Jacques Cartier
(probablement né entre le 7 juin et le 23 décembre 1491 à
Saint-Malo, mort dans la même ville le
1er septembre
1557) est un navigateur et explorateur français. Auteur de cartes
ayant permis l'apparition du golfe et du fleuve Saint-Laurent sur
les représentations du globe, Cartier, par ses Relations,
est le premier Européen à décrire et nommer ces eaux, leurs rives
et leurs habitants, et le territoire visité qu'il nomme Canada.
Biographie
De la naissance
au premier voyage de 1534
Nous ne connaissons que bien peu de chose de sa vie allant de
sa naissance jusqu'à son premier voyage officiel en 1534. Son acte
de baptême ne nous est pas parvenu puisque les registres de l'état
civil de Saint-Malo manquent de 1472 à 1494.
Depuis la seconde moitié du
XIXe siècle, les historiens considèrent
Jacques Cartier comme le fils de Jamet et de Geffline Jansart,
bien qu'aucun document d'archive ne l'atteste.
S'il est bien le fils de ces derniers, il aurait eu pour frères
Lucas et un enfant non nommé, né en 1494, ainsi qu'une sœur ayant
pour nom Berteline.
Ce qui est certain, c'est qu'il a eu une sœur nommée Jehanne,
puisqu'elle apparaît dans le testament du pilote et explorateur
malouin daté du 19 mai 1541.
Selon Frédérique Jouon des Longrais, il faudrait ajouter à la
liste de la fratrie de l'explorateur le nom de Jehan puisqu'il a
été le parrain de deux de ses enfants.
Jacques Cartier épouse,
au début d'avril 1520,
Catherine, fille de Jacques des Granches,
connétable, et de Françoise Du Mast :
un mariage qui améliore grandement la condition sociale de
l'époux. De cette union ne naîtra aucune descendance.
Les archives malouines nous le présentent sous les traits,
entre autres, d'un compère, pour les cérémonies baptismales, et
d'un témoin ou juré, dans les procédures judiciaires, très
recherché de la part de ses concitoyens. En effet, sur une période
s’étalant du 21 août 1510 au 17 novembre 1555, son nom est indiqué
sur 58 actes de baptême, dont 35 où il apparaît comme parrain
d’enfants bretons.
Tissant soigneusement ses liens parmi les bourgeois et les
officiers municipaux de Saint-Malo, Jacques Cartier consolida
également son réseau social grâce à ses fréquentations auprès de
la confrérie de Saint-Jean-Baptiste, communément appelée la
confrérie des Frères Blancs.
Il appert que, parallèlement au domaine maritime, Jacques Cartier
s'intéressait également au monde judiciaire, puisqu'en 1518 il
avait en sa possession un livre intitulé Les loables Coustumes
du pays & Duche de Bretaigne, dans lequel se trouvaient les
règles juridiques bretonnes et les coutumes de la mer (Rôles
d'Oléron).
C'est sans doute grâce à son savoir du droit qu'il était souvent
sollicité comme témoin ou juré dans les cours de Saint-Malo.
Aucun
document d'archive connu ne nous informe de sa carrière de pilote
avant 1530. La majorité des historiens reconnaissent qu'il devait
avoir quelque compétence en la matière, pour mériter le titre de
« capitaine et pilote pour le Roy ayant charge de voiaiger et
allez aux Terres Neuffves passez le destroict de la baye des
Chasteaulx »
et de succéder ainsi à Giovanni da Verrazano.
Dans la mesure où l'on ne connaît pas le ou les auteurs des récits
relatant les voyages de Cartier,
il serait vain d'y chercher quelques indices sur sa personnalité
et sa carrière maritime avant 1530.
Pour expliquer la genèse du
premier voyage de 1534, et connaître les circonstances entourant
le choix de Cartier par François Ier, roi de France,
deux documents postérieurs aux événements et, comme l'on peut s'y
attendre, relatant différemment les faits, ont été employés par
les historiens. Le premier, le plus anciennement utilisé par les
auteurs, est tiré de l'Histoire de la Nouvelle France de
l'avocat
Marc Lescarbot. Selon l'avocat-historien, c'est Jacques
Cartier qui aurait proposé lui-même ses services à l'amiral de
France Philippe Chabot en 1533, qui : « les représenta à sa
Majesté, & fit en sorte que ledit Quartier eut la charge ».
Cette version des faits n'est rapportée que par Lescarbot, mais il
y a toutefois des arguments qui viennent la supporter. En effet,
Jacques Cartier avait donné le nom de l'amiral à l'île Brion,
située dans le golfe de Saint-Laurent, et qui a préservé son
choronyme jusqu'à aujourd'hui. Parmi les raisons qui poussaient
les chefs d'expédition à nommer un nouveau territoire, il y avait
celle d'honorer les principaux « maîtres d'œuvre » du voyage.
Plusieurs historiens avancent
qu'il aurait pu accompagner une campagne de pêche, pour se rendre
à Terre-Neuve avant 1532, car la région était fréquentée des
pêcheurs basques et bretons. Certains suggèrent aussi qu'il aurait
pu participer à l'un des voyages d'exploration de la côte
brésilienne par la flotte normande sous pavillon dieppois, vu :
- d'une part, les fréquentes
comparaisons que Cartier fait, dans ses récits de voyage, entre
les Amérindiens de la Nouvelle-France et les Brésiliens, ainsi que sa connaissance du
portugais car lors de sa retraite il agit à plusieurs
occasions comme interprète en langue portugaise ;
- d'autre part, l'histoire de la
ville de Dieppe, qui relate la navigation non seulement du
capitaine Jean Cousin, mais de deux autres capitaines, Thomas
Aubert et Jean Vérassen, qui embarquèrent de Dieppe en 1508 et
reconnurent le fleuve Saint-Laurent, auquel ils donnèrent son
nom.
En 1532, alors qu'une guerre
éclate entre la couronne du Portugal et les armateurs normands au
large du Brésil, il est présenté à François Ier par Jean Le
Veneur, abbé du Mont-Saint-Michel. Celui-ci évoque des voyages que
Cartier aurait déjà faits « en Brésil et en Terre-Neuve », pour
affirmer qu'il était à même « de conduire des navires à la
découverte de terres nouvelles dans le nouveau monde ». Recevant
une commission du roi de France, et devenant en ce sens le
successeur de Giovanni da Verrazano, Cartier dirigera, aux frais
du roi, trois voyages vers l'Amérique du Nord entre 1534 et 1542,
espérant y trouver un passage pour l'Asie, sinon des richesses.
Le
premier voyage (1534)
Après
seulement vingt jours de traversée (du 20 avril au 10 mai),
Cartier atteint Terre-Neuve, avec ses deux navires et un équipage
de 61 hommes. Il explore minutieusement le golfe du Saint-Laurent.
Le 12 juin, lors de la reconnaissance de nouveaux lieux et la
dénomination de nouvelles rivières, Jacques Cartier et ses marins
aperçurent, un peu à l'écart de la rivière qu'ils venaient de
nommer Saint-Jacques, un grand navire originaire de La
Rochelle, dont l'équipage, après une longue campagne de pêche à la
morue, avait perdu son chemin au milieu des nombreuses îles du
golfe du Saint-Laurent. Ils allèrent à bord de ce navire pour
le conduire vers un lieu plus commode pour s'orienter, qu'ils
appelèrent « Havre Jacques-Cartier ».
Le lundi 6 juillet, Jacques Cartier et son équipage entrent en
contact avec les premiers Amérindiens de la Nation Micmac, au
large de la Baie des Chaleurs. Les jours suivants, la confiance
s'installe entre les marins et les autochtones, avec échanges de colifichets, couteaux, tissus et
autres bimbeloteries contre des peaux d'animaux.
Le vendredi 24 juillet, il met pied à terre à Gaspé, y plante une
croix de trente pieds, revendiquant la région pour le roi de
France. La troupe des Français y rencontre des Iroquoiens du
Saint-Laurent, venus pour la pêche, qui les accueillent sans grand
plaisir. Le chef amérindien, Donnacona, après protestations, finit par permettre à Cartier
d'amener deux de ses « fils » (neveux?…) en France. La rentrée à
Saint-Malo se fait le 5 septembre après une autre courte traversée
de 21 jours.
Le deuxième voyage (1535–1536)
Le deuxième voyage a lieu en
1535–1536. Cette expédition compte trois navires, La Petite
Hermine (60 tonneaux), L'Émérillon (40 tonneaux) et la nef qui transporte Cartier,
la Grande Hermine (120 tonneaux). Quinze mois de vivres
ont été prévus. Ramenés de France par Cartier, les deux « fils »
(neveux?…) du chef
Donnacona, Taignoagny et Domagaya, parlent
maintenant français. Recourant à leurs connaissances, Cartier
remonte alors le cours du
Saint-Laurent, découvrant qu'il navigue sur un fleuve lorsque
l'eau devient douce. À l'île
d'Orléans, le
7 septembre, devant
Stadaconé, on retrouve
Donnacona.
Ce chef essaie de dissuader les Français de remonter le
fleuve : il veut s'assurer du monopole du commerce. Cartier refuse
et donne congé aux deux « fils ». Il ira donc en amont sans
interprète. Une partie des hommes restent et construisent un
fortin, préparant le premier hivernage connu de Français au
Canada.
Cartier continue à remonter le fleuve sur l’Émérillon, mais
bientôt son
tirant d'eau lui interdit de poursuivre au-delà du lac
Saint-Pierre : il y ancre l’Émérillon et l'équipage
poursuit en barques.
À Hochelaga
Le
2 octobre 1535, Jacques Cartier et ses compagnons arrivent dans la
région de l'établissement nommé
Hochelaga. La nuit venue, ils se retirent tous à bord des barques.
Tôt le lendemain matin, avec ses gentilshommes et vingt mariniers
armés, Cartier entreprend à pied le chemin vers ce village, sur
une voie bien aménagée. Marchant ainsi deux lieues (environ 8 km),
ils peuvent enfin apercevoir cette bourgade palissadée de tronc
d'arbres, sur une colline et entourée de terres cultivées, pleines
de maïs (dit blé d'Inde), ainsi qu'il décrira le paysage entourant
Hochelaga. Il nommera Mont Royal, cette montagne de l'île et de la
ville qui est aujourd'hui nommée Montréal.
La bourgade n'a dans son rempart circulaire qu'une seule porte
d'entrée (sortie). On y compte une cinquantaine de « maisons
longues », communautaires. Le chef du village affirme que l'on
peut continuer à remonter le fleuve vers l'ouest durant trois
lunes et, de la
rivière des Outaouais, se diriger vers le nord et pénétrer
dans un pays où l'on trouve de l'or (qui est l'actuelle grande
région de l'Abitibi).
Après cette visite d'un jour, les Français rebroussent chemin
et retournent au royaume de Kanata (ce qui donnera
Canada, c'est la région de
Stadaconé), région de
Québec, hiverner au mouillage, à côté du fort Sainte-Croix,
sur la rivière du même nom.
Les rapports avec les
Iroquoiens du Saint-Laurent sont bons, malgré quelques disputes
sans gravité, qui ne dégénèrent jamais en violence. Cartier
découvre cependant les premiers scalps dans la maison de Donnacona.
Il y goûte aussi le tabac, qu'il n'apprécie guère. L'hiver de
l'Amérique du Nord arrive et surprend les Français, le fleuve gèle
et emprisonne les navires. Cartier et ses hommes hivernent près de
la rivière Sainte-Croix (maintenant dite rivière Saint-Charles, à
Québec). Les hommes souffrent du scorbut, les Iroquoiens en sont
aussi frappés, des Français meurent tandis que les Amérindiens
s'en tirent beaucoup mieux. Cartier, épargné, découvre que les
Micmacs se soignent avec une infusion d'aiguilles et d'écorce
de pin.
Il applique le traitement à ses hommes et, bientôt, les guérisons
se multiplient. En avril, Cartier emmène
Donnacona, pour le présenter à François Ier, avec
ses deux « fils » (neveux?…) et sept autres
Iroquoiens; puis, profitant du dégel, il met le cap sur la
France, abandonnant
La Petite Hermine, « faute d’un
équipage assez nombreux »
(25 des 110 équipiers étaient décédés du scorbut).
Après un passage par
Saint-Pierre-et-Miquelon, il retourne à
Saint-Malo en juillet 1536,
croyant avoir exploré une partie de la côte orientale de l'Asie.
Le troisième voyage (1541—1542)
Donnacona, qui a compris ce que cherchent les Français (de
l'or, des gemmes, des épices), leur fait la description qu'ils
veulent entendre : celle du riche
royaume de Saguenay, Sur ce, François Ier, bien
qu'occupé par les menaces de
Charles Quint, se laisse convaincre de lancer une troisième
expédition avec pour instructions, cette fois, d'implanter une
colonie.
L'organisation de l'expédition est confiée à
Jean-François de La Rocque de Roberval, un homme de cour, ce
que Cartier n'est pas. Il ne sera cette fois que le second de
Roberval. La colonisation et la propagation de la foi catholique
deviennent les deux objectifs. Donnacona meurt en France vers 1539,
comme d'autres
Iroquoiens du Saint-Laurent, d'autres s'y sont mariés, aucun
ne reviendra de France. On prépare l'expédition, arme cinq
navires, embarque du bétail, libère des prisonniers pour en faire
des colons. Roberval prend du retard dans l'organisation et
Cartier s'impatiente puis décide de s'engager sur l'océan sans
l'attendre. Après une traversée calamiteuse, il arrive enfin sur
le site de
Stadaconé en août 1541,
après trois ans d'absence. Les retrouvailles sont chaleureuses
malgré l'annonce du décès de Donnacona, puis les rapports se
dégradent et Cartier décide de s'installer ailleurs.
Il fait édifier le fort de Charlesbourg-Royal au confluent du
Saint-Laurent et la rivière du Cap Rouge, pour préparer la
colonisation. Bientôt, l'hiver arrive et Roberval est toujours
invisible, avec le reste de l'expédition. En attendant, Cartier
accumule « l'or et les diamants », qu'il négocie avec les
Iroquoiens du Saint-Laurent, qui disent les avoir ramassés près du
camp. En 1542, Cartier lève le camp, rencontre Roberval à
Terre-Neuve. Malgré l'ordre que ce dernier lui donne de rebrousser
chemin et de retourner sur le Saint-Laurent, Cartier met le cap vers la France.
Aussitôt arrivé en France, il fait expertiser le minerai,
apprenant qu'il ne rapporte que de la
pyrite et du
quartz, sans valeur. Sa mésaventure est à l'origine de
l'expression « faux comme des diamants du Canada »… et du toponyme
actuel, « Cap
Diamant », pour désigner l'extrémité est du promontoire de
Québec.
La retraite
Déçu, Cartier se retire dans son
manoir de Limoëlou, près de Saint-Malo. Considéré comme un sage,
on le consulte parfois et on met à profit ses connaissances du
portugais. Il succombe le 1er septembre 1557, probablement de la
peste qui frappe la ville cette année là. L'on croit avoir
retrouvé ses restes en 1944, qui reposent depuis dans la
cathédrale de Saint-Malo. D'après un extrait tiré des papiers de
famille des Garnier de Fougeray, il est écrit que son corps a été
inhumé le jour même de son décès, dans la cathédrale, par son
parent et compère Michel Audiepvre.