagande, Gauleiter
suppléant de Basse-Bavière, puis de Haute-Bavière (aux côtés de Gregor Strasser) et enfin Gauleiter du district de
Haute-Bavière.
De SS-Gauführer à Reichsführer-SS (1926-1929)
En 1925, afin de disposer d'une unité disciplinée et totalement
dévouée, Hitler fonde une sous-section au sein de la
SA, la
Schutzstaffel (SS) (escadrons de protection) qui constitue sa
garde rapprochée. Himmler va tenir une place de premier choix au
sein de cette nouvelle organisation. En 1926, il est nommé chef SS
du district de Haute-Bavière
(Gau-SS-Führer), il dirige un petit groupe de SS. La même
année, pendant que
Ernst Röhm a émigré en
Bolivie, il rencontre le
Führer ; ce dernier devient son maître à penser et la
fidélité de Himmler passe de Röhm à Hitler. L'année suivante, il
est membre de l'État-major des SA. Son sérieux et sa loyauté
l'amènent à être nommé adjoint du Reichsführer-SS (Stellvertreter
Reichsführer-SS)
Erhard Heiden en 1927. Patient, il continue à tenir des rôles
secondaires au sein du parti et n'atteint que le grade de SA-Oberführer.
Le cours des choses semble changer au cours de l'année 1928. En
janvier, Hitler reprend à son compte la propagande, Himmler
devient son adjoint. Sur une photographie datée de la même année,
sur laquelle Hitler s'adresse aux dirigeants du
NSDAP, Himmler est assis à la table d'honneur.
Suite à la démission de Heiden de la tête de la SS, il est nommé
le 6 janvier 1929 Reichsführer-SS.
À cette date, malgré son titre impressionnant, il ne dirige que
280 hommes avec lesquels il défile devant les dignitaires du parti
à
Berlin au printemps 1929. Au cours de l'année, on le voit
passer en revue les troupes.
C'est désormais un proche de Hitler qui le surnomme « Le fidèle
Heinrich » (der treue Heinrich) mais il reste un subalterne
de Röhm qui fait son retour en 1930. Le Führer lui ordonne
de faire de la SS un corps d'élite de la SA, mais échappant au
contrôle d'Ernst Röhm, qui devient encombrant à ses yeux.
La montée en puissance de la SS (1930-1934)
Longtemps
considéré par les hauts dignitaires du parti comme un « "brave
petit homme" » ayant « "un bon cœur mais probablement
inconstant" », Heinrich Himmler commence à dévoiler sa
véritable nature.
En 1930 le Reichsführer-SS, qui vient d'être nommé préfet
de police de Munich, est toujours subordonné à Ernst Röhm. Ce
dernier est revenu à la hâte de Bolivie, pour aider Hitler à
maîtriser totalement ses 3 millions de SA. Pour Himmler, la
subordination de la SS à la SA est de plus en plus pesante.
Au printemps 1931, il rencontre Reinhard Heydrich tout juste limogé de la
Reichsmarine. La confiance est immédiate et le Reichsführer-SS
lui propose d'entrer dans la SS et compte tenu de son expérience
dans les services de renseignements de la Marine à Kiel,
il lui demande de créer un service de renseignement interne à la
SS : le futur
SD (Sicherheitsdienst).
Bras droit d'Himmler, Heydrich est également l'éminence grise de
la SS. Ils deviennent si puissants qu'ils irritent certains
membres du parti en particulier
Joseph Goebbels :
« Je dépiste un complot de grande envergure : la SS (Himmler)
entretient un bureau d'espionnage qui me surveille, ici, à
Berlin. C'est lui qui est à l'origine de ces rumeurs
démentielles [...]. Himmler me hait. Désormais je vais
travailler à sa perte. Cette bête à cornes sournoise doit
disparaître. Même Göring est d'accord avec moi sur ce sujet »
— Joseph Goebbels, 30 juin 1931.
Le 25 janvier 1932, Himmler est nommé chef de la sécurité de la
maison brune, le siège de la direction centrale du mouvement à
Munich.
En janvier 1933,
Hitler est nommé
chancelier. Les SS d'Himmler comptent à peine
52 000 membres comparés
aux plusieurs millions de SA de Röhm. Cette différence numérique
s'explique notamment par les critères de recrutement de la SS,
beaucoup plus stricts que ceux de la SA : depuis le début des
années 1930, Himmler exige des postulants de prouver leur
appartenance au Aryen Herrenvolk (race aryenne) ; toujours
afin de se démarquer de la SA, durant l'automne 1933, il fait
concevoir un nouvel uniforme noir pour ses troupes, créé par
Hugo Boss. Symboliquement, la séparation entre SS et SA est
entamée.
Dès mars 1933, Himmler crée le premier camp de concentration, à
Dachau, où il fait interner les opposants à la prise du
pouvoir par les nazis.
Avec
Hermann Göring et le général Werner von Blomberg, Himmler est de ceux qui pensent que Röhm
et ses SA constituent une menace pour la
Wehrmacht et le parti nazi. Hitler, qui a besoin de l'appui de
l'armée, des milieux conservateurs et des grands industriels est
conscient des problèmes soulevés par la SA, pour qui la révolution
reste à faire, mais il répugne à agir contre Röhm, un des rares
membres du parti qu'il tutoie. Avec la complicité de Heydrich qui
en est le véritable inspirateur, Himmler dévoile au Führer un
pseudo « Putsch de Röhm ». Plusieurs dizaines de responsables de
la SA, dont Röhm lui-même, mais aussi des opposants au sein du
parti nazi ou à l'extérieur de celui-ci sont assassinés durant la Nuit des Longs Couteaux (du 30 juin au 1er
juillet 1934). Le lendemain, la SS prend son indépendance
vis-à-vis de la SA : il n'y a plus d'obstacle entre le
Reichsführer-SS et son Führer.
Ayant acquis son indépendance, le Reichsführer-SS
souhaite mettre la main sur le dernier outil de répression qui
échappe encore à la SS, la
Gestapo. Après de durs conflits avec Göring, celui-ci cède, en
1934, la direction de celle-ci à Himmler et Heydrich, secondés par Heinrich Müller.
« L'architecte de la Solution finale »
Après la nuit des longs couteaux, les unités
SS-Totenkopfverbände sont chargées d'organiser le réseau
de camps de concentration et après 1941
ceux d'extermination. À Dachau, puis dans les autres camps, elles
imposent depuis 1933 une discipline effroyable aux prisonniers
dont elles ont la garde. Himmler et surtout Heydrich sont aussi
les principaux artisans du massacre d'environ six millions de
personnes, essentiellement des Juifs, lors de la mise en place de
la
solution finale, qui se déroule en plusieurs étapes :
- Dès 1937, Himmler souhaite expulser les Juifs par le biais
d'une émigration forcée, mais deux ans plus tard l'Allemagne
entre en guerre, il y a un blocus autour des frontières du
Reich.
- En 1940, après la victoire contre la France, la bureaucratie
SS pense expulser les Juifs à
Madagascar, sans succès.
- En juillet 1941, c'est la mise en place du « programme
Heinrich » préparé par Himmler lui-même. Dans le cadre de la
préparation de la guerre contre l'Union
soviétique, l'extermination des élites et l'asservissement
de la population russe, ainsi que la déportation des Juifs en
Sibérie sont planifiés.
- Au cours de l'hiver 1941-1942, la victoire se fait attendre
et le massacre se radicalise. Les
Einsatzgruppen, en activité depuis le début de l'Opération
Barbarossa, massacrent près d'un million de Juifs, hommes,
femmes et enfants.
Le 7 octobre 1939, Himmler est nommé chef du Commissariat du
Reich pour l'unification de la patrie allemande. Son objectif est
de déplacer 250 000 Allemands qui habitent en Pologne russifiée
vers la zone annexée par le Reich. Pour lui, l'unification ne peut
se faire sans l'élimination des opposants.
« Alors que nous devions transférer des milliers, des
centaines de milliers d'individus, il fallut réagir
impitoyablement - écoutez ceci mais oubliez-le aussi vite - et
fusiller des milliers de Polonais influents, afin d'éviter que
plus tard ils ne se vengent sur nous (…). Il est certes
beaucoup plus facile de monter en ligne avec une compagnie que
de supprimer une population encombrante, de bas niveau
culturel, ou de transférer des gens ou d'expulser des femmes
criardes ou hystériques, ou de rapatrier nos frères de race
germanique et de prendre soin d'eux. »
— Lettre de Heinrich Himmler aux
officiers SS.
En mars 1941, au début de la campagne de Russie, Himmler
déclare au cours d'une conférence que les opérations à l'Est (le
futur programme Heinrich) vont « détruire près de 30 millions de
Slaves ». En parallèle, il reçoit de la part de Hitler des
pouvoirs étendus et indépendants des autres autorités : la
directive n° 21 du 13 mars 1941. Dès lors, les « missions
particulières » comme les appellent les SS, peuvent être exécutées
sous les ordres de Himmler dans la zone des armées : la
coopération entre la Wehrmacht et le SD est fixée.
Le « programme Heinrich » est lancé officiellement le 21
juillet 1941 par Himmler et il concerne tous les SS qui
participent à l'opération
Barbarossa en Europe de l’Est. Ce programme regroupe les
pensées fanatiques du Reichsführer-SS. « Heinrich » fait
référence à Himmler lui-même mais surtout à son idole médiévale,
Henri l'Oiseleur roi de Germanie et exterminateur des Saxons
vers l'Est.
D'autre part, le programme suit également à la lettre le projet de
Mein Kampf qui prévoit dès 1924 un « espace suffisant » ou
un « espace vital » (Lebensraum)
pour l'évolution du peuple allemand vers l'Est.
Pour mener à bien leur plan, Himmler et Heydrich ont besoin de
la coopération de l'administration allemande. Le 20 janvier 1942
se tient à Berlin la
conférence de Wannsee, en l'absence d'Himmler. Le
Reichsführer-SS impose la ligne de conduite générale et se
décharge des fonctions d'exécutant qu'il confie à son adjoint
Reinhard Heydrich. Cette conférence réunit les secrétaires d'État
des principaux ministères. Le sujet à l'ordre du jour est la
« Solution finale de la question juive
européenne ».
Un
théoricien mystique
« Fonctionnaire de la mort », Heinrich Himmler est avant tout
un bureaucrate soucieux du détail jusqu'à la manie. Il compense
ses déficiences physiques par son obsession de la pureté raciale
de ses hommes. À la différence des SA, Himmler choisit selon lui
« l'élite en uniforme noir qui allait réincarner le vieil ordre
des Chevaliers teutoniques ».
Comme la plupart des nazis, Himmler est influencé par deux
théoriciens racistes :
Joseph Arthur de Gobineau et surtout
Houston Stewart Chamberlain pour qui la « race nordique » est
l'archétype humain idéal. Le théoricien du parti nazi,
Alfred Rosenberg, reprend cette idée de « sang pur » et de
l'attachement à la terre développé sous le couvert du
Lebensraum.
En tant que Grand maître de ce nouvel ordre, il institue des
critères rigoureux pour les nouvelles entrées dans la SS. L'une de
ces unités, la garde spéciale du Führer, se compose
jusqu'en 1937 de jeunes hommes, blonds, aux yeux bleus dont la
taille requise est au minimum de 1m80. En 1931, Himmler légifère
une règle de mariage spéciale pour les SS interdisant à un homme
de prendre une femme si celle-ci ne peut justifier de la pureté de
ses origines aryennes au cours des deux siècles précédents. Le
dessein du Reichsführer-SS est clair : avec l'institution
du mariage SS, il veut être le bâtisseur d'un vaste empire
germano-nordique de l'Atlantique à l'Oural dans lequel le sort des
« races inférieures » voisines appartient à la « race des
Seigneurs ».
Dans sa quête maniaque et obsessionnelle des origines
germaniques, il entreprendra de nombreuses recherches
archéologiques, pour concorder avec ses théories
pangermanistes (en désaccord avec
Hitler).
Heinrich Himmler veut réécrire l'Histoire. Le 2 juillet 1936,
dans l'église collégiale St. Servais à
Quedlinbourg, il célèbre le millième anniversaire de la mort
de son héros le roi germanique Heinrich I, Henri l'Oiseleur. Il
dépose une gerbe et des rameaux de chêne sur le tombeau du
souverain et énonce un discours :
« Ici où vivent depuis toujours ceux de notre sang, dans cette
magnifique maison de Dieu, née d'un sûr sentiment germanique,
sera un lieu de culte où les Allemands iront en pèlerinage (…)
L'Homme après mille ans a repris avec une grandeur inouïe
l'héritage humain et politique du roi Henri, notre Führer
Adolf Hitler, nous le servirons fidèlement de nos paroles, de
nos pensées et nos actes, pour l'Allemagne et pour la Germanie. »
— Discours de Heinrich
Himmler, juillet 1936.
Dans cette même perspective de réécriture de l'Histoire, il
déclare le 7 avril 1942 devant les officiers supérieurs et les
chefs de service de la Schutzstaffel :
« Tout ce que nous faisons doit être justifié par rapport à nos
ancêtres. Si nous ne retrouvons pas cette attache morale, la plus
profonde et la meilleure parce que la plus naturelle, nous ne
serons pas capables à ce niveau de vaincre le christianisme et de
constituer ce Reich germanique qui sera une bénédiction pour la
terre entière. Depuis des millénaires, c'est le devoir de la race
blonde que de dominer la terre et de toujours lui apporter bonheur
et civilisation. »
De nombreuses expéditions sont lancées pour :
- trouver les preuves « irréfutables » de la race aryenne
partout dans le monde, des expéditions sont financées en
direction du Tibet,
dans les
Andes, au
Moyen-Orient ;
- retrouver le
Saint-Graal (recherché principalement aux alentours de
Montségur (le mont sûr en
occitan) ainsi qu'à Montserrat (le Mont Scié en catalan) en
Catalogne, dans le Massif central et ses environs, supposé caché
par les
cathares avant leur disparition) ;
- étudier des rites
païens préchrétiens de la race aryenne (cela concernait le
culte des
équinoxes, de la
moisson, les différentes croyances de
sorcellerie pratiquées).
Himmler a également mis en application un vaste programme d'eugénisme,
le programme
Lebensborn (source de vie). Sous cette appellation se cache
une entreprise de reproduction à grande échelle destinée
exclusivement aux SS, qui sont censés représenter la pureté
raciale
aryenne.
Certains historiens avancent que, durant la guerre, plus de
400 000 enfants (de Pologne uniquement) furent déportés vers des
instituts Lebensborn à partir de critères raciaux. La Norvège et la
Belgique avaient également leurs Lebensborn.
Négociations et disgrâce (février-avril 1945)
Depuis l'hiver 1944-1945 Himmler, comme beaucoup de dignitaires
nazis, sait que l'Allemagne a perdu la guerre. En outre, il
continue à sacrifier des milliers d'Allemands en leur martelant
que le Reich peut encore être victorieux.
« Nos mauvais ennemis devront constater et comprendre qu'une
intrusion en Allemagne, dût-elle réussir ici ou là, leur
coûtera un prix qui équivaudra pour eux à un suicide
national. »
— Heinrich Himmler, dans un
discours du début 1945.
Ses conseillers, par exemple
Walter Schellenberg (le chef de contre-espionnage) et Felix
Kersten (son médecin), lui proposent de destituer Hitler, ce
qu'Himmler refuse de faire. En revanche, afin de donner une
seconde chance au parti nazi durant la phase d'après-guerre, il
décide de contacter les Anglais et les Américains par le biais du
comte Folke Bernadotte. Ce dernier est le vice-président de la
Croix-rouge suédoise et les deux hommes se rencontrent pour la
première fois au sanatorium de Hohenlychen près de Berlin le 14
février. Bernadotte prend en note le projet de pacification prévu
entre le Reich et les Alliés et proposé par Himmler. Le
Reichsführer-SS y stipule que l'Allemagne se soumettrait à la
Grande-Bretagne et aux États-Unis à condition qu'elle pût
poursuivre la résistance contre le « bolchévisme ».
Himmler s'enfuit dans la propriété
de son médecin Felix Kersten à Hartzwalde, au nord de Berlin. Les
Suédois — probablement Bernadotte lui-même — demandent à Kersten
d'intervenir pour éviter le sabotage des camps de concentration
comme le voulait Hitler. Le 12 mars 1945, après de longues
négociations, Himmler assure qu'on ne sabotera pas les camps de
concentration et que la Croix-rouge suédoise sera autorisée à
envoyer des vivres pour les prisonniers. Un membre du Congrès
juif, Norbert Masur, est dépêché sur place et obtient la garantie
que Himmler et ses SS ne molesteront plus aucun Juif.
Le 28 avril,
Adolf Hitler est mis au courant des trahisons d'Himmler. L'ancien
Reichsführer-SS est déchu de ses fonctions et aussitôt
remplacé par l'amiral
Karl Dönitz à la tête de l'État. Après la mort d'Hitler, un
nouveau et éphémère gouvernement nazi se forme sous la houlette de
Dönitz appelé le
gouvernement de Flensburg. Tentant de l'incorporer, Himmler
est éjecté par l'amiral. Le maréchal
Wilhelm Keitel capitule le 9 mai 1945
face aux Soviétiques. Commence alors pour Himmler une véritable
chasse à l'homme.
La fuite et la mort (mai 1945)
Refoulé par la nouvelle direction nazie et pourchassé par les
Alliés, Himmler erre plusieurs jours avec ses derniers fidèles
autour de
Flensburg près de la frontière danoise. Son projet est de fuir
soit en Bavière soit en Autriche où il pourrait se cacher. Rasé et
déguisé en sergent-major de la
Geheime Feldpolizei, il porte un bandeau sur l'œil gauche,
un uniforme déchiré et de faux papiers au nom de Heinrich
Hitzinger. L'unité qu'il a rejointe est arrêtée près de Lüneburg
par les Britanniques, le 22 mai
1945.
Son unité est envoyée dans le camp de prisonniers de Bramstedt
près de Lüneburg. Un sous-officier britannique raconte la scène du
23 mai 1945 :
« On ne savait pas que c'était Himmler, je savais seulement
que c'était un prisonnier important. Quand il est entré dans
la pièce, non pas la personne élégante que nous connaissons
tous, mais en chemise de l'armée et en caleçon long, avec une
couverture autour du corps, je l'ai aussitôt reconnu. Je lui
ai adressé la parole en allemand, je lui ai indiqué un canapé
libre et je lui ai dit : « Voilà votre
lit, déshabillez-vous ». Il m'a regardé, puis il a
regardé un interprète et il a dit « Il
ne sait pas qui je suis ! » J'ai dit :
« Si je sais, vous êtes Himmler et ceci
est votre lit, déshabillez-vous ! » Il m'a regardé
fixement, mais je lui ai rendu son regard, finalement il a
baissé les yeux et s'est assis sur le lit et il a commencé à
retirer ses caleçons. Le médecin et le colonel sont entrés,
ils cherchaient du poison, nous le soupçonnions d'en
dissimuler sur son corps. Le médecin a regardé entre ses
orteils, partout sur son corps, sous ses bras, dans ses
oreilles, derrière ses oreilles, dans ses cheveux et puis il
est arrivé à sa bouche. Il a demandé à Himmler d'ouvrir la
bouche, il a obéi et il arrivait à remuer la langue assez
facilement. Mais le docteur n'était pas satisfait, il lui a
demandé de se rapprocher de la lumière, il s'est approché et
il a ouvert la bouche. Le docteur a essayé de lui mettre deux
doigts dans la bouche pour mieux regarder. Alors Himmler a
retiré la tête d'un seul coup, a mordu le docteur aux doigts
et a cassé la capsule de poison qu'il contenait depuis des
heures dans sa bouche. Le docteur a dit :
« Il l'a fait, il est mort ». On
a mis une couverture sur lui et on l'a laissé là. »
— Témoignage du
sergent-major Edwin Austin
D'après la version officielle, le cadavre aurait été enterré
secrètement dans une tombe anonyme quelque part dans la lande de
Lüneburg.
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