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.Ludwig
ERHARD
Ludwig Wilhelm Erhard,
né le 4 février 1897 à Fürth et mort le 5 mai 1977 à Bonn, était
un homme politique ouest-allemand démocrate-chrétien d’orientation
libérale.
Ministre fédéral de l’Économie de
1949 à 1963 et chancelier fédéral de 1963 à 1966, il est considéré
comme le père du « miracle économique allemand » de l’après-guerre
et de l’économie sociale de marché.
Formation
Après un apprentissage dans le
commerce et sa participation à la
Première Guerre mondiale au cours de laquelle il est gravement
blessé, il étudie les
sciences économiques.
Activité durant la seconde guerre mondiale
Pendant la guerre, il n'intègre pas l'armée en raison de ses
blessures passées. Au contraire, il fait des recherches sur des
plans de paix. Ce genre d'étude est interdit par les
Nazis qui veulent une victoire totale et Erhard perd son
travail en 1942.
Il continue ses recherches en privé et élabore un plan relatif aux
finances de guerre et à la consolidation de la dette dans lequel
il tient pour acquise la défaite de l'Allemagne. Il fait part de
son travail à Carl Friedrich Goerdeler, une figure centrale de la
résistance allemande contre le gouvernement nazi. Goerdeler
recommande Erhard à ses camarades.
L’après-guerre
En 1945, il est professeur à
Munich et conseiller économique du gouvernement militaire
américain d'occupation de Bavière de Wilhelm Hoegner. En
1945-1946, il devient ministre du Commerce et de l'Industrie de
Bavière, son portefeuille incluant la gestion de la masse
monétaire et des crédits. À partir de 1947 il est directeur de
l'administration de l'économie de la « Bizone », puis de la
« Trizone ». Il y reprend à son compte la réforme de la monnaie
opérée par les Américains et les Britanniques sans le prévenir et
décide du retour à une économie de marché libérée du système de
contrôle des prix institué par les Nazis et des contingences liées
aux desiderata des puissances occupantes.
Ministre fédéral de l’Économie
À la création de la République
fédérale d'Allemagne en 1949, il devient ministre fédéral de
l'Économie du gouvernement de Konrad Adenauer et garde ce poste
jusqu'au départ de celui-ci, en 1963. Il est le principal
responsable des avancées rapides de l'économie de la RFA grâce à
l'économie sociale de marché qu'il a mise en place. Ses succès
font de lui une « locomotive électorale ». Malgré leurs
mésententes récurrentes, son duo avec le Chancelier fait gagner la
CDU/CSU en 1953, 1957 et 1961 avec à chaque fois une avance
notable sur le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), qui la
talonnait pourtant en 1949.
Il est choisi par Adenauer pour
être son vice-chancelier en 1957, et le reste pendant six ans. Il
est de ce fait le seul titulaire de ce poste à avoir été membre du
parti du chancelier, excepté Hans-Christoph Seebohm, nommé à titre
provisoire en 1966.
Chancelier fédéral
Lorsqu'en 1963, Konrad Adenauer,
âgé de 85 ans, doit se retirer au milieu de son mandat sous la
pression du FDP, son partenaire de coalition, la nomination de
Erhard comme successeur est attendue par tous. Malgré l'opposition
obstinée de Konrad Adenauer, la CDU/CSU soumet effectivement sa
candidature au Bundestag, qui l'approuve le 16 octobre 1963
par 279 voix contre 220. Il prête serment le jour même comme
deuxième chancelier fédéral.
Il gagne les élections de 1965
avec seulement quatre sièges de moins que la majorité absolue,
mais la formation du gouvernement pose cependant problème : le FDP
refuse de prendre part à un gouvernement où Franz Josef Strauß
(CSU) serait ministre fédéral de la Défense. Erhard cède
finalement à la demande de ses partenaires libéraux.
Sa politique étrangère consiste à
profiter de la période de détente de la Guerre froide pour
proposer une normalisation des relations avec les pays du pacte de
Varsovie. Par sa note pacifique du 25 mars 1966, il propose aux
pays du bloc de l'Est un accord de renonciation à la violence.
Cette tentative échoue car la RDA s'y oppose tandis que, de son
côté, la RFA - s'accrochant à la doctrine Hallstein empêchant la
représentation diplomatique de deux États allemands dans la même
capitale - ne peut engager de négociation poussée.
Parallèlement, les relations
franco-allemandes se refroidissent car Ludwig Erhard et son
ministre fédéral des Affaires étrangères
Gerhard Schröder
privilégient les relations avec les États-Unis, à l'inverse de la
vision européenne voulue par Charles de Gaulle. Cependant, au sein
de la CDU/CSU se développe un groupe de « gaullistes », conduit
par Franz-Josef Strauß, qui préconise une coopération renforcée
avec la France.
La politique intérieure est marquée par un repli de l'économie,
aboutissant à un début de chômage et à une crise budgétaire. Ce
sujet est l'objet de dissensions au sein de la coalition, les
ministres FDP quittant le gouvernement le
27 octobre 1966
lors du débat budgétaire.
Après cet épisode, la CDU ne
dispose plus que d'une majorité relative au Bundestag. Le
gouvernement Erhard est très fragilisé alors que surviennent une
défaite électorale dans le Land de
Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le plus peuplé d'Allemagne de
l'Ouest, puis une importante poussée du Parti national-démocrate
d'Allemagne (NDP) d'extrême-droite lors des élections régionales
de novembre 1966 en Bavière et en Hesse.
En réaction, des députés de la CDU
décident d'entamer des négociations avec le SPD en vue de former
une grande coalition, et les deux partis s'accordent sur le nom de
Kurt Georg Kiesinger pour le poste de chancelier, secondé par
le social-démocrate
Willy Brandt. Erhard démissionne le 30 novembre 1966.
Le
23 mai 1967
il laisse la présidence de la CDU, qu'il occupait depuis mars
1966, à Kurt Georg Kiesinger. Il sera élu président d'honneur du
parti.
Il meurt le 5 mai 1977
à Bonn.
Il reste dans l'histoire allemande de l'après-guerre le père du
miracle économique allemand et le seul chancelier de
République fédérale d'Allemagne à avoir dû se retirer faute du
soutien de son parti.
La
méthode Erhard
Dans un article publié dans journal
Le Monde en 1954,
sous le titre « Politique libérale ou politique réaliste »,
le français
Pierre Mendès France soutenait, dans un raisonnement basé sur
des arguments théoriques et abstraits, que la « méthode Erhard »,
qui a fait le succès du relèvement de l'Allemagne n'était pas
réellement libérale, mais était due avant tout au succès de la
réforme monétaire de 1948 et de l'aide américaine du
Plan Marshall, appliquée sur un puissant appareil de
production de guerre qui était toujours là après la fin de la
guerre et qu'il suffisait juste de remettre à flot, malgré les
démontages et les diverses entraves au développement imposées par
les alliés à l'industrie allemande.
En fait, les Allemands vivaient depuis la fin de la guerre dans
une économie planifiée et rationnée (lait, œufs, charbon,
vêtements, chaussures...) dans laquelle règnent le
marché noir, le troc
et les vols, la majeure partie de la population vivant de surcroît
sous la menace des commissions de
dénazification. Le peuple était donc à la recherche d'une
certaine stabilité économique et politique, tout en aspirant à la
sécurité. Afin de répondre à ces attentes, la CDU avait adopté
lors de son congrès d'Ahlen du 3 février
1947 un programme d'inspiration socialiste (reconnaissant
néanmoins le droit de propriété et d'initiative privée) tout en se
présentant (par opposition au SPD encore marxiste) comme le parti
des réformes économiques et sociales en douceur. Son slogan des
années 1947-49 est assez symptomatique de l'époque et du
positionnement de la CDU : « Sicherheit - Keine Experimente ! ».
(que l'on peut traduire par « De la sécurité. Pas
d'expérimentations hasardeuses ! »)
Mais Ludwig Erhard, chargé par les alliés de l'administration
de l'économie et des finances dans les zones anglaise et
américaine, préparait dans le plus grand secret une réforme
monétaire radicale qui sera déclenchée le dimanche 20 juin
1948. Cette réforme, annule immédiatement - en une journée ! -
le
Reichsmark qui n'a plus aucun cours et le remplace par le
Deutsche Mark. Chaque Allemand reçoit seulement un acompte de
60 DM payable en deux fois et chaque entreprise reçoit aussi 60 DM
par employé. Cela correspond à l'annulation de 90% de l'ancienne
monnaie.
Cette réforme radicale a eu pour avantage de faire disparaître
immédiatement le marché noir et le régime du troc. Pour avoir de
l'argent les allemands sont obligés de se mettre au travail, les
magasins se remplissent à nouveau de marchandises et la demande
dépasse largement l'offre ce qui entraîne une hausse des prix qui
encourage une production libérée de toute contrainte. La
production, comparée à celle de 1936, passe en trois mois de 45% à
75%, soit une augmentation des 2/3.
Dans la zone sous contrôle soviétique, les nouveaux marks sont
interdits ce qui a pour conséquence une importante dépréciation
immédiate du mark oriental. Par mesure de rétorsion, les Russes,
entreprennent dès le 25 juin 1948
le blocus de Berlin-Ouest qui va durer un
an. En décembre 1948, les syndicats marxisants fomentent une grève
générale « pour mettre fin aux conditions draconiennes
qu'impose l'économie de marché ». Cette grève est très
coûteuse pour l'Allemagne, de 760 000, fin 1948, le nombre de
chômeurs double en 1949 pour atteindre 2 millions en février 1950.
Au congrès de Düsseldorf, le
15 juillet 1949, la CDU adopte un programme réellement libéral
contraire à celui adopté au congrès d'Ahlen ; il s'agit d'une
véritable charte fondamentale de l'économie libérale. Sur ce
programme, la CDU remporte d'un souffle les élections législatives
du 14 août 1949. Élu au Bundestag, Ludwig Erhard devient ministre
de l'économie dans le gouvernement de Konrad Adenauer. Le 19
septembre 1949, le Deutsche Mark est dévalué de 20%, mais de façon
générale l'économie dans son ensemble devient performante, et dès
1952, l'Allemagne génère son premier excédent commercial.
Le 20 avril 1950,
les hauts-commissaires alliés, lui reprochant de vouloir favoriser
trop outrageusement les bénéfices importants et les gros revenus,
lui interdisent une réforme fiscale qui prévoyait de très
importants abattements d'impôts aboutissant à une diminution des
recettes fiscales. L'opinion publique allemande protesta très
énergiquement contre ce veto considéré comme une ingérence
inacceptable dans les affaires intérieures de la nouvelle
République fédérale. Les Alliés cédèrent, neuf jours plus tard, et
ce mouvement est considéré comme l'acte fondateur du retour des
Allemands à la liberté politique.
Ludwig Erhard voulait la plus grande liberté économique et la
plus grande liberté politique possible et pensait que le goût
naturel de la recherche du profit par les acteurs économiques
devait être favorisé par l'injection dans le corps social de
« facteurs motivants d'inégalité », qui paradoxalement
conditionneraient la démocratie. En mai 1963,
au Bundestag, il affirme : « Je résisterai de toutes mes forces
... Je ne veux pas abandonner l'économie de marché allemande. Il y
a des pays qui sont aujourd'hui au milieu de leur quatrième plan
quadriennal, et on sait assez où ils sont arrivés avec leurs trois
premiers ... Je parle d'un pays occidental ... Puisque je dois
vous le dire, j'espère qu'il n'y aura pas de fausse
interprétation : la France. »
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