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.Hermann
GÖRING
Hermann Wilhelm Göring
(ou Goering) (né le 12 janvier 1893 à Rosenheim ; se
suicide le 15 octobre 1946 à Nuremberg) est un aviateur et un
homme politique allemand de premier plan du parti nazi et du
gouvernement du Troisième Reich.
Commandant en chef de la
Luftwaffe, il fut condamné à mort à l'issue du procès de Nuremberg
en raison de son implication dans les crimes du régime nazi.
Les
jeunes années
Hermann Göring, fils d'Heinrich
Ernst Göring et de Franziska Tiefenbrunn est né à Rosenheim en
Bavière le 12 janvier 1893. Après avoir participé en tant
qu'officier de l'armée prussienne aux campagnes de 1866 contre
l'Autriche et de 1870 contre la France, son père exerce des
fonctions de juge dans différentes petites villes de province.
Finalement remarqué par Otto von Bismarck il est nommé premier
commissaire du Reich en Afrique du Sud-Ouest, charge qu'il exerce
à dater de 1888. Avant de partir pour le continent africain, le
père de Göring épouse en secondes noces Fransziska Tiefenbrunn,
une fille de paysans, de vingt ans sa cadette. En Afrique, elle
donne naissance à deux filles, Olga Thérèse Sophie et Paula
Elisabeth Rosa et à un fils, Karl Ernst. Göring père ayant ensuite
été muté à Haïti, son épouse revient en Allemagne pour y donner
naissance à Hermann. Elle retourne ensuite rejoindre son époux et
laisse son fils durant trois ans à la garde d'une amie. Hermann
Göring aura encore un autre frère, Albert (celui-ci aidera des
personnes persécutées par le régime nazi).
Vers 1899, le père de Göring qui a
été mis à la retraite, accepte la proposition du parrain
d'Hermann, Hermann von Epenstein, un médecin anobli d'origine
juive, de s'installer dans un des deux châteaux qu'il vient
d'acquérir. C'est chez Epenstein, dans le château Veldenstein, à
30 km au nord-est de Nuremberg, que Göring passe la plus grande
partie de son enfance. Il s'y initie à l'escalade et devient un
excellent alpiniste. Les biographes nazis de Göring passeront sous
silence le fait que son parrain, qui exerça apparemment une grande
influence sur le jeune Hermann, était d'origine juive. Tout comme
ils n'évoqueront jamais le fait que sa mère a entretenu une
liaison avec von Epenstein, au point que son frère cadet ressemble
étrangement à ce dernier.
La scolarité de Hermann se déroule
mal. Il ne supporte pas la discipline et se montre paresseux. Un
changement d'école, de Fürth à Ansbach ne résout pas le problème.
Sur la suggestion de son parrain, il est envoyé en 1908 à l'École
des Cadets de Karlsruhe. Ceci génère une transformation radicale
du jeune Göring qui se plie à la discipline militaire et sort de
l'école avec d'excellentes notes qui lui permettent d'accéder sans
difficulté à l'académie militaire de Gross-Lichterfelde, près de
Berlin, où sont formés les futurs officiers de l'armée impériale.
Il en sort en mars 1911 avec le grade de sous-lieutenant.
Le chevalier von Epstein ayant contracté mariage avec une femme
de quarante ans sa cadette, il se sépare de sa maîtresse et invite
la famille de Göring à quitter le château de Burg Veldstein. Le
père de Göring, gravement malade et devenu alcoolique décèdera peu
après. C'est sur ces entrefaites que Hermann Göring est affecté au
12e régiment d'infanterie de Bade "Prinz
Wilhelm" à
Mulhouse qu'il rejoint en janvier 1914.
La
Première Guerre mondiale
Entre son affectation et le début de la
Première Guerre mondiale Göring mène la vie normale d'un jeune
officier d'infanterie en garnison.
Au déclenchement de la guerre, conformément aux plans établis par
l'état-major de
von Moltke, son unité fait retraite à l'est du Rhin.
Göring est toutefois chargé de plusieurs missions de
reconnaissance au-delà du Rhin qu'il met à profit pour en découdre
avec des unités françaises, ce qui lui vaut la Croix de Fer de 2e
classe.
A l'automne 1914,
l'unité de Göring est envoyée dans les Vosges. Lorsque le front se fige, elle prend position dans le
secteur de
Baccarat. L'humidité et le froid qui règnent dans les
tranchées ont un effet désastreux sur Göring: il est terrassé par
une crise de rhumatisme qui affecte les articulations des jambes
et évacué vers l'hôpital de Metz. C'est là que son ami Bruno
Loerzer, qu'il avait connu au 112e
régiment d'infanterie et qui a passé son école de pilote, lui
suggère de rejoindre l'arme aérienne, en lui expliquant que cela
lui permettra de s'extraire de la boue des tranchées.
Il introduit une demande de transfert pour l'aviation et suit une
formation d'observateur aérien.
Fin
1914, il est affecté en cette qualité à la base aérienne de
Stenay près de
Verdun. À l'époque, l'armée allemande a beaucoup de mal à
obtenir des photographies exploitables de la zone d'opération. Au
prix de manœuvres audacieuses, le tandem Göring-Loetzer va ramener
d'excellentes prises de vue de la zone de Verdun. Les deux hommes
sont régulièrement appelés à l'état-major pour commenter les
clichés qu'ils ramènent. Le 25 mars 1915,
suite à une mission particulièrement réussie, le Kronprinz en
personne leur décerne la
Croix de fer de première classe (Eiserne Kreuz Erster
Klasse).
Mais ceci ne suffit plus au belliqueux Göring (qui allait
jusqu'à emporter un fusil et des grenades lors de ses missions de
reconnaissance) et il demande à se faire affecter à la chasse. Le
30 juin 1915, il est affecté à l'école d'aviation de Fribourg.
En octobre 1915, il rejoint la 5e
Jagstaffel (escadrille de chasse) et y remporte sa première
victoire le 16 novembre 1915 en abattant un
Farman au-dessus de
Tahure.
Il va poursuivre la guerre dans différentes unités. Revenu au 5e
Jagdstaffel, il sera contraint, après un engagement contre six
avions anglais au cours duquel il est blessé, à un atterrissage
forcé. Il passera les quatre mois qui suivent dans différents
hôpitaux militaires et en convalescence.
Il rejoint au printemps 1917 le front et la Jadgstaffel 26
commandée par son ami Loetzer. Lorsque l'escadrille est transférée
sur le front des Flandres, Göring se voit confier le commandement
de la 27e Jagdstaffel qui opère dans le même secteur.
Au cours de ces années d'opérations, Göring fait preuve d'un
comportement chevaleresque, s'abstenant notamment d'achever ses
adversaires lorsqu'ils sont à court de munitions.
Il accumule aussi les victoires en combat aérien et le 2 juin 1918
le Kaiser lui décerne à Berlin la médaille Pour le mérite.
Le 8 juillet 1918,
alors qu'on attendait à ce poste
Ernst Udet ou
Carl Loewenhardt, il succède au capitaine Reinhard - qui vient
de se tuer au cours de l'essai d'un nouveau modèle d'avion - au
commandement de l'escadron de chasse de Richthofen (Jagdgeschwader
1), dont il devient le dernier chef.
Sur la durée la guerre, Göring enregistrera 22 victoires
confirmées.
Mais le sort de la guerre est en train de tourner en défaveur de
l'Allemagne. Dans les airs, Göring et ses camarades de combat sont
confrontés à de nouveaux modèles d'avions alliés plus efficaces et
plus solides
et sur terre la situation se dégrade inexorablement forçant les
escadrilles allemandes à trouver des aérodromes de repli.
Fin octobre, l'Allemagne s'effondre et ouvre des négociations avec
les alliés au début de novembre. Le jour de l'armistice, Göring
reçoit l'ordre d'acheminer les avions de l'escadrille à
Strasbourg pour les livrer aux forces françaises. Avec
l'assentiment de ses principaux pilotes, il désobéit et ramène les
avions à
Darmstadt.
Le jour de la démobilisation officielle de l'escadrille à
Aschaffenburg, près de
Francfort, il se livre à une violente diatribe contre les
soviets qui tentent de prendre le contrôle de l'Allemagne.
En décembre 1918, de passage à Berlin, il assiste au
Philharmonique de Berlin à une grande réunion d'officiers où le
ministre de la défense du nouveau gouvernement socialiste les
incite à soutenir les autorités et à renoncer aux décorations,
insignes de grades et épaulettes. C'en est trop pour Göring, qui
monte sur scène et se lance dans un violent discours où il déclare
notamment
« Ceux qui sont à blâmer, ce
sont ceux qui ont excité le peuple, qui ont poignardé notre
glorieuse armée dans le dos, sans autre but que de parvenir au
pouvoir et de s'engraisser aux dépens du peuple. Je demande à tous
de nourrir une haine, une haine profonde et durable, pour ces
porcs qui ont outragé le peuple allemand et nos traditions. Un
jour viendra où nous les chasserons d'Allemagne. Préparez-vous
pour ce jour; travaillez pour ce jour! »
Outre qu'il accrédite la légende du "coup de poignard dans le
dos", ce discours coupe définitivement à Göring toute possibilité
d'être admis dans les cadres de la future
Reichswehr. De retour chez sa mère à Munich, il devra se cacher
pour échapper aux soviets de soldats et d'ouvriers qui recherchent
les anciens officiers de l'armée impériale. Il y arrivera en se
réfugiant chez le capitaine anglais Beaumont, avec qui il a
sympathisé après avoir abattu son avion et l'avoir fait prisonnier
au cours de la guerre, et qui est désormais chargé de superviser
le démantèlement de l'aviation allemande pour le compte des alliés
L’après-guerre et l’engagement dans le nazisme
En
1919, il décide donc de se rendre au Danemark, puis en Suède
pour pouvoir continuer à piloter. C'est là qu'il rencontre sa
première femme, Carin, baronne von Kantzow, née Fock, liée aux
milieux de l'aristocratie et de la finance, et qu'il épousera en
février 1923 à
Munich.
Hermann Göring milita dans plusieurs organisations de droite,
ainsi que dans des associations philosophiques et politiques comme
l'Ordre de Thulé.
En automne 1921,
Göring retourne en Allemagne et fréquente des cours d'histoire et
de sciences politiques à l’université de Munich ; pendant ces
cours qu'il n'a pas terminé, il fut attiré vers le
NSDAP (Nationalsozialistische
Deutsche Arbeiterpartei) par Alfred Rosenberg qui l'emmena assister à un discours d'Adolf
Hitler au café Neumann.
Il rencontrera personnellement Hitler en tête à tête avant
d'adhérer au parti.
Göring refusa d'avoir un poste de direction ou de commandement à
ses débuts au sein du parti puisque l'on pourrait penser qu'il
était venu rencontrer Hitler à cette intention, c'est pourquoi,
pendant un ou deux mois, il demeura dans l'ombre.
Hitler lui confie en décembre 1922 le commandement des
sections d'assaut ou SA (Sturmabteilung),
les « chemises brunes », dont le chef d'état-major était le
capitaine
Ernst Röhm.
Sa rencontre avec le
Führer va complètement transformer Göring.
Le 9 novembre 1923,
lors du putsch de la Brasserie manqué de Munich, il est atteint à
l'aine par deux balles lors de la fusillade entre nazis et forces
de l'ordre.
Il est emmené dans la cour du numéro 25 de la Residenzstraße où il
est recueilli par Robert Ballin, propriétaire juif (Göring
l'épargnera par la suite lors des déportations). Il a alors
recours à la
morphine et devient dépendant de cette substance. Un mandat
d’arrestation est lancé contre lui et il se réfugie en Autriche.
Il demeure plusieurs semaines dans une clinique d’Innsbruck,
gagne ensuite l'Italie où il rencontre Mussolini, puis la Suède où
il restera quatre ans. L'ancien as se laisse aller - il devient
obèse et aigri, les douleurs de sa blessure ne lui laissent
aucun répit, sauf quand la morphine la lui fait oublier. Le
besoin insatiable de drogue prend fermement racine en lui ;
la folie le guette et il sera même interné en septembre 1925.
En automne 1927,
l'amnistie prononcée par Hindenburg lui permet de retourner en
Allemagne où il fut accueilli par
Adolf Hitler avec peu d'enthousiasme puisque ce dernier avait
été mis au fait de son état de santé mentale.
En effet, la direction des SA demeura à la charge de
Franz Pfeffer von Salomon et Göring dut se rendre à
Berlin afin de trouver du travail.
Néanmoins, par son contact personnel avec l’industrie, il collecte
des fonds pour subventionner le Parti nazi. Il devient représentant
pour trois firmes allemandes :
BMW,
Heinkel et
Tornblad.
Lors des élections législatives de mai 1928,
il fut élu en tant que député en
Bavière et devint ainsi l'un des douze premiers députés nazis
au
Reichstag.
Il est réélu en septembre 1930
alors que le parti nazi obtenait 107 sièges au Reichstag.
Göring espérait alors reprendre le commandement des SA, mais
Hitler confie ce poste à Ernst Röhm qu'il vient tout juste de
rappeler à cet effet.
Le 17 octobre 1931, son épouse,
Karin, décède. En 1934, il épouse en secondes noces Emmy Sonnemann,
une actrice allemande.
Hitler est le témoin officiel du marié.
Carrière politique
Lors des élections législatives du 31 juillet 1932, le parti
nazi obtient une victoire parlementaire en gagnant 230 sièges sur
les 608 du Reichstag. Néanmoins, Hindenburg refuse de nommer
Hitler en tant chancelier maintenant son ami Franz von Papen à
cette position. Le 30 août 1932, Göring devient président du
Reichstag après une coalition entre le centre, le parti nazi et le
parti du peuple bavarois. La nuit du 27 au 28 février 1933, le
Reichstag est incendié par un militant communiste hollandais,
Marinus Van der Lubbe ; selon certaines sources, les pistes
remonteraient à Göring comme organisateur du complot, bien
qu'aucune preuve formelle ne puisse être avancée, suite à la vague
d'assassinats qui suivit cet événement. Si Göring, à en croire
Hermann Rauschning (auteur tenu en suspicion par plusieurs
historiens), s'est parfois vanté en privé d'être le responsable de
l'incendie, des historiens comme Ian Kershaw pensent qu'il s'agit
là de ses fanfaronnades habituelles, et que les nazis ont exploité
l'incendie du Reichstag par un déséquilibré communiste sans
l'avoir organisé eux-mêmes.
Ministre de l'Intérieur pour la Prusse dans le premier
gouvernement Hitler le 30 janvier 1933 (l'un des deux seuls
ministres nazis alors avec Wilhelm Frick), Göring ouvre les vannes
de la violence en déchaînant les SA contre les opposants, avant
comme après l'énigmatique incendie du Reichstag. Il aide à
l'ouverture des premiers camps de concentration et crée la
Gestapa, police politique en Prusse, ancêtre de la Gestapo
dont il cède la responsabilité à Himmler en 1934.
En 1933, Göring devient aussi ministre de l'Air (Reichsluftfahrtminister).
En juin 1934, il dirige avec les SS la rafle et le massacre des SA
lors de la Nuit des Longs Couteaux.
Il est nommé en 1935 commandant en chef de la Luftwaffe au sein
du ministère de l'air (Reichsluftfahrtministerium). Il
soutient en Espagne le général Franco par l’envoi de la Légion
Condor célèbre de par le bombardement sur Guernica (1937), le
premier de l'Histoire.
Dès 1936, il prépare économiquement l'Allemagne à la guerre en
qualité de responsable du Plan de Quatre Ans (Vierjahresplan)
et devient le responsable de l'autarcie et du dirigisme
économique. En 1937, il fonde les Reichswerke Hermann-Göring ; ce
cartel comprendra par exemple 228 sites sidérurgiques et sera en
1944 la plus grande firme sidérurgique en Europe, et la plus vaste
entreprise publique du monde. Dès 1938-1939, Göring organise pour
ce faire la mainmise sur les industries stratégiques des pays
annexés (Autriche, Tchécoslovaquie), prélude à la mise en coupe
réglée des pays conquis.
Actif dans les « questions juives », Göring joue un rôle très
important dans les persécutions antisémites et en particulier dans
l'aryanisation (spoliation) des biens juifs, accélérée en
1938-1939. Après la nuit de Cristal organisée par
Goebbels (9 novembre 1938), il s'efforce de ne pas être en
reste et inflige cyniquement une amende exorbitante de un milliard
de marks aux Juifs pour les « désordres » et les dégâts matériels
du pogrom. Il encourage leur émigration forcée. C'est sur son
initiative que sont créés les premiers camps de concentration. Il
missionne Heydrich par un ordre du 31 juillet 1941 de prendre
toutes les mesures nécessaires à la mise en place de la Solution
Finale et de travailler à un projet.
Il est nommé au grade de
Feldmarschall suite à l'affaire Blomberg-Fritsch. En 1938, il
négocie ensemble avec l’Angleterre, la France, la Hongrie,
l’Italie et la Pologne l’Anschluss avec l’Autriche.
Malgré ses fanfaronnades, Göring
redoutait une guerre et était conscient que le Reich ne pouvait
pas gagner contre une coalition européenne. Ainsi, au moment de la
crise de Munich , il transporta le colonel Stehlin dans son avion
personnel pour lui montrer la concentration de la Wehrmacht vers
la Bohème, ce qui permettait à l'armée française de dissuader
l'Allemagne ; en août 1939, il utilisa l'industriel suédois
Dahlerus pour tenter une ultime négociation.
La
Seconde Guerre mondiale
En 1940, Göring devient
Reichsmarschall des Großdeutschen Reiches, titre qu'il est le
seul à posséder. Il est le seul durant la Seconde Guerre mondiale
à recevoir la Grand Croix de l'ordre de la croix de fer (Grosskreuz),
l'une des plus hautes distinctions allemandes, que ne s'étaient vu
décerner que des chefs du prestige de Blücher ou d'Hindenburg. Il
est toujours chef suprême de l'aviation et de l'économie de
guerre. À l'entrée en guerre, il est le successeur désigné
d’Hitler. On le surnomme « l'Homme de fer » et il jouit d'une très
grande popularité dans la population allemande.
Paradoxalement, Hermann Göring
était opposé à la guerre, qu'il jugeait trop risquée tant que
l'Angleterre restait en lice. Or, lorsque Hitler commet la folie
de sacrifier les chasseurs aux bombardiers, l'ancien pilote de
chasse ne fait aucune objection : en fait, il n'osait s'opposer de
front à son chef. Il multiplie les vantardises et les échecs. Fin
mai 1940, il obtient qu'Hitler stoppe ses blindés aux portes de la
poche de Dunkerque, promettant que son aviation suffira à liquider
les forces franco-britanniques massivement encerclées : en
réalité, la RAF britannique perd deux fois moins d'appareils que
la Luftwaffe, qui se montre impuissante à empêcher le
rembarquement spectaculaire de 400 000 soldats britanniques et
français. En 1941, après son échec dans la bataille d'Angleterre
qui oppose frontalement la Luftwaffe à la chasse anglaise, le
Maréchal du Grand Reich reste quelque temps dans l'ombre.
Un jour, il déclare dans une interview qu'aucun bombardier
ennemi ne peut même espérer franchir la frontière du Reich : « Si
une seule bombe ennemie tombe sur le sol allemand, je veux bien
m'appeler Meier »
(équivalent allemand de manger son chapeau). Quelques mois
plus tard, des bombes américaines et britanniques vont pleuvoir
sur le Grand Reich. Même les Berlinois, qui ne l'appelleront plus
que « Hermann Meier » par ironie, n'ont cependant pas retiré leur
sympathie à ce personnage haut en couleurs et fanfaron dont ils
ignorent ou négligent les actes criminels, au point que Hitler,
conscient de la popularité de Göring au sein de la population
allemande, se gardera de jamais le disgracier publiquement malgré
son irritation croissante envers ses échecs répétés.
Le 31 juillet 1941, Göring charge Reinhard Heydrich, chef de la sécurité du Reich, de prendre toutes
les mesures nécessaires à une « solution globale de la question juive »,
c'est le passage à la déportation et à l'élimination massive des
Juifs dans les pays européens occupés : étoile jaune, camps
d'extermination.
En
janvier 1943, il se vante encore en assurant à Hitler que sa
Luftwaffe
peut continuer à approvisionner par la voie des airs l'armée
assiégée dans Stalingrad ; son erreur de jugement aura des
conséquences désastreuses pour l'Allemagne. Göring traite de
lâcheté et d'incapacité les généraux et « les héros de la bataille
d'Angleterre » ; plusieurs officiers vont alors se révolter contre
celui qu'ils surnomment le « bouffi » et demander sa disgrâce.
Cependant, même à ce moment où
tout ce qui l'entourait commence à craquer, le Reichsjägermeister
continue à vivre dans son univers personnel, se consacrant à la
chasse ; comme « grand amateur de l’art de la Renaissance »,
spécialement fasciné des peintures de Lucas Cranach. Avec l'aide
d'intermédiaires comme Bruno Lohse, il pille les trésors
artistiques des territoires occupés de l'Europe occidentale. Il
est aussi, au moins jusqu'en 1942-1943, un des organisateurs
essentiels du pillage économique des pays occupés, et du transfert
forcé de travailleurs civils dans le Reich ; le gauleiter Fritz
Sauckel, « négrier de l'Europe », lui est nommément subordonné à
partir de 1942.
Dans les derniers jours de la
guerre, le 25 avril 1945, Göring sera définitivement désavoué, et
même condamné à mort (ainsi que sa femme et sa fille dont Hitler
était le parrain) par son Führer après avoir tenté de prendre le
pouvoir alors que celui-ci s'était enfermé dans le Führerbunker
dans Berlin assiégé. Hitler lui fait néanmoins grâce au vu de ses
services passés, et se contente de le faire assigner à résidence
par les SS. Dans son testament, le 30 avril, le Führer exclut
Göring du Parti nazi, ainsi que
Himmler, avant de se suicider. Quelques jours plus tard, en
Bavière, Göring se rend aux Américains.
Le
procès de Nuremberg
Le 21 mai 1945, il est interné
dans le camp américain à Mondorf-les-Bains : cet homme lourd de
140 kilos est alors presque impotent et a perdu une partie de ses
facultés intellectuelles d'après les témoignages du médecin de la
prison. En effet, lorsqu'il fut blessé lors du putsch manqué, il
absorba des doses massives de morphine, puissant opiacé, bien
connu pour ses vertus antalgiques et anesthésiantes. Cependant, il
s'avéra qu'il devint dépendant à cette substance, dépendance qu'il
gardera jusqu'à son arrivée à la prison où il sera sevré. Par ce
sevrage, il perdit une grande partie de sa surcharge pondérale et
retrouva toutes ses facultés. Il affirma son ascendant sur ses
codétenus et se présenta à la barre comme le plus haut responsable
nazi après Hitler, assumant les actes du IIIe Reich.
Pendant le
procès de Nuremberg, comme Göring maîtrise la langue anglaise,
il fait rectifier les mauvaises traductions pendant
l'interrogatoire et déstabilise le procureur américain Jackson,
notamment en se lançant dans des discours fleuves en réponse aux
questions posées par ce dernier. Plus patient et plus concret, le
procureur britannique, Sir
David Maxwell Fyfe, a plus
de succès dans son contre-interrogatoire (21 mars) : ce dernier
fit allusion à l'exécution sommaire de 50 prisonniers de la Royal
Air Force, attaquant directement son honneur de soldat qui lui
tenait très à cœur. Göring est condamné à mort pour plan concerté
ou complot, crimes contre la paix,
crimes de guerres et
crimes contre l'humanité.
Le 15 octobre 1946, pour échapper
à l'humiliation de la pendaison (après avoir demandé à être
fusillé, ce qui lui fut refusé), Hermann Göring s'empoisonne dans
sa cellule à l’aide d’une capsule de cyanure, probablement fournie
par un jeune garde américain. En février 2005, un des gardes de
Göring, âgé de 19 ans à l'époque des faits, Herbert Lee Stivers, a
avoué lui avoir transmis un stylo contenant un soi-disant
médicament. Celui-ci lui aurait été remis par deux Allemands qui
prétendaient que le condamné était malade. Jeune, crédule et
amouraché d'une Allemande qu'il voulait impressionner, Stivers
accepta de transmettre le stylo et ne révéla ce geste que 58
années plus tard.
Le corps d'Hermann Göring fut incinéré et ses cendres
dispersées dans l'Isar,
un affluent du Danube.
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