
.
.Jacques
CHIRAC
Jacques Chirac,
né le 29 novembre 1932 dans le 5e
arrondissement de Paris, est un homme politique et un homme d'État
français, 22è Président de la République française.
Il est Premier ministre de Valéry
Giscard d'Estaing de 1974 à 1976 puis, inaugurant la première
cohabitation, celui du socialiste François Mitterrand de 1986 à
1988. Député de la 3e circonscription de la Corrèze en 1967, 1968,
1973, de 1976 à 1986 et de 1988 à 1995, maire de Paris entre 1977
et 1995, il est le 22e président de la République française du
17 mai 1995 au 16 mai 2007, période incluant la troisième
cohabitation avec Lionel Jospin entre 1997 et 2002.
Il est aussi le fondateur de deux
partis politiques majeurs : le Rassemblement pour la République
(RPR), en 1976, et l'Union pour un mouvement populaire (UMP), en
2002.
1932 - 1951 :
enfance et scolarité
Né le 29 novembre 1932 à la
clinique Geoffroy Saint-Hilaire (Ve arrondissement de Paris),
Jacques René Chirac est le fils d'Abel François Chirac (1898 -
1968), employé de banque puis administrateur d'une filiale de la
société aéronautique SNCAN et de Marie-Louise Valette (1902 -
1973). Tous deux proviennent de familles corréziennes « laïques et
républicaines », ses deux grands-pères sont des instituteurs
devenus directeurs d'école — à Brive-la-Gaillarde pour son
grand-père paternel et à Sainte-Féréole pour son aïeul maternel,
en Corrèze. D'après Jacques Chirac, son nom « a pour origine la
langue d'oc, celle des troubadours, donc celle de la poésie ».
Le jeune Jacques, élevé en enfant
unique (sa sœur aînée, Jacqueline est décédée en bas âge avant sa
naissance), commence ses études à l'école communale de Sainte-Féréole
en Corrèze de 1940 à 1943 avant de les poursuivre en région
parisienne, tout d'abord au lycée Hoche de Versailles pendant un
an, puis au lycée Carnot et enfin au lycée Louis-le-Grand. Après
son baccalauréat, obtenu en 1950 en section « mathématiques
élémentaires » avec mention « assez bien », il fait une campagne
de trois mois comme matelot sur un navire charbonnier, le
Capitaine Saint-Martin, contre l'avis de son père. De retour
en France, il fait une année en « hypotaupe » (mathématiques
supérieures, première année de classe préparatoire scientifique).
1951 - 1956 :
études à Sciences Po et mariage
Il intègre, en septembre 1951,
l'Institut d'études politiques de Paris. Durant cette période,
brièvement, il milite dans la mouvance du Parti communiste avec
notamment le futur éditeur Christian Bourgois. Il vend
L'Humanité rue de Vaugirard, et participe au moins à une
réunion de cellule communiste, comme il l'a raconté. Il signe en
1950 l'Appel de Stockholm, contre l'armement nucléaire,
d'inspiration communiste. Cela lui vaut d'être interrogé lorsqu'il
demande son premier visa pour les États-Unis ; il est ainsi
diplômé de la Summer school de Harvard en 1952, et prend
dans la foulée une année sabbatique pour parcourir les États-Unis.
Ses fiançailles avec Bernadette
Chodron de Courcel (née en mai 1933), rencontrée à Sciences Po,
sont célébrées dans l'appartement des Chodron de Courcel,
boulevard Raspail, le 17 octobre 1953. En 1954, il finit son
cursus à l'IEP Paris en soutenant un mémoire de géographie
économique intitulée Le port de La Nouvelle-Orléans,
dirigée par le professeur Jean Chardonnet. Il sort ainsi troisième
sur les 139 de sa promotion, avec la mention « bien ». À l'automne
de la même année, il est reçu à l'École nationale
d'administration.
Le 16 mars 1956, il épouse
Bernadette Chodron de Courcel, malgré les réticences de la famille
de celle-ci vis-à-vis d'un jeune homme issu d'un milieu différent.
Les Chodron de Courcel refusent un mariage solennel dans la
basilique Sainte-Clotilde, habituée des familles de la haute
société du faubourg Saint-Germain. La cérémonie a donc lieu dans
la chapelle de Jésus-Enfant (29 rue Las Cases), annexe de
l'église, réservée alors au catéchisme et aux cérémonies plus
intimes. Il a avec elle deux filles, Laurence, née en 1958 et
Claude, née en 1962.
1965 - 1967 :
premiers pas en politique
En 1965, il est élu conseiller
municipal de Sainte-Féréole, en Corrèze, berceau de la famille
Chirac, sans qu'il se soit présenté. Un an plus tard, Georges
Pompidou l'envoie en Corrèze arracher la circonscription d'Ussel à
l'opposition lors des élections législatives de 1967. Il est alors
le fer de lance de l'opération dite des « Jeunes loups », à savoir
l'alignement par le Premier ministre et les gaullistes de jeunes
candidats prometteurs pour remporter des bastions traditionnels de
la gauche dans le centre et l'ouest de la France.
Bénéficiant du soutien de Marcel
Dassault, ami de son père, et de son journal, menant une campagne
acharnée, il bat au second tour son adversaire Georges Émon, du
Parti communiste français, de justesse (18 522 voix contre 17 985
pour son adversaire), dans un bastion du parti. Dans cette
victoire à l'arrachée sur une gauche divisée (le candidat envoyé
par la FGDS pour remplacer Maurice Audy, sénateur-maire de Meymac,
un temps pressenti mais convaincu par Jacques Chirac de ne pas se
présenter, n'est autre que le propre frère de François Mitterrand,
Robert, lequel fait un score calamiteux), il bénéficie de la
neutralité bienveillante de la gloire locale Henri Queuille et de
l'inamovible maire d'Égletons, le socialiste Charles Spinasse,
ancien ministre de Léon Blum. Charles Spinasse affirme à cette
occasion que Jacques Chirac est un type très « Front populaire ».
1974 - 1976 :
Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing
Des relations
difficiles avec le président et son propre camp
Le 27 mai 1974, en raison de son
rôle décisif dans son élection, Valéry Giscard d'Estaing nomme
Jacques Chirac Premier ministre. Il expose le 5 juin son discours
de politique générale devant l'Assemblée nationale, qui lui
accorde le lendemain sa confiance par 297 voix contre 181. Il
conserve l'appui de l'Union pour la défense de la République (qui
ne compte que cinq ministres sur quinze, alors qu'ils étaient dix
sur seize dans le précédent gouvernement) dont il devient le
secrétaire général, sans même en avoir été membre, par 57 voix
contre 27 au député-maire de Cambrai Jacques Legendre le 14
décembre. Il ne fait toutefois pas l'unanimité au sein du camp
gaulliste. Ainsi, le ministre sortant des Relations avec le
Parlement, Robert Boulin, qualifie son arrivée à la tête du parti
de « hold-up » et rend sa carte de militant tandis que le
député-maire de Brive-la-Gaillarde Jean Charbonnel avait déjà
saisi, dès le 25 juin 1974, le tribunal administratif pour
« violations graves, répétées, délibérées des statuts de l'UDR ».
Jacques Chaban-Delmas, quant à lui, estime que : « M. Chirac n'a
découvert le gaullisme qu'en comptant les sièges de l'Assemblée ».
À Matignon, il instaure un style
détendu et studieux, travaillant souvent en bras de chemise et les
pieds sur la table, tout en débutant un bras de fer avec le
président. Tous deux désirent gouverner le pays et possèdent un
caractère très différent : leur rivalité est la même depuis leurs
tensions au ministère des Finances. De plus, Jacques Chirac se
voit imposer par le président un grand nombre de ministres qu'il
n'apprécie pas. C'est notamment le cas de Michel Poniatowski, qui
lui succède à l'Intérieur et obtient en plus le titre de ministre
d'État (ce qui en fait le no 2 du gouvernement derrière Chirac),
et Jean-Jacques Servan-Schreiber, tous deux fermement
antigaullistes. Jacques Chirac se débarrasse rapidement du
cofondateur de L'Express sur la question des essais
nucléaires. « JJSS » y est opposé et le fait savoir, ce qui le
pousse à la démission dès le 9 juin 1974. Pour le remplacer,
Valéry Giscard d'Estaing impose à Jacques Chirac le second
co-fondateur de L'Express en la personne de Françoise Giroud, qui
devient secrétaire d'État auprès du Premier ministre chargée de la
Condition féminine le 16 juillet.
D'un autre côté, les réformes
entreprises par Valéry Giscard d'Estaing surprennent puis agacent
les gaullistes. Si Jacques Chirac s'investit personnellement dans
la défense des plus symboliques d'entre elles, telles la majorité
à 18 ans, la loi sur l'avortement, l'extension de la couverture de
sécurité sociale ou la réforme de l'audiovisuel (avec l'éclatement
de l'ORTF en sept entités autonomes, comprenant les trois chaines
et Radio France, tout en conservant le monopole d'État),
celles-ci, ainsi que certaines actions du président telles la
« poignée de main » à des détenus en prison, rendent sceptiques
l'UDR et vont, selon eux, à l'encontre des idéaux de l'électorat
de droite. Beaucoup de « barons du gaullisme » lui reprochent
alors d'être trop proche de l'Élysée, le contraignant à la
démission du secrétariat général de l'UDR le 15 juin 1975 au
profit d'un de ses proches, André Bord puis, à partir de 1976,
Yves Guéna. Espérant être reconnu par le président de la
République comme chef de la majorité, l'emploi par l'Élysée du
terme de « majorité présidentielle » fait que les relations se
tendent entre les deux têtes de l'exécutif. Les deux conseillers
personnels de Jacques Chirac, Pierre Juillet et Marie-France
Garaud, le poussent même à la rupture avec Valéry Giscard
d'Estaing.
- La rupture
avec le président de la République
Le 11 janvier 1976, le président
effectue un remaniement ministériel contre l'avis du Premier
ministre : les ministres dont il souhaitait le départ, à savoir
Michel Poniatowski, Jean-Pierre Fourcade et Françoise Giroud, sont
maintenus, et l'équipe gouvernementale est augmentée de six
secrétaires d'État dont un seul de l'UDR, alors que le Premier
ministre voulait la restreindre et augmenter le nombre de
gaullistes en son sein. Il dénonce le pouvoir exercé par Valéry
Giscard d'Estaing et, après la défaite de la droite aux élections
cantonales de mars 1976 (neuf départements passent alors à
gauche), il demande l'organisation d'élections législatives
anticipées au cours desquelles son rôle de coordinateur de la
majorité serait reconnu et une refonte complète de l'action
gouvernementale : abandon de certaines réformes comme la taxation
sur les plus-values et une politique plus axée sur le plan social
et la défense des libertés.
Après une rencontre au fort de
Brégançon le 6 juin 1976, Jacques Chirac se laisse convaincre par
ses collaborateurs, considérant qu'il est devenu l'« huissier de
la présidence », et décide de quitter son poste. Il remet sa
lettre de démission au président de la République le
26 juillet 1976, mais il accepte de ne la rendre officielle que le
25 août à 11h40. Il se justifie avec éclat lors d'une conférence
de presse tenue à l'Hôtel Matignon le jour de son départ : « Je ne
dispose pas des moyens que j’estime aujourd'hui nécessaires pour
assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre et dans ces
conditions, j'ai décidé d'y mettre fin ». Il aurait affirmé à
Valéry Giscard d'Estaing « qu'il voulait quitter la vie politique
[…] et qu'il s'interrogeait sur sa vie, et qu'il parlait même de
monter une galerie d'art ». Quoi qu'il en soit, remplacé par
Raymond Barre, il est dénoncé dès le soir du 25 août par Valéry
Giscard d'Estaing dans une interview donnée à TF1. Le chef de
l'État reproche à son ancien Premier ministre d'être incapable de
résoudre le problème de l'inflation et d'informer clairement
l'opinion publique des buts poursuivis par le gouvernement, et
considère qu'il manque d'autorité et est inapte à donner aux
débats politiques la sérénité nécessaire. L'opposition porte un
jugement beaucoup moins dur sur son passage à Matignon, car si
Georges Marchais considère Jacques Chirac comme « le Premier
ministre le plus antisocial » qu'il ait jamais rencontré, François
Mitterrand dit de lui qu'il a été « le meilleur Premier ministre »
que la majorité ait eu à son service.
1981 :
première candidature à l'élection présidentielle
Il annonce sa candidature à
l'élection présidentielle le 2 février 1981 en se présentant comme
le seul légitime à pouvoir se poser en « rassembleur des
gaullistes » et en se fixant pour objectif d'« arrêter le
processus de dégradation de la France » qu'il attribue « au
comportement des responsables de l'État ». Il installe son
quartier général rue de Tilsitt à Paris, tandis que Charles Pasqua
est nommé coordonnateur de sa campagne. Il expose son programme le
10 février, en l'axant sur les thèmes de la réduction des impôts —
suivant l'exemple de Ronald Reagan —, du retour à une politique
étrangère volontariste et du « changement sans risque »,
effectuant ainsi un virage à droite depuis son discours du
« travaillisme à la française » de la fin des années 1970,
entamant ce que certains politologues, dont Jean Baudouin, ont
appelé le « moment néo-libéral du RPR ». Il attaque tout
particulièrement le président sortant dont il dénonce
« l'irrésolution » en politique étrangère (reprenant alors le
thème du « parti de l'étranger »), le « manque de fermeté » dans
le maintien de l'ordre républicain et une tendance au
« collectivisme rampant ». Il est soutenu par certaines
personnalités des lettres, du spectacle ou du monde sportif, tels
l'accordéoniste Aimable, les acteurs Jean Marais et Moustache, la
romancière Juliette Benzoni, le comédien Roger Carel, le peintre
Bernard Buffet et son épouse l'écrivaine Annabel, la meneuse de
revue et chanteuse Line Renaud et son époux et compositeur Loulou
Gasté, la présentatrice de télévision Sophie Darel, l'athlète
médaillé olympique de 110 mêtres haies Guy Drut ou encore le
judoka lui-aussi champion olympique Thierry Rey. Parmi les slogans
de campagne, on retrouve la chanson Jacques Chirac Maintenant.
Il obtient au premier tour, le 26
avril, 18,00 % des voix au premier tour, soit un peu plus de 5
millions de voix, et se retrouve largement distancé par Valéry
Giscard d'Estaing (28,32 %) et François Mitterrand (25,85 %), qui
remporte le second tour. Toutefois, il confirme alors son statut
de chef naturel de la famille politique gaulliste, puisqu'il fait
mieux que Jacques Chaban-Delmas en 1974 (il avait alors obtenu
15,10 %), tandis que les scores cumulés des deux autres
candidatures gaullistes, celles de Michel Debré et de Marie-France
Garaud, n'atteignent qu'environ 3 %.
Jacques Chirac annonce dès le
lendemain du scrutin que, « personnellement », il votera pour le
chef de l'État sortant. Ses militants retiennent le peu de
conviction du message et votent massivement pour le candidat de
l'opposition. Selon Valéry Giscard d'Estaing, Raymond Barre et
Christian Bonnet, la permanence du RPR conseille de voter pour
François Mitterrand entre les deux tours ; Valéry Giscard
d'Estaing explique que François Mitterrand lui aurait confirmé
avoir rencontré Jacques Chirac chez Édith Cresson à cette
occasion. Toujours selon Valéry Giscard d'Estaing, la stratégie de
Jacques Chirac est alors de faire élire François Mitterrand puis
d'essayer d'obtenir une nouvelle fois la majorité au parlement, le
leader
socialiste étant obligé de dissoudre la chambre issue de
1978.
Aux élections législatives de
juin 1981, qui sont marquées par une « vague rose » née de
l'« état de grâce » du nouveau président, le RPR n'obtient que
20,9 % des suffrages exprimés. Pour sa part, Jacques Chirac
est réélu en Corrèze une nouvelle fois au premier tour, mais plus
faiblement qu'auparavant puisqu'il ne passe que de peu la barre de
la majorité absolue (50,6 %), face à un jeune candidat
socialiste
tout juste sorti de l'ENA, François Hollande.
1986 - 1988 :
la première cohabitation
Le 16 mars 1986, lors des
élections législatives à la proportionnelle, l'union RPR-UDF
obtient de justesse la majorité, de seulement deux sièges (291
députés sur 577, le RPR est le premier groupe de la majorité avec
155 membres et apparentés, mais le second de l'hémicycle derrière
celui du PS qui reste le premier parti de France en nombre de
siège et de voix) et survient alors la « cohabitation ».
Jacques Chirac, chef de la
majorité, est nommé Premier ministre le 20 mars. Outre lui-même,
son gouvernement compte initialement 37 membres, nombre porté à 40
cinq jours plus tard, à savoir : un ministre d'État (un de ses
plus proches alliés au sein du RPR, Édouard Balladur, chargé de
l'Économie, des Finances et des Privatisations), 13 ministres (6
RPR, 5 UDF se répartissant entre 2 PR, 2 CDS et 1 radical, et 2
indépendants), 10 ministres délégués (8 RPR et 2 UDF-PR) et 16
secrétaires d'État (9 UDF dont 4 CDS, 3 PR, 1 radical et 1 PSD, 6
RPR et 1 indépendant). Les trois personnalités issues de la
société civiles qui font leur entrée dans son ministère sont le
diplomate Jean-Bernard Raimond (jusque là ambassadeur en URSS) au
ministère des Affaires étrangères, le président de la FNSEA
François Guillaume à l'Agriculture et le French doctor Claude
Malhuret (directeur général de Médecins sans frontières) comme
secrétaire d'État aux droits de l'Homme.
Dans son discours de politique
générale prononcé devant l'Assemblée nationale le 9 avril, il
déclare : « Notre nouvelle frontière, ce doit être l'emploi ». Le
lendemain, il obtient la confiance des députés par 292 voix
(l'ensemble des groupes RPR et UDF, 5 non inscrits sur 9 et un
député d'extrême-droite sur 35) contre 285.
L'une de ses premières mesures,
dès le 20 mai, est de revenir sur la proportionnelle et de
rétablir le scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans le
cadre de 577 nouvelles circonscriptions établies par une
commission présidée par Charles Pasqua.
- Une
cohabitation difficile
Mais la cohabitation est avant
tout l'occasion d'une guerre de tranchées entre le Premier
ministre et le président, le premier affirmant son contrôle de la
politique intérieure et le deuxième cherchant à défendre sa
« chasse gardée » (affaires étrangères et défense). De plus,
François Mitterrand critique ouvertement l'action de son Premier
ministre et se pose en président impartial. Il refuse de signer
des ordonnances (celles sur les privatisations, sur le découpage
électoral ou sur l'aménagement du temps de travail, notamment) et
Jacques Chirac doit recourir à l'article 49 al 3. La stratégie du
président favorise la lassitude de l'opinion vis-à-vis de la
méthode et des réformes du gouvernement, dont certaines sont mal
comprises et impopulaires (notamment la suppression de l'IGF ou
l'amnistie pour les fuites de capitaux).
Confronté à une série de
mouvements sociaux étudiants ou des services publics durant
l'hiver 1986-1987, il paye surtout la défiance de la jeunesse, à
laquelle son ministre Alain Devaquet s'est heurté en novembre
1986, et la mort d'un étudiant manifestant, Malik Oussekine, tué
par les forces de l'ordre le 6 décembre, pousse le ministre à
démissionner et le chef du gouvernement à retirer le projet de loi
de réforme de l'enseignement supérieur. Il paye également l'image
de son ministre Charles Pasqua, populaire à droite mais détesté à
gauche qui l'accuse de chasser sur les terres de l'extrême-droite.
Par conséquent, selon les sondages IFOP pour le Journal du
dimanche, François Mitterrand redevient plutôt populaire entre
1986 et 1987 (alors que sa côte d'opinions favorables était tombée
à 31 % contre 48 % d'insatisfaits en 1985, elle remonte à 55 % en
juin 1986 et culmine à 57 % lors du début des manifestations
étudiantes), tandis que le taux de satisfaits de Jacques Chirac,
établi à 51 % en octobre 1986, se fait dépasser par le nombre
d'insatisfaits de sa politique en février 1987 (39 % contre 48 %).
À partir de ce moment, il décide de mettre en suspens certaines
des réformes prévues (notamment de l'enseignement, le projet de
création de prisons privées ou du code de la nationalité) et de
ralentir le rythme des privatisations en attendant l'élection
présidentielle de 1988.
1988 :
deuxième candidature à la présidentielle, deuxième défaite
Le 16 janvier 1988, Jacques Chirac
annonce depuis l'Hôtel Matignon qu'il se présente à l'élection
présidentielle. Son directeur de campagne est à nouveau Charles
Pasqua, et Alain Juppé son porte-parole. Confronté à la remontée
spectaculaire de François Mitterrand dans les sondages, et à une
« primaire » à droite qui l'oppose au premier tour à Raymond
Barre, investi par l'UDF, il se lance dans une tournée dans toute
la France pour expliquer sa politique. Son équipe de
communication, toujours menée par Bernard Brochand et Jean-Michel
Goudard, mais incluant également désormais sa fille Claude Chirac,
tente de le réconcilier avec le grand public : il apparaît ainsi
pour la première fois sans ses éternelles lunettes sur ses
affiches électorales, en simple chemise, l'air décontracté et
bienveillant, avec pour slogan un seul mot, « la volonté ». Il
reçoit également, de manière plus active qu'en 1981, l'appui de
personnalités du spectacle, du cinéma ou de la chanson.
Au premier tour, le 24 avril, il
obtient seulement 19,94 % des suffrages exprimés (soit un score à
peine supérieur à celui de 1981) et est talonné à droite par
Raymond Barre qui en attire 16,6 %, et se trouve largement
distancé par François Mitterrand et ses 34,1 %. Immédiatement,
l'ancien Premier ministre giscardien et l'UDF appellent à voter
pour Jacques Chirac au second tour. Mais surtout, avec 14,4 % des
voix, Jean-Marie Le Pen confirme l'ascension électorale connue par
l'extrême-droite depuis le début des années 1980 et le report de
ses électeurs devient l'un des enjeux de cette élection. Le
journaliste Éric Zemmour a rapporté que Jacques Chirac aurait eu
une entrevue secrète avec le président du Front national entre les
deux tours, ce qu'il a toujours nié. En fait, il y aurait eu deux
rencontres selon Franz-Olivier Giesbert. La première se serait
déroulée un mois avant le premier tour par l'intermédiaire d'un
ami commun, le général Pierre de Bénouville. Il s'agissait d'une
prise de contact afin de que les deux hommes puissent se jauger.
Une seconde rencontre aurait eu lieu entre les deux tours. Cette
fois, Charles Pasqua est l'intermédiaire qui organise l'entrevue
chez un ami armateur. Cette fois-ci, Chirac a pris sa décision et
fait preuve d'une « inflexible intransigeance » à la grande
stupéfaction de Jean-Marie Le Pen. Opposant une fin de non
recevoir, Chirac aurait demandé au chef du parti d'extrême-droite
de ne pas lancer le moindre appel en sa faveur. Lors de son
allocution du 1er mai 1988, Jean-Marie Le Pen ne pouvait plus que
déclarer : « Pas une voix pour Mitterrand ! ».
Le 28 avril, lors d'un débat
télévisé particulièrement rugueux, François Mitterrand, qui a déjà
l'expérience de deux de ces faces-à-faces, prend l'ascendant sur
son Premier ministre (les médias retiendront sa répartie cinglante
et ironique à un Jacques Chirac insistant pour qu'il l'appelle M.
Mitterrand et non M. le président : « Mais vous avez tout à fait
raison, M. le Premier ministre »), et lui affirme « dans les
yeux » qu'il l'avait informé de l'implication dans les attentats
de Paris de 1986 du diplomate iranien Wahid Gordji, pourtant
libéré en novembre 1987 et renvoyé dans son pays, apparemment dans
le cadre des tractations concernant les otages au Liban.
Les derniers jours de la campagne
sont marqués par deux évènements, en outre-mer et au
Proche-Orient, qui vont fortement marquer l'opinion. Ainsi, le 4
mai, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua se rend
personnellement au Liban pour ramener les trois otages français,
retenus en captivité dans ce pays du Proche-Orient depuis trois
ans, pour les ramener en France où ils sont accueillis, le 5, par
Jacques Chirac. Si, officiellement, le gouvernement français n'a
payé aucune rançon, mais doit admettre le 6 qu'un accord a été
signé avec l'Iran qui, en contrepartie de la libération des
otages, prévoit le rétablissement du statut d’actionnaire de
l’Iran dans Eurodif et la livraison « sans restriction » d’uranium
enrichi à Téhéran. À la même période, l'affaire de la prise
d'otages d'Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, commencée deux jours avant
le premier tour (le 22 avril, des indépendantistes kanaks du FLNKS
ont attaqué la gendarmerie de Fayaoué sur l'île d'Ouvéa, tuant
quatre gendarmes et prenant les vingt-sept autres en otages, dont
la plupart sont emmenés dans la grotte de Gossanah), se termine
dans le sang le 5 mai par l'opération Victor (la grotte est prise
d'assaut par des membres des forces spéciales sur ordre de
Matignon et avec l'accord de l'Élysée, entraînant la mort de
dix-neuf preneurs d'otages et de deux militaires, mais tous les
otages sont libérés).
Au soir du second tour de
l'élection le 8 mai 1988, Jacques Chirac subit une défaite assez
importante en n'obtenant que 45,98 % des voix. Son camp est
démoralisé, et sa femme va jusqu'à affirmer : « les Français
n'aiment pas mon mari ». Lui-même souhaite « Bonne chance à la
France et bonne chance aux Français ». Deux jours plus tard, le 12
mai, il cède l'Hôtel Matignon au grand rival de François
Mitterrand au sein du PS, Michel Rocard, et le 15, l'Assemblée
nationale, toujours majoritairement à droite, est dissoute.
1993 - 1995 :
la deuxième cohabitation
Face aux grandes difficultés du
gouvernement de gauche, il participe à la campagne législative de
1993 qui voit la victoire écrasante de la droite. Échaudé par
l'expérience précédente, il préfère rester en retrait et laisse
Édouard Balladur devenir Premier ministre, formant ainsi la
Deuxième cohabitation. L'accord tacite entre les deux hommes est
simple : à Édouard Balladur l'Hôtel Matignon, à Jacques Chirac le
Palais de l'Élysée en 1995.
Cependant, Édouard Balladur, au vu
de sa popularité, décide de se présenter à l'élection
présidentielle : les partisans du président du RPR crient à la
trahison, d'autant que le Premier ministre entraîne avec lui une
large partie des chiraquiens du premier cercle, la plupart membres
de son gouvernement, dont Nicolas Sarkozy et Charles Pasqua.
Philippe Séguin, un temps hésitant, se lance dans la bataille
auprès du candidat « légitime », et devient avec Alain Juppé et
Alain Madelin un des principaux soutiens de Jacques Chirac.
Celui-ci, espérant devancer Édouard Balladur, annonce sa
candidature tôt, le 4 novembre 1994. Il entame une campagne
dynamique et centrée sur le thème de la « fracture sociale ».
Jacques Chirac réussit à éliminer Édouard Balladur au premier
tour, au terme d'une lutte féroce et marquée par la sortie de
plusieurs affaires politico-financières (telles que l'affaire
Schuller-Maréchal), avant de remporter le second tour face à
Lionel Jospin, candidat socialiste, avec 52,64 % des voix : il
devient alors président de la République.
- Le
leadership sur la droite
Durant ces 28 années, Jacques
Chirac a gravi les échelons jusqu'à s'imposer comme le leader de
la droite. Selon plusieurs auteurs, comme Franz-Olivier Giesbert
ou Patrick Girard, il n'a pas hésité, dans cet objectif, à « faire
le ménage » au sein même de son propre camp. Nombreuses sont ainsi
les victimes de Jacques Chirac : il y a d'abord le soutien à
Valéry Giscard d'Estaing, lors de l'élection présidentielle de
1974, dans le seul but de torpiller Jacques Chaban-Delmas,
pourtant candidat sous la bannière du parti auquel appartient
Chirac (l'UDR); puis la volonté, ensuite, de provoquer le départ
de Giscard de l'Élysée, en 1981 (à tel point que Giscard
expliquera ensuite avoir vérifié par lui-même que le RPR
conseillait secrètement à ses sympathisants de voter pour François
Mitterrand au second tour) ; ensuite, à la fin des années 1980 et
au début des années 1990, Jacques Chirac parvient, non sans mal, à
conserver son poste de président du RPR en brisant les tentatives
de réforme des « Rénovateurs », puis en empêchant Charles Pasqua
et Philippe Séguin de prendre le contrôle du mouvement ; enfin, il
défait Édouard Balladur lors de la fratricide campagne de 1995. À
ceux-ci s'ajoutent naturellement les adversaires politiques
déclarés du RPR (Parti socialiste, Parti
communiste français,
Front national…). L'élection à la présidence de la République, en
1995, est donc, pour Jacques Chirac, l'aboutissement de longs
combats.
1995 - 2002 :
Premier mandat présidentiel
1995 - 1997 : Alain Juppé Premier
ministre
À son arrivée à l'Élysée, le 17
mai, il nomme Alain Juppé Premier ministre. Ce dernier met
l'accent sur la lutte contre le déficit budgétaire et la dette de
l'État afin de respecter le pacte de stabilité de l'Union
européenne et d'assurer l'arrivée de l'Euro.
Le 16 juillet 1995, dans une
allocution, à l'occasion du 53e anniversaire de la rafle du
Vélodrome d'Hiver, Jacques Chirac reconnait « la faute
collective » de la France, et déclare : « ces heures noires
souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé
et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été
secondée par des Français, par l'État français. »
Dès juillet 1995, une de ses
toutes premières décisions est d'effectuer une ultime campagne
d'essais nucléaires avant la signature du TICE, afin de permettre
au CEA de développer son programme Simulation. Cette décision,
arrivée au moment du cinquantenaire des bombardements d'Hiroshima
et de Nagasaki, provoque un tollé, en particulier en
Nouvelle-Zélande, en Australie, au Japon, aux États-Unis et dans
les milieux écologistes, sans qu'il cède : la campagne d'essais a
lieu.
La politique internationale de la
France change subitement en Yougoslavie, où le président ordonne,
suite au meurtre de soldats français, des représailles conjointes
avec l'OTAN, ce qui met fin à la guerre civile. Il mène
parallèlement une politique qui le rapproche des pays arabes tout
en travaillant au processus de paix dans le conflit
israélo-palestinien. La France rejoint le commandement intégré de
l'OTAN, après avoir tenté d'obtenir pour un militaire européen (en
fait, français), le commandement sud de l'Otan, basé à Naples.
Le 22 février 1996, le président
annonce sa décision de professionnaliser les armées et de
suspendre le service national. Ce choix de suspension, et non
d'abolition, doit permettre de le rétablir en cas de conflit armé.
Le 22 octobre 1996, il se rend en
Israël. Il exige, à l'impromptu, de visiter le quartier arabe de
la vieille ville. Tout contact avec la population palestinienne
étant empêché par la sécurité israélienne, Jacques Chirac se met
en colère, menaçant de repartir en France et accusant le chef de
la sécurité de provocation. Ce coup de colère fera le tour du
monde arabe, et Chirac sera acclamé par la population le
lendemain, lors de sa visite dans les territoires occupés.
De plus en plus impopulaire, le
gouvernement d'Alain Juppé doit affronter des grèves massives
durant l'hiver 1995-1996, dues à la réforme des retraites du
public et au gel du salaire des fonctionnaires. Devant
l'essoufflement de sa majorité, il risque une dissolution,
attendue par beaucoup et probablement conseillée par le secrétaire
général de l'Élysée Dominique de Villepin, de l'Assemblée
nationale le 21 avril 1997, soit onze mois avant la date prévue.
Pris de court, ni son parti, ni son électorat ne comprennent son
geste tandis que l'opposition crie à la manœuvre. Les élections
qui suivent voient la victoire de la « gauche plurielle », menée
par Lionel Jospin. Jacques Chirac nomme ce dernier Premier
ministre.
1997 - 2002 : la troisième cohabitation
La Troisième cohabitation est bien
plus longue que les précédentes, puisqu'elle dure cinq ans. Le
président et le Premier ministre tentent de parler d'une seule
voix dans le cadre de l'Union européenne ou de la politique
étrangère, se rendant ensemble aux sommets européens (comme lors
des deux autres cohabitations), même si on y assiste parfois à des
passes d'armes verbales entre les deux hommes.
C'est à cette époque qu'éclatent
les affaires politico-financières au sujet du RPR et de la mairie
de Paris (voir ci-dessous). À l'initiative d'un député socialiste,
Arnaud Montebourg, trente députés (dix-neuf PS, quatre « verts »,
quatre radicaux, deux PCF et un MDC) déposent une motion demandant
la traduction de Jacques Chirac devant la Haute cour de Justice.
La motion est rejetée. Dans une décision du 22 janvier 1999, le
Conseil constitutionnel, alors présidé par le socialiste Roland
Dumas, confirme au président son immunité telle qu'elle est
définie dans la Constitution.
Le gouvernement Jospin connaît une
popularité importante, marquée par la loi des 35 heures, la baisse
du chômage et la reprise économique mondiale de la fin du siècle.
Partant favori, le Premier ministre décide de rétablir le
calendrier initial des élections (la présidentielle avant les
législatives) et surtout obtient du président (et pressé également
par l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing) d'abord très
réticent, qu'il propose la modification de la Constitution pour
transformer le septennat en quinquennat. Le 24 septembre 2000, la
réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans est adoptée par un
référendum marqué par une abstention record. (30,19 % de
participation, 73,21 % de oui 26,79 % de non).
Face à la pression de ses
soutiens, les sondages lui étant peu favorables, Jacques Chirac
décide d'annoncer plus tôt que prévu sa candidature pour
l'élection présidentielle, le 11 février 2002 lors d'un meeting à
Avignon, devançant ainsi Lionel Jospin (ce dernier annonce sa
propre candidature le 20 février).
Election
présidentielle de 2002
S'appuyant sur la jeune garde des
députés RPR, il favorise la formation progressive d'un nouveau
parti qui doit voir la fusion du RPR, de l'UDF et de DL : l'Union
pour la majorité présidentielle. Les futurs éléments de ce nouveau
parti (que l'UDF, dirigée par François Bayrou, refuse de
rejoindre) développent les thèmes de la sécurité et de la baisse
des impôts.
Après un début de campagne moyen,
Jacques Chirac prend du poil de la bête suite aux erreurs de
Lionel Jospin. Fort de sa grande expérience des campagnes
présidentielles, Jacques Chirac mène alors une campagne dynamique,
notamment sur les thèmes de la baisse des impôts (promesse de
baisse de 33 % de l'impôt sur le revenu) et de l'insécurité, très
largement relayés et diffusés par les médias (les Guignols de
l'info de Canal+ accusent TF1 et son journal de 13h d'amplifier le
mouvement ; la gauche parle de « sentiment d'insécurité ») qui
multiplient le temps d'audience sur le sujet et celui de la
violence urbaine. Lionel Jospin voit dans le même temps sa
campagne s'essouffler. Le 21 avril, c'est la surprise, « comme un
coup de tonnerre » : Lionel Jospin est battu dès le premier tour.
Jacques Chirac, arrivé en tête avec 19,88 % (le plus faible score
pour un président sortant) se voit opposé à Jean-Marie Le Pen.
Souvent décrit comme un antiraciste viscéral, assuré de
l'emporter, il décide de refuser de débattre avec son adversaire,
déclarant que « face à l'intolérance et à la haine, il n'y a pas
de transaction possible, pas de compromission possible, pas de
débat possible ». Il laisse alors la gauche et la jeunesse
manifester en appelant à voter pour lui (le slogan de ses
opposants les plus farouches est « Votez escroc, pas facho ») et
est élu avec un score sans commune mesure : 82,21 %.
2007 : Chirac se retire de
l'avant-scène politique
Le 11 mars 2007, il annonce lors
d'un discours télévisé qu'il ne se présentera pas à l'élection
présidentielle de 2007 et que par conséquent il ne briguera pas de
troisième mandat : « Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un
nouveau mandat », ajoutant : « Au terme du mandat que vous m'avez
confié, le temps sera venu pour moi de vous servir autrement ». Le
21 mars suivant, il dit « donner son vote et son soutien à Nicolas
Sarkozy » dans le cadre de cette élection. Le 6 mai 2007,
Nicolas
Sarkozy est élu Président de la République. La passation des
pouvoirs a lieu le 16 mai.
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