Boris Nikolaïevitch Eltsine
ou Ieltsine, né le 1er février
1931 à Boutka, dans l'oblast de Sverdlovsk et mort le 23 avril
2007, à Moscou, est un homme politique russe. Le 29 mai 1990, il
devient le Président du Soviet suprême de la République socialiste
fédérative soviétique de Russie.
Il fut le premier président de la
Fédération de Russie, avec deux mandats consécutifs (1991-1996 et
1996-1999) après l'effondrement de l'Union
soviétique.
Jeunesse
Il est le premier des trois enfants de Klaudia Vassilievna et
Nikolaï Ignatievitch Eltsine, un homme qui, en éducation, ne
croyait qu'à la manière forte. Il a une enfance difficile dans une
famille préoccupée par la survie. En 1935,
le père de Boris Eltsine déménage la famille à
Beriozniki, et il devient ouvrier au chantier de construction
d'un complexe industriel. La famille connaît l'inconfort et la
promiscuité, dormant à même le sol de l'unique pièce qu'elle
occupe dans un baraquement en bois. Enfant, Boris Eltsine est
animé d'une énergie qui lui vaut d'être élu délégué de classe
pendant toutes ses études. Sur le plan scolaire, il ne connaît
jamais de difficultés. Pendant la guerre, il vole deux grenades
RGD 33 dans un dépôt militaire, les fait exploser et perd deux
doigts de la main gauche (le pouce et l'index). Boris est
bagarreur. Il garde de ses batailles un nez de boxeur laissé par
un coup de bâton.
Dans son autobiographie, intitulée Jusqu'au bout!, il
raconte que, très jeune, il a dû se battre contre la bêtise et la
méchanceté. Lors de la remise de son diplôme de fin d'études, la
fête bat son plein et Boris demande la parole. Devant les
enseignants, les parents et les élèves, il accuse l'institutrice
principale de l'école de
sadisme. La direction de l'école, scandalisée, décide de lui
retirer son diplôme, geste qui lui ferme automatiquement les
portes de toutes les écoles de l'Union
soviétique. Le jeune Boris conteste la décision tant et si
bien qu'on ouvre une enquête sur le travail de l'institutrice
principale et qu'on lui rend son diplôme. L'institutrice, elle,
est renvoyée. Dès cette époque, le jeune Eltsine se passionne pour
plusieurs sports, mais c'est le
volley-ball qui l'emporte. Il deviendra champion au niveau
régional.
L'adolescent Eltsine est fasciné par les bateaux. Il fait une
demande pour entrer dans la section construction de l'Institut
polytechnique de l'Oural,
à
Sverdlovsk. Parallèlement à ses études, il fait partie de
l'équipe de première division de volley-ball de la ville. Cette
division était composée des douze meilleures équipes de l'Union
soviétique. C'est de cette époque, raconte Boris Eltsine, que lui
vient l'habitude de ne dormir que quatre heures par nuit. Il lui
faut sillonner son pays pour participer aux compétitions de
volley-ball, ce qui l'oblige à voler sur ses heures de sommeil
pour ses études. Surmené, l'adolescent est terrassé par une
faiblesse cardiaque. Pour obtenir son diplôme d'ingénieur, Boris
Eltsine rédige un mémoire sur les tours de télévision. En 1955,
c'était un sujet vierge, ce qui l'obligea, dit-il lui-même, à
faire tous les plans et calculs.
Boris Eltsine se présente en septembre 1955 à l'usine de
construction de tuyauterie lourde où on l'a affecté. Il consacre
une année à l'apprentissage pratique de 12 spécialités de la
construction. Cette année terminée, le jeune travailleur se sent
prêt à devenir contremaître. Aussitôt nommé, il entreprend de
faire la guerre au vol, auquel sont habitués les ouvriers du
bâtiment. Boris Eltsine s'est toujours présenté comme un homme de
terrain.
Alors qu'il dirige une équipe de prisonniers, le jeune
contremaître décide de leur verser un salaire au mérite plutôt que
leur salaire habituel. Son mode de calcul fait en sorte que le
salaire des détenus diminue de plus de la moitié. Un détenu se
présente à son bureau armé d'une hache et le somme de rétablir
l'ancien ordre de paie. Boris Eltsine refuse. Le détenu menace de
l'abattre, mais le contremaître lui crie de foutre le camp. Ce que
l'autre, complètement désarçonné, fait sur-le-champ. De 1956 à
1963, Boris Eltsine occupe, après celui de contremaître, les
postes de chef de chantier, d'ingénieur en chef, puis de chef de
la direction de la construction d'un complexe de travaux publics.
Entre-temps, il devient membre du Parti communiste, en 1961.
Membre du parti communiste
Il adhère en 1961 au Parti
communiste de l'Union soviétique et devient en 1969 fonctionnaire
du parti. Eltsine dirige à partir de 1977 la section du parti de
l'oblast de Sverdlovsk, c'est à ce titre qu'il ordonnera la
démolition de la villa Ipatiev, où furent massacrés, en juillet
1918, le tsar Nicolas II et sa famille. Plus tard, il regrettera
avoir donné cet ordre. Aussitôt élu, il présente un court
programme d'action fondé sur le principe du souci des gens. Il
entreprend ensuite de renouveler les effectifs au plus haut
niveau. Boris Eltsine n'a jamais voulu perdre le contact avec le
peuple. Aussi décide-t-il de visiter une fois tous les deux ans
les 63 agglomérations que compte la région de Sverdlovsk et
d'organiser des rencontres avec les travailleurs. C'était la
« période de stagnation », pendant laquelle le pays est laissé à
l'abandon par Brejnev.
En 1978, Mikhaïl Gorbatchev est
élu secrétaire au comité central chargé de l'agriculture. Boris
Eltsine a connu le nouveau secrétaire alors qu'il était premier
secrétaire du comité de Stavropol. À cette époque, les deux hommes
s'entraidaient, Eltsine fournissant des matériaux de construction
à Gorbatchev, tandis que ce dernier donnait de la nourriture à
Boris Nikolaïevitch. Après l'élection de Gorbatchev, leurs
relations restent au beau fixe pendant un certain temps. En 1981,
Boris Eltsine est élu membre du comité central. En 1984, il
devient membre du présidium du Soviet suprême, puis chef du
Département de la construction au comité central du Parti
communiste de l'Union soviétique (PCUS),
avant d'être élu secrétaire du comité.
Quelques mois après cette élection, le
22 décembre 1985, le Politburo confie à Eltsine la direction du
parti de Moscou. Il remplace les apparatchiks au bureau du comité
de ville et 23 des 33 premiers secrétaires de comité de district
qui, selon lui, ralentissent la perestroïka, ou restructuration de l'économie, de la machine
du parti et de la bureaucratie. Pour Boris Eltsine, ces
apparatchiks ne cherchent qu'à assurer leur bien-être.
Le premier secrétaire s'attaque ensuite aux problèmes de
Moscou : surpeuplement, queues interminables, transports
bondés, saleté, drogue, prostitution et corruption. Eltsine
démembre les organisations qui perçoivent des pots-de-vin dans les
magasins d'État. Il se fait remarquer non seulement par son
activité débordante, mais aussi par son franc-parler.
Il organise des rencontres avec le peuple et prend l'autobus et le
métro avec des ouvriers pour constater par lui-même la situation
dans les transports en commun, et pour les écouter critiquer les
chefs politiques. Boris Eltsine prend aussi position en faveur de
la perestroïka. Pour lui, celle-ci exige qu'on retire leurs
privilèges aux apparatchiks et il ne peut comprendre les
hésitations de Gorbatchev. Ses déclarations irritent le Politburo,
qui y voit une marque de démagogie. Pourtant, en
février 1986,
il est élu membre suppléant du bureau politique.
Le début de la fin, selon l'expression même de Boris Eltsine,
commence à une séance du comité central, le 21 octobre 1987.
L'ordre du jour de la réunion porte essentiellement sur le rapport
que Gorbatchev doit présenter le 2 novembre, lors des célébrations
du 70e anniversaire de la révolution d'Octobre. Boris Eltsine
demande la parole pour dénoncer les lenteurs de l'appareil du
comité central et du secrétariat, qui ruinent toutes ses
tentatives pour assainir la situation dans la capitale. Il accuse
aussi le secrétariat national, et nommément Egor Ligatchev, le
numéro deux du parti, d'intervenir dans le choix des responsables
de la ville et des arrondissements. Il clame : « Les corrompus,
les pourris sont ici même, parmi nous, et vous le savez
parfaitement! ». Son intervention provoque un tollé. Ligatchev adopte le ton de celui qui a été injustement accusé.
Suit une offensive généralisée. On accuse Boris Eltsine de tous
les crimes. Ceux qui ne prennent pas le micro lui crient leur
hostilité de leur place. Le camarade Eltsine est forcé de faire
son autocritique et sort de cette séance complètement démoralisé.
Plusieurs sources attestent qu'il a eu un malaise cardiaque à la
suite de cette réunion et qu'il a dû être hospitalisé.
Le 11 novembre, la sanction tombe.
Au cours d'une réunion du comité moscovite du parti, Boris Eltsine
est démis de ses fonctions. Depuis l'arrivée de Gorbatchev à la
tête du comité central, de nombreux membres du parti ont été
renvoyés, mais c'est la première fois qu'un homme nommé par le
secrétaire général — et qui est, de plus, un ardent défenseur de
la perestroïka — est limogé. L'éviction de Boris Eltsine
représente une victoire pour les conservateurs, qui résistent au
changement. Le 18 novembre, le disgracié est nommé vice-président
du comité pour la construction, ce qui correspond à un poste
ministériel. Boris Eltsine reste membre suppléant du Politburo. Le
18 février 1988, il est « libéré » de ce poste.
Le purgatoire d'Eltsine ne dure pas longtemps. Le 1er mai
1988, on le retrouve sur les tribunes du défilé de la place Rouge.
Un mois plus tard, il accorde une entrevue à la chaîne de
télévision américaine CBS, et une autre à la BBC de Londres. Il réclame la démission d'Egor Ligatchev, qu'il
accuse d'être le « principal responsable » du retard de la
perestroïka et de s'opposer à la diminution des privilèges pour
les membres de l'appareil.
Le 14 janvier 1989, un pas
important est franchi en vue de son retour en politique. Une foule
en délire dans un district de Moscou choisit Boris Eltsine comme
son candidat en vue des élections au « Congrès des députés du
peuple » du Soviet suprême. Peu après son élection comme candidat à la
députation, il se prononce en faveur du multipartisme, que Mikhaïl
Gorbatchev a dénoncé un mois plus tôt. Ses déclarations lui valent
de plus en plus de popularité. Boris Eltsine s'attire bientôt la
sympathie des intellectuels.
Le 26 mars, 89,44 % de l'électorat
moscovite vote pour Boris Eltsine au cours des premières élections
libres depuis l'avènement du régime communiste. Ce scrutin est
marqué également par une poussée des candidats réformateurs et la
défaite de nombreux conservateurs. Au milieu du mois de juillet,
l'Union soviétique est paralysée par les grèves et menaces de
grève. Boris Eltsine et Andreï Sakharov, élu lui aussi, forment,
avec les 269 députés du Soviet suprême qui favorisent une
accélération des réformes, un groupe parlementaire appelé Groupe
interrégional, pour faire entendre leurs voix. C'est une première
en URSS depuis le début des années 1920. En avril 1990, Boris Eltsine publie Jusqu'au bout!. Deux mois
avant la sortie de ses mémoires, journaux et magazines en publient
des extraits, faisant leurs choux gras de ses démêlés avec Mikhaïl
Gorbatchev.
Présidence de la Russie (1991-1999)
1990
En février et mars 1990 ont lieu
dans toutes les républiques des élections législatives, sauf en
Géorgie où elles ne se tiendront qu'en octobre. En Russie, le
scrutin est fixé au 4 mars. Le Bloc démocratique, dont fait partie
Eltsine, remporte tous les sièges à Moscou et Leningrad, en
Sibérie et dans le Grand Nord. Boris Eltsine est élu député de
Sverdlovsk par 80 % des voix.
Pendant ce temps, Mikhaïl
Gorbatchev fait amender la constitution pour créer le poste de
président de l'URSS et s'y fait élire, le 14 mars, par les députés
soviétiques et non par le peuple. La première réunion des 1062
députés du congrès de Russie a lieu le 16 mai. Ils doivent élire
le président de la fédération de Russie et les quelque 400 députés
du Soviet suprême russe. Trois candidats sont en lice : Boris
Eltsine, le premier ministre Vlassov (favori de Gorbatchev) et un
ultraconservateur.
Au premier tour de scrutin, Eltsine rate la majorité absolue
de 23 voix. Gorbatchev met tout en œuvre pour empêcher son
élection. Mais Eltsine l'emporte le 29 mai, alors que Gorbatchev
se trouve en voyage officiel à l'étranger. Les hommes de Gorbatchev
semblent avoir négocié, en son absence,
les termes d'une cohabitation avec Eltsine.
Moscou est dorénavant l'hôte de
deux pouvoirs opposés : celui de l'Union soviétique, représenté
par Gorbatchev, et celui de la Russie, incarné par Eltsine. Or, la
fédération de Russie occupe 76 % du territoire de l'URSS et compte
52 % de sa population.
Le lendemain de son élection, Boris Eltsine propose de rendre
la
fédération de Russie « autonome en tout » dans les 100 jours,
tout en souhaitant maintenir le dialogue avec Gorbatchev. Le congrès de Russie adopte, le 8
juin, un texte proclamant la supériorité des lois russes sur
les lois soviétiques, quatre jours avant d'adopter une déclaration
de souveraineté. Le 12
juin a lieu la première rencontre entre les présidents des
républiques, sous la présidence de Gorbatchev. Boris Eltsine y
apporte la déclaration de souveraineté toute fraîche, se plaçant
du côté des républiques qui proclament leur indépendance.
Le 19 juillet
1990, le Parlement russe décide de s'approprier les banques et
caisses d'épargne, une mesure déclarée aussitôt illégale par le
président Gorbatchev.
Le 23 juillet, une commission
russo-soviétique est mise sur pied pour rédiger un programme
économique commun. Elle achève ses travaux cinq semaines plus
tard. Les présidents russe et soviétique apparaissent ensemble le
30 août à la télévision pour dévoiler le plan économique conjoint
qui doit permettre à l'économie communiste de passer à une
économie de marché en 500 jours.
Le Soviet suprême de Russie adopte ce plan le
12 septembre. Le Soviet suprême d'URSS le rejette le
16 octobre, en adoptant un plan du premier ministre soviétique
Nikolaï Ryjkov.
Le président russe est victime d'un accident de voiture le
21 septembre. Deux jours plus tard, Gorbatchev en profite pour
demander à son Parlement de lui accorder des pouvoirs
exceptionnels. Le retrait temporaire d'Eltsine de la vie publique
favorise les conservateurs.
Pendant tout le mois d'octobre se produit une révolution de
palais au
Kremlin. Les conseillers de Gorbatchev qui sont partisans de
la cohabitation avec Eltsine sont boutés dehors.
En novembre, Eltsine signe avec l'Ukraine
et le
Kazakhstan des traités dans lesquels les républiques
reconnaissent leur souveraineté respective. Le
17 novembre, Mikhaïl Gorbatchev présente un projet qui vise à
lui assurer une majorité automatique contre la Russie et les
grandes républiques lors des réunions du conseil de la fédération.
Le Soviet suprême de l'URSS adopte ce plan avec enthousiasme. Le
Parlement soviétique renforce les pouvoirs du président de l'URSS.
Si l'Union soviétique se désagrège, le régime communiste
s'effrite malgré toutes ses menées pour garder le statut quo. Le
25 décembre, Gorbatchev fait adopter par le congrès des
députés soviétiques le projet d'un nouveau traité d'union sans
avoir consulté les républiques. En vertu de ce texte, la
souveraineté de l'État est réservée au niveau central. La veille,
il a annoncé la tenue d'un référendum sur l'Union sur tout le
territoire de l'État soviétique.
1991
L'année 1991 marquera
l'affrontement ouvert entre Eltsine et Gorbatchev. Dans la nuit du
12 au 13 janvier, l'armée soviétique prend d'assaut la tour de
télévision de Vilnius, en Lituanie. L'armée tire sur les manifestants, faisant 15 morts
et plus de 150 blessés. Gorbatchev hésite à aller plus loin et le
régime lituanien sort renforcé de ce coup de force raté.
Le 13 janvier, Boris Eltsine condamne l'attaque et reconnaît la
souveraineté des États baltes, la Lituanie, l'Estonie et la
Lettonie. Le 20 janvier, on manifeste à Moscou pour dénoncer le
coup de force. En mars 1991, le projet d'Union est publié et le
président russe invite ses partisans à faire la guerre au pouvoir
central. Le 10 mars, quelque 300 000 Moscovites manifestent pour
demander la démission de Gorbatchev et inciter la population à
dire « non » à son référendum, prévu pour le 17 mars.
En Russie, on tiendra en fait deux référendums le même jour. Le
premier porte sur la conservation de l'Union. Le second, plus
important pour Boris Eltsine, porte sur l'élection du président de
la fédération de Russie au suffrage universel direct. La
proposition sera entérinée à plus de 70 % par le peuple. La
première élection présidentielle au suffrage universel est fixée
au
12 juin.
Le samedi 18 mai marque le
lancement officiel de la campagne électorale en vue de l'élection
présidentielle. Eltsine le réformateur aura pour adversaires
principaux l'ancien premier ministre soviétique, Nikolaï Ryjkov,
un conservateur, et l'ancien ministre de l'Intérieur de l'URSS,
Vadim Bakatine.
Le 12 juin 1991, Boris Eltsine, à 60 ans,
est élu
président de la fédération de Russie, composée de 18 républiques
autonomes et de régions autonomes. Eltsine est le grand vainqueur,
non seulement parce qu'il a gagné, mais aussi parce que son
élection oblige Gorbatchev à se rallier à ses positions.
Le président russe entreprend une tournée aux États-Unis. À son
arrivée à Washington, il reconnaît à Gorbatchev le mérite d'avoir
mis en route la perestroïka qui a conduit à l'élection du premier
président russe au suffrage universel direct.
En
août 1991, les conservateurs font une tentative de coup d'État
pendant les vacances de Mikhaïl Gorbatchev.
Les conjurés veulent empêcher la signature du traité d'Union
prévue pour le 20 août, qui annonce la fin de l'URSS et les conservateurs soupçonnent Gorbatchev de vouloir
liquider le Parti communiste. La menace de ce coup d'État plane
depuis un an. Le 19 août, les putschistes prononcent l'incapacité
du président soviétique, tandis que les chars et véhicules blindés
envahissent la capitale. Eltsine a des amis et des
partisans au sein des forces de sécurité soviétiques, ce qui lui
permet d'échapper à l'arrestation et de parvenir sans encombre
jusqu'au Parlement russe, malgré les chars qui l'entourent.
Eltsine harangue la foule, monté sur un blindé, et appelle les
Russes à la désobéissance civile et à la grève générale.
Le soir du 20 août, trois hommes
sont tués dans une altercation entre les militaires et la foule.
Le lendemain, le nombre de morts s'élève à une dizaine. Aux yeux
des Moscovites, les responsables du coup d'État ont conduit
l'armée à tirer sur le peuple. Le soir du 21 août, les putschistes qui ne se sont pas suicidés sont envoyés
en prison.
Le président russe voudrait tirer profit de l'aventure en
plaçant ses hommes aux leviers de commande de l'État fédéral.
Gorbatchev le sait et s'empresse de remplacer les putschistes. Le 23
août, le président soviétique affronte le Parlement russe.
Devant les caméras de télévision, il tente de disculper ses
ministres, mais Eltsine force le président de l'URSS à lire un
document prouvant que tous ses ministres, sauf un, soutenaient le
coup d'État. Tout le Cabinet soviétique est alors remplacé par les
hommes d'Eltsine.
Le 25 août 1991, Boris Eltsine
suspend les activités du PCUS et confisque ses biens. La
suspension sera transformée en dissolution le 6 novembre. Enfin,
le sort du Soviet suprême est réglé du 26 au 29 août.
Le
1er novembre, une réforme de la
Constitution russe accorde des pouvoirs renforcés au président. Le
15 novembre, Boris Eltsine décide de cumuler les fonctions de
président et de premier ministre.
L'Union soviétique vit ses dernières heures. Les Ukrainiens
votent en faveur de l'indépendance au cours d'un référendum tenu
le 1er décembre. Le président russe
reconnaît l'indépendance de l'Ukraine avant de retrouver les
présidents des deux autres républiques slaves en Biélorussie, le
8 décembre, pour constater la « disparition de l'URSS » et
créer une « communauté d'États indépendants », la
CEI.
Gorbatchev tente de s'y opposer, mais en vain. Le
20 décembre, le gouvernement russe s'empare de la Banque centrale
soviétique. Les présidents de 11 ex-républiques soviétiques, dont
Eltsine, se rencontrent le 21 décembre. Ils adhèrent à la CEI, qui
consacre la fin de l'Union soviétique et supprime le poste de
président de l'URSS. Tous s'entendent pour que le siège de membre
permanent au Conseil de sécurité de l'ONU que détenait l'URSS
revienne à la Russie.
Eltsine et Gorbatchev se
rencontrent une dernière fois l'avant-veille de Noël. Le 25
décembre 1991, Gorbatchev annonce sa démission et le
président russe prend le contrôle des 27 000 armes nucléaires de
l'Union soviétique. Boris Eltsine est désormais le maître de la
Russie, mais d'une Russie malade sur les plans économique et
politique.
1992
L'année 1992
commence en Russie par la libéralisation des prix. Les
consommateurs, confrontés à une économie de marché, font face à
une inflation explosive : 200 % pour le seul mois de janvier
! Elle atteindra 2600 % sur l'année 1992, et 1000 % l'année
suivante. Le rouble dégringole et la grogne
populaire s'installe. Les Russes reçoivent leur
salaire, mais il ne suit pas le rythme de l'inflation ; les
pensions s'adaptent plus lentement et font des retraités les
principales victimes de l'inflation.
Le 17
juin 1992, le président des États-Unis,
George Bush, et Boris Eltsine s'entendent à Washington pour
réduire leur arsenal nucléaire des deux tiers. Boris
Eltsine et le président américain signent le traité
Start II sur la réduction des armes stratégiques. C'est la fin
de la
guerre froide.
Eltsine souhaite que la CEI se dote d'une défense
conventionnelle « unifiée ». Il essuiera un refus sur cette
question de la part de l'Ukraine, de la Moldavie et de
l'Azerbaïdjan en février. Mais ce refus ne l'arrête pas. Le
président signe deux décrets, l'un créant un ministère de la
Défense de la fédération de Russie, et l'autre créant les forces
armées russes, une armée « multinationale ». La Russie est au bord
de l'éclatement, mais, le 31 mai, 18 des 20 républiques autonomes
de Russie signent le traité de la fédération de Russie.
L'alcoolisme de Boris Eltsine
commence à alimenter le débat. Alors que son arrivée dans l'Ouzbékistan,
le 14
mai, est retransmise à la télévision, tous peuvent constater
que le président est ivre.
1993
En
mars 1993, les députés refusent de prolonger les pouvoirs
d'exception accordés au président. Ils refusent aussi d'organiser
le référendum réclamé par le président pour asseoir son autorité.
Le 20 mars, Boris Eltsine prive le Congrès des députés de ses
pouvoirs en instaurant un système de gouvernement par décrets
valable jusqu'au référendum. Le Parlement voudrait bien destituer
Eltsine. Le 26
mars, le président échappe à la destitution, sa popularité
ayant fait reculer les députés.
C'est finalement 58 % des participants à la consultation
populaire qui accorderont leur confiance à Boris Eltsine le 25
avril 1993. Fort de ce résultat, il engage la lutte finale avec le
Congrès des députés. Le 29 avril, le président dévoile un projet
de Constitution qui renforce ses pouvoirs, projet qui sera ratifié
le 12 juillet, au terme d'une conférence constitutionnelle. Boris
Eltsine doit faire face à une nouvelle crise politique, un mois et
demi plus tard, quand la Banque centrale de Russie retire les
roubles mis en circulation avant 1993. En septembre, Boris Eltsine dissout le Parlement et convoque des
élections législatives anticipées pour se débarrasser d'un congrès
des députés trop communiste à son goût.
Le Parlement ne tarde pas à répliquer en destituant Boris
Eltsine et en le remplaçant par
Alexandre Routskoï. Les députés conservateurs mécontents des
réformes économiques s'enferment dans l'édifice du Parlement, le
24 septembre, avec leurs chefs, le président du Parlement, Rouslan Khasboulatov et Routskoï.
Des supporters des conjurés se rassemblent autour de l'édifice
parlementaire pour le défendre contre les troupes d'élite envoyées
par Eltsine. Le patriarche Alexis II sert de négociateur aux deux
parties. Son action échoue et le président décrète l'état
d'urgence le
3 octobre. Le lendemain, Boris Eltsine ordonne à deux
commandos spéciaux de donner l'assaut au parlement. Les conjurés
se rendent et Routskoï et Khasboulatov sont emprisonnés.
Le bilan officiel de cette journée s'élève à quelque 150 morts,
bien que de nombreux journalistes russes le chiffrent à plusieurs
centaines.
L'état d'urgence ne sera levé que le
18 octobre, trois jours après que Boris Eltsine eut annoncé la
tenue d'un référendum sur la Constitution et des élections
législatives. Les deux scrutins sont prévus pour le
12 décembre 1993. Auparavant, le président a suspendu les
activités de la Cour constitutionnelle et interdit les journaux
d'opposition.
Le 12 décembre 1993, les Russes adoptent la Constitution proposée par
Boris Eltsine. Par
ailleurs, le même jour ont lieu les premières élections
législatives libres depuis 76 ans. Le
Parti libéral-démocrate (extrême droite nationaliste) de
Vladimir Jirinovski devance celui de Boris Eltsine (Choix de
la Russie) avec presque 23 % des voix.
Mais le parti de Boris Eltsine aura plus de sièges à la Douma que
le parti de Jirinovski, avec 96 sièges contre 70.
Après 1994
Eltsine avait besoin d'une guerre fulgurante et victorieuse en
Tchétchénie pour prouver à son peuple que la Russie était encore
une superpuissance et asseoir ainsi son autorité à la veille de
l'élection présidentielle.
Mais au lieu d’un blitz spectaculaire, la guerre s'avéra un échec
militaire et humanitaire pour la Russie qui rencontra une
résistance féroce de combattants de nationalités différentes,
utilisant des armes lourdes très modernes.
La personnalité et l'état de santé de Boris Eltsine ont fait
l'objet d'un certain nombre de controverses : son alcoolisme a amené certains à douter de sa capacité à assurer ses
fonctions. Atteint d'une maladie cardiaque, Boris Eltsine subit
également plusieurs attaques, notamment en 1995 et 1996, ce qui ne l'empêche
pas d'être réélu face au candidat communiste. Il subit à la fin
1996 un quintuple
pontage coronarien.
En 1998 et 1999, face une
situation de crise économique, Eltsine change plusieurs fois de
premier ministre : Viktor Tchernomyrdine, Sergueï Kirienko,
Ievgueni Primakov, Sergueï Stepachine et
Vladimir Poutine se succèdent en moins de deux ans à la tête
du gouvernement russe.
Boris Eltsine reste président de la Russie jusqu'au
31 décembre 1999, date à laquelle il démissionne pour raisons de
santé, convaincu par sa fille et conseillère Tatiana Diatchenko.
Son successeur est
Vladimir Poutine.
Le pouvoir de Eltsine vu par les Russes
La période de la Présidence de Eltsine est globalement
considérée comme négative par une grande partie des Russes. Les
privatisations massives effectuées dans des conditions
douteuses, la « thérapie
de choc » (tentative de passage brutal à l'économie de
marché), la
corruption aux plus hautes sphères du pouvoir (oligarques au
sein des instances dirigeantes), les guerres médiatiques entre
concurrents politiques et économiques par le biais de groupes de
presse aux mains d'intérêts privés, expliquent entre autres
l'indifférence (51%) et la désapprobation que la population russe
ressent à son égard. En mai 2007, « 47 % des sondés estiment que
l'époque Eltsine a apporté à la Russie plus de mal que de bien.
26 % des personnes interrogées ont un avis différent ».
Mort
Eltsine est décédé le 23 avril
2007 à l'âge de 76 ans. Selon des sources médicales citées par
l'agence Interfax, sa mort est due à un arrêt cardiaque. Le
cercueil de Boris Eltsine est porté le 24 avril par une garde
d'honneur dans la cathédrale du Christ Sauveur pour être exposé au
public jusqu'au 25 avril en milieu de journée (avec une
interruption dans la nuit). Le président russe
Vladimir Poutine, l'ancien dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev et de nombreuses
personnalités internationales, dont les présidents
américains George Bush et son successeur Bill Clinton, ou le
polonais Lech Wałęsa.
Le corps de Boris Eltsine est ensuite transféré au
cimetière du monastère Novodevitchi. Le 23 avril 2008, jour de
l'anniversaire de sa mort, un monument sous forme du drapeau
tricolore russe fut solennellement inauguré par
Vladimir Poutine et
Dmitri Medvedev.