Deng Xiaoping
ou Teng Hiao-Ping ou Teng Hsiao-Ping (22 août 1904 -
19 février 1997) a été le secrétaire général du Parti communiste
chinois (PCC) de 1956 à 1967 et plus tard le dirigeant de facto
de la République populaire de Chine de 1978 à 1992. Bien que
retiré ensuite des affaires, il demeura un référent pour le régime
jusqu'à son décès.
Né dans une famille de fermiers à
Guang'an dans le Sichuan, Deng étudia ensuite en France dans les
années 1920 où il tomba sous l'influence du
marxisme. Il rejoint le Parti communiste chinois en 1923.
Deng Xiaoping est généralement
considéré comme étant à l'origine du développement économique,
l'ouverture au capitalisme de la Chine de la charnière des XXè et
XXIè siècles.
Enfance au Sichuan
Deng Xiaoping est né sous le nom
de Deng Xixian, le 22 août 1904, dans la petite ville de Guang'an,
dans la province du Sichuan, à environ 160 km de Chongqing. Sa
famille d'origine hakka est depuis de nombreuses générations
implantée dans le Sichuan. Certains ancêtres de Deng ont même été
localisés au Xian de Mei. Son père, Deng Wenming, propriétaire
terrien de moyenne importance, a étudié à l'Université de droit et
de science politique de Chengdu. Sa mère, qui se nomme Dan, meurt
rapidement, laissant derrière elle Deng Xiaoping, ses trois frères
et ses trois sœurs.
À l'âge de cinq ans, le petit
Xiaoping est envoyé dans une école privée démodée, avant de
rejoindre une école primaire plus moderne à sept ans et enfin
l'école secondaire de son conté. En 1919, Wu Yuzhang, responsable
à Chongqing du mouvement Travail-Études qui envoie des jeunes
chinois étudier en France, le repère et l'intègre dans le
programme, avec son oncle Deng Shaosheng de trois ans plus aîné.
Après une année d'enseignement du Français, Deng Xiaoping rejoint
Shanghai et débarque en France le 19 octobre 1920, à Marseille,
avant de rejoindre Paris en train. Il est fortement soutenu par
son père dans cette entreprise qui lui confie comme mission
d'apprendre de l'occident pour sauver la Chine en prise à
d'importants troubles.
D'autres dirigeants chinois comme
Zhou Enlai, Chen Yi, Cai Hesen, Li Lisan, Zhao Shiyan, Li Weihan
profitèrent de ces études à l'étranger. Jusqu'en 1927, c'est 4 000
jeunes chinois qui viendront étudier et travailler en France.
Jeunesse en France et en Union Soviétique
Dans un premier temps, la Société
d'éducation franco-chinoise (SEFC), qui soutient les étudiants
chinois en France, place Deng dans un collège de Bayeux.
Malheureusement, en quelques mois, la SEFC n'est plus en mesure de
soutenir financièrement les étudiants chinois à cause d'une
importante augmentation du prix de la vie[5]. Les migrants chinois
n'ont d'autre choix que de travailler pour subvenir à leurs
besoins. Deng travaille aux laminoirs de l'usine Schneider du
Creusot puis à la fabrique de galoches Hutchinson, à
Châlette-sur-Loing, sous le nom de « Teng Hi Hien ». Du fait de sa
petite taille (1,50m), Deng y effectue un travail habituellement
destiné aux femmes : la fabrication de semelles de chaussures. Il
travaille ensuite comme assembleur à l'usine Renault de
Billancourt, avant de revenir à Hutchinson, où il est renvoyé un
mois plus tard, probablement victime de sa personnalité
contestataire naissante. Un contremaître indique comme motif de
licenciement : « A refusé de travailler. Ne pas reprendre ».
Dans le cadre de son activité
professionnelle, Deng Xiaoping découvre le
marxisme, dont les idées n'ont pas encore atteint la Chine,
faute de traduction en chinois. Deng devient alors communiste et
un fervent opposant au système capitaliste. Nouant des contacts
avec d'autres migrants chinois, il rencontre Zhou Enlai, avec qui
il partage notamment un appartement près de la place d'Italie à
Paris. Zhou Enlai est le fondateur du parti com-muniste chinois
avec Chen Duxiu et Li Dazhao, ainsi que l'aide de l'Union
soviétique en 1921. Deng les rejoint en adhérant au parti en
1923, devenant un des chefs du mouvement de la jeunesse communiste
chinoise en Europe. Au cours de ces années en Europe, il commence
à écrire des articles dans un magazine, Red Light, publié par les
communistes chinois en France. Ses premiers écrits révèlent une
idéologie radicale, qui voit en la révolution communiste la seule
solution à la résolution des problèmes de la Chine.
En 1926, Deng se rend à Moscou, où
il passe onze mois à étudier avec d'autres com-munistes chinois,
d'abord à l'Université communiste des travailleurs de l'Est, qui
vise à former des jeunes d'Asie orientale, avant de rejoindre
l'université Sun Yat-sen, également orientée vers l'Asie. Là, Deng
passe un an à étudier les principes du marxisme-léninisme. Parmi
ses camarades de classe, il rencontre Chiang Ching-kuo, le fils de
Tchang Kaï-chek, le leader du Kuomintang, parti nationaliste chinois.
Retour en Chine
À la fin de l'année 1926, Dang
Xiaoping rentre en Chine. Il rejoint l'armée de Feng Yuxiang, un
chef militaire dans le nord-ouest de la Chine, qui a demandé
l'assistance de l'Union soviétique dans sa lutte contre d'autres
leaders locaux du nord de la Chine. À cette époque, l'Union
soviétique, par l'intermédiaire du Komintern, une organisation
internationale qui soutient les mouvements communistes dans le
monde, soutient l'alliance entre les communistes chinois et les
nationalistes du Kuomintang (KMT), parti fondé par Sun Yat-Sen.
Bien que n'étant pas communistes, ces derniers tirent la plupart
de leurs principes du léninisme.
En mars 1927, Deng Xiaoping
rejoint Xi'an, le fief de Feng Yuxiang, pour faire partie de son
armée et briser l'alliance entre le KMT et les communistes. Cette
rupture est provoquée par Tchang Kaï-chek, le successeur de Sun
Yat-Sen qui commence une persécution des communistes, les forçant
à quitter les zones contrôlées par le KMT. Au cours de cette
année, Tchang Kaï-chek est renforcé dans sa position de leader du
KMT et contrôle une grande partie de la Chine méridionale et
orientale. Il établit la capitale de la République de Chine à
Nankin. À la suite de l'éclatement de l'alliance, Feng Yuxiang
décide de rejoindre les rangs de Tchang Kaï-chek et les
communistes qui font partie de son armée, tels que Deng Xiaoping,
sont obligés de fuir.
Campagne militaire dans le Guangxi
A partir de 1929, il participe à
la lutte contre le Kuomintang, dans la province du Guangxi. La
supériorité des forces de Tchang Kaï-chek entraîne un nombre
énorme de victimes parmi des rangs communistes. La stratégie de la
direction du parti est un échec qui a tué de nombreux militants.
C'est à ce moment que se produit l'un des épisodes les plus confus
dans la biographie de Deng Xiaoping : en mars 1931, il quitte
l'armée communiste avant de réapparaître quelque temps plus tard à
Shanghai. La biographie officielle dit que Deng Xiaoping aurait
été chargé par ses supérieurs de s'éloigner de la zone de combat
et de rejoindre Shanghai, où étaient des dirigeants du Parti
communiste clandestin. Nous ne pouvons pas exclure, en tout cas,
que Deng ait pu déserté à cette époque. Cet épisode obscur dans sa
biographie sera ensuite utilisé contre lui pendant la Révolution
culturelle.
Retour à Shanghai et le transfert au Jianxi soviétique
De retour à
Shanghai, Deng apprend la mort tragique de sa femme et sa
fille nouvellement née. En outre, il constate que de trop nombreux
de ses anciens camarades sont morts à la suite de la répression du
mouvement anti-Kuomintang nationaliste.
Les campagnes contre les
communistes dans les grandes villes ont été un revers pour le
parti et en particulier pour la ligne de conduite préconisée par
les conseillers du Komintern soviétique, qui a vu en la
mobilisation du prolétariat urbain la bonne stratégie pour la
promotion du communisme. Face à cette vision urbaine de la
révolution et de l'expérience soviétique, le leader communiste
Mao
Zedong, qui est originaire du monde rural et est un
authentique révolutionnaire en Chine, s'installe à la campagne,
dans une zone montagneuse de la province de Jiangxi. Il arrive à y
établir un système communiste, embryon d'un futur État chinois
sous le communisme. Ce système adopte le nom officiel de la
République soviétique chinoise, mais est souvent appelé simplement
le Jiangxi soviétique.
Dans l'une des plus grandes villes
de la région soviétique, Ruijin, Deng Xiaoping prend ses fonctions
de secrétaire du Comité du Parti en été 1931. Un an plus tard,
dans l'hiver 1932, il est promu à la même position dans le
district voisin de Huichang. En 1933, il devient directeur du
département de la propagande du comité provincial du parti dans le
Jiangxi. À cette époque, il se marie une seconde fois avec une
fille nommée Jin Weiying, qui habite à Shanghai.
Le succès du Jiangxi soviétique pousse les chefs du parti à
venir à Jiangxi depuis Shanghai. La confrontation entre les idées
de Mao et les dirigeants du parti et de leurs conseillers
soviétiques est de plus en plus forte. La lutte de pouvoir entre
les deux factions a pour seul résultat la destitution de Deng de
son poste dans le département de la propagande, car il est
apparenté aux idées de Mao.
En dépit des luttes internes au sein du parti, le Jianxi
soviétique est devenu la première expérience réussie du régime
communiste en Chine rurale. Elle a même émis des timbres et
billets avec une en-tête de la République soviétique de Chine.
Face à cette montée, l'armée de Tchang Kaï-chek décide finalement d'attaquer la zone
communiste.
La longue
marche
Encerclés par l'armée de la
République de Chine, beaucoup plus puissante que les forces
communistes, les communistes sont contraints de fuir de Jiangxi en
octobre 1934. Ainsi commence le voyage historique à travers
l'intérieur de la Chine plus connu sous le nom de Longue Marche.
La Longue Marche est devenue un
événement épique qui marque un tournant dans le développement du
communisme chinois. La fuite du Jiangxi est difficile, car l'armée
de la République de Chine a pris des positions sur toute la zone
communiste. Progressant dans des régions isolées et montagneuses,
environ 80 000 hommes (et quelques femmes) réussissent à
s'échapper du Jiangxi et partent pour un long voyage à travers la
Chine intérieure. Ce périple prend fin un an plus tard dans la
province septentrionale du Shaanxi où arrivent seulement entre
8 000 et 9 000 des hommes qui ont quitté le Jiangxi.
Depuis la Conférence de Zunyi, au
début de la Longue Marche, Mao Zedong est devenu le nouveau chef
du Parti communiste chinois, chassant du pouvoir, à la
consternation de l'Union soviétique, 28 soi-disant bolcheviks
menés par Bo Gu et Wang Ming. La ligne pro-soviétique du Parti
communiste chinois prend fin et un nouveau parti d'inspiration
rurale émerge sous la direction de Mao. Deng Xiaoping devient une
figure de premier plan dans le parti qui, à partir de l'extrémité
nord de la Chine, engage la guerre civile contre le Kuomintang.
La confrontation entre les deux partis chinois est toutefois
perturbée par l'invasion japonaise, forçant le
Kuomintang à former une alliance, pour la deuxième fois, avec
les communistes afin de défendre l'intégrité nationale contre
l'agression extérieure.
Carrière politique sous le régime
maoïste
Retour à Chongqing
Le
1er octobre 1949,
Deng Xiaoping assiste à Pékin à la proclamation de la nouvelle
République populaire de Chine. A cette époque, le Parti communiste
contrôle l'ensemble du Nord de la Chine, mais il reste des
contrées du Sud tenues par le régime du Kuomintang. Deng Xiaoping
a obtenu la responsabilité de diriger la conquête (ou la
« libération » dans la langue communément utilisée en Chine) du
sud de la Chine, en sa qualité de premier secrétaire du
Département du Sud-Ouest. Cet organe a pour tâche de gérer la
prise de contrôle final de cette partie du pays où, d'une part, de
vastes zones sont encore détenus par le Kuomintang, alors que
d'autre part, la plupart du Tibet est de facto indépendant depuis
de nombreuses années.
Le gouvernement du Kuomintang,
après avoir été forcé de quitter d'abord Nankin puis Canton a de
nouveau établi la capitale provisoire à Chongqing, comme au temps
de l'invasion japonaise. Là, Tchang Kaï-chek et son fils Chiang
Ching-kuo, ancien camarade de classe de Deng Xiaoping à Moscou,
luttent pour arrêter l'avancée communiste.
Sous le contrôle politique de Deng
Xiaoping, l'armée communiste conquiert Chongqing au début du mois
de décembre 1949 et intervient quelques jours après triomphalement
à Chengdu, le dernier territoire de pouvoir de Tchang Kaï-chek. À
partir de ce moment, Deng devient maire de Chongqing, en plus
d'être le leader du Parti communiste dans le sud-ouest, où peu à
peu l'armée populaire de libération, en termine avec les dernières
résistances des fidèles à l'ancien régime du Kuomintang. En 1950,
le nouvel État chinois prend le contrôle du Tibet, qui devient une
région autonome de Chine.
Deng Xiaoping passe trois ans à
Chongqing, la ville où il avait étudié dans son adolescence avant
d'aller en France. En 1952, il s'installe à Pékin, où il occupe
des positions différentes au sein du gouvernement central.
Ascension politique à Pékin
En juillet 1952, Deng arrive à
Beijing pour assumer les postes de vice-premier ministre et
vice-président de la Commission des Finances. Peu de temps après,
il occupe les postes de ministre des Finances et directeur du
bureau des communications. En 1954, il abandonne toutes ces
charges, à l'exception de celle de vice-premier ministre, pour
devenir secrétaire général du Comité central du Parti communiste
chinois, directeur du Département de l'organisation et
vice-président de la Commission de la défense
nationale.
En 1955, après la cinquième
session plénière du Comité central du parti communiste chinois, il
rejoint le bureau du Politburo. L'année suivante, en 1956, après
le huitième Congrès national du parti et après la session plénière
du Comité central, il rejoint le Comité permanent du bureau, qui
regroupe les principaux dirigeants de la République populaire de
Chine.
Fidèle à Mao, il dirige avec
brutalité, en 1957, la purge du PCC pendant la campagne
anti-droite. Cette campagne est une volte-face après celle des
Cent Fleurs, en 1956, pendant laquelle les intellectuels ont
été incités à formuler leur mécontentement envers l'administration
du PCC.
A l'origine, le but de la Campagne des Cent Fleurs, du moins
officiellement, était d'améliorer le système communiste chinois en
tentant de répondre aux attentes et aux frustrations des
intellectuels, dont Mao se méfie. Au contraire, et peut-être en
raison de la virulence des critiques, Mao se servira de la
Campagne des Cent Fleurs pour dénoncer la dérive droitière des
opposants au Régime. Sous l'autorité de Deng, plus d'un million de
Chinois sont arrêtés et contraints de formuler leur auto-critique.
La plupart du temps, ils sont envoyés en campagne dans des camps
de travail, les « laogai »
pour leur « rééducation ».
Il occupe également le poste de secrétaire général du Comité
central, l'un des postes les plus élevés dans la hiérarchie
complexe du pouvoir de l'État, un poste dans lequel il s'embourbe
pendant les dix années suivantes jusqu'en 1966. Pendant ce temps,
Deng fait un travail très important dans l'organisation de l'État.
Il devient pratiquement le bras droit du président
Liu Shaoqi.
Liu et Deng ont soutenu
Mao Zedong dans les campagnes de masse des années 1950, dans
laquelle ils attaquaient les bourgeois et les capitalistes, afin
de promouvoir la loyauté idéologique du projet communiste.
Toutefois, l'échec économique du
Grand Bond en avant provoque la critique de la capacité de
gestion économique de Mao.
Peng Dehuai, le leader communiste, critique ouvertement Mao.
Liu Shaoqi et Deng Xiaoping, bien plus prudents, commencent à
prendre les rênes de la politique économique, laissant Mao dans un
rôle symbolique comme référent idéologique. Mao accepte de céder
la présidence de la République populaire à Liu Shaoqi, tout en
conservant ses fonctions de chef du parti et de l'armée.
En
1963, Deng se rend à
Moscou pour conduire la délégation chinoise à rencontrer avec
le successeur de
Staline,
Nikita Khrouchtchev. Les relations entre la
République populaire de Chine et l'Union
soviétique se sont détériorées depuis la mort de
Staline. Après cette rencontre qui n'aboutit à aucun accord,
la rupture sino-soviétique est consommée. Les deux grands régimes
communistes dans le monde suspendent donc toute relation.
Pendant ces années, le Président de la République populaire Liu
Shaoqi et Deng Xiaoping commencent à mettre en œuvre des réformes
économiques visant à inverser la politique du
Grand Bond en avant, en mettant notamment un coup d'arrêt à la
collectivisation des terres. Cette situation pousse Mao à prendre
des mesures pour reprendre le contrôle de l'État. Faisant appel à
leur esprit révolutionnaire, Mao lance la
Révolution culturelle, qui encourage les masses à éliminer les
droitistes
capitalistes qui ont infiltré l'aile du parti, dont
parmi eux Liu et Deng.
La Révolution culturelle
La
Grande Révolution Culturelle Prolétarienne est un mouvement de
masse encouragé par
Mao Zedong lui-même en utilisant un langage révolutionnaire et
en s'appuyant sur des partenaires fidèles tels que
Lin Biao, qui encourage les masses à garder l'esprit
révolutionnaire coûte que coûte. Il s'agit d'empêcher que, dans
les moments de faiblesse de la révolution, la droite et des
capitalistes infiltrés puissent conduire à des politiques
contraires à l'idéologie réelle du parti.
En lançant la Révolution
culturelle, Mao Zedong tente de retrouver sa puissance, qui a été
mise en doute après l'échec économique du Grand Bond en avant.
Face à Deng et Liu, qui tentent de le sevrer des tâches courantes
du gouvernement, Mao mobilise les jeunes et les incite à attaquer
ceux qui ne sont pas fidèles à sa direction. A cette époque,
apparaissent une grande quantité d'affiches condamnant Liu Shaoqi
et Deng Xiaoping comme étant capitalistes et de droite. Dans le
même temps, le culte de la personnalité de Mao, promu par Lin Biao, a atteint son paroxysme.
En
1968, Deng et sa femme Zhuo Lin sont assignés en résidence
surveillée à Pékin.
En octobre de cette année, le VIIIe Congrès du Parti
communiste dépouille Deng de toutes ses fonctions et en 1969, il
est envoyé à la province de
Jiangxi, où lui et sa femme, travaillent dans un magasin de
tracteurs. Il consacre ses temps libres à l'écriture. Deng doit
subir des humiliations publiques. Son fils à cette époque, soumis
à des humiliations et à des sévices physiques administrés par les
gardes rouges, choisit de se défenestrer à l'Université de Pékin
et restera paralysé. Si Deng est exclus du PCC, les épreuves qu'il
subit ne sont pas du même ordre que le sort qu'on réserve à Liu
Shaoqi ou Peng Dehuai. Arrêtés, ces derniers meurent en prison. Lorsque
Deng reprendra le pouvoir, ils seront réhabilités.
Le tournant dans la situation de
Deng survient après la mort de Lin Biao, successeur de Mao. Deng
Xiaoping commence à communiquer avec le personnel qui est resté à
Pékin, où la situation semble se calmer. En août 1972, il envoie à
Mao une lettre d'excuses pour ses actions contrerévolutionnaires.
Cette attitude lui permet d'être réintégré en février 1973. On lui ordonne de revenir à Pékin, où une fois de plus il rejoint
la même année la direction du parti.
Sa réhabilitation et la mort de Mao
Après avoir recouvré une position
officielle, le 20 mars 1973, le rôle de Deng Xiaoping n'a pas
l'importance qu'il avait auparavant. Ses travaux portent
principalement sur les affaires étrangères, alors que Mao et la
Bande des Quatre contrôlent fermement la politique intérieure.
Après la mort de
Lin Biao et la réhabilitation de Deng Xiaoping, il se porte
candidat pour succéder à
Mao Zedong. Cependant, Mao a déjà choisi comme successeur un
membre peu connu du Parti,
Hua Guofeng.
Le premier ministre
Zhou Enlai qui est atteint d'un cancer, délègue progressivement
ses pouvoirs à Deng. En janvier 1975, Deng devient secrétaire
permanent du Politburo, vice-président du Parti et vice-Premier
Ministre, et chef d'état major de l'Armée populaire de libération.
Mais le 5 avril 1976, Zhou Enlai meurt. La Bande des Quatre
lance alors de sévères critiques contre le défunt. Mais à
l'occasion de la fête des Morts (Qingming), des manifestations
violentes éclatent sur la place Tian'anmen en soutien à Zhou. On fait porter la
responsabilité de ces manifestations à Deng Xiaoping, qui se
réfugie alors dans le Guangdong, dépouillé de ses fonctions.
Deng Xiaoping ainsi écarté du pouvoir,
Hua Guofeng assume la responsabilité, en tant que successeur de
Mao, du maintien du système après sa mort le 9 septembre 1976.
Deng Xiaoping, chef suprême de la
Chine
La lutte de pouvoir avec Hua Guofeng
Après la mort de
Mao Zedong, Deng Xiaoping se rend à Pékin en dehors de ses
fonctions politiques. La lutte pour le pouvoir établi entre, d'une
part, Hua Guofeng, successeur désigné par Mao lui-même, et d'autre
part, la Bande des Quatre, le groupe des quatre chefs du
parti communiste, dont fait partie notamment l'épouse de Mao,
Jiang Qing, qui a entrepris l'organisation de la Révolution
culturelle.
Hua Guofeng arrête la Bande des
Quatre, dont les membres sont accusés des pires excès et des
troubles de la Révolution culturelle. Ainsi, Hua semble consolider
son pouvoir, et la Bande des Quatre devient le bouc
émissaire des mesures les plus radicales des dernières années du
maoïsme. Cela permet à Hua de se présenter comme un véritable
héritier et successeur de l'héritage du Président Mao.
Cependant, alors que Hua a peu de
partisans au sein du parti, bon nombre des dirigeants qui ont subi
les purges de la Révolution culturelle, deviennent partisans de
Deng Xiaoping, qui, de son exil volontaire dans la ville
méridionale de Guangzhou, s'applique à la réadaptation. Le
prestige personnel de Deng pousse Hua Guofeng et ses collègues
d'accepter sa réhabilitation politique. Le 22 juillet 1977 lors de
la troisième session plénière du dixième Congrès du Comité central
du Parti communiste, Deng revient au gouvernement, assumant les
charges de vice-Premier ministre, vice-président du Bureau
politique du Comité central, vice-président de la Commission
militaire et chef de l'Armée populaire de libération.
Pendant ce temps, les partisans de
Deng Xiaoping, comme
Zhao Ziyang, chef du parti communiste dans le Sichuan,
accroissent leur influence dans le parti grâce au succès des
petites réformes économiques menées dans les zones rurales.
Ascension au pouvoir et les réformes économiques
Grâce à l'appui des autres chefs de parti ont déjà récupéré
leurs positions officielles, en 1978, la montée au pouvoir de Deng
est désormais irrésistible. Même si
Hua Guofeng occupe officiellement les premières places dans la
République populaire, sa position, avec peu de soutien, devient de
plus en plus difficile. En décembre 1978,
au cours de la troisième session du onzième Congrès du Comité
central du Parti communiste de Chine, Deng Xiaoping prend les
rênes du pouvoir, que Hua perd progressivement.
En fait, la politique chinoise de ces années est marquée par
les orientations définies dans le discours de Deng Xaoping lors de
cette réunion. Ses collaborateurs occupent des postes dans le
Politburo, et
Hua Guofeng, tout en conservant les trois postes de président
du parti, de Premier ministre du Conseil d'État et président de la
Commission militaire centrale, est relégué à des postes
secondaires plus honorifiques que réellement opérationnels.
À partir de 1979
le nombre de réformes économiques de type capitalistes s'accélère,
tout en conservant la rhétorique de style communiste. Le système
des communes est progressivement démantelé et les paysans
commencent à avoir plus de liberté pour gérer les terres qu'ils
cultivent et vendre leurs produits sur les marchés. Dans le même
temps, l'économie chinoise s'ouvre vers l'extérieur. Le 1erjanvier
de cette année, les États-Unis reconnaissent diplomatiquement la
République populaire de Chine, délaissant les autorités de Taïwan.
Les contacts commerciaux entre la Chine et l'Occident commencent à
se développer. À la fin de 1978, l'entreprise aéronautique Boeing
annonce la vente de plusieurs avions 747 aux compagnies aériennes
de la RPC, et la compagnie de boissons Coca-Cola rend publique son
intention d'ouvrir une usine de production à Shanghai.
Au début de l'année 1979,
Deng Xiaoping effectue une visite officielle aux
États-Unis au cours de laquelle il rencontre à
Washington le président
Jimmy Carter et plusieurs membres du Congrès. Selon
Zbigniew Brzezinski,
conseiller à la sécurité nationale de Carter, il aurait
autorisé les États-Unis à installer une base servant au
renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT) en Chine,
afin d'écouter l'URSS.
Il visite ensuite le centre spatial de la
NASA
à Houston et le siège de Boeing et Coca-Cola respectivement à
Seattle et Atlanta. Avec ces visites symboliques aussi importantes, Deng
indique clairement que la priorité du nouveau régime chinois est
le développement économique et technologique. Le message qu'il
passe au peuple chinois est d'autant plus clair :
« Enrichissez-vous ».
Fidèle à sa fameuse citation tant
critiquée en 1960 selon laquelle « Peu importe qu'un chat soit
blanc ou noir, s'il attrape la souris, c'est un bon chat », Deng
Xiaoping, avec ses plus proches collaborateurs, comme Zhao Ziyang,
qui, en 1980 remplace Hua Guofeng au poste de premier ministre, et
Hu Yaobang, qui en 1981 fait de même avec le poste de président du
parti, prend les rênes du pouvoir. Suivant les recommandations de
Zhou Enlai, il ambitionne de faire avancer les « Quatre
modernisations » (industrie et commerce, éducation, organisation
militaire et agriculture) et met en place un plan ambitieux pour
ouvrir et libéraliser l'économie chinoise. Le dernier poste de
pouvoir occupé par Hua Guofeng, le président de la Commission
militaire centrale, est repris par Deng Xiaoping lui-même en 1981.
Contrairement à
Hua Guofeng, qui a pris des positions afin de démontrer son
autorité, Deng officie officiellement seulement en tant que
président de la Commission militaire centrale, mais il ne fait nul
doute sur son rôle en tant que chef suprême de la
République populaire de Chine.
Pendant les années
1980, Deng dirige l'expansion de l'économie et en termes
politiques, il prend en charge des négociations avec le
Royaume-Uni pour le retour du territoire de Hong Kong, en
rencontrant personnellement le Premier ministre britannique
Margaret Thatcher.
Le résultat de ces négociations est la déclaration
sino-britannique de déclaration conjointement signée le
19 décembre 1984, qui fixe la rétrocession du territoire de Hong
Kong en 1997. Le gouvernement chinois accepte de respecter le
système économique et les libertés individuelles de la colonie
britannique de l'époque au cours des cinquante années suivant la
rétrocession. Le Portugal, sous la pression des autorités
chinoises décide d'organiser le retour de sa colonie de Macao en
1999 avec un accord à peu près égal à celui obtenu pour Hong Kong.
Le retour de ces deux territoires est fondé sur le principe
politique formulé par Deng lui-même et qu'il appelle « un pays,
deux systèmes ». Celui-ci renvoie à la coexistence, sous une même
autorité politique de différents systèmes économiques, le
communisme et le
capitalisme. Bien que cette théorie est appliquée au cas de
Hong Kong et Macao,
il semble que l'intention de Deng Xiaoping est de présenter une
option attrayante pour le peuple de
Taïwan en vue de l'incorporation éventuelle de cette île,
revendiqué comme territoire chinois par la République populaire.
Sur le front économique, la
croissance rapide fait face à plusieurs problèmes. Tout d'abord,
le recensement démographique de 1982 révèle l'extraordinaire
croissance de la population chinoise, qui dépasse maintenant le
milliard de personnes. Deng Xiaoping lance des plans dans la
continuité de ceux lancés par Hua Guofeng pour limiter cette
croissance en appliquant la politique de l'enfant unique, selon
laquelle la plupart des couples ne peut avoir plus d'un enfant
sous peine de sanctions administratives (perte d'emploi et
importante taxe à payer pour le deuxième enfant né). En outre,
l'augmentation de la liberté économique aboutit à davantage de
liberté d'opinion et les critiques commencent à émerger avec le
système, notamment avec le dissident Wei Jingsheng, qui invente le
terme de « cinquième modernisation » pour faire référence à la
démocratie, élément manquant des plans de rénovation de Deng
Xiaoping. À la fin des années 1980, le mécontentement contre l'autoritarisme et les
inégalités croissantes provoque la plus grande crise subie par
Deng Xiaoping.
Mort de Deng Xiaoping
Deng Xiaoping s'éteint le 19
février 1997, à l'âge de 92 ans, des suites d'une infection aux
poumons et de la maladie de Parkinson.
Un grand hommage lui est rendu.
Même s'il n'est plus au pouvoir depuis des années, il reste
considéré comme un des leaders de la République populaire de
Chine. Le Gouvernement Central le décrit comme un « Grand
Marxiste, un Grand Révolutionnaire du Prolétariat, un homme
d'État, militaire, diplomate ; un des plus grands dirigeants du
Parti Communiste Chinois, de l'Armée de Libération Populaire et de
la République populaire de Chine ; le Grand Architecte de
l'ouverture et la construction moderne de la Chine, le fondateur
de la théorie de Deng Xiaoping ». Les drapeaux restent en berne
pendant plus d'une semaine. Deng est incinéré et ses cendres
dispersées en mer, selon ses volontés.
De nombreux dirigeants étrangers
lui rendent hommage. Ainsi, le président français
Jacques Chirac écrit au président chinois Jiang Zemin : « Deng
Xiaoping restera dans l’histoire comme le principal artisan des
transformations que la Chine connaît depuis près de vingt ans, et
dont j’ai pu mesurer l’ampleur lors de mes voyages en 1978 et en
1991 ». Kofi Annan appelle la communauté internationale à se
souvenir de Deng comme le « principal architecte de la
modernisation de la Chine et de son formidable développement
économique ».
John Major, alors Premier Ministre de la Grande-Bretagne,
souligne le rôle majeur qu'a tenu Deng Xiaoping lors du retour de
Hong Kong à la République populaire de Chine. Le président de la
République de Chine (Taïwan) présente ses condoléances. Le 14e
Dalaï Lama exprime lui aussi ses regrets, déclarant qu'il « prie
pour qu'il ait une bonne réincarnation, et souhaite offrir ses
condoléances aux membres de sa famille. Ayant rencontré Deng
Xiaoping à plusieurs reprises, je le connaissais comme quelqu'un
ayant une forte personnalité, qui finissait ce qu'il avait
commencé. Je regrette donc que Deng Xiaoping n'ait pas réussi à
régler le problème tibétain de son vivant. En tant que dirigeant
du système totalitaire du parti communiste, il a inévitablement
commis des erreurs, parce que pris au piège du système qu'il
incarnait ». Il faut en effet rappeler qu'en 1979, Deng Xiaoping a
proposé qu'à l'exception de l'indépendance, les autres problèmes
concernant le Tibet, puissent être tous résolus par la
négociation, ce qui avait influencé le Dalaï Lama dans sa
renonciation à l'indépendance du Tibet. En novembre 2008, les
autorités chinoises ont affirmé que Deng Xiaoping n'avait pas
prononcé cette phrase, bien que d'autres dirigeants chinois comme
Li Peng aient tenu des propos similaires à ceux de Deng Xiaoping.
Héritage politique et historique
Malgré son âge avancé, jusqu'à sa mort, Deng Xiaoping est
considéré comme le chef suprême de la Chine et même après sa mort,
le
Parti communiste chinois a suivi à peu près les politiques
mises en place par Deng. Son successeur,
Jiang Zemin a ensuite remis le pouvoir à un autre dirigeant
également proche de Deng Xiaoping, l'actuel Président de la
République populaire de Chine,
Hu Jintao.
Selon ses partisans, sous la houlette de Deng Xiaoping, la
Chine, avec plus d'un milliard d'habitants, a commencé une ère de
développement économique telle qu'elle n'en a jamais connu, malgré
les problèmes sociaux que les réformes économiques ont entraînés.
La politique de Deng Xiaoping a permis des centaines de millions
de Chinois de sortir de la pauvreté et a placé la République sur
les rails qui en font une superpuissance économique dans le monde.
Face à ces réussites dans le développement économique et social
de la Chine, Deng Xiaoping a été critiqué pour sa manière
autoritaire de gouverner et sur son rôle dans l'utilisation de la
force contre des
manifestants sur la place Tian'anmen en 1989.
Toutefois, certains analystes estiment que le style de
gouvernement de Deng Xiaoping était beaucoup plus humaine et
altruiste que son prédécesseur
Mao Zedong. Contrairement à Mao, Deng n'a pas favorisé le
culte de la personnalité et la suppression des libertés, par
comparaison à l'ère maoïste, était beaucoup plus faible.
À côté de ces visions positives de la figure historique de Deng
Xiaoping, il a également été critiqué par des analystes de l'idéologie
marxiste à propos de l'abandon de l'orthodoxie communiste et
de l'introduction de politiques économiques capitalistes, qui
seraient responsables des profondes inégalités économique et
sociale que connait la Chine actuellement.