Sir Winston Leonard
Spencer-Churchill, né le 30 novembre 1874 et mort le
24 janvier 1965 à Londres, est un homme politique britannique.
Surtout connu pour avoir dirigé le Royaume-Uni pendant la Seconde
Guerre mondiale, cet homme d'État fut premier ministre du
Royaume-Uni de 1940 à 1945 et de nouveau de 1951 à 1955, officier
de l'armée britannique, journaliste, historien, écrivain lauréat
du prix Nobel de littérature et artiste.
Durant sa carrière militaire,
Churchill combat en Inde, au Soudan et lors de la Seconde Guerre
des Boers. Il est surtout un correspondant de guerre, auteur de
livres sur ses campagnes militaires. Il sert brièvement sur le
front occidental pendant la Première Guerre mondiale, en tant que
commandant du 6e Bataillon du Royal
Scots Fusiliers.
Durant sa carrière civile, longue
de près de soixante ans, il occupe de nombreux postes politiques
et ministériels. Avant la Première Guerre mondiale, il est
ministre du Commerce, secrétaire du Home Office et premier
lord de l'Amirauté du gouvernement libéral d'Asquith. Au cours de
la guerre, il reste premier lord de l'Amirauté, jusqu'à la
désastreuse bataille des Dardanelles qui cause son départ du
gouvernement. Il y est rappelé comme Ministre de l'Armement
secrétaire d'État à la Guerre et secrétaire d'État de l'air.
Durant l'entre-deux-guerres, il sert en tant que chancelier de
l'Échiquier dans le gouvernement conservateur.
Au déclenchement de la Seconde
Guerre mondiale, Churchill est de nouveau nommé Premier Lord de
l'Amirauté. Après la démission de
Neville Chamberlain, le 10 mai
1940, il devient premier ministre du Royaume-Uni, et conduit le
pays à la victoire contre les puissances de l'Axe. Ses discours
marquent le peuple britannique et les forces alliées.
Après avoir perdu les élections
législatives de 1945, il devient chef de l'opposition
conservatrice, dénonçant dès 1946 le rideau de fer. En 1951, il
redevient premier ministre. Il prend sa retraite en 1955. À sa
mort, la reine lui fit l'honneur d'avoir des obsèques nationales,
qui furent l'un des plus importants rassemblements d'hommes d'État
dans le monde.
Famille et jeunes années
Descendant de la célèbre famille
Spencer, Winston Leonard Spencer-Churchill utilise, comme son
père, le nom de Churchill dans la vie publique. Son ancêtre George
Spencer avait changé son nom de famille pour Spencer-Churchill en
1817, lorsqu'il est devenu duc de Marlborough, pour souligner sa
parenté avec John Churchill, premier duc de Marlborough. Son père,
Randolph Churchill, troisième fils de John Spencer-Churchill, 7e
duc de Marlborough, homme politique prometteur mais dont la
carrière tourna court, avait épousé en 1874 Jennie Jerome, fille
du millionnaire américain Leonard Jerome.
Le 30 novembre 1874, il est mis au
monde dans les toilettes du palais de Blenheim. Cet événement sera
à l'origine d'un des célèbres aphorismes de Churchill : « C'est à
Blenheim que j'ai pris les deux décisions les plus importantes de
ma vie, celle de naître et celle de me marier. Je n'ai regretté
aucune des deux! ». Randolph et Jaimie eurent un second enfant,
John Strange.
Indépendant et rebelle par nature,
Churchill est mal noté à l'école, ce qui entraîne des punitions.
Il entre à Harrow School le 17 avril 1888 et y commence une
carrière militaire. Dans les semaines suivant son arrivée, il
rejoint le Harrow Rifle Corps. Il obtient des notes élevées en
anglais et en histoire et un titre de champion d'escrime de
l'école.
Sa mère (alors connue sous le nom de Lady Randolph) ne le
visite que très rarement, malgré les lettres dans lesquelles
Winston la supplie de venir ou de lui permettre de revenir à la
maison. Il a une relation distante avec son père avec lequel il
note qu'il n'a presque jamais de conversation.
Ce manque de contact avec ses parents le rapproche de sa nourrice,
Elizabeth Anne Everest, qu'il prend l'habitude d'appeler « Woomany ».
Le décès de son père, le 24 janvier 1895, donne à Winston Churchill la conviction qu'il va mourir jeune et
qu'il doit donc se faire très tôt une place dans le monde.
Son
mariage et ses enfants
Churchill rencontre sa future
épouse, Clementine Hozier, en 1904, lors d'un bal chez le comte de
Crewe et sa femme Margaret Primrose. En 1908, ils sont de nouveau
réunis lors d'un dîner offert par Lady St. Helier. Churchill et
Clementine sont placés côte à côte et entament bientôt une
histoire d'amour qui dura toute leur vie. Il lui demande sa main
au cours d'une house party au palais de Blenheim le 10 août 1908,
dans le "temple de Diane" (la summer house du palais). Le
12 septembre 1908, ils sont mariés à l'église St. Margaret à
Westminster, pleine à craquer, par l'évêque de St. Asaph.
En mars 1909, le couple emménage dans une maison au 33 Eccleston
Square, dans le quartier de
Pimlico.
Leur premier enfant, Diana, naît
le 11 juillet 1909 à Londres. Après la grossesse, Clementine
déménage dans le Sussex pour récupérer, tandis que Diana reste à
Londres avec sa nourrice. Le 28 mai 1911, leur deuxième enfant,
Randolph, naît au 33 Eccleston Square. Un troisième enfant, Sarah,
naît le 7 octobre 1914 à Admiralty House; Clementine est
anxieuse, car Winston est alors à Anvers, envoyé par le Conseil des ministres pour
« renforcer la résistance de la ville
assiégée » après l'annonce de l'intention belge de
capituler.
Clementine donne naissance à son quatrième enfant, Frances
Marigold Churchill, le 15 novembre 1918, quatre jours après la fin
officielle de la Première Guerre mondiale. Celle-ci ne vit que
deux ans et demi : au début du mois d'août, les enfants Churchill
sont confiés à Mlle Rose, une gouvernante française, dans le comté
de Kent pendant que Clementine est à Eaton Hall pour jouer au
tennis avec Hugh Grosvenor, 2e duc de Westminster, et sa famille.
Marigold attrape un rhume, d'abord sans gravité, mais qui évolue
en septicémie. Suivant l'avis d'une propriétaire, Rose rejoint
Clementine, mais la maladie emporte Marigold le 23 août 1921 :
elle est enterrée dans le cimetière de Kensal Green trois jours
plus tard. Le 15 septembre 1922, naît Mary, le dernier de leurs
enfants. Quelques jours plus tard, les Churchill achètent
Chartwell, qui devient la maison de Winston jusqu'à sa mort en
1965.
Le militaire et le correspondant de guerre
Le sous-lieutenant correspondant de guerre
Après avoir quitté Harrow en 1893,
Churchill postule à l'Académie royale militaire de Sandhurst. Il
lui faut trois tentatives avant de réussir l'examen d'admission,
et il se porte candidat pour la cavalerie plutôt que l'infanterie
parce que les conditions d'admission y sont moins exigeantes (il
n'y a en particulier pas de mathématiques, qu'il n'aime pas). Il
obtient son diplôme, huitième sur 150, en décembre 1894,
et reçoit son premier commandement dans le 4th Queen's Own
Hussars en tant que sous-lieutenant le 20 février 1895.
Churchill estime que son salaire de sous-lieutenant du 4th
Queen's Own Hussars (300 livres sterling) est insuffisant pour avoir un style de vie
équivalent à celui des autres officiers du régiment ; il lui
faudrait 500 £ (soit l'équivalent de £25 000 en 2001). Sa mère lui
fournit une rente de £400 par an, mais il dépense plus qu'il ne
gagne. Selon le biographe
Roy Jenkins, c'est une des raisons pour lesquelles il trouve
intéressant de devenir correspondant de guerre.
Il n'a pas l'intention de suivre une carrière classique en
recherchant les promotions, mais bien d'être impliqué dans
l'action, et il utilise l'influence de sa mère et de sa famille
dans la haute société pour avoir un poste dans les campagnes en
cours. Ses écrits de correspondant de guerre pour plusieurs
journaux de Londres
attirent l'attention du public, et lui valent d'importants revenus
supplémentaires. Ils seront la base de ses livres sur ces
campagnes.
Baptême du feu à Cuba (1895)
En 1895, Churchill est envoyé par le Daily Graphic à Cuba
pour décrire la guerre entre l'Espagne et la guérilla cubaine. Il
s'y offre un baptême du feu pour son vingt-et-unième anniversaire.
Il décrit Cuba comme une « ... grande,
riche, belle île... ».
Il y prend goût aux
Habanos, cigares cubains qu'il fumera le reste de sa vie.
Pendant son séjour à New York, il demeure chez
Bourke Cockran, un admirateur de sa mère. Bourke est un homme
politique américain établi, membre de la Chambre des
représentants, potentiel candidat à l'élection
présidentielle. Il influence fortement Churchill dans son approche
des discours et de la politique, et lui fait naitre un sentiment
de tendresse pour l'Amérique.
Lorsqu'un message l'informe que sa nourrice, Mme Everest, est
en train de mourir, il retourne en Angleterre et reste auprès
d'elle pendant une semaine, jusqu'à sa mort. Il écrit dans son
journal : « Elle était mon amie préférée ». Dans
My Early Life, il ajoute : « Elle a
été ma plus chère et ma plus intime amie pendant les vingt ans que
j'ai vécu ».
Officier aux Indes (1896)
Au
début du mois d'octobre 1896, il est transféré à Bombay, en Inde
britannique. Considéré comme l'un des meilleurs joueurs de polo
dans son régiment, il mène son équipe à la victoire lors de
nombreux tournois prestigieux.
Pendant cette période, Churchill
lit avidement pour remplir ses heures perdues, plus
particulièrement des historiens classiques et des philosophes
grecs. Il en tire une très profonde culture historique qui le sert
toute sa vie. Il est fortement impressionné par le darwinisme. Il
devient alors, selon ses propres termes, « un matérialiste
jusqu'au bout des doigts », et défend avec ferveur sa conception
d'un monde où la vie humaine est une lutte pour l'existence, avec
pour résultat la survie des plus forts. Cette vision a sans doute
été influencée par le livre Martyrdom of Man de William
Winwood Reade, un classique de l'athéisme victorien, présentant la
vision d'un univers sans Dieu dans lequel l'humanité est destinée
à progresser par le biais du conflit entre les races les plus
avancées et les plus rétrogrades. Churchill exprime cette
philosophie de vie et de l'histoire dans son premier et unique
roman, Savrola. Toutefois, son athéisme proclamé est contestable
(voir par exemple son action en faveur du christianisme anglican
dans le Commonwealth, notamment à Bangalore où l'Église anglicane
a joué un rôle de premier plan à ses côtés dans les cantonments).
De la campagne du Soudan (1898)
au premier échec politique à
Oldham (1899)
Churchill est transféré en Égypte
en 1898, où il visite Louxor, avant de rejoindre un détachement du
21e Lancers servant au Soudan sous le commandement du général
Herbert Kitchener. Durant son service, il rencontre deux futurs
officiers de l'armée avec lesquels il travaillera plus tard, au
cours de la Première Guerre mondiale : Douglas Haig, alors
capitaine et John Jellicoe, alors lieutenant d'une canonnière. Au
Soudan, il participe à ce qui est décrit comme la dernière
véritable charge de cavalerie britannique, à la bataille
d'Omdurman en septembre 1898. Il travaille également comme
correspondant de guerre pour le Morning Post. En octobre, rentré en Grande-Bretagne, il
commence son ouvrage en deux volumes
The River War, un livre sur la reconquête du Soudan publié
l'année suivante.
Churchill démissionne de l'armée
britannique le 5 mai 1899 pour se présenter au Parlement comme
candidat conservateur à Oldham à l'élection partielle de 1899, mais perd en n'étant que troisième pour
deux sièges libres.
La guerre des Boers (1899/1900) lui donne la notoriété
Après l'échec électoral d'Oldham,
Churchill cherche une autre occasion pour faire progresser sa
carrière. Le 12 octobre 1899, la Seconde Guerre des Boers entre la
Grande-Bretagne et les républiques boers éclate. Il obtient une
commission pour agir en tant que correspondant de guerre pour le
Morning Post avec un salaire de 250 £ par mois. Il a hâte de
naviguer sur le même bateau que le nouveau commandant britannique,
sir Redvers Buller. Après quelques semaines dans les zones
exposées, il accompagne une expédition d'éclaireurs dans un train
blindé, au cours de laquelle il est capturé et emprisonné dans un
camp de prisonniers de guerre à Pretoria. Son attitude pendant
l'embuscade du train fait évoquer une éventuelle obtention de la
Croix de Victoria, plus haute distinction de la
Grande-Bretagne pour bravoure face à l'ennemi, mais cela ne se
produit pas.
Dans
London to Ladysmith via Pretoria, un recueil de ses
rapports de la guerre, il décrit l'expérience :
« J'avais eu, durant les quatre dernières années, l'avantage,
si c'est un avantage, de plusieurs expériences étranges et
variées, desquelles l'étudiant des réalités pourrait tirer profit
et enseignement. Mais rien n'était aussi saisissant que cela :
attendre et lutter dans ces boîtes en fer résonnantes, déchirées,
avec les explosions répétées des obus et de l'artillerie, le bruit
des projectiles frappant les wagons, le sifflement alors qu'ils
passaient dans l'air, le grognement et le halètement du moteur —
pauvre chose torturée, martelée par au moins douze obus, dont
chacun, en pénétrant dans la chaudière, aurait pu mettre fin à
tout cela − l'attente de la destruction apparemment proche, la
prise de conscience de l'impuissance, et les alternances d'espoir
et désespoir − tout cela en soixante-dix minutes montre en main,
avec seulement dix centimètres d'un blindage de fer tordu pour
faire la différence entre le danger, la captivité et la honte,
d'un côté − la sécurité, la liberté et le triomphe, de l'autre. »
Il s'échappe du camp de
prisonniers et parcourt près de 480 km jusqu'à la ville portugaise
de Lourenço Marques dans la baie de Delagoa, avec l'aide d'un
responsable de mines anglais. Son évasion lui vaut un moment
l'attention du public en tant que héros national mineur en
Grande-Bretagne, bien qu'au lieu de rentrer chez lui, il ait
rejoint l'armée du général Buller dans sa marche pour soulager les
Britanniques présents au siège de Ladysmith et prendre Pretoria.
Cette fois-ci, bien que poursuivant son activité de correspondant
de guerre, il reçoit un commandement dans le South African Light
Horse. Il s'illustre notamment à la bataille de Spion Kop, et fait
partie des premières troupes britanniques à entrer à Ladysmith et
à Pretoria. Lui et son cousin, le duc de Marlborough, sont en
mesure de prendre de l'avance sur le reste des troupes à Pretoria,
où ils demandent et obtiennent la capitulation de 52 gardes boers
du camp de prisonniers.
En juin 1900, après s'être une
dernière fois fait remarquer à la bataille de Diamond Hill,
Churchill retourne en Angleterre à bord du RMS Dunottar Castle, le même navire qui l'a emmené en Afrique
du Sud, huit mois plus tôt.
Il publie London to Ladysmith, et un deuxième volume sur
ses expériences de la guerre des Boers,
La Marche de Ian Hamilton.
Cette fois, il est élu en 1900 à Oldham, lors des élections
générales, à la
Chambre des Communes, et il entreprend une tournée de
conférences en Grande-Bretagne, suivie par des tournées aux
États-Unis et au Canada. Ses revenus dépassent désormais 5 000 £.
Carrière politique
Un jeune conservateur contestataire au Parlement
Après un échec en 1899, Churchill
se représente pour le siège d'Oldham à l'élection générale de
1900. Soutenu par sa notoriété familiale et de héros de la guerre
des Boers, il remporte le siège, fait une série de discours dans
toute la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Canada, qui lui
rapportent £10000. Au Parlement, il s'associe à une faction du
Parti conservateur, dirigée par Lord Hugh Cecil (les Hughligans),
et opposée au leadership de Balfour. Au cours de sa première
session parlementaire, il s'oppose aux dépenses militaires du
gouvernement et à la proposition de Joseph Chamberlain sur
l'augmentation des droits de douane, destinée à protéger la
suprématie économique britannique. Les conservateurs de sa propre
circonscription le désavouent nettement, car Oldham est un centre
manufacturier textile qui craint la concurrence étrangère et se
défie du libre-échange, et son parti ne le choisit pas comme
candidat pour les élections suivantes. Devant ce désaveu, il
décide, à la Pentecôte 1904, de quitter son parti afin de
rejoindre les bancs du Parti libéral. Restant député d'Oldham
jusqu'à la fin du mandat, mais cette fois en tant que libéral, il
continue à faire campagne en faveur du libre-échange. Lorsque,
profitant de cette crise des conservateurs, les libéraux
renversent le gouvernement et obtiennent le poste de premier
ministre pour Henry Campbell-Bannerman, en décembre 1905,
Churchill devient sous-secrétaire d'État aux Colonies, s'occupant principalement
de l'Afrique du Sud après la guerre des Boers. De 1903 à 1905,
Churchill s'attache également à écrire
Lord Randolph Churchill, une
biographie de son père en deux volumes, publiée en 1906, qui
reçoit de nombreuses critiques élogieuses.
Soutien au libre échange et passage au parti libéral
Rejeté par les conservateurs d'Oldham notamment en raison de
son soutien au libre-échange, Churchill est invité à se présenter
pour les libéraux dans la circonscription de Manchester North
West. Il remporte le siège à l'élection générale de 1906 avec une
majorité de 1214 voix, et représente la circonscription pendant
deux ans, jusqu'en 1908.
Lorsque Campbell-Bannerman est remplacé par Herbert Henry Asquith en 1908, Churchill, qui s'est battu
pour le libre-échange est promu au Cabinet en tant que
President of the Board of Trade (ministre du Commerce).
En vertu de la loi de l'époque, un nouveau ministre est obligé de
solliciter un nouveau mandat lors d'une
élection partielle; Churchill perd son siège, mais est
rapidement de retour en tant que représentant de la
circonscription de
Dundee. En tant que ministre du Commerce, il se joint au
récent Chancelier Lloyd George pour s'opposer au Premier Lord de
l'Amirauté Reginald McKenna (et à son programme coûteux de
construction de vaisseaux de guerre dreadnought), et pour soutenir les réformes libérales.
En 1908, il présente le projet de loi des chambres de commerce,
qui impose pour la première fois un salaire minimum en
Grande-Bretagne.
En 1909, il crée les bourses de l'emploi pour aider les chômeurs à
trouver du travail.
Il aide à rédiger la première loi sur les pensions de chômage, et
le National Insurance Act de 1911, fondement de l'aide
sociale au Royaume-Uni.
Churchill aide aussi à faire passer le « budget du peuple » (People's
Budget)
et devient président de la “Ligue du budget”, une organisation
créée en réponse à l'opposition « Budget Protest League.».
Ce projet inclut de nouvelles taxes sur les riches, afin de
permettre la création de nouveaux programmes d'aide sociale. Le
projet de loi de finances, adopté en 1909 à la Chambre des
communes, subit le veto de la Chambre des Lords. Les libéraux bataillent, et remportent deux
élections générales en janvier et décembre 1910, afin d'obtenir le
soutien de la population à leurs réformes. Ces victoires
permettent la réforme de la loi sur le Parlement (1911), pour
laquelle Churchill a aussi fait campagne à son nouveau poste de
ministre de l'intérieur (depuis 1910).
Ministre de l'intérieur controversé
Choisi par les libéraux pour son image de fermeté au poste de
ministre de l'intérieur, Churchill voit son action à ce poste mise
à mal en trois occasions : le conflit minier de Combrian, le siège
de Sidney Street et les premières actions des
suffragettes.
En 1910, un certain nombre de
mineurs de charbon dans la vallée de
Rhondda commencent la manifestation connue sous le nom
d'“émeute de Tonypandy”.
Le chef de police de Glamorgan demande à ce que des troupes soient
envoyées afin d'aider la police à réprimer les émeutes. Churchill,
apprenant que les troupes sont déjà en route, leur permet d'aller
jusqu'à
Swindon et
Cardiff, mais interdit leur déploiement. Le 9 novembre, le
Times critique cette décision. En dépit de cela, la rumeur
dans les milieux ouvriers et travaillistes persiste que Churchill
a ordonné aux troupes d'attaquer : sa réputation au pays de Galles
et dans les milieux travaillistes en a toujours souffert.
Au début du mois de janvier 1911, Churchill fait une apparition
controversée au
siège de Sidney Street (une opération pour arrêter les auteurs
d'un hold-up, révolutionnaires armés et retranchés, semblable à
ceux de la bande à Bonnot), à Londres. Il y a une certaine
incertitude quant à savoir s'il y a donné des commandements
opérationnels. Sa présence, photographiée, attire beaucoup de
critiques. Après une enquête, Arthur Balfour fait remarquer, « lui [Churchill] et un photographe
risquaient tous les deux leurs précieuses vies. Je comprends ce
que faisait le photographe, mais qu'y faisait le très honorable gentleman? »
Un biographe, Roy Jenkins, suggère qu'il y a tout simplement été
parce qu'« il n'a pas pu résister à aller voir par lui-même » et
qu'il n'a pas donné d'ordre.
La solution que propose Churchill à la question des
suffragettes est un référendum, mais cette idée n'obtient pas
l'approbation de Herbert Henry Asquith, et le suffrage des femmes reste en
suspens jusqu'à la fin de la
Première Guerre mondiale.
Premier lord de l'amirauté
En 1911, Churchill prend les fonctions de Premier Lord de
l'Amirauté, un poste qu'il occupe donc au début de la Première
Guerre mondiale. Il donne l'impulsion à plusieurs initiatives de
réformes, y compris le développement de l'aéronautique
navale (il prend lui-même des leçons de pilotage),
la construction de nouveaux navires de guerre, plus grands, le
développement du char d'assaut, et l'abandon du charbon au profit
du pétrole dans la
Royal Navy.
En mars 1914, il présente au Parlement un projet de budget pour la
marine de 50 millions de livres, ce qui provoque de violentes
controverses ; Churchill voulait maintenir coûte que coûte la
suprématie navale de la Grande-Bretagne par rapport à l'Allemagne
et résuma ainsi la situation: « Je réclamais 6 nouveaux
cuirassés, le Chancelier de l'Échiquier pouvait m'en accorder 4 ;
nous avons transigé à 8 ! ». En effet, Churchill n'hésite pas
à s'emparer de deux cuirassés construits en Grande-Bretagne pour
la marine ottomane et qui étaient prêts à être livrés. Cette
décision est un des facteurs de l'entrée en guerre de l'Empire
ottoman aux côtés du Reich. Retour
au Parti conservateur, chancelier de l'Échiquier.
En septembre, le Parti
conservateur se retire de la coalition du gouvernement suite à une
réunion de députés d'arrière-ban insatisfaits de la gestion de
l'affaire Chanak, ce qui précipite l'imminence des élections
générales d'octobre 1922. Churchill tombe malade durant la
campagne, et doit subir une appendicectomie de telle sorte qu'il
lui est difficile de faire campagne. Il doit aussi composer avec
les divisions internes qui assaillent le Parti libéral. Il arrive
quatrième à l'élection de Dundee, perdant au profit du
prohibitionniste Edwin Scrymgeour.
Churchill lancera plus tard qu'il a quitté Dundee « sans
bureau, sans siège, sans parti et sans attache et... sans
appendice ! ».
Il se présente de nouveau pour les libéraux à l'élection générale
de 1923, perdant à
Leicester, puis comme indépendant, d'abord sans succès dans
une élection partielle dans la circonscription de l'abbaye de Westminster, puis avec succès à l'élection
générale de 1924, à Epping. L'année suivante, il rejoint officiellement le Parti
conservateur, en commentant ironiquement que « n'importe qui peut
être un lâcheur, mais il faut une certaine ingéniosité pour l'être
à nouveau ».
Il est nommé chancelier de
l'Échiquier en 1924 par Stanley Baldwin, et dirige le désastreux
retour à l'étalon-or en Grande-Bretagne qui aboutit à la
déflation, au chômage et à la grève des mineurs, conduisant à la
grève générale de 1926. Sa décision, annoncée dans le budget 1924,
vient après une longue consultation avec divers économistes, y
compris John Maynard Keynes, le Secrétaire permanent au Trésor,
Sir Otto Niemeyer et le conseil d'administration de la Banque
d'Angleterre. Cette décision incite Keynes à écrire
The Economic Consequences of Mr. Churchill, faisant valoir que
le retour à l'étalon-or à la parité d'avant-guerre en 1925 (1 £ =
4,86 $) conduirait à une dépression mondiale. Toutefois, la décision est généralement
considérée comme populaire et de « bonne économie » bien que
Lord Beaverbrook et la fédération des industries britanniques
s'y opposent.
Churchill, plus tard, considèrera cette décision comme la plus
grande erreur de sa vie. Toutefois, dans les discussions à cette
époque avec l'ancien chancelier
McKenna, il reconnait déjà que le retour à l'étalon-or et la
politique de l'argent cher est économique mauvaise. Dans ses
discussions, il maintint toutefois que cette décision était
fondamentalement politique - un retour aux conditions
d'avant-guerre dans lesquelles il croyait.
Dans son discours sur le projet de loi, il déclare : « Je vais
vous dire ce qu'il [le retour à l'étalon-or] va nous attacher. Il
va nous attacher à la réalité ».
Le retour au taux de change d'avant-guerre et à l'étalon-or
déprime les industries. La plus touchée est l'industrie du
charbon. Déjà affecté par la baisse de la production depuis
que les navires sont passés au pétrole, le retour aux échanges
d'avant-guerre ajoute des coûts additionnels estimés jusqu'à 10 %
pour l'industrie. En juillet 1925, une commission d'enquête
rapporte que les mineurs s'en trouvent généralement favorisés,
contrairement aux propriétaires des mines.
Baldwin, avec le soutien de Churchill, propose une subvention à
l'industrie pendant qu'une commission royale prépare un nouveau
rapport.
Cette commission ne résout rien,
et le litige impliquant les mineurs conduit à la grève générale de
1926 ; Churchill aurait alors laissé entendre que les
mitrailleuses devraient être utilisées sur les mineurs. Il édite
le journal du gouvernement, le British Gazette, et, pendant le
conflit, fait valoir que « soit le pays va briser la grève générale, soit la grève générale
va briser le pays » et déclare que le
fascisme de
Benito Mussolini a « rendu un service à l'ensemble du monde »,
en exposant « un moyen de lutter contre les forces subversives ».
De fait, il considère le régime comme un rempart contre la menace
de la révolution communiste. À un certain point, Churchill va
jusqu'à surnommer Mussolini le « génie romain [...] le plus grand
législateur entre les hommes. »
Les économistes contemporains, ainsi que l'opinion de l'époque,
critiquent également les mesures budgétaires de Churchill. Elles
sont considérées comme aidant les rentiers bancaires, généralement
prospères, et la classe salariale (à laquelle Churchill et ses
associés appartiennent généralement), au détriment des fabricants
et des exportateurs. Ces derniers sont connus comme souffrant de
l'importation et de la concurrence dans les marchés traditionnels
d'exportation.
Les mesures sont aussi considérées comme démunissant trop les
forces armées.
Premier ministre durant la guerre
« Winston is back »
Le
3 septembre 1939, la Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne ;
Churchill est nommé premier lord de l'Amirauté et membre du
Cabinet de guerre, tout comme il l'avait été pendant la première
partie de la Première Guerre mondiale. Lorsqu'ils en sont informés, le
Conseil de l'Amirauté envoie un signal à la flotte :
« Winston is Back ! ».
Dans ce travail, il prouve qu'il est l'un des ministres les plus
importants au cours de la « Drôle de guerre », alors que les
seules actions notables ont lieu sur les mers.
Churchill préconise
l'occupation préventive du port de minerai de fer de la Norvège
(neutre) situé à Narvik, et les mines de fer de Kiruna, en Suède,
au début de la guerre. Toutefois, Chamberlain et le reste du
War Cabinet sont en désaccord, et l'opération est retardée
jusqu'à l'invasion allemande de la Norvège.
Début
de la guerre
Le 10 mai 1940, quelques heures avant l'invasion allemande de
la France par une
attaque éclair via les Pays-Bas et la Belgique, il devient clair que, à
la suite de l'échec en Norvège, le pays n'aurait aucune confiance
en Chamberlain pour poursuivre la guerre. C'est pour cette raison
que Chamberlain démissionne. La version communément admise de la
suite des événements indique que
Lord Halifax refuse le poste de premier ministre, parce qu'il
croit qu'il ne pourra pas gouverner efficacement en tant que
membre de la Chambre des Lords au lieu de la
Chambre des communes. Bien que traditionnellement l'ancien
premier ministre ne conseille pas le Roi sur son successeur,
Chamberlain veut quelqu'un qui commande avec l'appui des trois
principaux partis à la Chambre des communes. Une réunion entre
Chamberlain, Halifax, Churchill et
David Margesson, le chef des
whips gouvernementaux, conduit à recommander Churchill à ce
poste ; en tant que monarque constitutionnel, George VI demande
donc à Churchill d'être premier ministre et de former un
gouvernement réunissant tous les partis. Le premier acte de
Churchill est d'écrire à Chamberlain pour le remercier de son
soutien.
Churchill fut parmi les premiers à reconnaître la menace
croissante d'Hitler, bien avant le début de la Seconde Guerre
mondiale, et ses mises en garde furent en grande partie lettre
morte. Un courant de l'opinion publique et politique britannique,
dont fait partie le
ministre des Affaires étrangères
lord Halifax, serait en faveur d'une paix négociée avec une
Allemagne clairement en position de force. Churchill néanmoins
refuse d'étudier l'éventualité d'un armistice avec l'Allemagne
d'Hitler.
Son usage de la rhétorique affermit l'opinion publique contre un
règlement pacifique, et prépare les Britanniques à une longue
guerre. Inventant le nom de la prochaine bataille, Churchill
déclare dans son « heure de gloire » à la Chambre des communes le
18 juin 1940, « Je pense que la bataille d'Angleterre va bientôt
commencer ». En refusant un armistice avec l'Allemagne, Churchill
conserve intacte la résistance de l'Empire britannique, et crée
les bases de la contre-attaque des Alliés de 1942-45, la
Grande-Bretagne agissant comme une plate-forme pour le
ravitaillement de l'Union
soviétique et de la libération de l'Europe occidentale.
En réponse à de précédentes
critiques, soulignant qu'il n'y avait jamais eu de ministre seul
en charge de la poursuite de la guerre, Churchill crée et prend le
poste supplémentaire de ministre de la Défense. Il nomme
immédiatement son ami et confident, l'industriel et baron de la
presse Lord Beaverbrook, responsable de la production des avions.
C'est le sens aigu de l'industrie de Beaverbrook qui permet à la
Grande-Bretagne de préparer rapidement la production et la
conception des avions, ce qui va finalement faire la différence
dans la guerre.
Les discours de Churchill sont une grande source d'exaltation
pour la Grande-Bretagne en guerre. Son premier discours en tant
que premier ministre est le fameux « Je
n'ai rien d'autre à offrir que du sang, des larmes et de la
sueur ». Il est suivi de près par deux autres, tout aussi
célèbres, faits juste avant la bataille de la Grande-Bretagne :
« Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous
nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons
avec une confiance et une force croissantes dans les airs,
nous défendrons notre île, quel qu’en soit le prix, nous nous
battrons sur les plages, nous nous battrons sur les aires
d’atterrissage, nous nous battrons dans les champs et dans les
rues, nous nous battrons dans les montagnes ; nous ne nous
rendrons jamais, et même si, ce que je ne crois pas un seul
instant, cette île ou une grande partie de celle-ci était
soumise et assiégée, alors notre Empire au-delà des mers, armé
et gardé par la Flotte britannique, continuerait la bataille,
jusqu’à, quand Dieu le voudra, le Nouveau Monde, avec tout son
pouvoir et sa force, s’avance au-devant pour secourir et
libérer l’ancien. »
« Armons-nous de courage pour accomplir notre devoir, et
conduisons-nous de manière à ce que, quand bien même l'Empire
et le Commonwealth dureraient mille ans, les hommes disent
encore « ce fut là leur heure de gloire. »
Au paroxysme de la bataille d'Angleterre, sa
mobilisatrice
vue de la situation comprend notamment la phrase restée célèbre,
« Jamais dans l'histoire des conflits
humains un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit
nombre ».
Celle-ci est à l'origine du surnom de The Few pour les
pilotes de chasse Alliés.
L'un de ses discours de guerre les plus mémorables survient le 10
novembre 1942 au déjeuner du
Lord-maire à
Mansion House à Londres, en réponse à la victoire des Alliés
lors de la
seconde bataille d'El Alamein. Churchill déclare:
« Maintenant ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le
commencement de la fin. Mais c'est, peut-être, la fin du
commencement. »
Sans avoir beaucoup de soutien ou de bonnes nouvelles à
apporter au peuple britannique, il prend un risque politique en
choisissant délibérément de souligner les dangers.
« Le pouvoir de la rhétorique »,
écrit Churchill, « n'est ni conféré, ni
tout à fait acquis, mais entretenu ». Mais tous n'étaient
pas impressionnés par son éloquence.
Robert Menzies, qui fut Premier Ministre d'Australie, a dit
durant la Seconde Guerre mondiale à propos de Churchill :
« Sa pensée dominante est la possibilité,
si attrayante à ses yeux, que les faits gênants disparaissent d'eux-mêmes. »
Un autre allié écrit : « Il est...
l'esclave des mots que son esprit invente à partir des idées... et
il peut se convaincre lui-même de la vérité dans presque tous les
cas, si à travers son mécanisme de rhétorique, il peut continuer
ce parcours effréné ».
Relations avec les États-Unis
Les bonnes relations de Churchill avec
Franklin D. Roosevelt
lui procurent la nourriture, le pétrole et les munitions par
l'intermédiaire des routes maritimes de l'Atlantique du Nord.
C'est pour cette raison que Churchill est soulagé lorsque
Roosevelt est réélu en 1940. Une fois réélu, Roosevelt met
immédiatement en œuvre une nouvelle méthode pour la fourniture et
le transport du matériel militaire vers la Grande-Bretagne sans la
nécessité d'un paiement. En d'autres termes, Roosevelt persuade le
Congrès que le remboursement pour ce service très coûteux pourrait
être la défense des États-Unis ; le prêt-bail est ainsi accordé.
Churchill participe à 12 conférences stratégiques avec Roosevelt,
qui portent sur la Charte de l'Atlantique, l'« Europe first
strategy », la Déclaration des Nations unies et d'autres
négociations sur la guerre. Après l'attaque sur Pearl Harbor, la première pensée de Churchill, prévoyant
l'entrée en guerre des États-Unis est :
« Nous avons gagné la guerre ! »
Le 26 décembre 1941, Churchill s'adresse à la réunion conjointe du
Congrès américain, en demandant, à propos de l'Allemagne et du
Japon : « Quelles sortes de gens
pensent-ils que nous sommes]? »
Churchill lance le
Special Operations Executive (SOE), dirigé par Hugh Dalton, le
ministre de l'Économie de guerre, qui organise, réalise et tente
dans le secret des opérations de sabotage et de recrutement dans
les territoires occupés, avec des succès notables. Il lance aussi
les Commandos qui créent le modèle de la plupart des forces
spéciales actuelles dans le monde. Les Russes parlent
de lui comme le « British Bulldog ».
Churchill a la santé fragile, comme le montre une légère
crise cardiaque qu'il subit en décembre 1941 à la Maison
Blanche, et également en décembre 1943 lorsqu'il contracte une
pneumonie. Malgré cela, il parcourt plus de 160 000 km tout au
long de la guerre afin de rencontrer d'autres dirigeants. Pour des
raisons de sécurité, il voyage habituellement en utilisant le
pseudonyme du colonel Warden.
Churchill participe à l'élaboration des traités qui redessinent
les limites de l'Europe et de l'Asie de l'après Seconde Guerre
mondiale, discutées dès 1943. Lors de la
Conférence de Québec en 1944, il rédige et, avec le président
américain
Franklin D. Roosevelt, signe une version plus modérée du plan Morgenthau original, dans laquelle ils s'engagent à
transformer l'Allemagne, après la
capitulation inconditionnelle, « en un
pays d'un style essentiellement agricole et pastoral ».
Les propositions des nouvelles frontières de l'Europe et des
colonies sont officiellement acceptées par
Harry S. Truman, Churchill et Staline à
Potsdam. La forte relation de Churchill avec Harry Truman est
également d'une grande importance pour les deux pays. Bien qu'il
soit clair qu'il regrette la perte de son ami et homologue
Roosevelt, Churchill est extrêmement favorable à Truman durant ses
premiers jours au pouvoir, disant de lui qu'il est « le type de
leader dont le monde a besoin, lorsque celui-ci a le plus besoin
de leader ».
Relations avec l'Union soviétique
Lorsqu'Hitler
envahit l'Union soviétique, Winston Churchill, un violent
anticommuniste, déclare : « Si Hitler voulait envahir l'enfer, je
pourrais trouver l'occasion de faire une recommandation favorable
au diable à la chambre des Communes », en référence à sa politique
à l'égard de Staline. Bientôt, de l'équipement et des blindés
britanniques sont envoyés afin d'aider l'Union soviétique.
Le règlement concernant les frontières de la Pologne, qui sera
la mise en place des frontières
entre la Pologne et l'Union soviétique et
entre l'Allemagne et la Pologne, est considéré comme une
trahison envers la Pologne au cours de l'après-guerre, comme
établi contre l'avis du
gouvernement polonais en exil. C'est Winston Churchill qui
essaye de convaincre
Stanisław Mikołajczyk, le premier ministre du gouvernement
polonais en exil, d'accepter la volonté de Staline, mais
Mikolajczyk refuse. Churchill était convaincu que la seule manière
d'atténuer les tensions entre les deux populations était le
transfert de personnes afin de faire correspondre les frontières
nationales à celles des populations.
Comme il l'expose à la Chambre des communes le 15 décembre
1944 : « l'expulsion est la méthode qui,
pour autant que nous ayons pu le constater, sera la plus
satisfaisante et durable. Il n'y aura pas de mélange des
populations causant des problèmes sans fin... Une remise à zéro
sera faite. Je ne suis pas alarmé par ces transferts, qui sont
plus que faisables dans des conditions modernes ».
Cependant, l'expulsion
des Allemands est réalisée par l'Union
soviétique d'une manière qui aboutit à beaucoup plus de
difficultés et, selon un rapport de 1966 du Ministère allemand de
l'ouest des réfugiés et des personnes déplacées, à la mort de plus
de 2,1 millions de personnes. Churchill s'oppose à l'annexion de
la Pologne par l'Union soviétique et l'écrit amèrement dans ses
livres, mais il est incapable de l'empêcher lors des différentes
conférences.
Au cours d'octobre 1944, lui et
Eden vont à Moscou pour rencontrer les dirigeants russes. À ce
stade, les forces russes commencent à progresser dans divers pays
d'Europe orientale. Churchill estime que, jusqu'à ce que tout soit
officiellement et correctement élaboré à la Conférence de Yalta,
il devait y avoir un pacte provisoire, en temps de guerre, à
l'égard de qui ferait quoi. La plus importante de ces réunions a
lieu le 9 octobre 1944 au Kremlin entre Churchill et Staline. Au
cours de cette réunion, les problèmes concernant la Pologne et les
pays des Balkans sont discutés.
Churchill raconte son discours avec Staline sur la journée :
« Parlons un peu de nos affaires dans les Balkans. Vos armées
sont en Bulgarie et en Roumanie. Nous avons des intérêts, des
missions et des agents là. Ne nous laissons pas aller à la
mésentente pour des petites choses. Pour autant que la
Grande-Bretagne et la Russie soient concernées, que
penseriez-vous d'avoir 90 % de prédominance en Roumanie, de
nous laisser 90% pour la Grèce, et de faire 50/50 pour la
Yougoslavie ? »
Staline signe le Percentages Agreement, en cochant une
feuille de papier alors qu'il écoute la traduction. En 1958, cinq
ans après la publication de cette réunion (dans le livre
The Second World War), les autorités soviétiques nient que
Staline ait accepté « cette proposition
impérialiste ».
Controverse sur le bombardement de Dresde
Entre le 13 février et le 15 février 1945, les Britanniques et
les Américains bombardent la ville allemande de
Dresde, bondée d'Allemands blessés et de réfugiés.
En raison de l'importance culturelle de la ville, et du nombre de
victimes civiles faites alors que la fin de la guerre est proche,
cette action reste l'une des plus controversées faites lors de la
guerre par des Alliés sur le front occidental. Churchill déclare,
suite au bombardement, dans un télégramme top secret :
« It seems to me that the moment has come when the question
of bombing of German cities simply for the sake of increasing
the terror, though under other pretexts, should be reviewed
... I feel the need for more precise concentration upon
military objectives such as oil and communications behind the
immediate battle-zone, rather than on mere acts of terror and
wanton destruction, however impressive. »
Après réflexion, sous la pression
des chefs d'état-major et en réponse à l'opinion exprimée par
entre autres Sir Charles Portal (chef de la Force aérienne), et
Arthur Harris (Air Officer Commanding-in-Chief of Bomber Command)
, Churchill retire sa note et en publie une nouvelle.
Dans la version définitive du mémo complété le 1er
avril 1945, il déclare :
« It seems to me that the moment has come when the question
of the so called 'area-bombing' of German cities should be
reviewed from the point of view of our own interests. If we
come into control of an entirely ruined land, there will be a
great shortage of accommodation for ourselves and our allies
... We must see to it that our attacks do no more harm to
ourselves in the long run than they do to the enemy's war
effort. »
En fin de compte, la responsabilité de la partie britannique de
l'attaque incombe à Churchill, et c'est pour cette raison qu'il
est critiqué pour avoir permis les bombardements. L'historien
allemand
Jörg Friedrich affirme que « la
décision de Winston Churchill de bombarder une région d'une
Allemagne sinistrée entre janvier et mai 1945 était un crime de
guerre »,
et le philosophe A.C. Grayling, dans des écrits de 2006, remet en question
l'ensemble de la campagne de bombardement stratégique par la RAF,
en exposant comme argument que bien que n'étant pas un crime de
guerre, il s'agissait d'un crime moral et nuisible à l'affirmation
selon laquelle les Alliés ont mené une
guerre juste.
D'autre part, certains affirment aussi que la participation de
Churchill dans le bombardement de Dresde est fondée sur les
orientations stratégiques et les aspects tactiques pour gagner la
guerre. La destruction de Dresde, qui fut immense, avait été
conçue pour accélérer la défaite de l'Allemagne. Comme l'historien
Max Hastings déclare, dans un article sous-titré « les
bombardements alliés de Dresde » :
« Je crois qu'il est faux de décrire le bombardement
stratégique comme un crime de guerre, cela pourrait être une
tentative de proposer certaines équivalences morales avec les
actes des nazis. Le bombardement représente un effort sincère,
bien que fautif, d'amener l'Allemagne à la défaite
militaire. »
En outre, l'historien britannique
Frederick Taylor affirme que :
« Toutes les parties ont bombardé les villes des autres
pendant la guerre. Un demi-million de citoyens soviétiques,
par exemple, décèdent des suites de bombardements allemands
pendant l'invasion et l'occupation de la Russie. C'est à peu
près équivalent au nombre de citoyens allemands qui décèdent
des suites de raids des forces alliées. Mais la campagne de
bombardement des Alliés est rattachée aux opérations
militaires et cesse dès que les opérations militaires ont
cessé. »
La fin de la Seconde Guerre mondiale
En juin 1944, les forces alliées
envahissent la Normandie et repoussent les forces
nazies vers l'Allemagne sur un large front au cours de l'année
suivante. Après avoir été attaquée sur trois fronts par les
Alliés, l'Allemagne est défaite. Le 7 mai 1945 au siège du
SHAEF à Reims, les Alliés acceptent la reddition de
l'Allemagne. Le même jour, dans un flash d'information de la BBC,
John Snagge annonce que le 8 mai sera la Journée de la victoire en
Europe.
Churchill annonce à la nation que l'Allemagne a capitulé, et qu'un
cessez-le-feu définitif sur tous les fronts de l'Europe entrerait
en vigueur à une minute après minuit, cette nuit-là.
Par la suite, Churchill déclare à une foule immense à Whitehall :
« Ceci est votre victoire ». Le
peuple répond : « Non, c'est la vôtre »,
et Churchill entame le chant du
Land of Hope and Glory avec la
foule. Dans la soirée, il fait une autre émission à la nation en
affirmant que la défaite du Japon se concrétiserait dans les mois
à venir.
Les Japonais capituleront 3 mois plus tard, le 15 août 1945.
Alors que l'Europe célèbre la paix à la fin de six années de
guerre, Churchill s'avise que les célébrations pourraient bientôt
être brutalement interrompues.
Il en conclut que le Royaume-Uni et les États-Unis doivent se
préparer à ce que l'Armée rouge ignore les précédents accords sur
les frontières en Europe « visant à imposer
à la Russie la volonté des États-Unis et l'Empire britannique. »
Selon le plan d'Opération
Unthinkable ordonné par Churchill et développé par les forces
armées britanniques, la troisième guerre mondiale aurait pu
commencer le
1er juillet 1945
avec une attaque-surprise contre les troupes alliées soviétiques.
Le plan est rejeté par le comité des Chefs d'État-major car
militairement irréalisable. Toutefois, cette décision n'empêche la
poursuite de l'élaboration des plans de la guerre : avec le début
de la course aux armements, la Troisième Guerre mondiale,
militairement impraticable, est développée dans la doctrine de la
guerre froide.
Leader
de l'opposition
Bien que le rôle de Churchill pendant la Seconde Guerre
mondiale génère beaucoup de soutien de la population britannique,
il est défait à l'élection de 1945.
De nombreuses raisons expliquent son échec : le désir de réforme
d'après-guerre qui se répand au sein de la population, et le fait
que la population pense que l'homme qui a conduit le Royaume-Uni
pendant la guerre n'est pas le mieux avisé pour conduire la nation
en temps de paix.
Pendant six ans, il sert en tant que chef de l'opposition. Au
cours de ces années, Churchill continue à avoir un impact sur les
affaires du monde. Au cours de son voyage, de mars 1946 aux
États-Unis, il proclame son discours sur le « rideau
de fer », qui parle de l'URSS et de la création du bloc de
l'Est. Il déclare :
« De Stettin sur la Baltique à
Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le
continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les
capitales des anciens États d'Europe centrale et orientale.
Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest
et Sofia ; toutes ces villes célèbres et leurs populations
sont désormais dans ce que j'appellerais la sphère d'influence
soviétique, et sont toutes soumises, sous une forme ou une
autre, non seulement à l'influence soviétique mais aussi au
contrôle très étendu et dans certains cas croissant de Moscou. »
Churchill plaide également en faveur de l'indépendance
britannique envers la Communauté européenne du charbon et de l'acier, qu'il
considère comme un projet franco-allemand. Il voit la place du
Royaume-Uni en tant que séparé du continent, beaucoup plus en
harmonie avec les pays du Commonwealth et de l'Empire et avec les
États-Unis, l'« Anglosphère ».
Second mandat
Retour au gouvernement et déclin de l'Empire britannique
Après l'élection générale de 1951, Churchill redevient premier
ministre. Son troisième gouvernement, après celui durant la guerre
et le bref gouvernement de 1945 - dure jusqu'à sa démission en
1955. Ses priorités nationales dans son dernier gouvernement sont
éclipsées par une série de crises de politique étrangère, qui sont
en partie le résultat du mouvement déjà amorcé du déclin de
l'armée britannique, du prestige et du pouvoir impérial. Étant un
fervent partisan de la Grande-Bretagne en tant que puissance
internationale, Churchill répond souvent à de telles situations
avec des actions directes. Un exemple est son envoi de troupes
britanniques au Kenya pour faire face à la rébellion Mau Mau.
Essayant de conserver ce qu'il peut de l'Empire, il déclare : « je
ne présiderai pas un démembrement ».
Guerre en
Malaisie
Cela est suivi par des événements qui sont devenus connus sous
le nom de
Malayan Emergency. En
Malaisie, une rébellion contre la domination britannique est
en cours depuis 1948.
Une fois de plus, le gouvernement de Churchill hérite d'une crise,
et Churchill choisit d'utiliser l'action militaire directe contre
ceux qui sont en rébellion. Il tente également de construire une
alliance avec ceux qui ne le sont pas.
Alors que la rébellion est lentement défaite, il est tout aussi
clair que la
domination coloniale de la Grande-Bretagne n'est plus possible.
Soucis de
santé
En juin 1953, alors qu'il est âgé de 78 ans, Churchill subit un
accident vasculaire cérébral au 10 Downing Street. La nouvelle est gardée secrète du public et du
Parlement à qui l'on annonce que Churchill souffre d'épuisement.
Il se rend à Chartwell, pour récupérer des effets de l'AVC, qui
avait affecté ses discours et sa capacité à marcher. Il revient à
la vie publique en octobre pour faire un discours lors d'une
conférence du Parti conservateur à Margate. Cependant, conscient
qu'il est nécessaire de ralentir à la fois physiquement et
mentalement, Churchill prend sa retraite en tant que premier
ministre en 1955 et est remplacé par
Anthony Eden.
Retraite
Après avoir quitté le poste de premier ministre, Churchill
passe moins de temps au Parlement. Il vit sa retraite à Chartwell
et à son domicile à Hyde Park Gate, à Londres.
Lorsque son état mental et ses facultés physiques se dégradent, il
sombre dans la
dépression.
En 1963, le président américain
John F. Kennedy, agissant en vertu de l'autorisation
accordée par une loi du Congrès, le proclame
citoyen d'honneur des États-Unis, mais il est dans l'impossibilité
d'assister à la cérémonie à la Maison Blanche. Le 15 janvier 1965,
Churchill subit un grave accident vasculaire cérébral qui le laisse gravement malade.
Il meurt à son domicile neuf jours
plus tard, à l'âge de 90 ans, le matin du dimanche
24 janvier 1965, soit 70 ans après le lendemain de la mort de son père.
L'artiste
Winston Churchill était aussi un artiste accompli et qui
prenait beaucoup de plaisir dans la peinture, surtout après sa
démission en tant que premier lord de l'Amirauté en 1915.
Il avait trouvé un refuge dans
l'art pour surmonter les périodes de dépression, ou comme il
l'appelait, le « Black Dog », qu'il subit tout au long de sa vie.
Comme William Rees-Mogg le déclara : « dans sa propre vie, il a dû
subir le « Black Dog » de la dépression. Dans ses paysages et ses
natures mortes, il n'y a aucun signe de
dépression ».
Il est mieux connu pour ses scènes de paysage
impressionnistes, dont beaucoup ont été peints en vacances
dans le Sud de la France ou au Maroc.
Il a poursuivi ce passe-temps tout au long de sa vie et peint des
dizaines de toiles, dont beaucoup sont exposés dans le studio à
Chartwell.
L'écrivain et l'historien
Malgré sa renommée et ses origines sociales, Churchill lutta
toujours pour maintenir son revenu à un niveau élevé, afin de
continuer son mode de vie extravagant. Les députés avant 1946 ne
recevaient qu'un salaire nominal (et en fait ne recevaient rien
jusqu'à la loi sur le Parlement de 1911), ce qui faisait que nombre d'entre eux
avaient une profession secondaire pour gagner leur vie.
De son premier livre en 1898 jusqu'à son deuxième passage en tant que premier
ministre, le revenu de Churchill est presque entièrement assuré
par l'écriture de livres et de chroniques pour des journaux et des
magazines. Le plus célèbre de ces articles est celui qui figure
dans l'Evening Standard de 1936, avertissant de la montée d'Hitler et le
danger de la politique d'apaisement.
Churchill est également un homme
de lettres prolifique, auteur de plusieurs livres dont un roman,
deux biographies, trois volumes de mémoires, et de nombreuses
histoires, en plus de ses nombreux articles de journaux. Il a
également écrit lui-même ses discours politiques. Il est à ce jour
l'unique homme politique et ancien premier ministre à recevoir, en
1953, le prix Nobel de littérature « pour sa maîtrise de la
description historique et biographique ainsi que pour ses discours
brillants pour la défense des valeurs humaines ».
Deux de ses œuvres les plus célèbres, écrites après sa première
période comme premier ministre, amènent sa renommée internationale
à de nouveaux sommets :
- six volumes de souvenirs,
The Second World War, 1948-1954 ;
- quatre volumes d'histoire,
A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958. La
période couverte va de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de
la
Première Guerre mondiale (1914).
Funérailles
Par décret de la reine, des
obsèques nationales eurent lieu à la cathédrale Saint-Paul. Ce
furent les premières obsèques nationales pour un non-membre de la
famille royale depuis 1914, et aucun autre du genre n'a eu lieu
depuis. Le cercueil a ensuite parcouru la courte distance jusqu'à
la gare de Waterloo où il fut chargé sur un wagon spécialement
préparé et peint - Southern Railway Van S2464S - dans le cadre du
cortège funéraire pour son trajet par chemin de fer jusqu'à Bladon.
Le Royal Artillery tire 19 coups de canon (pour un chef de
gouvernement), et la RAF met en scène un défilé aérien de seize
avions de combat English Electric Lightning. Les funérailles sont
également le plus grand rassemblement de chefs d'État dans le
monde jusqu'en 2005 lors des funérailles du pape Jean-Paul II. Le
wagon Pullman transportant sa famille en deuil a été remorqué par
une locomotive à vapeur Bulleid Pacifique n ° 34051 "Winston
Churchill". Dans les champs le long de la route, et aux stations
par lesquelles le train est passé, des milliers de personnes se
tenaient en silence pour lui rendre un dernier hommage. À la
demande de Churchill, il est enterré dans la parcelle familiale à
l'église St Martin, Bladon, près de Woodstock, non loin de son
lieu de naissance au Palais de Blenheim.