
.
.David
BEN GOURION
David Ben Gourion (né David Grün) (16 octobre 1886
- 1er décembre 1973)
fut un homme politique, un militant sioniste et le premier Premier
ministre d'Israël entre 1948 et 1953 puis entre 1955 et 1963.
Ben Gourion a été l'un des fondateurs du
Parti travailliste israélien qui a gouverné le
Yichouv avant la
création d'Israël,
puis le nouveau pays durant les trois premières décennies de son
existence.
Jeunesse
David Ben Gourion est né à Płońsk
en Pologne dans une famille sioniste (son père, professeur
d'hébreu, était un membre des Amants de Sion).
À 17 ans, il rejoignit une association
Poale sion, avant même la naissance officielle de ce parti
sioniste marxiste.
Vie en Palestine ottomane (1906 -1915)
Ardent sioniste, David Ben Gourion
émigre (Aliyah) en
Palestine en 1906.
Il travaille d'abord dans les orangeraies et les vignobles des
exploitations agricoles juives créées dans les
années 1880 par les sionistes de la 1er
Aliyah. Il est aussi garde en
Galilée (avec le
Hachomer, la première milice juive). Il vit pauvrement,
parfois en proie à la
malaria. Il indiquera même que son travail modeste, et surtout
le chômage fréquent, lui avaient fait connaître la faim. Ce qui ne
l'empêchera pas de refuser toute aide financière de sa famille.
C'est à l'époque qu'il entre au Comité central du Poale sion.
En
1910, il devient journaliste au journal du parti à
Jérusalem et adopte son nom hébraïque de Ben Gourion, nom d'un
résistant contre les Romains dans la Guerre des Juifs décrite par
Flavius Josèphe.
En
1912, il commence des études de droit à l'université d'Istanbul,
capitale de l'Empire
ottoman, la puissance gestionnaire de la
Palestine. Il s'agissait entre autres de tisser des liens avec
la future élite ottomane, afin de la rendre plus favorable au
projet sioniste.
En
1914, la
Première Guerre mondiale éclate. Ben Gourion, fidèle à sa
stratégie d'alliance avec la Turquie, défend une attitude de
loyauté de la part du
Yichouv vis-à-vis de l'Empire
ottoman. Mais la Russie, dont Ben Gourion est toujours
formellement citoyen, entre en guerre contre l'Empire ottoman. David Ben Gourion, comme près de 30 000 autres
juifs de Palestine (sur 85 000) doit quitter la Palestine (en 1915).
Il se réfugie la même année aux
USA.
Il continue dans un premier temps à refuser de soutenir
militairement les alliés occidentaux contre les
Ottomans. Mais l'évolution de la guerre, et la position plus
favorable du
Royaume-Uni vis-à-vis du sionisme (déclaration
Balfour), l'ont finalement fait évoluer. En 1917,
il épouse Paula, puis s'engage dans les unités juives que l'armée Britannique
constitue pour la guerre en Palestine. Il revient donc en
Palestine en 1918,
dans les rangs de l'armée britannique, au sein du régiment parfois
appelé « Légion
juive » (plus exactement au sein du 39e
bataillon des fusiliers royaux).
Vie en Palestine Mandataire (1918 - 1948)
La création de Achdut Ha'avoda (1919)
En 1919, Ben Gourion participe à
la création du Achdut Ha'avoda (« L'union du travail »), le parti
sioniste marxiste qui succède au Poale sion. Il se situe plutôt à l'aile droite (réformiste) de ce parti. L'aile gauche,
désignée comme « groupe de Rostov », est progressivement
marginalisée.
L'unité socialiste (1920 - 1930)
En
1921, Ben Gourion est élu secrétaire général de la
Histadrout (« Association générale des travailleurs de Eretz Israël »). Ce syndicat, fondé en 1920,
regroupe surtout les militants des différentes factions sionistes
de gauche.
La direction de Ben Gourion est reconnue comme efficace, mais
parfois autoritaire. À la tête de la Histadrout, il
privilégie plusieurs démarches :
- Développement économique du pays. La
Histadrout est un syndicat classique, qui revendique au
nom des salariés et parfois organise des grèves. Mais dans un
pays encore largement sous-développé, la Histadrout crée
aussi des emplois en développant un fort secteur d'entreprises
coopératives : hevrat ovdim (association des
travailleurs). Elle devient ainsi un des principaux employeurs
de la
Palestine mandataire.
- Unité socialiste. La
Histadrout est la matrice de l'unification du
Achdut Ha'avoda et de l'autre grand parti de la gauche
sioniste, le
Hapoel Hatzaïr (lesquels fusionneront effectivement en 1930).
Les militants des partis socialistes sionistes s'y retrouvent en
effet, et militent côte à côte.
- Développement nationaliste. Un des principaux dirigeants de
l'aile droite du socialisme sioniste, Ben Gourion privilégie le
nationalisme par rapport au projet de transformation socialiste.
En particulier, Ben Gourion s'opposera toujours à ce que des
travailleurs non-juifs (arabes) puissent être organisés au sein
de la Histadrout. Il est également un des partisans du
soutien de la gauche sioniste à Haïm Weizmann comme président de l'Organisation
sioniste mondiale. Weizmann est pourtant un libéral du parti
des
sionistes généraux (droite modérée). Le slogan de Ben
Gourion « de la classe au peuple »
est symbolique de ses priorités. Il déclarait par exemple :
« Le régime socialiste et la commune ne peuvent avoir aucun
intérêt pour nous dans ce pays si ceux qui les appliquent ne
sont pas des travailleurs juifs. Nous ne sommes pas venus ici
pour organiser qui que ce soit, et nous ne sommes pas ici pour
répandre l'idée socialiste auprès de qui que ce soit. Nous
sommes ici pour établir une patrie de travail pour le peuple
juif. »
- Auto-défense juive. La
Haganah est une organisation armée clandestine chargée de la
défense du
Yichouv. Elle a été formée en 1920
sous l'impulsion de Vladimir Jabotinsky mais est très vite passée sous le contrôle
de la
Histadrout, donc de Ben Gourion (qui intervient
relativement peu dans son fonctionnement quotidien).
En
1930, David Ben Gourion joue un rôle déterminant dans la
fusion du
Achdut Ha'avoda et du
Hapoel Hatzaïr.
Président de l'Agence juive (1935)
Après l'assassinat le 16 juin 1933
de Haïm Arlozoroff, chef du département politique de l'Agence
juive, Ben Gourion voit son influence encore augmenter. Il devient
en 1935 président de l'Agence juive, et démissionne de son poste au sein de la Histadrout.
Il devient alors le principal dirigeant du
Yichouv sioniste. L'alliance avec les libéraux de Weizmann
est cependant poursuivie : ce dernier reste le président de l'OSM
(Organisation sioniste mondiale).
La même année (1935), Ben Gourion
tente de se rapprocher du Parti révisionniste de Vladimir
Jabotinsky. Ce parti de droite nationaliste a en effet
des relations exécrables avec la gauche sionistes. Les
révisionnistes ont été accusés du meurtre d'Arlozoroff (encore
aujourd'hui, cette responsabilité fait débat). L'aile droite du
parti (Brit Ha'birionim, sous l'autorité de Abba Ahiméir), ne cache pas sa sympathie pour le
nazisme. Ben Gourion a même traité Jabotinsky de
« Vladimir Hitler ». Mais l'ampleur
de la haine entre les deux camps commencent à inquiéter Ben
Gourion. Malgré leurs divergences, Ben Gourion et Jabotinsky
essaient donc de rétablir l'unité du mouvement sioniste. Mais
l'accord politique qu'ils ont élaboré, approuvé par le parti
révisionniste, est rejeté par un référendum interne à la
Histadrout. L'incident est révélateur de deux choses :
- La priorité de Ben Gourion en faveur du nationalisme par
rapport à la lutte gauche - droite.
- Les limites de son pouvoir. Bien que Jabotinsky l'ai traité
de « dictateur », Ben Gourion doit prendre en compte les
souhaits de sa base politique.
Après cet échec politique, un des rares de sa carrières, les
relations avec les révisionnistes redeviendront très mauvaises.
La Grande Révolte arabe
et le développement de la Haganah (1935 -
1939)
De la fin 1935 à 1939, les arabes
se révoltent contre le mandat britannique. Cette révolte s'explique par le refus
catégorique de voir un « foyer national juif » s'installer en
« terre musulmane », un des objectifs du mandat. Du refus du
nationalisme juif naît ainsi un nationalisme arabe, dont est issu
le nationalisme palestinien actuel.
Conséquence de cette révolte, la
Haganah se développe fortement. Groupe armé de défense des Juifs
de Palestine, officiellement interdite par le mandat britannique,
elle était dans les années 1920 sous l'autorité de la
Histadrout. Elle passe en 1931 sous la direction de l'agence
juive, ce qui signifie que son responsable politique suprême était
Ben Gourion jusqu'en 1931, et qu'il le redevient en 1935.
Le plan de partage de la commission Peel (1937)
En 1937, les Britanniques
(commission Peel) envisagent de diviser la Palestine mandataire,
et de créer un petit État juif sur une petite partie (15 %) de
celle-ci : le nord de la Palestine mandataire et une partie de la
bande côtière. Malgré la taille modeste de l'État proposé, Ben
Gourion s'engage en faveur du plan de partage, contre l'avis d'une
partie du Mapaï (derrière Berl Katznelson et Itshak Tabenkin).
Pour ce faire, il a le soutien de Haïm Weizmann.
Mais il ne parvient que partiellement à surmonter les fortes
réticences de l'OSM. Celle-ci accepte l'idée d'un partage, mais
refuse les frontières trop étroites proposées.
Devant le manque d'enthousiasme des sionistes (et devant
l'hostilité des nationalistes arabes), les Britanniques
abandonnent le plan Peel. Mais la réaction de Ben Gourion est
révélatrice de son pragmatisme.
Le livre Blanc et la rupture avec le
Royaume-Uni (1939)
En 1939, Ben Gourion dirige un
semi-État. Il a son gouvernement (l'Agence juive), sa police, son
armée (la Haganah), son parlement (Asefat ha-nivharim), sa population (450 000 juifs).
Mais la
Grande Révolte arabe a convaincu les Britanniques que le
sionisme était un facteur de développement du nationalisme arabe,
et donc une menace pour les intérêts britanniques dans la région.
Le « Livre Blanc » de 1939 indique donc que seuls 75 000 juifs
pourront dorénavant entrer en Palestine. En 1949, la Palestine
deviendra un État indépendant unitaire, à majorité arabe.
Ben Gourion va organiser l'opposition résolue du
Yichouv à cette politique.
La rupture entre les Britanniques et le projet sioniste étant
maintenant consommée, Ben Gourion et l'Organisation
sioniste mondiale décident au congrès sioniste de Biltmore (à
New-York, États-Unis) de 1942 de revendiquer un État juif sur
toute la Palestine, impliquant le départ des Britanniques.
Dans le même temps, Ben Gourion oriente le mouvement Sioniste
dans un soutien résolu à l'effort de guerre contre les Nazis. Des
membres du Yichouv, en particulier de la Haganah s'engagent dans
la « Brigade Juive » sous commandement britannique. Il déclare :
« Nous aiderons les Britanniques dans la
guerre comme s'il n'y avait pas de Livre blanc et nous lutterons
contre le Livre blanc comme s'il n'y avait pas la guerre ».
En 1942 la puissance mandataire Britannique était en effet
elle-même menacée par les troupes de
Rommel, et l'arrivée des troupes allemandes au
Moyen-Orient
signifiait la fin probable du Yichouv.
Si la lutte contre le
nazisme est une priorité, la sécurisation
du projet sioniste passe avant tout. L'historien
Tom Segev a montré que le sentiment d'impuissance et l'ordre
des priorités avaient fortement limité les tentatives d'assistance
aux Juifs d'Europe. « Ben Gourion,
Golda Meir ou
Moshe Dayan construisaient un État nouveau en Palestine, face
à un monde arabe hostile. Et ces pionniers s'intéressaient peu à
l'extermination de leurs frères d'Europe [...]. Il fallut le
procès
Adolf Eichmann, après le grand débat sur les relations
d'Israël avec l'Allemagne de
Konrad Adenauer, pour que l'on parvînt enfin à un début
d'identification entre la tragédie des victimes et le destin des
survivants ».
Le durcissement des oppositions (1945-1947)
En 1944, l'Irgoun révisionniste reprend les armes contre le Royaume-Uni.
Entre 1944 et 1945, Ben Gourion
organise la répression contre ceux qu'il considère comme des
terroristes. Des membres de l'Irgoun sont livrés aux Britanniques.
D'autres sont enlevés par la Haganah et soumis à des interrogatoires musclés, parfois à des
sévices. Mais cette politique est de plus en plus impopulaire au
fur et à mesure du durcissement britannique contre le sionisme.
La crise des réfugiés met fin à cette attitude de l'exécutif
sioniste et de Ben Gourion. Des centaines de milliers de rescapés
de la Shoah veulent rentrer en Palestine, mais les Britanniques s'y
opposent. Cette politique, perçue comme inhumaine, provoque la
colère du Yishouv.
À partir de 1945, Ben Gourion
réoriente la politique de l'Agence juive et de la Haganah dans un
sens plus anti-Britannique. Si les actions sanglantes de l'Irgoun
(et de sa dissidence, le Lehi) continuent à être condamnées, la
Haganah participe maintenant à des sabotages (normalement sans
morts) contre les Britanniques. Ben Gourion organise grèves et sabotages, tout en renforçant la
Haganah par une politique d'achats d'armes en Europe.
Parallèlement, Ben Gourion et la Haganah développent
massivement l'immigration clandestine (Aliyah
Beth). Des dizaines de milliers de réfugiés parviennent à
pénétrer dans le pays, mais des dizaines de milliers d'autres sont
arrêtés par les Britanniques et enfermés dans des camps à Chypre
ou en Allemagne, provoquant une forte sympathie internationale. Le
sommet de cette crise des réfugiés sera atteint avec l'odyssée du
cargo Exodus.
En
1947, les Britanniques, qui ne maîtrisent plus vraiment la
situation, décident de rendre leur mandat sur la Palestine à
l'ONU. Celle-ci décide de partager le pays entre juifs et arabes.
La création de l'État (1947 -1949)
La grande majorité des arabes a
refusé le partage. Dès novembre 1947 la guerre civile entre juifs
et arabes de Palestine éclate, sous l'œil passif des Britanniques,
qui ne quittent le pays que le 15 mai 1948.
L'unité de l'armée (printemps - été 1948)
Ben Gourion dirige la défense du Yichouv.
En mars 1948, une crise l'oppose à la direction de la Haganah : Ben Gourion veut une offensive que cette direction
ne s'estime pas capable de mener.
Ben Gourion s'impose malgré les menaces de démissions, et
l'offensive réussit.
En mai 1948, Ben Gourion crée
Tsahal, qui regroupe la Haganah, l'Irgoun et le Lehi. Pendant
l'été, une nouvelle crise éclate, contre l'Irgoun cette fois.
L'Irgoun avait maintenu ses unités au sein de Tsahal. Mais Ben
Gourion ne voulait pas d'unités politisées. Profitant d'une
tentative de l'Irgoun de faire rentrer des armes dans le pays, Ben
Gourion fait tirer sur le bateau transportant ces armes, l'Altalena.
Il y a 18 morts : 16 membres de l'Irgoun, 2 soldats de Tsahal. Ben
Gourion accuse l'Irgoun et son chef, Menahem Begin, de préparer un
coup d'État. Les unités de l'Irgoun sont dissoutes.
Ben Gourion décide aussi de dissoudre le
Palmach (en juin-juillet). Cette unité d'élite, créée par la
Haganah en 1941,
était considérée comme trop à gauche.
Ben Gourion a imposé son autorité sur les groupes armés, et les
a fondus dans une armée unique.
La proclamation de l'indépendance (14 mai 1948)
Le 14 mai 1948, (un jour avant le
départ des Britanniques, afin de respecter le Shabbat), David Ben
Gourion lit au nom du gouvernement provisoire la Déclaration
d'indépendance de l'État d'Israël.
L'élargissement des frontières (1948 - 1949)
Les frontières de 1947 avaient été
acceptées sans enthousiasme. La guerre, qui ne se termine vraiment
qu'en mars 1949, permet de faire passer les frontières de 55 % de la Palestine à
73 %.
La population arabe quitte massivement le nouvel État.
Israël affirme qu'ils sont partis seuls, les arabes disent
qu'ils ont été chassés : La réalité village par village semble
plus complexe.
Mais il est clair que Ben Gourion a suivi une double
politique :
- Élargir les frontières de
l'État au maximum. Ben Gourion refuse pendant cette période les
propositions du représentant de l'ONU, Folke Bernadotte pour la
résolution du conflit, qu'il estime territorialement trop peu
intéressantes. Folke Bernadotte sera d'ailleurs assassiné à
Jérusalem à l'été 1948, par un commando du Lehi. Ben Gourion
condamne l'assassinat. Le Lehi est dissous, mais les dirigeants
du Lehi, condamnés, sont libérés après deux semaines. Le tireur
du commando (Yeoshua Cohen) deviendra plus tard le garde du
corps de Ben Gourion. Encore aujourd'hui, certains s'interrogent
sur le rôle de Ben Gourion dans cet assassinat. L'hypothèque de
l'ONU levée, Ben Gourion mène une politique offensive de
conquêtes territoriales (comme les opérations Hiram et
Dix plaies).
- Assurer une majorité juive aussi large que possible. Les
Arabes auraient été majoritaires dans le nouvel État. Quelles
que soient les causes de leur départ, les causes de leur
non-retour sont indiscutables : l'opposition formelle de Ben
Gourion et des autorités du nouvel État.
La lettre du Statu Quo (1947)
Une divergence importante oppose historiquement les
ultra-orthodoxes juifs (haredim)
et les sionistes. Les haredim n'acceptent pas l'idée d'un État
juif non-religieux imposé par des laïques avant la venue du
messie. Ben Gourion ne veut pas d'une opposition religieuse à
l'existence de l'État, et va négocier un compromis.
En
1947, lors de l'enquête de l'ONU (UNSCOM) sur la création d'un
État juif, Ben Gourion négocie avec l'Agoudat Israel, le parti politique (non sioniste) des
ultra-orthodoxes. Ceux-ci acceptent de ne pas prendre position
contre la création de l'État juif (mais ne le soutiennent pas), en
échange d'un courrier dit du statu quo, signé par les leaders
sionistes (gauche, sionistes généraux et sionistes religieux), qui s'engagent à :
- réserver aux tribunaux rabbiniques la gestion du statut
personnel des Juifs (mariages et divorces, en particulier) ;
- protéger les institutions autonomes de l'Agoudat (en
particulier dans le domaine éducatif) ;
- faire en sorte que l'État favorise la pratique des
commandements divins.
Sous la direction de Ben Gourion, l'État exonèrera peu après
(en 1950)
les ultra-orthodoxes du service militaire.
La lettre du statu quo et l'exemption du service militaire sont
encore aujourd'hui la base de l'actuelle politique israélienne
vis-à-vis des ultra-orthodoxes juifs.
Premier ministre (1948-1963)
À part une interruption de deux
ans entre 1954 et 1955, Ben Gourion occupe le poste de Premier
ministre, officieusement du 14 mai 1948 et officiellement du
25 février 1949 au 26 juin 1963.
1948 - 1954 : La nouvelle République
Cette période est marquée par un afflux considérable de
réfugiés juifs. La population juive de l'État double pour
atteindre près de 1,3 millions de personnes.
Face à certains qui voulaient limiter les entrées pour
permettre de mieux les absorber, Ben Gourion favorise une
politique d'immigration maximum.
Environ la moitié des réfugiés
sont des rescapés de la Shoah. Mais l'autre moitié est constituée
de réfugiés juifs Sépharades des pays arabes, ce qui est une
relative nouveauté pour un Yichouv jusqu'alors constitué à 80 %
d'Ashkénazes d'origine européenne. Leur intégration sera difficile
compte tenu d'un niveau de formation très bas, et beaucoup
considèrent que c'est un des plus graves échecs de Ben Gourion.
Dans les années 1970, les Séfarades se retourneront contre les
travaillistes, en leur reprochant leur intégration imparfaite dans
le nouvel État, et voteront en masse pour la droite sioniste.
L'autre grand sujet de l'époque est la politique de défense.
Sur ce plan, Ben Gourion, qui conserve le portefeuille de la
défense, défend plusieurs axes :
- Une riposte forte pour toute attaque extérieure. Les
attentats des réfugiés arabes sont nombreux, souvent (mais pas
toujours) soutenus par les services de sécurité des pays arabes
limitrophes. Ben Gourion favorise une politique de représailles
parfois sanglante, ce qui lui vaut des critiques jusqu'au sein
du gouvernement (celles de Moshé Sharett, son futur successeur, en particulier).
- L'alliance avec l'occident en général et la France en
particulier. Des tendances pro-soviétiques existent au sein de
la gauche sioniste (Mapam). Ben Gourion impose contre ces
tendances un solide ancrage occidental. Plus particulièrement,
les années 1950 sont celles de l'alliance privilégiée avec la
France, qui est alors le principal fournisseur d'armes à
Israël.
- Le lancement d'un programme nucléaire. C'est également la
France qui aidera Israël à construire la centrale nucléaire de
Dimona, matrice de la bombe atomique israélienne (qu'on
suppose avoir été mise au point en 1970).
- Le refus de valider les frontières de 1949.
Ben Gourion refuse de reconnaître ces frontières comme les
frontières définitives de l'État. Il ouvre donc la voie à des
revendication futures éventuelles (qu'on voit effectivement
surgir après 1967).
1954 - 1955 : la semi-retraite
En octobre 1953, Ben Gourion donne l'ordre de mener l'opération
Shoshana qui aboutit au massacre de Qibya.
Fin 1953, il annonce son intention
de se retirer du gouvernement et de s'installer au kibboutz
Sde Boker, dans le Néguev israélien. En fait, il n'abandonne pas
complètement ses obligations gouvernementales, même s'il réside au
kibboutz toute l'année de 1954.
Ben Gourion a laissé le pouvoir à
Moshé Sharett. Il a cependant lui-même désigné le ministre de la
Défense, Pinhas Lavon, et le chef d'état-major, Moshé Dayan, sur lesquels Sharett aura du mal à s'imposer. Ben
Gourion continue donc à avoir un rôle important, quoique
officieux, sur les décisions prises.
1955 - 1963 : le retour au pouvoir
Ben Gourion revient au pouvoir en
1955. Il organise la guerre du Sinaï de 1956 contre l'Égypte, en
réponse aux menaces égyptiennes de détruire Israël, et au blocus
égyptien contre le port israélien de Eilat.
La guerre est un succès militaire: le Sinaï est occupé et Ben
Gourion envisage de le conserver. Mais l'opposition des deux
grands à l'opération Israélo-Franco-Britannique ramène au statu
quo : sous la pression des États-Unis, le Sinaï
est restitué à l'Égypte au début de 1957, en échange d'une détente
de la situation sécuritaire et de la levée du blocus de Eilat.
Cette détente dure une dizaine d'année, jusqu'à la guerre des six
jours de 1967.
Il privilégie le rapprochement
avec la Turquie, qu'il visite secrètement en 1958 à l'invitation
du Premier ministre turc de l'époque Adnan Menderes. Pendant cette visite, un accord sur la
coopération économique et militaire est signé entre les deux pays.
Le départ du pouvoir 1963
En
1963, Ben Gourion démissionne de nouveau.
Marginalisé au sein du
Mapaï, son propre parti, il crée en 1965 le Rafi. Cette
création est un échec partiel. Le parti obtient 7,9 % et 10 sièges
aux élections de 1965. Le score n'est pas mauvais, mais insuffisant pour permettre à Ben
Gourion de revenir au pouvoir.
En 1968, il accepte la
réunification du Rafi avec le Mapaï et le Achdut Ha'avoda,
une autre dissidence du Mapaï, qui datait, elle, de 1944. Cette
réunification reconstitue le Mapaï dans son périmètre politique de
1930,
mais sous le nouveau nom de Parti Travailliste.
Ben Gourion reste membre de la
Knesset jusqu'en 1970. Il prend sa retraite à 84 ans, et meurt en
1973. Il est enterré au Kibboutz de Sdé-Boker, dans le
cadre grandiose d'un canyon du Neguev.
Sa
personnalité
David Ben Gourion était un brillant orateur. De petite taille,
il avait un fort charisme personnel.
Gros travailleur, autoritaire, c'était aussi un énorme lecteur.
Sa bibliothèque comptait une vingtaine de milliers de livres. Ben
Gourion apprit ainsi le
grec classique pour pouvoir lire
Platon dans le texte. Son journal personnel compte des
centaines de milliers de pages.
En 1966,
l'historien Michel Bar-Zohar écrit « David Ben Gourion est un
homme solitaire. Il est plus facile de l'admirer que de l'aimer.
Il ignore le geste humain, le sourire chaleureux, le mot amical.
Il ne sait pas extérioriser ses sentiments. […] ses ennemis sont
légion, de gauche et de droite. […] Lui aussi sait haïr, avec
ténacité, avec passion, jusqu'au bout. Sa haine contre les Etzel
(Irgoun) et son chef, Begin, est tenace. »
Ben Gourion est ainsi resté célèbre pour refuser presque
systématiquement d'appeler
Menahem Begin par son nom. À la Knesset, il utilisait des
périphrases comme « l'homme qui est assis à la droite du député
Baer ».
Ben Gourion a été élu par le
magazine Time comme l'une des 100 plus importantes
personnalités ayant influencé le XXe siècle.
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