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Winston CHURCHILL

Winston Churchill - Source : US Library of Congress - Author : United Nations Information Office, New York - Public domain
Source : 
Gouvernement américain
Auteur : United Nations Information Office, New York

Sir Winston Leonard Spencer-Churchill, né le 30 novembre 1874 et mort le 24 janvier 1965 à Londres, est un homme politique britannique. Surtout connu pour avoir dirigé le Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale, cet homme d'État fut premier ministre du Royaume-Uni de 1940 à 1945 et de nouveau de 1951 à 1955, officier de l'armée britannique, journaliste, historien, écrivain lauréat du prix Nobel de littérature et artiste.

Durant sa carrière militaire, Churchill combat en Inde, au Soudan et lors de la Seconde Guerre des Boers. Il est surtout un correspondant de guerre, auteur de livres sur ses campagnes militaires. Il sert brièvement sur le front occidental pendant la Première Guerre mondiale, en tant que commandant du 6e Bataillon du Royal Scots Fusiliers.

Durant sa carrière civile, longue de près de soixante ans, il occupe de nombreux postes politiques et ministériels. Avant la Première Guerre mondiale, il est ministre du Commerce, secrétaire du Home Office et premier lord de l'Amirauté du gouvernement libéral d'Asquith. Au cours de la guerre, il reste premier lord de l'Amirauté, jusqu'à la désastreuse bataille des Dardanelles qui cause son départ du gouvernement. Il y est rappelé comme Ministre de l'Armement secrétaire d'État à la Guerre et secrétaire d'État de l'air. Durant l'entre-deux-guerres, il sert en tant que chancelier de l'Échiquier dans le gouvernement conservateur.

Au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Churchill est de nouveau nommé Premier Lord de l'Amirauté. Après la démission de Neville Chamberlain, le 10 mai 1940, il devient premier ministre du Royaume-Uni, et conduit le pays à la victoire contre les puissances de l'Axe. Ses discours marquent le peuple britannique et les forces alliées.

Après avoir perdu les élections législatives de 1945, il devient chef de l'opposition conservatrice, dénonçant dès 1946 le rideau de fer. En 1951, il redevient premier ministre. Il prend sa retraite en 1955. À sa mort, la reine lui fit l'honneur d'avoir des obsèques nationales, qui furent l'un des plus importants rassemblements d'hommes d'État dans le monde.

Famille et jeunes années

Descendant de la célèbre famille Spencer, Winston Leonard Spencer-Churchill utilise, comme son père, le nom de Churchill dans la vie publique. Son ancêtre George Spencer avait changé son nom de famille pour Spencer-Churchill en 1817, lorsqu'il est devenu duc de Marlborough, pour souligner sa parenté avec John Churchill, premier duc de Marlborough. Son père, Randolph Churchill, troisième fils de John Spencer-Churchill, 7e duc de Marlborough, homme politique prometteur mais dont la carrière tourna court, avait épousé en 1874 Jennie Jerome, fille du millionnaire américain Leonard Jerome.

Le 30 novembre 1874, il est mis au monde dans les toilettes du palais de Blenheim. Cet événement sera à l'origine d'un des célèbres aphorismes de Churchill : « C'est à Blenheim que j'ai pris les deux décisions les plus importantes de ma vie, celle de naître et celle de me marier. Je n'ai regretté aucune des deux! ». Randolph et Jaimie eurent un second enfant, John Strange.

Indépendant et rebelle par nature, Churchill est mal noté à l'école, ce qui entraîne des punitions. Il entre à Harrow School le 17 avril 1888 et y commence une carrière militaire. Dans les semaines suivant son arrivée, il rejoint le Harrow Rifle Corps. Il obtient des notes élevées en anglais et en histoire et un titre de champion d'escrime de l'école.

Sa mère (alors connue sous le nom de Lady Randolph) ne le visite que très rarement, malgré les lettres dans lesquelles Winston la supplie de venir ou de lui permettre de revenir à la maison. Il a une relation distante avec son père avec lequel il note qu'il n'a presque jamais de conversation. Ce manque de contact avec ses parents le rapproche de sa nourrice, Elizabeth Anne Everest, qu'il prend l'habitude d'appeler « Woomany ». Le décès de son père, le 24 janvier 1895, donne à Winston Churchill la conviction qu'il va mourir jeune et qu'il doit donc se faire très tôt une place dans le monde.

Son mariage et ses enfants

Churchill rencontre sa future épouse, Clementine Hozier, en 1904, lors d'un bal chez le comte de Crewe et sa femme Margaret Primrose. En 1908, ils sont de nouveau réunis lors d'un dîner offert par Lady St. Helier. Churchill et Clementine sont placés côte à côte et entament bientôt une histoire d'amour qui dura toute leur vie. Il lui demande sa main au cours d'une house party au palais de Blenheim le 10 août 1908, dans le "temple de Diane" (la summer house du palais). Le 12 septembre 1908, ils sont mariés à l'église St. Margaret à Westminster, pleine à craquer, par l'évêque de St. Asaph. En mars 1909, le couple emménage dans une maison au 33 Eccleston Square, dans le quartier de Pimlico.

Leur premier enfant, Diana, naît le 11 juillet 1909 à Londres. Après la grossesse, Clementine déménage dans le Sussex pour récupérer, tandis que Diana reste à Londres avec sa nourrice. Le 28 mai 1911, leur deuxième enfant, Randolph, naît au 33 Eccleston Square. Un troisième enfant, Sarah, naît le 7 octobre 1914 à Admiralty House; Clementine est anxieuse, car Winston est alors à Anvers, envoyé par le Conseil des ministres pour « renforcer la résistance de la ville assiégée » après l'annonce de l'intention belge de capituler.

Clementine donne naissance à son quatrième enfant, Frances Marigold Churchill, le 15 novembre 1918, quatre jours après la fin officielle de la Première Guerre mondiale. Celle-ci ne vit que deux ans et demi : au début du mois d'août, les enfants Churchill sont confiés à Mlle Rose, une gouvernante française, dans le comté de Kent pendant que Clementine est à Eaton Hall pour jouer au tennis avec Hugh Grosvenor, 2e duc de Westminster, et sa famille. Marigold attrape un rhume, d'abord sans gravité, mais qui évolue en septicémie. Suivant l'avis d'une propriétaire, Rose rejoint Clementine, mais la maladie emporte Marigold le 23 août 1921 : elle est enterrée dans le cimetière de Kensal Green trois jours plus tard. Le 15 septembre 1922, naît Mary, le dernier de leurs enfants. Quelques jours plus tard, les Churchill achètent Chartwell, qui devient la maison de Winston jusqu'à sa mort en 1965.

Le militaire et le correspondant de guerre

Le sous-lieutenant correspondant de guerre

Après avoir quitté Harrow en 1893, Churchill postule à l'Académie royale militaire de Sandhurst. Il lui faut trois tentatives avant de réussir l'examen d'admission, et il se porte candidat pour la cavalerie plutôt que l'infanterie parce que les conditions d'admission y sont moins exigeantes (il n'y a en particulier pas de mathématiques, qu'il n'aime pas). Il obtient son diplôme, huitième sur 150, en décembre 1894, et reçoit son premier commandement dans le 4th Queen's Own Hussars en tant que sous-lieutenant le 20 février 1895.

Churchill estime que son salaire de sous-lieutenant du 4th Queen's Own Hussars (300 livres sterling) est insuffisant pour avoir un style de vie équivalent à celui des autres officiers du régiment ; il lui faudrait 500 £ (soit l'équivalent de £25 000 en 2001). Sa mère lui fournit une rente de £400 par an, mais il dépense plus qu'il ne gagne. Selon le biographe Roy Jenkins, c'est une des raisons pour lesquelles il trouve intéressant de devenir correspondant de guerre. Il n'a pas l'intention de suivre une carrière classique en recherchant les promotions, mais bien d'être impliqué dans l'action, et il utilise l'influence de sa mère et de sa famille dans la haute société pour avoir un poste dans les campagnes en cours. Ses écrits de correspondant de guerre pour plusieurs journaux de Londres attirent l'attention du public, et lui valent d'importants revenus supplémentaires. Ils seront la base de ses livres sur ces campagnes.

Baptême du feu à Cuba (1895)

En 1895, Churchill est envoyé par le Daily Graphic à Cuba pour décrire la guerre entre l'Espagne et la guérilla cubaine. Il s'y offre un baptême du feu pour son vingt-et-unième anniversaire. Il décrit Cuba comme une « ... grande, riche, belle île... ». Il y prend goût aux Habanos, cigares cubains qu'il fumera le reste de sa vie. Pendant son séjour à New York, il demeure chez Bourke Cockran, un admirateur de sa mère. Bourke est un homme politique américain établi, membre de la Chambre des représentants, potentiel candidat à l'élection présidentielle. Il influence fortement Churchill dans son approche des discours et de la politique, et lui fait naitre un sentiment de tendresse pour l'Amérique.

Lorsqu'un message l'informe que sa nourrice, Mme Everest, est en train de mourir, il retourne en Angleterre et reste auprès d'elle pendant une semaine, jusqu'à sa mort. Il écrit dans son journal : « Elle était mon amie préférée ». Dans My Early Life, il ajoute : « Elle a été ma plus chère et ma plus intime amie pendant les vingt ans que j'ai vécu ».

Officier aux Indes (1896)

Au début du mois d'octobre 1896, il est transféré à Bombay, en Inde britannique. Considéré comme l'un des meilleurs joueurs de polo dans son régiment, il mène son équipe à la victoire lors de nombreux tournois prestigieux.

Pendant cette période, Churchill lit avidement pour remplir ses heures perdues, plus particulièrement des historiens classiques et des philosophes grecs. Il en tire une très profonde culture historique qui le sert toute sa vie. Il est fortement impressionné par le darwinisme. Il devient alors, selon ses propres termes, « un matérialiste jusqu'au bout des doigts », et défend avec ferveur sa conception d'un monde où la vie humaine est une lutte pour l'existence, avec pour résultat la survie des plus forts. Cette vision a sans doute été influencée par le livre Martyrdom of Man de William Winwood Reade, un classique de l'athéisme victorien, présentant la vision d'un univers sans Dieu dans lequel l'humanité est destinée à progresser par le biais du conflit entre les races les plus avancées et les plus rétrogrades. Churchill exprime cette philosophie de vie et de l'histoire dans son premier et unique roman, Savrola. Toutefois, son athéisme proclamé est contestable (voir par exemple son action en faveur du christianisme anglican dans le Commonwealth, notamment à Bangalore où l'Église anglicane a joué un rôle de premier plan à ses côtés dans les cantonments).

De la campagne du Soudan (1898)
au premier échec politique à Oldham (1899)

Churchill est transféré en Égypte en 1898, où il visite Louxor, avant de rejoindre un détachement du 21e Lancers servant au Soudan sous le commandement du général Herbert Kitchener. Durant son service, il rencontre deux futurs officiers de l'armée avec lesquels il travaillera plus tard, au cours de la Première Guerre mondiale : Douglas Haig, alors capitaine et John Jellicoe, alors lieutenant d'une canonnière. Au Soudan, il participe à ce qui est décrit comme la dernière véritable charge de cavalerie britannique, à la bataille d'Omdurman en septembre 1898. Il travaille également comme correspondant de guerre pour le Morning Post. En octobre, rentré en Grande-Bretagne, il commence son ouvrage en deux volumes The River War, un livre sur la reconquête du Soudan publié l'année suivante.

Churchill démissionne de l'armée britannique le 5 mai 1899 pour se présenter au Parlement comme candidat conservateur à Oldham à l'élection partielle de 1899, mais perd en n'étant que troisième pour deux sièges libres.

La guerre des Boers (1899/1900) lui donne la notoriété

Après l'échec électoral d'Oldham, Churchill cherche une autre occasion pour faire progresser sa carrière. Le 12 octobre 1899, la Seconde Guerre des Boers entre la Grande-Bretagne et les républiques boers éclate. Il obtient une commission pour agir en tant que correspondant de guerre pour le Morning Post avec un salaire de 250 £ par mois. Il a hâte de naviguer sur le même bateau que le nouveau commandant britannique, sir Redvers Buller. Après quelques semaines dans les zones exposées, il accompagne une expédition d'éclaireurs dans un train blindé, au cours de laquelle il est capturé et emprisonné dans un camp de prisonniers de guerre à Pretoria. Son attitude pendant l'embuscade du train fait évoquer une éventuelle obtention de la Croix de Victoria, plus haute distinction de la Grande-Bretagne pour bravoure face à l'ennemi, mais cela ne se produit pas. Dans London to Ladysmith via Pretoria, un recueil de ses rapports de la guerre, il décrit l'expérience :

« J'avais eu, durant les quatre dernières années, l'avantage, si c'est un avantage, de plusieurs expériences étranges et variées, desquelles l'étudiant des réalités pourrait tirer profit et enseignement. Mais rien n'était aussi saisissant que cela : attendre et lutter dans ces boîtes en fer résonnantes, déchirées, avec les explosions répétées des obus et de l'artillerie, le bruit des projectiles frappant les wagons, le sifflement alors qu'ils passaient dans l'air, le grognement et le halètement du moteur — pauvre chose torturée, martelée par au moins douze obus, dont chacun, en pénétrant dans la chaudière, aurait pu mettre fin à tout cela − l'attente de la destruction apparemment proche, la prise de conscience de l'impuissance, et les alternances d'espoir et désespoir − tout cela en soixante-dix minutes montre en main, avec seulement dix centimètres d'un blindage de fer tordu pour faire la différence entre le danger, la captivité et la honte, d'un côté − la sécurité, la liberté et le triomphe, de l'autre. »

Il s'échappe du camp de prisonniers et parcourt près de 480 km jusqu'à la ville portugaise de Lourenço Marques dans la baie de Delagoa, avec l'aide d'un responsable de mines anglais. Son évasion lui vaut un moment l'attention du public en tant que héros national mineur en Grande-Bretagne, bien qu'au lieu de rentrer chez lui, il ait rejoint l'armée du général Buller dans sa marche pour soulager les Britanniques présents au siège de Ladysmith et prendre Pretoria. Cette fois-ci, bien que poursuivant son activité de correspondant de guerre, il reçoit un commandement dans le South African Light Horse. Il s'illustre notamment à la bataille de Spion Kop, et fait partie des premières troupes britanniques à entrer à Ladysmith et à Pretoria. Lui et son cousin, le duc de Marlborough, sont en mesure de prendre de l'avance sur le reste des troupes à Pretoria, où ils demandent et obtiennent la capitulation de 52 gardes boers du camp de prisonniers.

En juin 1900, après s'être une dernière fois fait remarquer à la bataille de Diamond Hill, Churchill retourne en Angleterre à bord du RMS Dunottar Castle, le même navire qui l'a emmené en Afrique du Sud, huit mois plus tôt. Il publie London to Ladysmith, et un deuxième volume sur ses expériences de la guerre des Boers, La Marche de Ian Hamilton.

Cette fois, il est élu en 1900 à Oldham, lors des élections générales, à la Chambre des Communes, et il entreprend une tournée de conférences en Grande-Bretagne, suivie par des tournées aux États-Unis et au Canada. Ses revenus dépassent désormais 5 000 £.

Carrière politique

Un jeune conservateur contestataire au Parlement

Après un échec en 1899, Churchill se représente pour le siège d'Oldham à l'élection générale de 1900. Soutenu par sa notoriété familiale et de héros de la guerre des Boers, il remporte le siège, fait une série de discours dans toute la Grande-Bretagne, les États-Unis et le Canada, qui lui rapportent £10000. Au Parlement, il s'associe à une faction du Parti conservateur, dirigée par Lord Hugh Cecil (les Hughligans), et opposée au leadership de Balfour. Au cours de sa première session parlementaire, il s'oppose aux dépenses militaires du gouvernement et à la proposition de Joseph Chamberlain sur l'augmentation des droits de douane, destinée à protéger la suprématie économique britannique. Les conservateurs de sa propre circonscription le désavouent nettement, car Oldham est un centre manufacturier textile qui craint la concurrence étrangère et se défie du libre-échange, et son parti ne le choisit pas comme candidat pour les élections suivantes. Devant ce désaveu, il décide, à la Pentecôte 1904, de quitter son parti afin de rejoindre les bancs du Parti libéral. Restant député d'Oldham jusqu'à la fin du mandat, mais cette fois en tant que libéral, il continue à faire campagne en faveur du libre-échange. Lorsque, profitant de cette crise des conservateurs, les libéraux renversent le gouvernement et obtiennent le poste de premier ministre pour Henry Campbell-Bannerman, en décembre 1905, Churchill devient sous-secrétaire d'État aux Colonies, s'occupant principalement de l'Afrique du Sud après la guerre des Boers. De 1903 à 1905, Churchill s'attache également à écrire Lord Randolph Churchill, une biographie de son père en deux volumes, publiée en 1906, qui reçoit de nombreuses critiques élogieuses.

Soutien au libre échange et passage au parti libéral

Rejeté par les conservateurs d'Oldham notamment en raison de son soutien au libre-échange, Churchill est invité à se présenter pour les libéraux dans la circonscription de Manchester North West. Il remporte le siège à l'élection générale de 1906 avec une majorité de 1214 voix, et représente la circonscription pendant deux ans, jusqu'en 1908. Lorsque Campbell-Bannerman est remplacé par Herbert Henry Asquith en 1908, Churchill, qui s'est battu pour le libre-échange est promu au Cabinet en tant que President of the Board of Trade (ministre du Commerce). En vertu de la loi de l'époque, un nouveau ministre est obligé de solliciter un nouveau mandat lors d'une élection partielle; Churchill perd son siège, mais est rapidement de retour en tant que représentant de la circonscription de Dundee. En tant que ministre du Commerce, il se joint au récent Chancelier Lloyd George pour s'opposer au Premier Lord de l'Amirauté Reginald McKenna (et à son programme coûteux de construction de vaisseaux de guerre dreadnought), et pour soutenir les réformes libérales. En 1908, il présente le projet de loi des chambres de commerce, qui impose pour la première fois un salaire minimum en Grande-Bretagne. En 1909, il crée les bourses de l'emploi pour aider les chômeurs à trouver du travail. Il aide à rédiger la première loi sur les pensions de chômage, et le National Insurance Act de 1911, fondement de l'aide sociale au Royaume-Uni.

Churchill aide aussi à faire passer le « budget du peuple » (People's Budget) et devient président de la “Ligue du budget”, une organisation créée en réponse à l'opposition « Budget Protest League.». Ce projet inclut de nouvelles taxes sur les riches, afin de permettre la création de nouveaux programmes d'aide sociale. Le projet de loi de finances, adopté en 1909 à la Chambre des communes, subit le veto de la Chambre des Lords. Les libéraux bataillent, et remportent deux élections générales en janvier et décembre 1910, afin d'obtenir le soutien de la population à leurs réformes. Ces victoires permettent la réforme de la loi sur le Parlement (1911), pour laquelle Churchill a aussi fait campagne à son nouveau poste de ministre de l'intérieur (depuis 1910).

Ministre de l'intérieur controversé

Choisi par les libéraux pour son image de fermeté au poste de ministre de l'intérieur, Churchill voit son action à ce poste mise à mal en trois occasions : le conflit minier de Combrian, le siège de Sidney Street et les premières actions des suffragettes.

En 1910, un certain nombre de mineurs de charbon dans la vallée de Rhondda commencent la manifestation connue sous le nom d'“émeute de Tonypandy”. Le chef de police de Glamorgan demande à ce que des troupes soient envoyées afin d'aider la police à réprimer les émeutes. Churchill, apprenant que les troupes sont déjà en route, leur permet d'aller jusqu'à Swindon et Cardiff, mais interdit leur déploiement. Le 9 novembre, le Times critique cette décision. En dépit de cela, la rumeur dans les milieux ouvriers et travaillistes persiste que Churchill a ordonné aux troupes d'attaquer : sa réputation au pays de Galles et dans les milieux travaillistes en a toujours souffert.

Au début du mois de janvier 1911, Churchill fait une apparition controversée au siège de Sidney Street (une opération pour arrêter les auteurs d'un hold-up, révolutionnaires armés et retranchés, semblable à ceux de la bande à Bonnot), à Londres. Il y a une certaine incertitude quant à savoir s'il y a donné des commandements opérationnels. Sa présence, photographiée, attire beaucoup de critiques. Après une enquête, Arthur Balfour fait remarquer, « lui [Churchill] et un photographe risquaient tous les deux leurs précieuses vies. Je comprends ce que faisait le photographe, mais qu'y faisait le très honorable gentleman? » Un biographe, Roy Jenkins, suggère qu'il y a tout simplement été parce qu'« il n'a pas pu résister à aller voir par lui-même » et qu'il n'a pas donné d'ordre.

La solution que propose Churchill à la question des suffragettes est un référendum, mais cette idée n'obtient pas l'approbation de Herbert Henry Asquith, et le suffrage des femmes reste en suspens jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

Premier lord de l'amirauté

En 1911, Churchill prend les fonctions de Premier Lord de l'Amirauté, un poste qu'il occupe donc au début de la Première Guerre mondiale. Il donne l'impulsion à plusieurs initiatives de réformes, y compris le développement de l'aéronautique navale (il prend lui-même des leçons de pilotage), la construction de nouveaux navires de guerre, plus grands, le développement du char d'assaut, et l'abandon du charbon au profit du pétrole dans la Royal Navy. En mars 1914, il présente au Parlement un projet de budget pour la marine de 50 millions de livres, ce qui provoque de violentes controverses ; Churchill voulait maintenir coûte que coûte la suprématie navale de la Grande-Bretagne par rapport à l'Allemagne et résuma ainsi la situation: « Je réclamais 6 nouveaux cuirassés, le Chancelier de l'Échiquier pouvait m'en accorder 4 ; nous avons transigé à 8 ! ». En effet, Churchill n'hésite pas à s'emparer de deux cuirassés construits en Grande-Bretagne pour la marine ottomane et qui étaient prêts à être livrés. Cette décision est un des facteurs de l'entrée en guerre de l'Empire ottoman aux côtés du Reich. Retour au Parti conservateur, chancelier de l'Échiquier.

En septembre, le Parti conservateur se retire de la coalition du gouvernement suite à une réunion de députés d'arrière-ban insatisfaits de la gestion de l'affaire Chanak, ce qui précipite l'imminence des élections générales d'octobre 1922. Churchill tombe malade durant la campagne, et doit subir une appendicectomie de telle sorte qu'il lui est difficile de faire campagne. Il doit aussi composer avec les divisions internes qui assaillent le Parti libéral. Il arrive quatrième à l'élection de Dundee, perdant au profit du prohibitionniste Edwin Scrymgeour. Churchill lancera plus tard qu'il a quitté Dundee « sans bureau, sans siège, sans parti et sans attache et... sans appendice ! ». Il se présente de nouveau pour les libéraux à l'élection générale de 1923, perdant à Leicester, puis comme indépendant, d'abord sans succès dans une élection partielle dans la circonscription de l'abbaye de Westminster, puis avec succès à l'élection générale de 1924, à Epping. L'année suivante, il rejoint officiellement le Parti conservateur, en commentant ironiquement que « n'importe qui peut être un lâcheur, mais il faut une certaine ingéniosité pour l'être à nouveau ».

Il est nommé chancelier de l'Échiquier en 1924 par Stanley Baldwin, et dirige le désastreux retour à l'étalon-or en Grande-Bretagne qui aboutit à la déflation, au chômage et à la grève des mineurs, conduisant à la grève générale de 1926. Sa décision, annoncée dans le budget 1924, vient après une longue consultation avec divers économistes, y compris John Maynard Keynes, le Secrétaire permanent au Trésor, Sir Otto Niemeyer et le conseil d'administration de la Banque d'Angleterre. Cette décision incite Keynes à écrire The Economic Consequences of Mr. Churchill, faisant valoir que le retour à l'étalon-or à la parité d'avant-guerre en 1925 (1 £ = 4,86 $) conduirait à une dépression mondiale. Toutefois, la décision est généralement considérée comme populaire et de « bonne économie » bien que Lord Beaverbrook et la fédération des industries britanniques s'y opposent.

Churchill, plus tard, considèrera cette décision comme la plus grande erreur de sa vie. Toutefois, dans les discussions à cette époque avec l'ancien chancelier McKenna, il reconnait déjà que le retour à l'étalon-or et la politique de l'argent cher est économique mauvaise. Dans ses discussions, il maintint toutefois que cette décision était fondamentalement politique - un retour aux conditions d'avant-guerre dans lesquelles il croyait. Dans son discours sur le projet de loi, il déclare : « Je vais vous dire ce qu'il [le retour à l'étalon-or] va nous attacher. Il va nous attacher à la réalité ».

Le retour au taux de change d'avant-guerre et à l'étalon-or déprime les industries. La plus touchée est l'industrie du charbon. Déjà affecté par la baisse de la production depuis que les navires sont passés au pétrole, le retour aux échanges d'avant-guerre ajoute des coûts additionnels estimés jusqu'à 10 % pour l'industrie. En juillet 1925, une commission d'enquête rapporte que les mineurs s'en trouvent généralement favorisés, contrairement aux propriétaires des mines. Baldwin, avec le soutien de Churchill, propose une subvention à l'industrie pendant qu'une commission royale prépare un nouveau rapport.

Cette commission ne résout rien, et le litige impliquant les mineurs conduit à la grève générale de 1926 ; Churchill aurait alors laissé entendre que les mitrailleuses devraient être utilisées sur les mineurs. Il édite le journal du gouvernement, le British Gazette, et, pendant le conflit, fait valoir que « soit le pays va briser la grève générale, soit la grève générale va briser le pays » et déclare que le fascisme de Benito Mussolini a « rendu un service à l'ensemble du monde », en exposant « un moyen de lutter contre les forces subversives ». De fait, il considère le régime comme un rempart contre la menace de la révolution communiste. À un certain point, Churchill va jusqu'à surnommer Mussolini le « génie romain [...] le plus grand législateur entre les hommes. »

Les économistes contemporains, ainsi que l'opinion de l'époque, critiquent également les mesures budgétaires de Churchill. Elles sont considérées comme aidant les rentiers bancaires, généralement prospères, et la classe salariale (à laquelle Churchill et ses associés appartiennent généralement), au détriment des fabricants et des exportateurs. Ces derniers sont connus comme souffrant de l'importation et de la concurrence dans les marchés traditionnels d'exportation. Les mesures sont aussi considérées comme démunissant trop les forces armées.

Premier ministre durant la guerre

« Winston is back »

Le 3 septembre 1939, la Royaume-Uni déclare la guerre à l'Allemagne ; Churchill est nommé premier lord de l'Amirauté et membre du Cabinet de guerre, tout comme il l'avait été pendant la première partie de la Première Guerre mondiale. Lorsqu'ils en sont informés, le Conseil de l'Amirauté envoie un signal à la flotte : « Winston is Back ! ».

Dans ce travail, il prouve qu'il est l'un des ministres les plus importants au cours de la « Drôle de guerre », alors que les seules actions notables ont lieu sur les mers.

Churchill préconise l'occupation préventive du port de minerai de fer de la Norvège (neutre) situé à Narvik, et les mines de fer de Kiruna, en Suède, au début de la guerre. Toutefois, Chamberlain et le reste du War Cabinet sont en désaccord, et l'opération est retardée jusqu'à l'invasion allemande de la Norvège.

Début de la guerre

Le 10 mai 1940, quelques heures avant l'invasion allemande de la France par une attaque éclair via les Pays-Bas et la Belgique, il devient clair que, à la suite de l'échec en Norvège, le pays n'aurait aucune confiance en Chamberlain pour poursuivre la guerre. C'est pour cette raison que Chamberlain démissionne. La version communément admise de la suite des événements indique que Lord Halifax refuse le poste de premier ministre, parce qu'il croit qu'il ne pourra pas gouverner efficacement en tant que membre de la Chambre des Lords au lieu de la Chambre des communes. Bien que traditionnellement l'ancien premier ministre ne conseille pas le Roi sur son successeur, Chamberlain veut quelqu'un qui commande avec l'appui des trois principaux partis à la Chambre des communes. Une réunion entre Chamberlain, Halifax, Churchill et David Margesson, le chef des whips gouvernementaux, conduit à recommander Churchill à ce poste ; en tant que monarque constitutionnel, George VI demande donc à Churchill d'être premier ministre et de former un gouvernement réunissant tous les partis. Le premier acte de Churchill est d'écrire à Chamberlain pour le remercier de son soutien.

Churchill fut parmi les premiers à reconnaître la menace croissante d'Hitler, bien avant le début de la Seconde Guerre mondiale, et ses mises en garde furent en grande partie lettre morte. Un courant de l'opinion publique et politique britannique, dont fait partie le ministre des Affaires étrangères lord Halifax, serait en faveur d'une paix négociée avec une Allemagne clairement en position de force. Churchill néanmoins refuse d'étudier l'éventualité d'un armistice avec l'Allemagne d'Hitler. Son usage de la rhétorique affermit l'opinion publique contre un règlement pacifique, et prépare les Britanniques à une longue guerre. Inventant le nom de la prochaine bataille, Churchill déclare dans son « heure de gloire » à la Chambre des communes le 18 juin 1940, « Je pense que la bataille d'Angleterre va bientôt commencer ». En refusant un armistice avec l'Allemagne, Churchill conserve intacte la résistance de l'Empire britannique, et crée les bases de la contre-attaque des Alliés de 1942-45, la Grande-Bretagne agissant comme une plate-forme pour le ravitaillement de l'Union soviétique et de la libération de l'Europe occidentale.

En réponse à de précédentes critiques, soulignant qu'il n'y avait jamais eu de ministre seul en charge de la poursuite de la guerre, Churchill crée et prend le poste supplémentaire de ministre de la Défense. Il nomme immédiatement son ami et confident, l'industriel et baron de la presse Lord Beaverbrook, responsable de la production des avions. C'est le sens aigu de l'industrie de Beaverbrook qui permet à la Grande-Bretagne de préparer rapidement la production et la conception des avions, ce qui va finalement faire la différence dans la guerre.

Les discours de Churchill sont une grande source d'exaltation pour la Grande-Bretagne en guerre. Son premier discours en tant que premier ministre est le fameux « Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, des larmes et de la sueur ». Il est suivi de près par deux autres, tout aussi célèbres, faits juste avant la bataille de la Grande-Bretagne :

« Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec une confiance et une force croissantes dans les airs, nous défendrons notre île, quel qu’en soit le prix, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les aires d’atterrissage, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les montagnes ; nous ne nous rendrons jamais, et même si, ce que je ne crois pas un seul instant, cette île ou une grande partie de celle-ci était soumise et assiégée, alors notre Empire au-delà des mers, armé et gardé par la Flotte britannique, continuerait la bataille, jusqu’à, quand Dieu le voudra, le Nouveau Monde, avec tout son pouvoir et sa force, s’avance au-devant pour secourir et libérer l’ancien. »
« Armons-nous de courage pour accomplir notre devoir, et conduisons-nous de manière à ce que, quand bien même l'Empire et le Commonwealth dureraient mille ans, les hommes disent encore « ce fut là leur heure de gloire. »

Au paroxysme de la bataille d'Angleterre, sa mobilisatrice vue de la situation comprend notamment la phrase restée célèbre, « Jamais dans l'histoire des conflits humains un si grand nombre d'hommes n'ont dû autant à un si petit nombre ». Celle-ci est à l'origine du surnom de The Few pour les pilotes de chasse Alliés. L'un de ses discours de guerre les plus mémorables survient le 10 novembre 1942 au déjeuner du Lord-maire à Mansion House à Londres, en réponse à la victoire des Alliés lors de la seconde bataille d'El Alamein. Churchill déclare:

« Maintenant ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais c'est, peut-être, la fin du commencement. »

Sans avoir beaucoup de soutien ou de bonnes nouvelles à apporter au peuple britannique, il prend un risque politique en choisissant délibérément de souligner les dangers.

« Le pouvoir de la rhétorique », écrit Churchill, « n'est ni conféré, ni tout à fait acquis, mais entretenu ». Mais tous n'étaient pas impressionnés par son éloquence. Robert Menzies, qui fut Premier Ministre d'Australie, a dit durant la Seconde Guerre mondiale à propos de Churchill : « Sa pensée dominante est la possibilité, si attrayante à ses yeux, que les faits gênants disparaissent d'eux-mêmes. » Un autre allié écrit : « Il est... l'esclave des mots que son esprit invente à partir des idées... et il peut se convaincre lui-même de la vérité dans presque tous les cas, si à travers son mécanisme de rhétorique, il peut continuer ce parcours effréné ».

Relations avec les États-Unis

Les bonnes relations de Churchill avec Franklin D. Roosevelt lui procurent la nourriture, le pétrole et les munitions par l'intermédiaire des routes maritimes de l'Atlantique du Nord. C'est pour cette raison que Churchill est soulagé lorsque Roosevelt est réélu en 1940. Une fois réélu, Roosevelt met immédiatement en œuvre une nouvelle méthode pour la fourniture et le transport du matériel militaire vers la Grande-Bretagne sans la nécessité d'un paiement. En d'autres termes, Roosevelt persuade le Congrès que le remboursement pour ce service très coûteux pourrait être la défense des États-Unis ; le prêt-bail est ainsi accordé. Churchill participe à 12 conférences stratégiques avec Roosevelt, qui portent sur la Charte de l'Atlantique, l'« Europe first strategy », la Déclaration des Nations unies et d'autres négociations sur la guerre. Après l'attaque sur Pearl Harbor, la première pensée de Churchill, prévoyant l'entrée en guerre des États-Unis est : « Nous avons gagné la guerre ! » Le 26 décembre 1941, Churchill s'adresse à la réunion conjointe du Congrès américain, en demandant, à propos de l'Allemagne et du Japon : « Quelles sortes de gens pensent-ils que nous sommes]? » Churchill lance le Special Operations Executive (SOE), dirigé par Hugh Dalton, le ministre de l'Économie de guerre, qui organise, réalise et tente dans le secret des opérations de sabotage et de recrutement dans les territoires occupés, avec des succès notables. Il lance aussi les Commandos qui créent le modèle de la plupart des forces spéciales actuelles dans le monde. Les Russes parlent de lui comme le « British Bulldog ».

Churchill a la santé fragile, comme le montre une légère crise cardiaque qu'il subit en décembre 1941 à la Maison Blanche, et également en décembre 1943 lorsqu'il contracte une pneumonie. Malgré cela, il parcourt plus de 160 000 km tout au long de la guerre afin de rencontrer d'autres dirigeants. Pour des raisons de sécurité, il voyage habituellement en utilisant le pseudonyme du colonel Warden. Churchill participe à l'élaboration des traités qui redessinent les limites de l'Europe et de l'Asie de l'après Seconde Guerre mondiale, discutées dès 1943. Lors de la Conférence de Québec en 1944, il rédige et, avec le président américain Franklin D. Roosevelt, signe une version plus modérée du plan Morgenthau original, dans laquelle ils s'engagent à transformer l'Allemagne, après la capitulation inconditionnelle, « en un pays d'un style essentiellement agricole et pastoral ». Les propositions des nouvelles frontières de l'Europe et des colonies sont officiellement acceptées par Harry S. Truman, Churchill et Staline à Potsdam. La forte relation de Churchill avec Harry Truman est également d'une grande importance pour les deux pays. Bien qu'il soit clair qu'il regrette la perte de son ami et homologue Roosevelt, Churchill est extrêmement favorable à Truman durant ses premiers jours au pouvoir, disant de lui qu'il est « le type de leader dont le monde a besoin, lorsque celui-ci a le plus besoin de leader ».

Relations avec l'Union soviétique

Lorsqu'Hitler envahit l'Union soviétique, Winston Churchill, un violent anticommuniste, déclare : « Si Hitler voulait envahir l'enfer, je pourrais trouver l'occasion de faire une recommandation favorable au diable à la chambre des Communes », en référence à sa politique à l'égard de Staline. Bientôt, de l'équipement et des blindés britanniques sont envoyés afin d'aider l'Union soviétique.

Le règlement concernant les frontières de la Pologne, qui sera la mise en place des frontières entre la Pologne et l'Union soviétique et entre l'Allemagne et la Pologne, est considéré comme une trahison envers la Pologne au cours de l'après-guerre, comme établi contre l'avis du gouvernement polonais en exil. C'est Winston Churchill qui essaye de convaincre Stanisław Mikołajczyk, le premier ministre du gouvernement polonais en exil, d'accepter la volonté de Staline, mais Mikolajczyk refuse. Churchill était convaincu que la seule manière d'atténuer les tensions entre les deux populations était le transfert de personnes afin de faire correspondre les frontières nationales à celles des populations.

Comme il l'expose à la Chambre des communes le 15 décembre 1944 : « l'expulsion est la méthode qui, pour autant que nous ayons pu le constater, sera la plus satisfaisante et durable. Il n'y aura pas de mélange des populations causant des problèmes sans fin... Une remise à zéro sera faite. Je ne suis pas alarmé par ces transferts, qui sont plus que faisables dans des conditions modernes ». Cependant, l'expulsion des Allemands est réalisée par l'Union soviétique d'une manière qui aboutit à beaucoup plus de difficultés et, selon un rapport de 1966 du Ministère allemand de l'ouest des réfugiés et des personnes déplacées, à la mort de plus de 2,1 millions de personnes. Churchill s'oppose à l'annexion de la Pologne par l'Union soviétique et l'écrit amèrement dans ses livres, mais il est incapable de l'empêcher lors des différentes conférences.

Au cours d'octobre 1944, lui et Eden vont à Moscou pour rencontrer les dirigeants russes. À ce stade, les forces russes commencent à progresser dans divers pays d'Europe orientale. Churchill estime que, jusqu'à ce que tout soit officiellement et correctement élaboré à la Conférence de Yalta, il devait y avoir un pacte provisoire, en temps de guerre, à l'égard de qui ferait quoi. La plus importante de ces réunions a lieu le 9 octobre 1944 au Kremlin entre Churchill et Staline. Au cours de cette réunion, les problèmes concernant la Pologne et les pays des Balkans sont discutés. Churchill raconte son discours avec Staline sur la journée :

« Parlons un peu de nos affaires dans les Balkans. Vos armées sont en Bulgarie et en Roumanie. Nous avons des intérêts, des missions et des agents là. Ne nous laissons pas aller à la mésentente pour des petites choses. Pour autant que la Grande-Bretagne et la Russie soient concernées, que penseriez-vous d'avoir 90 % de prédominance en Roumanie, de nous laisser 90% pour la Grèce, et de faire 50/50 pour la Yougoslavie ? »

Staline signe le Percentages Agreement, en cochant une feuille de papier alors qu'il écoute la traduction. En 1958, cinq ans après la publication de cette réunion (dans le livre The Second World War), les autorités soviétiques nient que Staline ait accepté « cette proposition impérialiste ».

Controverse sur le bombardement de Dresde

Entre le 13 février et le 15 février 1945, les Britanniques et les Américains bombardent la ville allemande de Dresde, bondée d'Allemands blessés et de réfugiés. En raison de l'importance culturelle de la ville, et du nombre de victimes civiles faites alors que la fin de la guerre est proche, cette action reste l'une des plus controversées faites lors de la guerre par des Alliés sur le front occidental. Churchill déclare, suite au bombardement, dans un télégramme top secret :

« It seems to me that the moment has come when the question of bombing of German cities simply for the sake of increasing the terror, though under other pretexts, should be reviewed ... I feel the need for more precise concentration upon military objectives such as oil and communications behind the immediate battle-zone, rather than on mere acts of terror and wanton destruction, however impressive. »

Après réflexion, sous la pression des chefs d'état-major et en réponse à l'opinion exprimée par entre autres Sir Charles Portal (chef de la Force aérienne), et Arthur Harris (Air Officer Commanding-in-Chief of Bomber Command) , Churchill retire sa note et en publie une nouvelle. Dans la version définitive du mémo complété le 1er avril 1945, il déclare :

« It seems to me that the moment has come when the question of the so called 'area-bombing' of German cities should be reviewed from the point of view of our own interests. If we come into control of an entirely ruined land, there will be a great shortage of accommodation for ourselves and our allies ... We must see to it that our attacks do no more harm to ourselves in the long run than they do to the enemy's war effort. »

En fin de compte, la responsabilité de la partie britannique de l'attaque incombe à Churchill, et c'est pour cette raison qu'il est critiqué pour avoir permis les bombardements. L'historien allemand Jörg Friedrich affirme que « la décision de Winston Churchill de bombarder une région d'une Allemagne sinistrée entre janvier et mai 1945 était un crime de guerre », et le philosophe A.C. Grayling, dans des écrits de 2006, remet en question l'ensemble de la campagne de bombardement stratégique par la RAF, en exposant comme argument que bien que n'étant pas un crime de guerre, il s'agissait d'un crime moral et nuisible à l'affirmation selon laquelle les Alliés ont mené une guerre juste.

D'autre part, certains affirment aussi que la participation de Churchill dans le bombardement de Dresde est fondée sur les orientations stratégiques et les aspects tactiques pour gagner la guerre. La destruction de Dresde, qui fut immense, avait été conçue pour accélérer la défaite de l'Allemagne. Comme l'historien Max Hastings déclare, dans un article sous-titré « les bombardements alliés de Dresde » :

« Je crois qu'il est faux de décrire le bombardement stratégique comme un crime de guerre, cela pourrait être une tentative de proposer certaines équivalences morales avec les actes des nazis. Le bombardement représente un effort sincère, bien que fautif, d'amener l'Allemagne à la défaite militaire. »

En outre, l'historien britannique Frederick Taylor affirme que :

« Toutes les parties ont bombardé les villes des autres pendant la guerre. Un demi-million de citoyens soviétiques, par exemple, décèdent des suites de bombardements allemands pendant l'invasion et l'occupation de la Russie. C'est à peu près équivalent au nombre de citoyens allemands qui décèdent des suites de raids des forces alliées. Mais la campagne de bombardement des Alliés est rattachée aux opérations militaires et cesse dès que les opérations militaires ont cessé. »

La fin de la Seconde Guerre mondiale

En juin 1944, les forces alliées envahissent la Normandie et repoussent les forces nazies vers l'Allemagne sur un large front au cours de l'année suivante. Après avoir été attaquée sur trois fronts par les Alliés, l'Allemagne est défaite. Le 7 mai 1945 au siège du SHAEF à Reims, les Alliés acceptent la reddition de l'Allemagne. Le même jour, dans un flash d'information de la BBC, John Snagge annonce que le 8 mai sera la Journée de la victoire en Europe. Churchill annonce à la nation que l'Allemagne a capitulé, et qu'un cessez-le-feu définitif sur tous les fronts de l'Europe entrerait en vigueur à une minute après minuit, cette nuit-là. Par la suite, Churchill déclare à une foule immense à Whitehall : « Ceci est votre victoire ». Le peuple répond : « Non, c'est la vôtre », et Churchill entame le chant du Land of Hope and Glory avec la foule. Dans la soirée, il fait une autre émission à la nation en affirmant que la défaite du Japon se concrétiserait dans les mois à venir. Les Japonais capituleront 3 mois plus tard, le 15 août 1945.

Alors que l'Europe célèbre la paix à la fin de six années de guerre, Churchill s'avise que les célébrations pourraient bientôt être brutalement interrompues. Il en conclut que le Royaume-Uni et les États-Unis doivent se préparer à ce que l'Armée rouge ignore les précédents accords sur les frontières en Europe « visant à imposer à la Russie la volonté des États-Unis et l'Empire britannique. » Selon le plan d'Opération Unthinkable ordonné par Churchill et développé par les forces armées britanniques, la troisième guerre mondiale aurait pu commencer le 1er juillet 1945 avec une attaque-surprise contre les troupes alliées soviétiques. Le plan est rejeté par le comité des Chefs d'État-major car militairement irréalisable. Toutefois, cette décision n'empêche la poursuite de l'élaboration des plans de la guerre : avec le début de la course aux armements, la Troisième Guerre mondiale, militairement impraticable, est développée dans la doctrine de la guerre froide.

Leader de l'opposition

Bien que le rôle de Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale génère beaucoup de soutien de la population britannique, il est défait à l'élection de 1945. De nombreuses raisons expliquent son échec : le désir de réforme d'après-guerre qui se répand au sein de la population, et le fait que la population pense que l'homme qui a conduit le Royaume-Uni pendant la guerre n'est pas le mieux avisé pour conduire la nation en temps de paix.

Pendant six ans, il sert en tant que chef de l'opposition. Au cours de ces années, Churchill continue à avoir un impact sur les affaires du monde. Au cours de son voyage, de mars 1946 aux États-Unis, il proclame son discours sur le « rideau de fer », qui parle de l'URSS et de la création du bloc de l'Est. Il déclare :

« De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États d'Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia ; toutes ces villes célèbres et leurs populations sont désormais dans ce que j'appellerais la sphère d'influence soviétique, et sont toutes soumises, sous une forme ou une autre, non seulement à l'influence soviétique mais aussi au contrôle très étendu et dans certains cas croissant de Moscou. »

Churchill plaide également en faveur de l'indépendance britannique envers la Communauté européenne du charbon et de l'acier, qu'il considère comme un projet franco-allemand. Il voit la place du Royaume-Uni en tant que séparé du continent, beaucoup plus en harmonie avec les pays du Commonwealth et de l'Empire et avec les États-Unis, l'« Anglosphère ».

 

Second mandat

Retour au gouvernement et déclin de l'Empire britannique

Après l'élection générale de 1951, Churchill redevient premier ministre. Son troisième gouvernement, après celui durant la guerre et le bref gouvernement de 1945 - dure jusqu'à sa démission en 1955. Ses priorités nationales dans son dernier gouvernement sont éclipsées par une série de crises de politique étrangère, qui sont en partie le résultat du mouvement déjà amorcé du déclin de l'armée britannique, du prestige et du pouvoir impérial. Étant un fervent partisan de la Grande-Bretagne en tant que puissance internationale, Churchill répond souvent à de telles situations avec des actions directes. Un exemple est son envoi de troupes britanniques au Kenya pour faire face à la rébellion Mau Mau. Essayant de conserver ce qu'il peut de l'Empire, il déclare : « je ne présiderai pas un démembrement ».

Guerre en Malaisie

Cela est suivi par des événements qui sont devenus connus sous le nom de Malayan Emergency. En Malaisie, une rébellion contre la domination britannique est en cours depuis 1948. Une fois de plus, le gouvernement de Churchill hérite d'une crise, et Churchill choisit d'utiliser l'action militaire directe contre ceux qui sont en rébellion. Il tente également de construire une alliance avec ceux qui ne le sont pas. Alors que la rébellion est lentement défaite, il est tout aussi clair que la domination coloniale de la Grande-Bretagne n'est plus possible.

Soucis de santé

En juin 1953, alors qu'il est âgé de 78 ans, Churchill subit un accident vasculaire cérébral au 10 Downing Street. La nouvelle est gardée secrète du public et du Parlement à qui l'on annonce que Churchill souffre d'épuisement. Il se rend à Chartwell, pour récupérer des effets de l'AVC, qui avait affecté ses discours et sa capacité à marcher. Il revient à la vie publique en octobre pour faire un discours lors d'une conférence du Parti conservateur à Margate. Cependant, conscient qu'il est nécessaire de ralentir à la fois physiquement et mentalement, Churchill prend sa retraite en tant que premier ministre en 1955 et est remplacé par Anthony Eden.
 

Retraite

Après avoir quitté le poste de premier ministre, Churchill passe moins de temps au Parlement. Il vit sa retraite à Chartwell et à son domicile à Hyde Park Gate, à Londres. Lorsque son état mental et ses facultés physiques se dégradent, il sombre dans la dépression. En 1963, le président américain John F. Kennedy, agissant en vertu de l'autorisation accordée par une loi du Congrès, le proclame citoyen d'honneur des États-Unis, mais il est dans l'impossibilité d'assister à la cérémonie à la Maison Blanche. Le 15 janvier 1965, Churchill subit un grave accident vasculaire cérébral qui le laisse gravement malade.

Il meurt à son domicile neuf jours plus tard, à l'âge de 90 ans, le matin du dimanche 24 janvier 1965, soit 70 ans après le lendemain de la mort de son père.
 

L'artiste

Winston Churchill était aussi un artiste accompli et qui prenait beaucoup de plaisir dans la peinture, surtout après sa démission en tant que premier lord de l'Amirauté en 1915.

Il avait trouvé un refuge dans l'art pour surmonter les périodes de dépression, ou comme il l'appelait, le « Black Dog », qu'il subit tout au long de sa vie. Comme William Rees-Mogg le déclara : « dans sa propre vie, il a dû subir le « Black Dog » de la dépression. Dans ses paysages et ses natures mortes, il n'y a aucun signe de dépression ».

Il est mieux connu pour ses scènes de paysage impressionnistes, dont beaucoup ont été peints en vacances dans le Sud de la France ou au Maroc. Il a poursuivi ce passe-temps tout au long de sa vie et peint des dizaines de toiles, dont beaucoup sont exposés dans le studio à Chartwell.
 

L'écrivain et l'historien

Malgré sa renommée et ses origines sociales, Churchill lutta toujours pour maintenir son revenu à un niveau élevé, afin de continuer son mode de vie extravagant. Les députés avant 1946 ne recevaient qu'un salaire nominal (et en fait ne recevaient rien jusqu'à la loi sur le Parlement de 1911), ce qui faisait que nombre d'entre eux avaient une profession secondaire pour gagner leur vie. De son premier livre en 1898 jusqu'à son deuxième passage en tant que premier ministre, le revenu de Churchill est presque entièrement assuré par l'écriture de livres et de chroniques pour des journaux et des magazines. Le plus célèbre de ces articles est celui qui figure dans l'Evening Standard de 1936, avertissant de la montée d'Hitler et le danger de la politique d'apaisement.

Churchill est également un homme de lettres prolifique, auteur de plusieurs livres dont un roman, deux biographies, trois volumes de mémoires, et de nombreuses histoires, en plus de ses nombreux articles de journaux. Il a également écrit lui-même ses discours politiques. Il est à ce jour l'unique homme politique et ancien premier ministre à recevoir, en 1953, le prix Nobel de littérature « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour ses discours brillants pour la défense des valeurs humaines ». Deux de ses œuvres les plus célèbres, écrites après sa première période comme premier ministre, amènent sa renommée internationale à de nouveaux sommets :

  • six volumes de souvenirs, The Second World War, 1948-1954 ;
  • quatre volumes d'histoire, A History of the English-Speaking Peoples, 1956-1958. La période couverte va de l'invasion de la Grande-Bretagne par César (55 av. J.-C.) au début de la Première Guerre mondiale (1914).
     

Funérailles

Par décret de la reine, des obsèques nationales eurent lieu à la cathédrale Saint-Paul. Ce furent les premières obsèques nationales pour un non-membre de la famille royale depuis 1914, et aucun autre du genre n'a eu lieu depuis. Le cercueil a ensuite parcouru la courte distance jusqu'à la gare de Waterloo où il fut chargé sur un wagon spécialement préparé et peint - Southern Railway Van S2464S - dans le cadre du cortège funéraire pour son trajet par chemin de fer jusqu'à Bladon. Le Royal Artillery tire 19 coups de canon (pour un chef de gouvernement), et la RAF met en scène un défilé aérien de seize avions de combat English Electric Lightning. Les funérailles sont également le plus grand rassemblement de chefs d'État dans le monde jusqu'en 2005 lors des funérailles du pape Jean-Paul II. Le wagon Pullman transportant sa famille en deuil a été remorqué par une locomotive à vapeur Bulleid Pacifique n ° 34051 "Winston Churchill". Dans les champs le long de la route, et aux stations par lesquelles le train est passé, des milliers de personnes se tenaient en silence pour lui rendre un dernier hommage. À la demande de Churchill, il est enterré dans la parcelle familiale à l'église St Martin, Bladon, près de Woodstock, non loin de son lieu de naissance au Palais de Blenheim.

 

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