Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev, plus rarement
Gorbatchov en suivant de plus près la prononciation russe,
né le 2 mars 1931 à Privolnoïe dans l'actuel Kraï de Stavropol,
est un homme d'État soviétique et russe qui dirigea l'URSS entre
1985 et 1991.
Résolument réformateur, il s'engagea à l'extérieur vers la fin
de la
guerre froide, et lança à l'intérieur la libéralisation
économique, culturelle et politique connue sous les noms de
Perestroïka et de
Glasnost. Impuissant à maîtriser les évolutions qu'il
avait lui-même enclenchées, sa démission marqua le point final de
l'implosion de l'Union soviétique, précédée de deux ans par
l'effondrement des
démocraties populaires en Europe de l'Est.
Biographie
Né de parents kolkhoziens, Sergueï
Andreïevitch Gorbatchev (1909-1976) et Maria Panteleïevna née
Gopkalo (1911-1993), il est originaire du Caucase du Nord (il est
né dans le kraï de Stavropol) et étudie le droit à l’université
Lomonossov de Moscou où il rencontre sa future femme Raïssa. Il
adhère au parti communiste en 1952 et en devient le dirigeant pour
la ville de Stavropol en 1962. Entre 1964 et 1967, il étudie à
l’Institut agronome de Stavropol et se spécialise dans les
problèmes agricoles. Il est remarqué par Iouri Andropov qui passe
ses vacances dans la région ; dès lors, sa carrière s'accélère :
il est élu au Comité central en 1971 à 40 ans et au Politburo en 1980 à 49 ans.
Les causes de son arrivée au pouvoir
À la fin des années 1970, le KGB
dirigé par Iouri Andropov, diligenta une enquête confidentielle
pour évaluer le PNB soviétique selon les critères qualitatifs
occidentaux et non plus seulement en volume comme le voulait la
tradition soviétique. Le résultat fut très défavorable et
apportait la preuve du déclin de l’Union soviétique qui avait vu
son économie dépassée par celles du Japon et de la RFA, anciens
ennemis de l’URSS. D’autre part, à partir de 1978, la Chine
dirigée par Deng Xiaoping, entreprit une véritable révolution économique
qui rétablissait de fait les règles capitalistes d'économie de
marché dans l'économie chinoise, ce qui eut pour effet de lui
donner un dynamisme considérable.
L’URSS était ainsi confrontée à une situation géopolitique
nouvelle et inquiétante :
- le Japon et la RFA disposaient désormais chacun d’une
économie plus puissante que la sienne.
- la Chine démarrait une croissance économique exceptionnelle.
- les États-Unis accroissaient l’écart entre les deux pays.
N'étant plus capable de soutenir financièrement un rythme
effréné de la course aux armements, dans un contexte de la
stagnation économique et une baisse des cours du pétrole, l'URSS
n'a pas d'autre choix que de songer à une détente et au
désarmement.
Son arrivée au pouvoir et les débuts de la
perestroïka
Consciente du danger, la direction vieillissante du
PCUS porte au pouvoir le représentant d’une nouvelle génération —
Gorbatchev a 54 ans — mais formé et testé à l'école du parti. Dès
décembre 1984, Gorbatchev avait pu faire son entrée sur la scène
diplomatique internationale, en se rendant en Grande-Bretagne, en
visite à Margaret Thatcher : le numéro deux soviétique s'y était démarqué
des autres dirigeants de Moscou, par son image d'ouverture et en
annonçant que l'URSS était prête à une réduction bilatérale des
armements nucléaires.
Arrivé au poste de Secrétaire général du Parti communiste de
l’Union soviétique en
mars
1985, Gorbatchev tente d’insuffler une nouvelle jeunesse à
l’économie de l’URSS. Il s’efforce de sauver le système par des
réformes structurelles très profondes par rapport aux principes
léninistes classiques.
Gorbatchev tire son inspiration d'Alexandr
Iakovlev, ancien ambassadeur au Canada, qui lui fit prendre
conscience de la faillite du système soviétique dans le domaine
agricole puis, de façon plus générale, dans sa stratégie de
confrontation avec l'Occident. Celui-ci devint peu à peu son
éminence grise et lui inspire successivement la
glasnost puis la
pérestroïka et, enfin, l'acceptation de la réunification
allemande.
Sa seconde
NEP (nouvelle politique économique) échoue, rencontrant une opposition au sein du parti.
Gorbatchev met alors en place une politique de
glasnost (transparence) et de
perestroïka (restructuration) à partir de 1985
pour renouveler le pays.
Tournant dans la politique extérieure
Gorbatchev propose d'ouvrir le dialogue avec
Ronald Reagan. En 1985, Gorbatchev propose "l'option zéro", au
président américain Ronald Reagan, au sujet des armes nucléaires,
l'auteur du slogan "America is back" refuse cette proposition. Il
initie les traités de désarmement à l'origine de la rupture de
l'équilibre de la Terreur, installé depuis 1945.
En 1986, Gorbatchev propose un plan d'élimination des armes
nucléaires à l'horizon 2000.
La même année il rencontre le président américain,
Ronald Reagan à
Genève. Les "deux Grands" s'accordent pour réduire de 50%
leurs arsenaux nucléaires, même si les Américains refusent de
renoncer à l'IDS (Initiative de Défense Stratégique).
Dans un message de Nouvel An, le président américain adresse un
court message télévisé à toute l'URSS, tandis que le président de
l'URSS fait de même sur une chaîne de télévision américaine. Le
projet séduit ; chacun des deux présidents se montre très modéré
dans son message ; la gorbymania commence à toucher les
États-Unis. Un sondage révèlera même, à une époque, que Gorbatchev
est plus populaire aux États-Unis que Reagan lui-même. Le
magazine
Time lui décerne le titre d'Homme
de l’année en 1987,
puis d'Homme de la Décennie en 1989 après la Chute du
Mur de Berlin.
En février 1988, il décida de
retirer les troupes soviétiques d'Afghanistan.
La décision devint effective un an plus tard.
En 1989, en visite officielle en
Chine pendant les manifestations de la place Tian'anmen (avant leur répression),
on sollicite son opinion sur la muraille de Chine : « Très bel
ouvrage », dit-il, « mais il y a déjà trop de murs entre les
hommes ». Un journaliste lui demande : « Voudriez-vous qu'on
élimine celui de Berlin » ? Gorbatchev répond très sérieusement
« Pourquoi pas ? ». À propos des manifestants démocrates qui
troublent son séjour, il déclare : « L'URSS a également ses têtes
brûlées qui veulent changer le socialisme du jour au lendemain. »
En 1990, il reçoit le Prix Nobel
de la paix pour sa contribution à la fin de la guerre froide. Pourtant, le 1er mai
de la même année, il est hué par certains de ses concitoyens. En
effet il est très impopulaire aux yeux des conservateurs de son
parti qui le considèrent comme le fossoyeur du régime soviétique.
Les tentatives de réformes de
l'économie soviétique aggravent les difficultés économiques du
pays, et Gorbatchev devient nettement plus
impopulaire chez lui qu'en Occident.
Lors du
coup d’État d'août 1991, parti en vacances dans sa datcha de
Crimée, il y est un temps enfermé et écarté du pouvoir par les
ultras du Parti communiste soviétique. Le soutien d'Helmut
Kohl s'avère insuffisant alors que le président
François Mitterrand déclare vouloir attendre les intentions
des « nouveaux dirigeants » soviétiques, reconnaissant de facto
le gouvernement issu du putsch, et n'hésitant pas alors à lire en direct à la télévision une
lettre envoyée par
Guennadi Ianaïev, l'auteur du coup d'État.
Celui-ci avorte finalement et
Boris Eltsine, alors président de la
République socialiste fédérative soviétique de Russie, devient
le grand bénéficiaire de cet échec après avoir reçu le soutien dès
les premières heures du putsch du président
George H. W. Bush et de
John Major. Gorbatchev quitte alors la direction du parti
communiste, qui, quelques jours après, par décret du président
russe Eltsine, est dissout et interdit.
Dans ses Mémoires, Gorbatchev rédigera amèrement : "De
Foros (en Crimée, où il est retenu) j’ai eu une conversation avec
le président Bush. François Mitterrand devait m’appeler, il ne l’a
pas fait."
Une à une, les Républiques de l'URSS déclarent leur
indépendance. Gorbatchev démissionne de son poste de président de
l'URSS le 25 décembre 1991,
après que Boris Eltsine eut proclamé d'autorité, lors d'une séance
au parlement, la dissolution de l'Union soviétique et
l'indépendance de facto de la Russie.
Après la
chute
Le 20 avril 1993, il fonde Green
Cross International. Il joue en 1993
son propre rôle dans le film
Si loin, si proche de
Wim Wenders.
En 1996, il se représente à l'élection
présidentielle de la
Fédération de Russie, mais son score est très faible. Il reste
d'ailleurs un des dirigeants du XXe siècle
les plus mal-aimés des Russes.
Il publie ses mémoires en 1996 dénonçant la politique de Boris
Eltsine et sa « trahison » envers le référendum d'avril 1991 qui
avait donné une majorité favorable au maintien de l'Union.
Depuis le début de ce siècle, il est engagé avec des
ONG écologistes et avec Daisaku Ikeda pour soutenir la cause
pacifiste. En 2001, il fonde le Parti social-démocrate de Russie.
Il reçoit, le 27 octobre 2005, le
titre honorifique d’archonte du Patriarcat de Constantinople.
Le 21 novembre 2006, il est opéré
de l'artère carotide dans une clinique de Munich en Allemagne.
C'est la première fois que l'ancien dirigeant soviétique se fait
soigner en Allemagne. C'est dans ce pays qu'avait été traitée son
épouse Raïssa, qui avait succombé à une leucémie le
20 septembre 1999 à l'âge de 67 ans.
En septembre 2008, Gorbatchev et le milliardaire Alexander Lebedev ont annoncé qu'ils
fonderaient le Parti démocratique indépendant de Russie.
En mai 2009 Gorbatchev a annoncé que le lancement est imminent.
Il s'agit d'une troisième tentative de Gorbatchev de créer un
parti politique d'importance de la
politique russe après avoir commencé le Parti social-démocrate
de Russie en 2001 et de l'Union des sociaux-démocrates en 2007.
Il appelle
Barack Obama en 2009 à engager une perestroïka aux
États-Unis.