Biographie
Né à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille
catholique résidant à Paris, Charles André Joseph Pierre-Marie de
Gaulle était le fils d'Henri, professeur de lettres (français,
latin, grec), d'histoire et de mathématiques, et de Jeanne
Maillot. Charles a trois frères, dont deux seront résistants, et
une sœur, qui elle aussi entrera dans la Résistance.
Très tôt, son père fait découvrir à Charles les
œuvres de
Barrès,
Bergson et
Péguy. La famille est alors monarchiste et compte parmi les
lecteurs de
L'Action française. Sa famille est considérée comme
« catholique libérale », sera dreyfusarde et, bien que
« monarchiste de regret », se ralliera à la République.
Charles de Gaulle fait une partie de ses études
primaires à l'école des frères de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin
à Paris. Lors de la crise politique résultant de la
séparation de l'Église et de l'État, en 1905, de Gaulle est
amené à poursuivre ses études en Belgique, chez les jésuites.
Entré 119e sur 221 à
l'École militaire de Saint-Cyr en 1908, il rejoignit l'infanterie
et fut affecté au 33e régiment
d'infanterie à Arras, il est alors sous les ordres du colonel
Pétain.
Le Première Guerre
Mondiale
Lieutenant au début de la Première
Guerre mondiale, il est nommé capitaine en janvier 1915. Blessé
dès son premier combat à Dinant, le 15 août 1914, il rejoint le 33e
RI sur le front de Champagne pour commander la 7e
compagnie. Officier tatillon, volontiers cassant, son intelligence
et son courage face au feu le distinguent au point que le
commandant du 33e RI lui offre d'être
son adjoint.
Le 2 mars 1916, son régiment est attaqué et
presque détruit par l'ennemi à Douaumont, près de
Verdun. Sa compagnie est anéantie au cours de ce combat et les
survivants sont capturés par les troupes allemandes.
De Gaulle est transféré au fort
d'Ingolstadt, en Bavière. Pour tromper l'ennui, il organise pour
ses compagnons de captivité des exposés magistraux sur l'état de
la guerre en cours. Mais surtout, il tente de s'évader à cinq
reprises, sans succès. Il est libéré après l'armistice
du 11 novembre 1918 et retrouve les siens en décembre. De ces deux
ans et demi de captivité, il gardera un souvenir amer, estimant
être un « revenant », un soldat qui n'a servi à rien. Il recevra,
toutefois, à l'issue de la Grande Guerre la croix de chevalier de
la Légion d'honneur, le 23 juillet 1919, et la croix de guerre
1914-1918 avec étoile de bronze.
Entre-deux-guerres
Charles de Gaulle poursuit sa
carrière militaire.
De 1919 à 1921, de Gaulle est envoyé en Pologne,
venant de gagner son indépendance, où il participe à la formation
de la nouvelle armée polonaise en lutte contre l'Armée
rouge.
À son retour, le capitaine de Gaulle est chargé
de cours d'histoire à l'École de Saint-Cyr, avant son admission à
l'École supérieure de guerre en 1922.
Il épouse, le 7 avril 1921, Yvonne Vendroux
(1900-1979), dont il aura trois enfants (Philippe [1921],
Elisabeth [1924] et Anne [1928-1948], née trisomique).
En 1925, il est détaché à l'état-major du
maréchal Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la
Guerre. Il est affecté à Trèves en 1927, comme commandant du 19e
bataillon de chasseurs à pied (BCP). Il est muté au Levant en 1929
et passe deux ans à Beyrouth avec sa famille. En 1931 il est
affecté au secrétariat général de la Défense nationale à Paris. Ce
nouveau poste est pour lui important, car c'est l'occasion de
s'initier aux affaires de l'État.
C'est durant ces années que Charles de Gaulle
développe ses théories militaires : il publie La Discorde chez
l'ennemi (1924), Le Fil de l'épée (1932), Vers
l'armée de métier (1934) et La France et son armée
(1938).
S'il est attaché à l'idée de défense statique,
il n'en est pas moins sensible aux idées du général Jean-Baptiste
Eugène Estienne sur la nécessité d'un corps de blindés, alliant le
feu et le mouvement, capable d'initiatives et d'offensives
hardies. Cependant, cette idée rencontre peu d'échos favorables, à
l'exception notable de
l'Action française, qui salue à plusieurs reprises, sous
la plume de Charles Maurras
et de Jacques Bainville, sa conception moderne d'une guerre
d'offensive.
En revanche il ne perçoit pas l'importance de
l'aviation à laquelle il n'attribue qu'un rôle secondaire.
Ses idées se heurtent d'une part au profond
conservatisme des dirigeants militaires, et d'autre part aux
réticences des républicains face à un militaire de réputation
maurrassienne.
D'inspiration monarchiste, Charles de Gaulle,
militaire soumis au devoir de réserve, révèle dans sa
correspondance privée son peu de considération pour le
parlementarisme et lui préfère un régime fort. Jusqu'à la fin de
sa vie, il marquera son admiration pour la personnalité et l'œuvre
de l'historien royaliste
Jacques Bainville.
Léon Blum manifeste sa vive hostilité pour les
idées de de Gaulle dans trois articles publiés par le Populaire,
car il craint que cette armée ne soit utilisée contre le peuple,
notamment les grévistes. Et de fait, comme le montre une lettre de
1935 envoyée à Paul Reynaud, de Gaulle n'excluait nullement une
telle possibilité.
Colonel en 1937, il est nommé à la tête du 507e
régiment de chars à Metz. Lors de la déclaration de guerre de la
France à l'Allemagne, le 3 septembre 1939, le colonel de Gaulle
est nommé commandant des chars de la Ve
Armée.
La Seconde Guerre
Mondiale
Lorsque la guerre éclate, Charles de Gaulle est
toujours colonel, commandant le 507e
RCC de Metz. En janvier 1940, il envoie à quatre-vingts
personnalités, dont
Léon Blum et Paul Reynaud, un mémorandum fondé sur les opérations de Pologne.
Intitulé L'Avènement de la force mécanique, le texte
insiste sur la nécessité d'allier le char et l'aviation.
Trois jours avant l'offensive allemande du 10
mai 1940, qui conduit à une percée rapide du front français, le
colonel de Gaulle est averti de la décision du commandement de lui
confier la 4e DCR, la plus puissante
des grandes unités blindées de l'armée française (364 blindés)
dont il prend effectivement le commandement le 11 mai. Le 15 mai,
il reçoit la mission de retarder l'ennemi dans la région de Laon
afin de gagner du temps pour mettre en place la 6e
armée chargée de barrer la route de Paris. Avec une division
blindée toujours en cours de constitution, il dirige une
contre-attaque qui repousse les troupes allemandes. Après avoir
atteint ses objectifs, la 4e DCR est
contrainte de se replier face à l'intervention de renforts
ennemis.
Enrichie de renforts, la 4e
DCR tente une nouvelle attaque mais est rapidement stoppée par
l'aviation d'assaut et l'artillerie allemandes.
Le 28 mai, la 4e DCR,
dont de Gaulle est à présent général de brigade à titre
temporaire, attaque à deux reprises une poche que l'ennemi a
conquise au sud de la Somme. L'opération est un succès qui permet
de faire plus de 400 prisonniers et de résorber toute la poche à
l'exception d'Abbeville.
Le 6 juin 1940, le général de
Gaulle est convoqué d'urgence à Paris par Paul Reynaud, président
du Conseil, pour occuper un poste ministériel dans son
gouvernement, celui de sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la
Défense nationale.
Charles de Gaulle a pour mission de coordonner
l'action avec le Royaume-Uni pour la poursuite du combat. Le 9, il
rencontre Churchill qu'il tente en vain de convaincre d'engager
davantage de forces, y compris aériennes, dans la bataille. Le 10
juin, de Gaulle quitte Paris pour Orléans, Briare et Tours. De
retour de mission à Londres, le 16 juin, il apprend la démission
du président du Conseil, Paul Reynaud, son remplacement par le
maréchal Pétain et la demande d'armistice. Le général de Gaulle
est donc évincé du gouvernement.
L'Appel du 18 juin
1940
Le 18 juin 1940, de Gaulle parle au peuple
français via
Radio Londres de la BBC. Ce jour-là, il appelle les Français à
la résistance depuis sa retraite en Angleterre. Le cabinet
britannique a tenté de s'y opposer, mais
Winston Churchill l'a soutenu. Depuis ce jour, ce texte
demeure l'une des plus célèbres allocutions de l’Histoire de
France.
Le gouvernement britannique avait au préalable
proposé au ministre français de l'Intérieur
Georges Mandel de passer au Royaume-Uni et de lancer lui-même
un appel. Mais il avait refusé de quitter la France pour ne pas
prêter le flanc à une critique de désertion qui aurait aussitôt
été exploitée (il était juif).
La France libre
Désormais à Londres, de Gaulle forme et dirige
les
Forces françaises libres. Il s'agit de former une armée et un
contre-État, doté de souveraineté et de légitimité, qui se donne
les territoires français de l'Empire colonial pour base de la
reconquête.
Dès le début de l'été 1940, il jette les bases
d'une marine (FNFL), d'une aviation (FAFL), de forces terrestres
(FFL), d'un service de renseignements (le BCRA du colonel Passy,
vite actif en métropole). La
Croix de Lorraine devient son emblème. La France libre a
bientôt sa banque, son journal officiel, ses décorations. Des
comités français libres actifs dans le monde entier se constituent
et tentent de rallier à de Gaulle les Français de l'étranger, les
opinions et les gouvernements.
En France, de Gaulle est condamné par contumace
à quatre ans de prison et à la perte de la nationalité française,
puis, le 2 août 1940, à "mort, dégradation militaire et
confiscation de ses biens meubles et immeubles" pour "Trahison,
atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat, Désertion à l'étranger
en temps de guerre sur un territoire en état de guerre et de
siège".
En Grande-Bretagne, il trouve en revanche le
soutien de Winston Churchill, mais aussi celui du Parlement, de la
presse et de l'opinion publique. Cet appui, comme celui de
l'opinion américaine, se révélera un atout très précieux lors des
tensions avec Londres et Washington.
Dès 1940, de Gaulle se pense comme l'incarnation
de la France, en opposition au Maréchal Pétain. Il n'aura de cesse
que soient protégés les intérêts de la France, dans la guerre et
après le conflit. Il obtient ainsi de Churchill la signature, le 7
août 1940, de l'accord des Chequers, par lequel le Royaume-Uni
s'engage à sauvegarder l'intégrité de toutes les possessions
françaises et à la « restauration intégrale de l'indépendance et
de la grandeur de la France ». Le gouvernement britannique
s'engage de plus à financer toutes les dépenses de la France
libre.
Obtenant le ralliement de plusieurs possessions
coloniales françaises, de Gaulle se place à la tête du Comité
national français à partir du 24 septembre 1941. Mais il fait
surtout en sorte que la France reste présente dans le camp allié,
par ses Forces françaises libres (FFL) qui continuent le combat
sur les différents fronts. En outre, à partir de 1941-1942, il
stimule et obtient le ralliement de la
résistance intérieure, grâce au colonel Passy, à Pierre
Brossolette et à Jean Moulin, ce qui le conduit à transformer la France libre en
France combattante.
Malgré les relations de confiance scellées par
traités entre Churchill et de Gaulle, les deux géants ont des
relations parfois tendues, gênées par l'anglophobie que
manifestait le Général dans les années 1920 et 1930.
Les relations avec
Franklin Delano Roosevelt sont plus problématiques. Le
président américain, personnellement francophile, a été déçu par
l'effondrement de la France en 1940. Les antigaullistes français
sont nombreux à Washington, par exemple l'ancien secrétaire
général du Quai d'Orsay Alexis Léger (Saint-John
Perse) qui décrit ce général comme un apprenti dictateur. De
surcroît, au contraire du Général qui mise beaucoup sur l'Empire
français, le président américain est profondément hostile au
système colonial et envisage de confier après la guerre les
colonies françaises à une institution internationale qui
préparerait leur évolution vers l'indépendance.
La Libération
Malgré son exclusion par Roosevelt du
débarquement américano-britannique en Afrique du Nord (opération
Torch), de Gaulle réussit à prendre pied à Alger en mai 1943.
Après le
débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, le CFLN prit alors
le nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF)
Les Français découvrirent alors l'imposante silhouette de de
Gaulle (il mesurait 1,93 m).
Il insista avec vigueur auprès du
général Eisenhower, commandant en chef des armées alliées,
pour que Paris fût libérée rapidement, alors que sa stratégie
prévoyait d'aller directement vers l'est sans passer par la
capitale.
Alors que les Américains sont aux portes de
Paris, de Gaulle exige qu'ils attendent, pour libérer la capitale,
que des troupes françaises soient présentes. Ils s'exécutent
d'assez mauvaise grâce et c'est finalement la 2e
division blindée du général Leclerc qui libère Paris le 25 août et
reçoit la reddition de Von Choltitz.
Ce même jour, le général de Gaulle se réinstalle
au ministère de la Guerre, dans le bureau qu'il occupait jusqu'au
10 juin 1940, signifiant ainsi que Vichy était une parenthèse et
que la République n'a jamais cessé d'exister. Puis il se rend à
l'Hôtel de ville, où il prononce un discours dans lequel il
insiste sur le rôle essentiel joué par les Français pour leur
propre libération.
Le lendemain, 26 août, il descend triomphalement
les Champs-Élysées. Le 9 septembre, un gouvernement d'unanimité
nationale est constitué, sous sa présidence.
Une assemblée constituante fut ensuite élue en
octobre 1945, six mois après la fin de la guerre.
L'après guerre
De Gaulle attribue le droit de vote aux femmes
de France à la Libération. Les femmes purent ainsi voter pour la
première fois aux élections municipales de 1945. D'autres réformes
sont entreprises à la Libération, des nationalisations à la mise
en place du monopole de l'assurance maladie obligatoire qu'est la
sécurité sociale.
Après la condamnation à mort de Philippe Pétain
en 1945, il le gracie en transformant sa peine en travaux forcés à
perpétuité en raison de son grand âge.
Président du Gouvernement provisoire, mais en
désaccord avec l'Assemblée constituante sur la conception de
l'État (qu'il imagine fort et autoritaire) et le rôle des partis,
de Gaulle remet sa démission le 20 janvier 1946. Il a rempli la
mission qu'il s'était donnée le 18 juin 1940 : libérer le
territoire, restaurer la République, organiser des élections
libres et démocratiques, entreprendre la modernisation économique
et sociale. Mais de Gaulle espère qu'on fera très vite appel à lui
de nouveau.
En 1947, il fonde un mouvement politique, le
Rassemblement du peuple français (RPF), afin de
transformer la scène politique française, de lutter contre le
régime « exclusif » des partis, de s'opposer à l'avancée du
communisme et de promouvoir une nouvelle réforme constitutionnelle
privilégiant le pouvoir exécutif. Il propose également une
troisième voie économique (l'association capital-travail). Le RPF
reprend également les thèmes de la droite la plus traditionnelle :
ultra-conservatisme colonial et anticommunisme virulent.
Le parti rallie des résistants (dont
Jacques Chaban-Delmas), des notables, mais aussi d'anciens
pétainistes. Certains historiens rapprochent le RPF de la lignée
du bonapartisme et du boulangisme, tout en observant que le RPF est,
dans l'histoire du gaullisme, l'épisode le moins éloigné de ce « qu'en
France on a l'habitude de qualifier de fascisme »,
c'est-à-dire une droite musclée mais républicaine.
Après un grand succès en 1947-1948 (35% des
suffrages aux municipales de 1947, 42% des sénateurs élus en
1948), le RPF décline de 1949 à 1951. Dans l'opposition, le RPF
est frappé d'un véritable ostracisme de la part des autres partis
politiques, entretenu par le refus du général de Gaulle de se
compromettre avec les autres partis. En 1951, le RPF obtient
encore plus de 4 millions de voix (22,3 % des suffrages et 16,8 %
des inscrits) et 117 députés, mais les députés RPF ne sont pas
assez nombreux pour infléchir la politique sociale, ni pour
pousser à une réforme des institutions.
Le RPF est irrémédiablement affaibli par la
défection de vingt-sept députés. En juillet 1952, quarante-cinq
autres font défection. Les gaullistes se divisent.
Aux élections locales de 1953, le RPF perd la
moitié de ses suffrages. Suite à la défaite électorale de son
parti, le général de Gaulle se retire à Colombey-les-Deux-Églises
et rédige ses
Mémoires de guerre.
Le retour au pouvoir
L'instabilité ministérielle et l'impuissance de
la IVe République face à la question
algérienne conduisent le régime à une crise grave. Bon nombre de
responsables politiques de tous bords en viennent à souhaiter le
retour du Général.
Le 13 mai 1958, un comité de vigilance appelle à
manifester contre le FLN à Alger. Un comité de salut public est
créé, à la tête duquel se trouve le général Salan. Il lance un
appel au général de Gaulle le 15 mai. L'insurrection prend de
l'ampleur et risque de dégénérer en guerre civile. Le 19, le
Général se dit "prêt à assumer les pouvoirs de la République".
Certains voient dans cette déclaration un soutien à l'armée et
s'inquiètent.
Le 29 mai, le président de la République, René
Coty, fait appel "au plus illustre des Français". Charles de
Gaulle accepte de former un gouvernement. Sous pression,
l'Assemblée nationale l'investit le 1er juin.
Le général de Gaulle devient ainsi le dernier président du Conseil
de la IVe République. Les députés lui
accordent la possibilité de gouverner par ordonnance pour une
durée de six mois, et l'autorisent à mener à bien la réforme
constitutionnelle du pays.
La nouvelle Constitution est adoptée par
référendum, le 28 septembre 1958, avec 79,2 % de « oui ». Charles
de Gaulle est élu par un large collège électoral, président de la
République française, le 21 décembre. Il prend ses fonctions le 8
janvier 1959.
Entre le moment de son entrée en fonctions comme
président du Conseil et son élection à la présidence de la
République, Charles de Gaulle a largement amorcé la politique qui
marquera son passage au pouvoir : outre la volonté de doter la
France d'une nouvelle Constitution, le Général se soucie de la
politique européenne de la France, de l'indépendance du pays face
aux États-Unis, de l'assainissement des finances publiques et du
sort de l'Algérie.
Le 19 décembre 1965, il est réélu président de
la République pour un nouveau mandat de 7 ans avec 55,20 % des
suffrages, sans avoir mené de campagne électorale. De Gaulle n'est
cependant élu qu'au second tour de scrutin, puisqu'il est mis en
ballottage par
François Mitterrand et Jean Lecanuet.
Le désaveu et le
retrait
Le 27 avril 1969, dans un référendum portant sur
le transfert de certains pouvoirs aux régions et la
transformation du Sénat, de Gaulle proposait d'introduire des
représentants des organisations professionnelles et syndicales au
sein des conseils régionaux. Mettant tout son poids dans le
référendum, il annonça à l'avance son intention de démissionner en
cas de victoire du « non ». Celui-ci l'emporta par 52,41 %.
Quelques minutes après minuit, le 28 avril 1969, un communiqué
laconique tombe de Colombey : « Je cesse d'exercer mes
fonctions de président de la République. Cette décision prend
effet aujourd'hui à midi ».
Ce communiqué est le dernier acte public de
« l'homme du 18 juin » : pour éviter d'être impliqué dans sa
propre succession, il passe le temps de la campagne en Irlande où
il vote par procuration. Ensuite il s'enferme à La Boisserie , sa propriété de Colombey, pour y écrire ses
Mémoires d'espoir qui prendront la suite des Mémoires de
guerre; il y mènera une existence retirée voire recluse, n'y
recevant que quelques anciens collaborateurs ou anciens ministres
auxquels il conserve estime et confiance.
Il voyagea aussi en Espagne, où il rendit une
visite de courtoisie au
général Franco, déclarant regretter ne pas avoir pu le
rencontrer plus tôt du fait des circonstances internationales.
Proche du général et néanmoins troublé,
André Malraux ne cacha pas que, si la rencontre s'était tenue
du temps où il était au gouvernement, il aurait démissionné.
Charles de Gaulle meurt le 9 novembre 1970, à
19h30, d'une rupture d'anévrisme.
Sa mort, qui selon l'expression de son
successeur, laisse « la France veuve », est l'occasion de prendre
la mesure du rôle joué par de Gaulle dans l'histoire de France. Le
soir de ses obsèques à Colombey et alors que de nombreux chefs
d'État étrangers sont rassemblés pour honorer sa mémoire à
Notre-Dame de Paris, plusieurs centaines de milliers de Parisiens
remontent l'avenue des Champs-Élysées dans la nuit, par une pluie
battante, pour rendre hommage à de Gaulle.